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La structure de l'économie bretonne explique largement le faible niveau du salaire (Octant n° 82)

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Le salaire moyen des Bretons est parmi les plus faibles. Le tissu économique et le type d'entreprises implantées en Bretagne expliquent en grande partie ce niveau. La comparaison, à structure égale, de la Bretagne et de l'ensemble des autres régions de province permet de dire que l'effet régional est quasi nul. Il subsiste cependant, toutes choses égales par ailleurs, un petit effet négatif dans le secteur industriel breton.
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Salaires
La structure de l’économie
bretonne explique largement
le faible niveau du salaire
moyen
Le salaire moyen des Bretons est parmi les plus faibles. Le tissu
économique et le type d’entreprises implantées en Bretagne
expliquent en grande partie ce niveau. La comparaison,
à structure égale, de la Bretagne et de l’ensemble des autres
régions de province permet de dire que l’effet régional est
quasi nul. Il subsiste cependant, toutes choses égales par
ailleurs, un petit effet négatif dans le secteur industriel breton.
vec 9 000 F nets par mois en Ce sont les caractéristiques du En revanche, dans l’industrie, leAmoyenne en 1997, la Bretagne se secteur industriel breton qui expliquent salaire net moyen s’établità8900Fpar
place à l’avant-dernier rang des régions le classement de la Bretagne, par le jeu mois, soit 1 800 F de moins que la
françaises, en termes de salaires combiné du type d’activités implantées moyenne nationale et 1 000 F de moins
moyens. Les provinciaux les moins bien et de la structure salariale qui leur que la moyenne de province,
payés sont les Bas-Normands, les mieux correspond. l’Ile-de-France présentant une valeur ex- sont les Rhônalpins. Les salariés trême de 14 300 F. Le faible poids dans
du Bassin parisien perçoivent en l’industrie bretonne des postes d’enca-
moyenne plus de 12 600 F : la diffé- Des secteurs industriels peu drement - plus rémunérateurs - justifie
rence est deux fois plus importante pour l’essentiel, ce niveau de salaire :rémunérateurs
entre l’Île-de-France et la région ainsi, le taux d’encadrement est voisinen Bretagne
Rhône-Alpes qu’entre Rhône-Alpes et la de 21 % alors qu’il dépasse 27 % sur
Basse-Normandie, région la moins bien l’ensemble des régions et qu’il atteint
classée (2 700 F contre 1 050 F). La forte Les salaires bretons du semi-pu- 38 % en région PACA. Néanmoins, les
implantation en Île-de-France, de sièges cadres bretons gagnent 530 F de moinsblic (collectivités territoriales, établisse-
d’entreprises et la grande concentration ments hospitaliers, grandes entreprises en moyenne que les autres cadres et les
d’activités à haute valeur ajoutée expli- ouvriers sont classés derniers à égaliténationales...) se situent tout à fait dans la
quent cet écart. La différence de salaire moyenne nationale. avec les Corses.
moyen dépasse 1 300 F entre la Bre- Dans l’industrie cependant, lesDans la construction, le commerce
tagne et le reste de la France mais n’est ou les services, l’écart à la moyenne de différentes branches ne distribuent pas
plus que de 500 F lorsque l’on consi- toutes le même salaire. C’est dans lesla France de province est légèrement dé-
dère seulement le reste de la province, favorable à la Bretagne. Il oscille entre IAA* que le salaire moyen mensuel est le
soit 5 % de moins. 200 et 300 F par mois. * IAA : industries agro-alimentaires.
20 Octant n° 82 - Juin 2000Salaires
Salaires nets moyens mensuels
par région en 1997
Île-de-France 12 635
Rhône-Alpes 9 940
Alsace 9 760
Provence-Alpes-Côte-d’Azur 9 750Salaires nets
Haute-Normandie 9 735
mensuels moyens Midi-Pyrénées 9 550
Nord-Pas-de-Calais 9 410en 1997
Picardie 9 400
Centre 9 395
Lorraine 9 320
Aquitaine 9 300
12 600 - 12 700 Champagne-Ardenne
Franche-Comté 9 2309 600 - 9 950
Corse 9 2209 300 - 9 600
Bourgogne 9 2059 100 - 9 300
8 880 - 9 100 Source : DADS 1997 © IGN - INSEE Pays de la Loire 9 170
Languedoc-Roussillon 9 135Champ : salariés du secteur privé et semi-public.
