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rencontre comprendre Emmanuel Faber UN TEMPS POUR « Je veux réconcilier le business et le social» Prodige de la haute finance,il est devenu le numéro du groupe Danone.Au cœur de cette multinationale, Emmanuel Faber veut faire passer autre chose :restituer la dimension humaine de l’économie par temps de crise. et l’obsession de la rencontre,ceEntre le CAC passionné d’alpinisme avance sur un chemin de crête. 4 → N°6740 →2 février 2012 RECUEILLI PARCHRISTOPHE HENNING PHOTOSÉRIC GARAULT ous êtes viceprésident de Danone, un groupe international florissant. Alors que la crise dnmeoi elm e iqçqouuin ese, :s jt’Va alpia r bèrese alvauitcnioogtun p.a Jnpesl udnsae dnvse a liqes u pemsaotsin oddnoes n éqncueoer- sévit, croire à l’économie, n’est-ce pas une provocation ? C’ , l’état du monde aujourd’hui est préoccupant, mais la crise provient de ce que nous avons perdu le sens premier de l’éconode certitudes. Mais je crois que nous pouvons vivre l’économie autrement. Avec Danone, vous vous êtes lancé au Bangladesh dans une réalisation bien différente des investissements habituels… : payer au maximum L les petits producteurs de lait, tout en embauchant le plus de monde possible, pour vendre un yaourt très nutritif le moins cher possible. C’est tout le contraire de la course au profit!
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EmmanuelFaber UN TEMPS POUR «Jeveux réconcilier le business et le social » Prodige de la haute finance, il est devenu le numéro  du groupe Danone. Au cœur de cette multinationale, Emmanuel Faber veut faire passer autre chose :resti-tuer la dimension humaine de l’économie par temps de crise. et l’obsession de la rencontre, ceEntre le CAC passionné d’alpinisme avance sur un chemin de crête.
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N°67402 février 2012
RECUEILLI PARCHRISTOPHE HENNING PHOTOSÉRIC GARAULT ousêtes vice-président de Dano-ne, un groupe inter-national florissant. Alors que la crise dnmeoielmeiqçqouuinese,:sjtVaalpiarbèresealvauitcnioogtunp.aJnpesludnsaednvsealiqesupemsaotsinoddnoesnéqncueoer-sévit, croire à l’éco-nomie, n’est-ce pas une provocation ? C’ , l’état du monde aujourd’hui est préoccupant, mais la crise provient de ce que nous avons perdu le sens premier de l’écono-de certitudes. Mais je crois que nous pouvons vivre l’économie autrement.
Avec Danone, vous vous êtes lancé au Bangladesh dans une réalisation bien dif-férente des investissements habituels…     : payer au maximum L les petits producteurs de lait, tout en embau-chant le plus de monde possible, pour vendre un yaourt très nutritif le moins cher possible. C’est tout le contraire de la course au profit ! En 2005, Franck Riboud,président de Danone,a rencontré Muhammad Yunus, futur Prix Nobel de la paix en 2006, qui a inventé le microcrédit (1) avec la Grameen Bank, en 1983. Nous nous sommes mis d’accord en un week-end pour créer Grameen-Danone Foods, la première entreprise de « social business », dont les actionnaires ne prélèvent aucun dividende. La principale rémunération est une avancée sociale et humaine, et non pas une rentabilité financière.
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rencontre EMMANUEL FABER
Chacun est invité, moi le premier,à réfléchir à son rapport à l’argent
REPÈRES  :naissance à Grenoble (Isère).  :diplômé de l’école de Hautes études commerciales (HEC) de Paris.  :directeur à la banque Baring Brothers (Londres).  :entre à Danone.  :directeur général délégué.  :vice-président du conseil d’administration de Danone.
*Chemins de traverse. Vivre l’écono-mie autrement, d’Emmanuel Faber, Éd. Albin Michel, 222 p. ; 18 €.
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C’est séduisant, mais un peu utopique…     ! Pas seulement au E Bangladesh.Il faut réconcilier l’économie et le social. Ils sont indissociables car ils sont le revers d’une même médaille.Entre le « social business »et le capitalisme hyper financier, on peut inven-ter une infinité de réglages du « vivre ensemble » qu’est l’économie.
Mais la crise est bien là. Les idéaux peuvent-ils y résister ? ’     coupée du L monde. Elle agit avec diérents acteurs, four-nisseurs, sous-traitants, vendeurs, consomma-teurs… Notre destin est lié. C’est dans ce sensque nous avons lancé, en 2009, un fonds de dota-tion pour la protection des emplois découlant de l’activité de Danone. Des producteurs de lait de Normandie aux petits revendeurs d’Indonésie, l’activité de 500 000 personnes dépend du travail des 100 000 salariés de Danone. Sur les bénéfices de l’année écoulée, nous avons prélevé 100 mil-lions d’euros pour renforcer l’écosystème autour de notre groupe. En deux ans, 35 000 emplois ont déjà été consolidés.C’est une décision prise par le conseil d’administration de l’entreprise,à laquelle 98 % des actionnaires ont donné leur accord.
