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Serge Meitinger, Clichés pris en Grèce du temps des colonels

65 pages
Serge Meitinger Clichés pris en Grèce du temps des colonels *entés d’ajouts empruntés à un voyage ultérieur avec un gros clin d’œil à Georges Pérec * Ces ajouts apparaîtront en italiques. 2 3 Je me rappelle que, le jour de notre départ en train de Paris, les journaux faisaient leurs titres sur la mort de François Mauriac (décédé la veille, erle 1 septembre 1970). Esprit fort et mécréant aussi en littérature, nourri de la vulgate gauchiste (j’avais tout juste dix-neuf ans et je sortais de khâgne), je n’avais pas de respect particulier pour cette figure que je classais sans nuance ni analyse parmi les gaullistes rancis. Plusieurs des jeunes filles de notre groupe (où il y avait vingt-trois filles pour deux garçons), grandes bourgeoises et membres passionnées de l’U. J. P. (Union des Jeunes pour le Progrès, bras juvénile du parti gaulliste), disaient leur désolation. Nous partions avec les voyages universitaires Athéna, 4 quasiment réservés aux étudiants de Lettres classiques (dont j’étais), et elles étaient de la Sorbonne ! Je me rappelle avoir fait changer, chez le garagiste qui était mon voisin dans le bourg de Pleucadeuc (Morbihan), le moteur de ma déjà vieille 4L pour partir en Grèce avec mon jeune frère, en juillet 1977.
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Serge Meitinger Clicsprisen Gce dutemps des colonels
entés d’ajouts empruntés à un voyage ultérieur* avec un gros clin d’œil à Georges Pérec
* Ces ajouts apparaîtront en italiques.
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 Jeme rappelle que, le jour de notre départ en train de Paris, les journaux faisaient leurs titres sur la mort de François Mauriac (décédé la veille, er le 1septembre 1970). Esprit fort et mécréant aussien littérature, nourri de la vulgate gauchiste (j’avais tout juste dixneuf ans et je sortais de khâgne), jen’avais pas de respect particulier pour cette figure que je classais sans nuance ni analyse parmi les gaullistes rancis. Plusieurs des jeunes filles de notre groupe (où il y avait vingttrois filles pour deux garçons), grandes bourgeoises et membres passionnées de l’U.J. P.(Union des Jeunes pour le Progrès, bras juvénile du parti gaulliste), disaient leur désolation. Nous partions avec les voyages universitaires Athéna,
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quasiment réservés aux étudiants de Lettres classiques (dont j’étais), et elles étaient de la Sorbonne !  Jeme rappelle avoir fait changer, chez le garagiste qui était mon voisin dans le bourg de Pleucadeuc (Morbihan), le moteur de ma déjà vieille 4L pour partir en Grèce avec mon jeune frère, en juillet 1977. Ladite 4L m’accompagnera d’ailleurs jusqu’à Madagascar où elle a fini (où elle n’en finit de finir?) ses jours.  Jeme rappelle la gare de Milan, cette cathédrale mussolinienne, où nous attendîmes plusieurs heures le train pour Ancône qui avait du retard : ce que nous croyions savoir sur les trains italiens et sur l’Italie se confirmait déjà!
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 Jeme rappelle avoir traversé Trieste, l’aprèsmidi d’un dimanche gris, et tourné en rond sur de déroutantes rocades avant de trouver la voie vers la frontière afin de passer en Yougoslavie.  Jeme rappelle, de la traversée en ferry d’Ancône à Patras, un déjeuner où le plat principal de veau farci à la menthe nous parut indûmentbritish!  Jeme rappelle que, lors de notre traversée en voiture de la Yougoslavie sur des routes à géométrie variable et au profil plutôt mal assuré, nous passâmes notre première nuit en pleine forêt sous la pluie. Dormir à deux dans une 4L, ce n’était pas évident: nous grelottâmes une bonne
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partie de la nuit et nous nous éveillâmes bien courbaturés ! Le second soir, ce fut un motel de style soviétique, non loin de Skopje. Au restaurant l’on nous mit entre les mains une carte qui offrait une bonne centaine de plats dont les noms nous demeuraient impénétrables. Mais il n’y en avait que deux de disponibles : bifteck ou goulache !La poussière et les détritus étaient seulement poussés derrière le rideau de la chambre et, au dehors sous la fenêtre, s’étageaient des monceaux de bouteilles vides, noircies par l’humidité. Au matin, lors du départ, deux garçons sur le parking prétendaient avoir nettoyé le parebrise de la voiture et réclamaient leur salaire! Offusqué par cette manœuvre que j’estimais déloyale, je m’entêtai dans mon refus et nous démarrâmes sous leurs huées.
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 Jeme rappelle que, conduits en autocar de Patras à Athènes, nous découvrîmes pour la première fois, en passant l’isthme ou plutôt le canal de Corinthe, les énormes pancartes érigées par le régime des Colonels et qui disaient en lettres capitales: «Oui à la nation, Non au communisme ».Nos jeunes gaullistes « comprenaient», ne s’émouvaient guère de ce procédé exhibant pourtant les raisons d’une répression souvent féroce, approuvaient à mi mot. Un peu plus tard, à Athènes, nous vîmes des militaires chasser avec brusquerie un groupe de jeunes gens installés à l’ombre, à la terrasse d’un café, pour prendre leur place: cela révélait un rapport de force que nul n’osait contester.
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 Jeme rappelle que, descendant enfin, après plus de deux longues journées, de la Yougoslavie vers la Grèce par une impressionnante route en lacets, nous éprouvâmes un vrai soulagement à atteindre la frontière où nous (re)découvrîmes avec amusement que la France, pour les Grecs, s’appelle toujours la Gaule. Jeme rappelle notre hôtel à Athènes, non loin de la place Omonia; je m’amusais à décrypter aux alentours, dans la chaleur encore moite de septembre, les enseignes des magasins et les inscriptions des panneaux comme des affiches, m’émerveillant naïvement d’être capable de les « déchiffrer» sans trop d’accrocs bien que je ne pusse les «lire »au sens complet du terme (ou de
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l’intérêt, limité sur le terrain, d’être «helléniste » quand on s’en tient au grec ancien).Je me rappelle qu’à Thessalonique, notre première étape grecque, nous fûmes tout aussi déboussolés qu’au motel de Skopje par le menu d’un snack où nous souhaitions nous restaurer. Nous nous décidâmes quasiment au hasard et fûmes déçus. Nous ne le sûmes qu’un peu plus tard :dans les restaurants grecs, il est souvent possible d’aller choisir ses plats en cuisine parmi les poêles et faitouts.  Jeme rappelle, sur les places publiques d’Athènes, les cireurs de chaussures vendeurs de billets de loterie. Ceuxci accrochés tout le long d’une perche comme autant de feuilles prêtes à
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