Poitou-Charentes 9 095
Auvergne 9 070
Limousin 9 005
Bretagne 8 990
plus bas (8 600 F en moyenne pour la La production de viandes de vo- Basse-Normandie 8 890
France de province) et c’est en Bretagne laille, secteur spécifique de la Bretagne,
Moyenne Franceque l’on trouve le plus grand nombre et propose un salaire moyen qui n’atteint
de province 9 430la plus forte proportion de ces entrepri- pas 6 700 F. La région des Pays de la
ses : 40 % des postes de l’industrie bre- Loire, où le poids de ce même secteur 10 255
tonne se situent dans les IAA, contre seu- est sensiblement identique, affiche une
lement 16 % sur l’ensemble du territoire rémunération supérieure de près de
hors Ile-de-France. En outre, la composi- 800 F (soit 11 % de plus). La part des ou-
tion salariale de ces entreprises est parti- vriers non qualifiés explique cette diffé-
culièrement peu favorable en Bretagne, rence : elle vaut 78 % en Bretagne soit
puisque la part des ouvriers non qualifiés 10 points de plus que notre voisine, qui
- les moins bien rémunérés - atteint 46 % emploie plus de personnel qualifié et frais -autre activité très présente en Bre-
alors qu’elle vaut 32 % dans l’ensemble d’employés administratifs dans ce type tagne - est tout à fait semblable à celui
des industries agro-alimentaires du reste d’entreprises. des autres régions concernées par cette
de la France. Ainsi, le salaire net moyen activité.
dans les IAA bretonnes s’établit à moins Au contraire, le salaire moyen
de 7 900 F par mois. dans la fabrication de lait et de produits La Bretagne est également en re-
trait pour d’autres filières industrielles,
comme celle des biens intermédiaires
(produits minéraux, bois, papier...) ou
celle de l’automobile. Mais le poids de
Salaires nets mensuels moyens par secteur d’activité en 1997 ces filières ne dépasse pas les valeurs
(selon la nomenclature en 16 postes) moyennes ; il est même très inférieur
dans le cas des biens intermédiaires. Il
Services aux particuliers influence donc peu la hauteur du salaire
moyen.Pêche
Ensemble
Commerce
Dans la pêche, le salaire horaire
Industries agricoles et alimentaires tire le salaire moyen breton vers le bas
Construction (calculé sur la base de 169 heures par
mois). Or, la situation est particulièreTransports
dans la mesure où le nombre d’heuresActivités immobilières
travaillées est supérieur à celui des au-
Administration
tres secteurs (49 heures en moyenne au
Industries des biens de consommation lieu de 39) : le salaire horaire moyen est
Éducation, santé, action sociale plus faible (50 F pour une moyenne de
56 F environ tous secteurs condondus),Services aux entreprises
mais le salaire mensuel réel perçuIndustries des biens intermédiaires
tourne autour de 10 500 F.
Industrie automobile
Industries des biens d'équipement Enfin, le caractère touristique
Activites financières de la Bretagne induit un poids impor-
tant d’employés dans les hôtels-res-Énergie
taurants, secteur versant, après les ser-
0 2000 4000 6000 8000 10 000 12 000
vices personnels, les plus faibles
Champ : France de province. Source : INSEE - DADS rémunérations.