Promoteur d’une économie diérente, vous n’hésitez pas à vous confronter aux altermondialistes. Que pouvez-vous partager avec ces opposants au capita-lisme et au système libéral ?    à la fécondidé du dia-J logue. Je me suis longtemps promené avec le manifeste d’Attac (2) dans mon sac à dos, même en montagne.J’y trouve des choses justes.Si je ne suis pas d’accord sur tout, je reprends volontiers leur slogan à mon compte : « Un autre monde est possible. » Chico Whitaker, le fondateur du forum de Porto Alegre, m’a invité à Belém en 2009. Au même moment, Franck Riboud était, à l’invitation de Muhammad Yunus, du côté des décideurs économiques et politiques interna-tionaux au Forum de Davos : nous échangions des SMS. J’étais sans doute le seul patron d’une multinationale au milieu des altermondialistes,
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etledialogue na pasétéfacile…C’estle prixàpayer pour rencontrer l’autre et ne pas se com-plaire dans des illusions.
Peut-être n’êtes-vous pas du même monde ? Vous le dites vous-même : « Le pouvoir et l’argent rendent fous ceux qui les servent. »  ’   que les dirigeants qui sont mena-I cés par le pouvoir et l’argent. Chacun est invi-té, moi le premier, à réfléchir à son rapport à l’argent. Jusqu’où en suis-je maître, et à partir de quand devient-il mon maître ?
Vous gagnez plusieurs millions d’euros par an. Mais comprenez-vous combien les salaires mirobolants des grands diri-geants peuvent paraître choquants ? , ’  . La loi du marché a O fixé la rétribution de mes services. Mais cela ne me dédouane pas d’une réflexion sur la jus-
Cidessous:chezsonéditeurAlbin Michel, à Paris, Emmanuel Faber reçoit notre journaliste Christophe Henning.
tesse de ce « prix ».Je gagne aujourd’hui bien plus d’argent que ce dont j’ai besoin.Qu’est-ce que j’en fais ? Ma réponse est personnelle.Notre rapport à l’argent est une question permanente.Si je n’en ai pas conscience,mes besoins vont s’accroître,donc il faut mettre des garde-fous dans sa vie.
Qu’est-ce qui, concrètement, vous préserve de l’emprise de l’argent ? ’ ’ eectivement pas tout. Je me L sens proche des personnes fragiles, et pasdu tout des puissants. Je recherche en perma-mence, en dehors de ma vie professionnelle, des expériences, des moments, des rencontres sim-ples qui viennent me nourrir. À l’âge de 20 ans, j’ai luLa cité de la joiequi racontait la vie d’un bidonville en Inde (3). J’ai passé huit jours dans un mouroir de Mère Teresa, il y a une dizaine d’années : ce que j’ai reçu en rencontrant ces personnes dans un total dénuement m’a pro-fondément marqué. Plus récemment, pendant deux ans,je suis allé chaque vendredi après-midi dans un service de soins palliatifs. Au contact de ces personnes, on approche de la vérité de tout homme. Ce sont des instants dont la gratuité renferme une incroyable richesse.
À  ans, vous faites une expérience quasi mystique. Sur une piste de ski, vous êtes saisi par l’éclat d’un rayon de soleil, et vous écrivez : « Je ne me suis jamais tant approché du bonheur qu’en ce matin éblouissant de mars. » Qu’en reste-t-il ?     avec les cristaux de neige pris L par la lumière du matin : je me suis trouvé gagné par un irrésistible émerveillement, un sentiment de plénitude. C’était à la fois une joie profonde, la perception aiguë d’être vivant et le sentiment d’être relié à l’Univers, peut-être
au divin. J’ai crié. Je reste marqué par cet ins-tant pour toute ma vie.
Vous êtes catholique, vous évoquez volontiers votre foi…    dans une famille catholique. J’ai été J très marqué par la venue de Jean-Paul II au Parc des Princes,en 1980.Mais beaucoup d’événe-ments ont chahuté ma foi après mon adolescence. Il a fallu plusieurs années pour la retrouver lors d’une retraite au Foyer de charité de La Flatière (Haute-Savoie), en pleine montagne. J’ai renoué avec l’espérance.Ma foi s’est incarnée simplement dans la vie de paroisse, la découverte de la règle de saint Benoît, le monastère de Ganagobie ou le Carmel, et surtout, Assise et François.
Raconter votre parcours dans un livre, Chemins de traverse*vous démar-, c’est quer du monde économique : est-ce une profession de foi ou une confession ?   -. Ce n’est ni un livre de L recettes financières, ni une boîte à outils de management : j’essaie de poser les questions d’aujourd’hui à partir de mon propre parcours… Partager mes doutes, mes espoirs, mes envies. Prendre ensemble un chemin de traverse pour ouvrir de nouvelles voies !
(1) Professeur d’économie, Muhammad Yunus a organisé le prêt de petites sommes d’argent à des personnes pauvres pour créer de activités artisanales. 2,4 millions d’emprunteurs ont eu recours à la Grameen Bank. (2) Attac, mouvement international altermondialiste, créé en France en 1998, qui milite pour la reconquête des décisions par les citoyens et contre l’emprise des marchés financiers. (3)La cité de la joie, de Dominique Lapierre, Éd. Robert Laont, 1985.
En prté Rencontre chez l’éditeur : fine barbe grisonnante et chemise blanche, Emmanuel Faber joue avec son BlackBerry, mais ne l’allumera pas une fois. Lui qui, chaque année, fait plusieurs fois le tour du monde pour gérer des milliards d’euros et des milliers d’emplois n’aime rien tant que se poser, entamer la discussion. Le regard bleu, lumineux, il cherche le mot juste, ne se départit pas d’une parfaite maîtrise. Emmanuel Faber s’enthousiasme aussi bien pour le « social business » que pour la figure de François d’Assise. Le négociateur redoutable, grand patron inflexible, se révèle être aussi un militant du partage, un chrétien convaincu, un homme en marche.
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