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Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

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8 pages
Stéphane MallarméPOÈMEUN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD1914POÈMEUN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARDparSTÉPHANE MALLARMÉPRÉFACEJ’aimerais qu’on ne lût pas cette Note ou que parcourue, même on l’oubliât ; elleapprend, au Lecteur habile, peu de chose situé outre sa pénétration : mais, peuttroubler l’ingénu devant appliquer un regard aux premiers mots du Poème pour quede suivants, disposés comme ils sont, l’amènent aux derniers, le tout sansnouveauté qu’un espacement de la lecture. Les “blancs”, en effet, assumentl’importance, frappent d’abord ; la versification en exigea, comme silence alentour,ordinairement, au point qu’un morceau, lyrique ou de peu de pieds, occupe, aumilieu, le tiers environ du feuillet : je ne transgresse cette mesure, seulement ladisperse. Le papier intervient chaque fois qu’une image, d’elle-même, cesse ourentre, acceptant la succession d’autres et, comme il ne s’agit pas, ainsi quetoujours, de traits sonores réguliers ou vers — plutôt, de subdivisions prismatiquesde l’Idée, l’instant de paraître et que dure leur concours, dans quelque mise enscène spirituelle exacte, c’est à des places variables, près ou loin du fil conducteurlatent, en raison de la vraisemblance, que s’impose le texte. L’avantage, si j’ai droità le dire, littéraire, de cette distance copiée qui mentalement sépare des groupesde mots ou les mots entre eux, semble d’accélérer tantôt et de ralentir lemouvement, le scandant, l’intimant même selon ...
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Stéphane Mallarmé
POÈME UN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD 1914
POÈME
UN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD
par
STÉPHANE MALLARMÉ
PRÉFACE
J’aimerais qu’on ne lût pas cette Note ou que parcourue, même on l’oubliât ; elle apprend, au Lecteur habile, peu de chose situé outre sa pénétration : mais, peut troubler l’ingénu devant appliquer un regard aux premiers mots du Poème pour que de suivants, disposés comme ils sont, l’amènent aux derniers, le tout sans nouveauté qu’un espacement de la lecture. Les “blancs”, en effet, assument l’importance, frappent d’abord ; la versification en exigea, comme silence alentour, ordinairement, au point qu’un morceau, lyrique ou de peu de pieds, occupe, au milieu, le tiers environ du feuillet : je ne transgresse cette mesure, seulement la disperse. Le papier intervient chaque fois qu’une image, d’elle-même, cesse ou rentre, acceptant la succession d’autres et, comme il ne s’agit pas, ainsi que toujours, de traits sonores réguliers ou vers — plutôt, de subdivisions prismatiques de l’Idée, l’instant de paraître et que dure leur concours, dans quelque mise en scène spirituelle exacte, c’est à des places variables, près ou loin du fil conducteur latent, en raison de la vraisemblance, que s’impose le texte. L’avantage, si j’ai droit à le dire, littéraire, de cette distance copiée qui mentalement sépare des groupes de mots ou les mots entre eux, semble d’accélérer tantôt et de ralentir le mouvement, le scandant, l’intimant même selon une vision simultanée de la Page : celle-ci prise pour unité comme l’est autre part le Vers ou ligne parfaite. La fiction affleurera et se dissipera, vite, d’après la mobilité de l’écrit, autour des arrêts fragmentaires d’une phrase capitale dès le titre introduite et continuée. Tout se passe, par raccourci, en hypothèse ; on évite le récit. Ajouter que de cet emploi à nu de la pensée avec retraits, prolongements, fuites, ou son dessin même, résulte, pour qui veut lire à haute voix, une partition. La différence des caractères d’imprimerie entre le motif prépondérant, un secondaire et d’adjacents, dicte son importance à l’émission orale et la portée, moyenne, en haut, en bas de page, notera que monte ou descend l’intonation. Seules certaines directions très hardies [1] , des