Octant n° 82 - Juin 2000 21Salaires
Salaires nets mensuels moyens par secteur d’activité en 1997 (selon la nomenclature en 36 postes)
Agriculture, sylviculture, pêche Construction8 060 8 935
Industries agricoles et alimentaires Commerce8 615
Industries des biens de consommation Commerce et réparation automobile 8 518
Habillement, cuir Commerce de gros7 466 9 906
Édition, imprimerie, reproduction Commerce de détail et réparations10 508 7 689
Pharmacie, parfumerie et entretien Transports11 723 8 947
Industries des équipements du foyer Activités financières8 954 12 210
Industrie automobile Activités immobilières10 068 9 079
Industries des biens d’équipement Services aux entreprises
Construction navale, aéronautique et ferroviaire Postes et télécommunications12 341 10 565
Industries des équipements mécaniques Conseils et assistance10 051 11 773
Industries des équip. électriques et électroniques Services opérationnels11 130 7 614
Industries des biens intermédiaires Recherche et développement 14 051
Industries des produits minéraux Services aux particuliers9 638
Industrie textile Hôtels et restaurants8 367 6 910
Industries du bois et du papier Activités récréatives, culturelles et sportives9 318 10 571
Chimie, caoutchouc, plastiques Services personnels et domestiques10 735 6 653
Métallurgie et transformation des métaux Éducation9 792 9 884
Ind. des composants électriques et électroniques Santé et action sociale10 081 9 547
Énergie Administration publique 9 346
Production de combustibles et carburants Activités associatives et extra-territoriales13 932 9 244
Eau, gaz, électricité Ensemble12 676 9 430
Champ : France de province. Source : INSEE - DADS 1997
celui des industries des équipements disparaître cet effet de structure pourUne exception,
électriques (39 % contre 30 % en permettre une réelle comparaison desla téléphonie
moyenne), dans l’habillement-cuir ou régions entre elles en mettant en évi-
l’éducation... dence l’effet résiduel, positif ou négatif
par rapport au problème posé. L’ana-L’industrie des biens d’équipe-
ments est le seul grand secteur industriel La part des jeunes est aussi plus lyse ’’toutes choses égales par ailleurs’’
élevée qu’au niveau national : un quart éclaire l’étude, ordonne les facteurs ex-à présenter un salaire moyen breton
proche de la moyenne française. En ef- des emplois est occupé par des moins plicatifs du salaire en classant notam-
de 25 ans, contre 22 % France entière. ment les régions françaises selon le ni-fet, une des forces de l’économie bre-
tonne réside dans l’industrie des équipe- veau de salaire décroissant.
Or, ces deux catégories perçoi-ments électriques et électroniques (et
plus particulièrement dans la fabrication vent traditionnellement de plus faibles
rémunérations.d’appareils de téléphonie). Cette Un “effet régional”
branche distribue des rémunérations quasi nul
De plus, la part des entreprisesd’un niveau élevé (11 100 F en moyenne
province), une grande partie de la individuelles, qui versent souvent des
salaires plus faibles, est supérieure à lamain-d’oeuvre étant qualifiée et le poids En tenant compte de la catégorie
des cadres se révélant important. En Bre- moyenne (40 % des établissements socio-professionnelle, de l’âge, du sexe,
contre 33 % dans l’ensemble des autrestagne, ce niveau est même supérieur du secteur d’activité, de la taille de l’en-
puisqu’il dépasse 11 400 F. régions de province). Ces proportions treprise employeuse, de la condition
s’expliquent par la présence des IAA, du d’emploi (temps complet, temps par-
commerce de détail et des hôtels-ca- tiel...) et du domaine d’emploi (entre-
fés-restaurants, secteurs employant tra- prise individuelle, société et quasi-so-Une structure de l’emploi
ditionnellement beaucoup de femmes ciété, grande entreprise nationale...),particulière
et de jeunes et se distingant souvent par autrement dit “toutes choses égales par
des entreprises de petite taille. ailleurs”, l’écart de salaire entre la Bre-
En dehors des facteurs économi- tagne d’une part, et les autres régions de
ques, mais de manière non indépen- province considérées dans leur en-
La nécessaire analysedante, la Bretagne présente également semble d’autre part, apparaît très faible
d’autres particularités qui jouent de fa- des différences de salaires (moins de 1 %).
