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Du territoire au laboratoire : la statistique au XIXe siècle - Numéro 81-82 - juin 1997

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9 pages
La production des connaissances scientifiques nécessite une concentration de moyens, humains et matériels, dans un lieu spécialisé, dévolu à la science et clairement distinct du reste du monde : le laboratoire. Des objets ou des observations ont été auparavant prélevés ailleurs, transportés puis rassemblés, combinés et transformés en d’autres objets, selon des méthodes spécifiques. La météorologie est un exemple de ce processus d’observation décentralisé, de déplacement et de calcul centralisé à des fins de prévision. De ce point de vue, le laboratoire est un lieu particulier dans lequel l’ensemble d’un territoire, national ou mondial, est représenté par des moyens ad hoc, de même que l’Assemblée nationale rassemble les représentants élus de toute la France. Aujourd’hui, la société française, sa démographie, son économie, sa vie politique et administrative, sont décrites sans relâche, par des statistiques, des tableaux de nombres, des graphiques et des cartes thématiques illustrant tous ces aspects. De grandes institutions publiques, comme l’Insee ou l’Ined, consacrent de lourds moyens à rassembler des informations sur tout le territoire, puis à les agréger et à les traiter, dans des bureaux, des ateliers de chiffrement, des ordinateurs, des supports informatiques et des publications variées. L’histoire de la statistique publique peut-être lue comme celle de la progressive construction d’une information , issue du territoire mais de plus en plus détachée de lui, comme déterritorialisée et concentrée dans des lieux et dans des langages spécialisés, autonomes et comparables aux laboratoires des sciences de la nature.
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