empiètements, etc., formant le contre-point de cette prosodie, demeurent dans une œuvre, qui manque de précédents, à l’état élémentaire : non que j’estime l’opportunité d’essais timides ; mais il ne m’appartient pas, hormis une pagination spéciale ou de volume à moi, dans un Périodique, même valeureux, gracieux et invitant qu’il se montre aux belles libertés, d’agir par trop contrairement à l’usage. J’aurai, toutefois, indiqué du Poème ci-joint, mieux que l’esquisse, un “état” qui ne rompe pas de tous points avec la tradition ; poussé sa présentation en maint sens aussi avant qu’elle n’offusque personne : suffisamment, pour ouvrir des yeux. Aujourd’hui ou sans présumer de l’avenir qui sortira d’ici, rien ou presque un art, reconnaissons aisément que la tentative participe, avec imprévu, de poursuites particulières et chères à notre temps, le vers libre et le poème en prose. Leur réunion s’accomplit sous une influence, je sais, étrangère, celle de la Musique entendue au concert ; on en retrouve plusieurs moyens m’ayant semblé appartenir aux Lettres, je les reprends. Le genre, que c’en devienne un comme la symphonie, peu à peu, à côté du chant personnel, laisse intact l’antique vers, au quel je garde
un culte et attribue l’empire de la passion et des rêveries ; tandis que ce serait le cas de traiter, de préférence (ainsi qu’il suit) tels sujets d’imagination pure et complexe ou intellect : que ne reste aucune raison d’exclure de la Poésie — unique source.
1. ↑ La partie comprise entre les mots “Seules certaines directions…” et “… suffisamment pour ouvrir des yeux” concernait plus spécialement l’édition de ce Poème donnée dans la revueCosmopolis(mai 1897) pour laquelle cette Préface avait été faite. Celle-ci, du reste, nous a paru d’un intérêt assez général, et assez significative de la pensée de l’auteur pour être reproduite ici, en tête de l’édition définitive, préparée par ses soins, telle qu’elle allait paraître au moment où la mort le surprit. L’innovation principale établie par lui dans ce dernier “état” de son œuvre, pour reprendre le terme dont il se servit, nous semble consister en ceci qu’il n’existe pas de page recto ou verso, mais que la lecture se fait sur les deux pages à la fois, en tenant compte simplement de la descente ordinaire des lignes. (Note de l’Éditeur).
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12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37
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UN COUP DE DÉS
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Q U A N D B I E N I R C O N S T A N C E S
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M Ê
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U N N A
1 2 O I T 3 que 4 5 l’Abîme 6 7 8 blanchi 9 étale 10 furieux 11 sous une inclinaison 12 plane désespérément 13 14 d’aile 15 16 la sienne 17 par avance retombée d’un mal à dresser le vol 18 et couvrant les jaillissements 19 coupant au ras les bonds 20 21 22 très à l’intérieur résume 23 24 l’ombre enfouie dans la profondeur par cette voile alternative 25 26 jusqu’adapter 27 à l’envergure 28 29 sa béante profondeur en tant que la coque 30 31 d’un bâtiment 32 33 penché de l’un ou l’autre bord 34 35 36 37
L
E
 M A
1 Î T R E 2 3
hors d’anciens calculs où la manœuvre avec l’âge oubliée
L
U F
4 surgi 5 inférant jadis il empoignait la barre 6 7 de cette conflagration à ses pieds 8 de l’horizon unanime 9 10 que se prépare 11 s’agite et mêle 12 au poing qui l’étreindrait 13 comme on menace un destin et les vents 14 15 l’unique Nombre qui ne peut pas être un autre 16 17 Esprit 18 pour le jeter 19 dans la tempête 20 en reployer la division et passe fier 21 22 hésite 23 cadavre par le bras écarté du secret qu’il détient 24 plutôt 25 que de jouer 26 en maniaque chenu 27 la partie 28 au nom des flots 29 un envahit le chef 30 coule en barbe soumise 31 32 naufrage cela direct de l’homme 33 34 sans nef 35 n’importe 36 où vaine 37