çon négative sur le niveau de son salaire entre régions
moyen. C’est avant tout la catégorie pro-“toutes choses égales
fessionnelle (voir encadré page 27) qui
par ailleurs”En effet, la proportion d’emplois explique la majeure partie des différen-
féminins y est la plus forte, soit 47 % ces de rémunérations (70 %). L’âge suit,
contre 43 % pour l’ensemble des autres La structure du salariat et de l’ap- puis viennent l’activité économique, le
régions de province. Ce poids des fem- pareil productif influent grandement sur sexe, l’effectif salarié de l’entreprise et
mes est en effet une spécificité bre- le niveau moyen du salaire d’une ré- le domaine d’emploi (qui n’explique
tonne dans certains secteurs comme gion. Il est donc nécessaire de faire plus que 1 % du salaire)...
22 Octant n° 82 - Juin 2000Salaires
Position des régions par rapport à la Bretagne : écarts de salaires
observés et écarts de salaires calculés “toutes choses égales par ailleurs”
Rhône-Alpes
Alsace
Provence-Côte-d’Azur
Haute-Normandie
Midi-Pyrénées
Nord-Pas-de-Calais
Picardie
Centre
Lorraine
Aquitaine
Champagne-Ardenne
Franche-Comté
Corse
Bourgogne
Pays de la Loire
Languedoc-Roussillon
Poitou-Charentes Calculés toutes choses
Lecture : la région Rhône-Alpes présente un
Auvergne égales par ailleurs salaire moyen de 10,5 % supérieur à celui de
Limousin la région Bretagne ; toutes choses égales par
Bretagne Observés ailleurs, l’écart n’est plus que de 3 %.
Basse-Normandie
Champ : France de province.
- 2 0 2 4 6 8 10 12
Source : INSEE - DADS 1997
l’Auvergne et le Languedoc-Roussillon Toutes choses égales par ail-“Toutes choses égales
sont à égalité avec la Bretagne et la leurs, la production de viandes de bou-par ailleurs”, la position
Corse est en dessous. cherie verse des salaires plus bas en
de la Bretagne est meilleure
Bretagne que dans d’autres régions : en
Les industries agro-alimentaires Champagne-Ardennes, en Rhône-Alpes
Lorsqu’on analyse les différences bretonnes, versent des salaires plus bas et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’ef-
de rémunération de chaque région par que la moyenne. Hormis le Langue- fet résiduel est de + 5 %, en Alsace, il est
rapport au référentiel Bretagne, les doc-Roussillon et la Corse (avec respec- de+9%. Cette activité, concentrée
écarts largement positifs au départ, se tivement 1 % et 3,8 % de salaire en pour plus du quart en Bretagne, offre ce-
réduisent. Certains deviennent même moins), la différence des rémunérations pendant un salaire global équivalent à
négatifs comme dans le cas du Langue- entre la Bretagne et les autres régions est la moyenne France de province.
doc-Roussillon et du Limousin : à struc- toujours en défaveur de la première :
ture égale, ces deux régions distribuent 6,5 % de plus pour l’Alsace, 5 % pour Dans un autre secteur industriel
des salaires inférieurs, en moyenne, à la Champagne-Ardennes, 3,5 % pour comme celui de la production de vian-
ceux versés en Bretagne. Les régions les Pays de la Loire... Ces valeurs corres- des de volaille, le salaire breton reste
Rhône-Alpes, Haute-Normandie, Pi- pondent donc à un effet résiduel dû à également inférieur (- 9 % par rapport
cardie et Alsace, quant à elles, présen- des facteurs non intégrés au modèle qui aux Pays de la Loire).
