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Feval fille juif errant ocr

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384 pages
Publié par :
Ajouté le : 21 juillet 2011
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LA FILLE DU JUIF-ERRANT PAR PAUL FÉVAL NOUVELLE ÉDITION PARIS SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES Librairie Paul Ollendorff 5o, CHAUSSÉE D'ANTIN, 5O 19°3 Tous droits réservés A EDMOND BIRÉ ) Mon eAer ami, Au temps où j'écrivais les Mystères de Londres, je son- qeai à faire figure dans Paris. J'eus l'idée d'avoir à mon service un de ces petits bonshommes à tournure de saucisson english improvements que la mode britannique sanglait alors dans de longues vestes sans tailles terminées en bec de flageolet. Ma respectable amie Lady Gingerbeerloughby, de Portland Place, en avait un de toute beauté qu'elle uppe~ lai' sm jaguar pour se distinguer des autres « impossibles » au Shcrwing-life qui disaient tout uniment « mon tigre » en parlant de ces créatures cylindriques, vivants bou­ dins, doués d'une âme immortelle. Londres a bien de l'esprit, sans que cela paraisse. J'achetai d'abord un cheval pour que mon tigre eut à qui parler, mais je suis fantassin par passion ; le cheval n'était que l'excuse du tigre et je mis tous les soins dont j'étais capable au choix de ce dernier objet. Désirant unir l'élé­ gance à la solicliié-je le commandai en Bretagne, La terre de granit recouverte de chênes, et il me fut expédié brut de Lamballe. J'allai l'attendre à la diligence, à cheval. C'était un beau petit gars à l'air un peu sournois qui grasseyait comme un tombereau de macadam qu'on dé­ charge. Je le mis sur ma bête avec son paquet en porte­ manteau et je suivis à pied. Cela lui donna tout de suite à penser qu'il était mon maître. Une veste rouge, signe de son.grade, avait été préparée à grands frais. Il la mit avec plaisir et cassa au dîner tou­ tes les assiettes qui lui furent confiées. Vous ai-je dit que mon cheval s'appelait Juif-Errant, à cause du succès d'Eugène Sue? j'ai peu connu mon cheval Juif-Errant, parce qu'il s'attacha tout de suite à mon page. Mon page avait nom Marie Menoû. Il pàftit se promener le lendemain dé son arrivée vers les neuf heures du matin, et j'avoue que je me mis à la fenêtre pour suivre sa veste, rouge, non sans orgueil, jusqu'au détour de la rue. Les passants le regardaient. A l'heure du diner, il ne cassa aucune assiette parce qu'il n'était point de retour. Le surlendemain ce fut dé même. Au bout de huit jours, je l'avais oublié ainsi que Juif-Errant-, mon dada. Je ne les voyais jamais, ils ne me gênaient point. Le second dimanche, cependant, Marie Menou m'accorda une audience et me dit avec son brave accent de rouleau à broyer les cailloux : — Tout de même je ne suis point bien à mon idée chez 'vous. Je comptais que vous m'aviez guetté (mandé) pour faire vos écritures avec vous. — Tu sais donc écrire ? — Non fait, bien sûr, puisque je n'ai point jamais ap­ pris, mais n'y aurait qu'à me mettre à l'école. Celte réponse me frappa. Je me dis que peut-être, Marie. Menou qui déjà raisonnait si net, deviendrait une des lu­ mières de son siècle. H avait aux environs de seize ans. Après dix huit mois d'études, il commença à mettre couramment mes habits et à chausser, mes bottes, sous pré­ texte que nous avions la même taille et le même pied. Jamais il ne me maltraitait. Six mois plus tard, Juif- Errant eut la colique et en mourut. Marie Menou n'ayant pas pu apprendre à lire, se dégoûta du travail sch,olaire et me donna mon compte pour se faire homme politique, il avait tout ce qu'il faut pour cela. Je n'ai jamais rien eu de lui que de la vaisselle cassée et le petit conte que je vous envoie : la moitié de ce petit conte, du . moins, celle qui a Lumballe pour lieu de scène. Il l'avait, dite «
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