1 ancestralement à n’ouvrir pas la main 2 3 crispée 4 par delà l’inutile tête 5 6 legs en la disparition 7 8 à quelqu’un 9 ambigu 10 11 l’ultérieur démon immémorial 12 13 ayant 14 15 de contrées nulles 16 induit 17 le vieillard vers cette conjonction suprême avec la 18 probabilité 19 20 celui 21 son ombre puérile 22 caressée et polie et rendue et lavée 23 24 assouplie par la vague et soustraite 25 aux durs os perdus entre les ais 26 27 28 d’un ébat 29 la mer par l’aïeul tentant ou l’aïeul contre la 30 mer 31 une chance oiseuse 32 33 Fiançailles 34 dont 35
le voile d’illusion rejailli leur hantise ainsi que le fantôme d’un geste
chancellera s’affalera
folie
C O M M E S I
36 37
N
A
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Une insinuation simple 11 12 au silence enroulée avec ironie 13 ou 14 le mystère 15 précipité 16 hurlé 17 dans quelque pr1o8che tourbillon d’hilarité et d’horreur 19 vo2l0tige 21 autour du gouffre 22 sans le joncher 23 ni fuir 24 25 et en berce le vierge indice 26 27 28 S I 29 30 31 32 33 34 35 36 37
plume solitaire éperdue
B
C O M
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 sauf 16 que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit 17 et immobilise 18 au velours chiffonné par un esclaffement sombre 19 20 21 22 cette blancheur ri ide
23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37
dérisoire en opposition au ciel trop pour ne pas marquer exigüment quiconque
prince amer de l’écueil
s’en coiffe comme de l’héroïque irrésistible mais contenu par sa petite raison virile
1 soucieux 2 3 expiatoire et pubère rire 4 muet 5 que 6 7 8 SI 9 10 11 12 13 14 15 de vertige La lucide et seigneuriale aig1r6ette au front invisib1l7e scintille18 19 puis ombrage debout 20 une stature mignonne ténébreuse 21 en sa torsion de sirène le temps 22 de souffleter 23 bifurquées par d’impatientes squames ulti24mes 25 un roc 26 27 faux manoir 28 tout de suite 29 évaporé en brumes 30 31 qui imposa 32 une borne à l’infini 33 34 35 36 37
1 C ’ issu stellaire
4
7
10
13
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A
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en foudre
E X I S T Â T - I L autrement qu’hallucination éparse d’agonie
O
C O M M E N Ç Â T - I L E sourdant que nié et clos quand apparu enfin par quelque profusion répandue en rareté S E C H I F F
évidence de la somme pour peu qu’une I L L U M I N Â
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davantage ni moins
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14 15 16 17 18 19 A I T 20 21 22 indifféremment mais autant
23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37
L
E
Choit la plume rythmique suspens du sinistre s’ensevelir aux écumes orginelles naguères d’où sursauta son délire jusqu’à une cime flétrie par la neutralité identique du gouffre
H
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 R I E N 16 17 18 19 de la mémorable crise 20 ou se fût 21 l’évènement accompli en vue de tout résultat nul 22 humain 23 24 N ’ A U R A E U L I E U 25 une élévation ordinaire verse l’absence 26 27 Q U E L E 28 inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’acte vide 29 abruptement qui sinon 30 par son mensonge 31 eût fondé 32 la perdition 33 34 dans ces parages 35 du vague 36 en quoi toute réalité se dissout 37
1 2 3 4 U T - Ê T R E 5 aussi loin qu’un endroit fusionne avec au delà
Il a été tiré de ce Poème le 10 Juillet 1914 à l’Imprimerie Sainte Catherine Quai St. Pierre à Bruges 10 Exemplaires, hors commerce, sur papier pur chanvre des papeteries de Monval numérotés à la presse de I à X et 90 exemplaires sur vélin d’arches numérotés à la presse de 1 à 90
6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37
avant de s’arrêter à quelque point dernier qui le sacre
veillant doutant roulant brillant et méditant
Toute Pensée émet un Coup de Dés
T
O N S
 C
U N E
vers ce doit être le Septentrion aussi Nord
froide d’oubli et de désuétude pas tant qu’elle n’énumère sur quelque surface vacante et supérieure le heurt successif sidéralement d’un compte total en formation
hors l’intérêt quant à lui signalé en général selon telle obliquité par telle déclivité de feux