tent un petit effet résiduel positif supé- peuvent être le diplôme, l’ancienneté
rieur à 2 %. dans le poste, l’attachement au pays, De même, pour les seuls ou-
mais aussi le coût de la vie ou d’autres vriers des IAA, il existe un effet négatif
facteurs (priorité souvent donnée au vo- Bretagne, puisque la grande majorité
lume d’emploi plutôt qu’au niveau de des autres régions distribuent de plusÀ structure égale, le secteur
salaire). fortes rémunérations, jusqu’à7%enindustriel en léger retrait
plus pour la région Champagne-Arden-
La mauvaise position de la ré- nes ou l’Alsace. Ce dernier constat
Néanmoins, quand on se can- gion se retrouve parfois dans une ana- prouve d’ailleurs qu’il existe un facteur
tonne au secteur industriel, le constat lyse plus fine des secteurs d’activité de relatif à « l’image de marque » des pro-
est un peu moins bon. Toutes choses ces industries. Les boulangeries-pâtisse- duits fabriqués (ici le champagne et le
égales par ailleurs, les salaires dans ries bretonnes, par exemple, distribuent vin) qui entrent certainement en jeu
l’industrie conservent un léger déficit des salaires qui sont toujours inférieurs dans le niveau de la rémunération. À
en Bretagne : l’écart global entre l’en- à ceux du même type d’entreprise des l’inverse, la majeure partie des produits
semble des autres régions de province autres régions, et qui le restent - dans fabriqués en Bretagne sont des ali-
et la Bretagne se situe autour de 3 %. La une moindre mesure - en tenant compte ments de base qui ne dégagent pas de
Haute-Normandie, verse en moyenne des critères précédemment cités (caté- forte valeur ajoutée.
8 % de salaire en plus à ses salariés, la gorie professionnelle, âge, sexe et
Basse-Normandie, le Limousin, condition d’emploi...).
Octant n° 82 - Juin 2000 23Salaires
Les spécificités de
* Lecture : en Bretagne, en Basse-Normandie ou en Pays de la Loire, la part de l’ensemble “Pêche et IAA” représente entre 4,5
et 9 % de l’économie locale en termes d’emplois.
Pour comprendre ces résultats
Champ de l’étude : salariés tra- Les données utilisées sont issues Selon la définition légale appliquée
vaillant sur le territoire métropoli- des fichiers DADS (Déclaration dans les DADS, un salarié qui travaille
tain, dans le secteur privé et le Annuelle de Données Sociales), formu- au moins 80 % de l’horaire légal est
semi-public (grandes entreprises na- laire commun aux services fiscaux et à considéré à temps complet.
tionales, collectivités territoriales, certains organismes sociaux, rempli
établissements hospitaliers, Sécurité par tout employeur, et qui contient Les salaires nets comprennent
sociale, ANPE, Assedic...) sauf agri- pour chaque salarié de l’entreprise, des les primes et congés payés et sont nets
culture, sylviculture, organismes de caractéristiques d’état civil, la caté- de cotisations sociales, y compris CSG
l’Etat, services domestiques, activi- gorie socio-professionnelle, les pério- et RDS. Le salaire mensuel moyen est
tés extra-territoriales. des d’emploi et les rémunérations. obtenu en divisant la masse salariale
24 Octant n° 82 - Juin 2000Salaires
l’emploi du Grand Ouest
Outre le salaire moyen, d’autres facteurs permettent Enfin, la Bretagne se distingue des autres régions de
de réunir la Bretagne, la Basse-Normandie et les Pays de l’ouest par le poids élevé des postes de salariés dans les hô-
Loire dans un Grand-Ouest assez homogène. En effet, cet tels-restaurants et dans le commerce de détail. Ces secteurs
espace se différencie du reste du territoire français par plu- économiques versent les plus faibles rémunérations.
sieurs types d’activité et certaines particularités du salariat.
En Bretagne et Pays de la Loire, le poids des moins
En premier lieu, la pêche évidemment, dont les em- de 25 ans, - les moins bien payés - dépasse les 25 %. En
plois se répartissent pour moitié en Bretagne, et respective- Basse-Normandie, la part est plus faible mais approche des
ment pour 16, 13 et8%en Basse-Normandie, Poitou-Cha- 24 %. Ces activités sont aussi très représentées dans le
rentes et dans les Pays de la Loire. Sud-Est de la France sans pour autant présenter de faibles
salaires. Le salariat y est différent : la part des jeunes, par
Les industries agro-alimentaires sont l’autre secteur exemple, n’y est pas remarquable.
facteur de rapprochement des régions du Grand Ouest : el-
les concentrent de 4,8 % à plus de 8 % des emplois selon
les régions, alors que la moyenne nationale est à 3 %.
Une autre particularité de l’Ouest se trouve dans la Enfin, la part des femmes dans le salariat place la
plus forte part des emplois de l’éducation, santé et action Bretagne à la première position en termes d’activité fémi-
sociale : surtout en ce qui concerne la Bretagne et la nine, loin devant les autres régions puisque les suivantes -
Basse-Normandie pour l’action sociale d’une part, la Bre- le Limousin, le Languedoc-Roussillon et l’Aquitaine - sont
tagne et les Pays de la Loire pour l’éducation, d’autre part. à 2 points en dessous.
totale par le nombre total d’heures tra-
vaillées dans l’année, et en ramenant
ce salaire horaire moyen sur la base
de 169 heures par mois. Pour en savoir plus
- “Les salaires bretons en 1996” - Octant hors série -
Décembre 1998.
- “Les salaires en 1997” - Flash d’Octant n° 41 -
Décembre 1999.
Octant n° 82 - Juin 2000 25Salaires
Méthodologie
L’analyse « toutes choses égales par ailleurs » repose Ainsi, si le coefficient de la modalité “homme” du facteur
sur l’analyse de la variance multiple. Cette méthode calcule “sexe” est de 0,12, on pourra dire que, toutes choses égales
la variance empirique totale du salaire observé et la répartit par ailleurs, les hommes reçoivent un salaire moyen supé-
en “inter-groupe” et en variance “intra-groupe”, le rieur de 12 % à celui des femmes (au log près).
groupe étant défini par rapport à une variable explicative
(sexe, âge...).
Les variables explicatives et leurs contributions
La première variance peut s’assimiler à la somme des respectives au modèle
écarts - élevés au carré - entre la valeur moyenne du salaire
dans une catégorie donnée (les cadres ou les femmes par
exemple) et la moyenne globale du salaire sur l’ensemble de Dans la plupart des cas, les variables explicatives re-
la population. Elle peut être décomposée en plusieurs va- tenues sont corrélées entre elles ; la mesure de l’effet propre
leurs, chacune relative à une variable du modèle. L’impor- de chacune est alors délicate, chaque facteur apportant des
tance de ces valeurs détermine l’importance des facteurs les informations qui peuvent se retrouver dans un autre facteur.
uns par rapport aux autres. Il existe néanmoins des méthodes pour essayer d’isoler cet
effet propre. Elles consistent à décomposer la variance in-
La deuxième peut s’assimiler à la somme des écarts - ter-groupes du modèle en différents termes, chacun relatif à
élevés au carré - entre la valeur observée du salaire pour leur contribution : pour mesurer par exemple l’effet de la ré-
chaque individu d’une catégorie donnée et le moyen gion, on calcule dans un premier temps la variance du mo-
de cette catégorie. dèle sans ce critère mais avec tous les autres, et dans un
deuxième temps, la variance du modèle avec tous les critè-
Le modèle cherchant à expliquer le salaire par diffé- res ; la différence constitue la contribution du facteur “ré-
rents facteurs attribue un coefficient à chaque modalité de gion” à la somme des carrés du modèle. En répétant ce cal-
chaque facteur. Cette valeur est à relier à la de ré- cul pour toutes les variables, on peut les ordonner selon leur
férence du facteur et permet d’établir un rapport de salaire. importance dans l’explication du niveau de salaire.
Contribution à la variance (en %)
La catégorie socio-professionnelle 70,0
16,4L’âge
4,3L’activité économique de l’établissement employeur
3,9Le sexe
2,4La taille de l’établissement employeur
1,5Le domaine d’emploi *
1,0La condition d’emploi **
0,3La région (hors Île-de-France)
* entreprise individuelle, sociétés et quasi-sociétés, grandes entreprises nationales, collectivités territoriales,
établissements hospitaliers, associations.
** temps complet, temps partiel, intermittents.
L’écriture du modèle Remarque
Log(salaire) = K + a1. cs1 + a2.cs2 + ....+ b1.act1 + Toutes les modalités de chaque variable utilisée dans
b2 .act2 + ... + r1.reg1 + r2.reg2 + ....... + R21.reg21* le modèle ne sont pas répertoriées dans le tableau ci-des-
sous. Par exemple, la variable “activité économique” qui a
Le salaire suivant une loi Log-normale, il est plus ap- été introduite possède environ 200 modalités (notion de
proprié de prendre, pour déterminer les critères qui le déter- groupe) pour améliorer le modèle et décrire au mieux les
minent, le Log du salaire plutôt que le salaire lui-même. On spécificités de chaque région. On a détaillé ici l’activité en
passe alors d’un modèle multiplicatif à un modèle additif, 36 postes seulement. La catégorie socio-professionnelle, dé-
plus facile à écrire et à interpréter. clinée en 15 postes dans le modèle l’est en 5 postes seule-
ment dans le tableau. Mais on ne peut évidemment pas lister
* cs1 = 1ère modalité de la catégorie socio-professionnelle ;
les coefficients de toutes ces modalités, dont beaucoup sont
: act1 = 1ère modalité de l’activité économique ;
d’ailleurs, non significatifs.: reg1 = 1ère modalité de la variable région.
26 Octant n° 82 - Juin 2000Salaires
différemment avec l’âge, et selon que l’on est une femme ouLes limites
un homme.
Certaines interactions entre variables n’ont pas été D’autres facteurs qui influent certainement sur le sa-
introduites dans le modèle, afin d’en optimiser l’interpré- laire n’ont pu être étudiés, ne figurant pas dans les fichiers
tation. Il s’agit par exemple du croisement sexe X âge, qui disponibles, comme par exemple le diplôme ou l’ancienne-
joue dans la mesure où les salaires augmentent té dans le poste.
Les résultats : signes des coefficients relatifs à chaque modalité de chaque facteur
Catégorie socio-professionnelle Activité économique
Cadres et chefs d’entreprise +++ Agriculture, sylviculture, pêche ns
Professions intermédiaires ++ Industries agricoles et alimentaires référence
Employés + Habillement, cuir -
Ouvriers référence Édition, imprimerie, reproduction +
Pharmacie, parfumerie et entretien +
Industries des équipements du foyer ns
Âge Industrie automobile +
Construction navale, aéronautique et ferroviaire +
moins de 20 ans - - Industries des équipements meécaniques +
de 21 à 25 ans - - Industries des équip. électriques et électroniques +
de 26 à 30 ans - Industries des produits minéraux +
de 31 à 35 ans - Industrie textile -
de 36 à 40 ans - Industries du bois et du papier +
de 41 à 45 ans référence Chimie, caoutchouc, plastiques +
de 46 à 50 ans + Métallurgie et transformation des métaux +
de 51 à 55 ans + Ind. des composants électriques et électroniques +
plus de 55 ans + Production de combustibles et carburants ++
Eau, gaz, électricite +
Construction +
Sexe Commerce et réparation automobile -
Commerce de gros 0
Femme - Commerce de détail et réparations -
Homme rérérence Transports 0
Activités financières +
Activités immobilières -
Taille de l’entreprise Postes et télécommunications -
Conseils et assistance -
1 à 4 postes - - Services opérationnels -
5 à 9 postes - Recherche et développement ns
10 à 19 postes - Hôtels et restaurants -
20 à 49 postes - Activités récréatives, culturelles et sportives +
50 à 99 postes - Services personnels et domestiques -
100 à 199 postes - Éducation +
200 à 499 postes rérérence Santé et action sociale -
500 à 999 postes + Administration publique ns
1 000 postes et plus + Activités associatives et extra-territoriales +
Domaine d’emploi ns : non significatif
Entreprise individuelle -
Société et quasi-société référence
Collectivités territoriales -
Grande entreprise nationale +
Établissement hospitalier +
Association -
Lecture : le nombre de signes (+ ou -) donne une indication sur
la valeur du coefficient par rapport à la modalité de référence :
Condition d’emploi toutes choses égales par ailleurs, le salaire des cadres est très
supérieur à celui des ouvriers ; le salaire des moins de 25 ans
Temps partiel 0 est très inférieur à celui des 41-45 ans ; le salaire des “temps
Temps complet référence partiels” (en équivalent temps complet) est semblable à celui
Intermittent + des “temps complets”.
Laurence LUONG
Octant n° 82 - Juin 2000 27

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