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Jacques Horaist
Les sociétés françaises de services et d'ingénierie en
informatique, historique et perspectives
In: Économie & prévision. Numéro 72, 1986-1. pp. 3-27.
Citer ce document / Cite this document :
Horaist Jacques. Les sociétés françaises de services et d'ingénierie en informatique, historique et perspectives. In: Économie &
prévision. Numéro 72, 1986-1. pp. 3-27.
doi : 10.3406/ecop.1986.4908
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecop_0249-4744_1986_num_72_1_4908Résumé
Les sociétés françaises de services et d'ingénierie en informatique, historique et perspectives,
par Jacques Horaist.
L'intérêt présenté par les sociétés françaises de services et d ingénierie en informatique (Ssn) tient
moins à leur part en chiffre d'affaires —modeste— dans l'activité nationale, qu'au dynamisme qu'elles
manifestent et aux enjeux de leurs activités. Elles constituent, à cet égard, un exemple significatif du
«tertiaire évolué» dont on attend une importance croissante, notamment pour les créations d'emploi.
Les progrès techniques, soutenus depuis 30 ans, permettent un abaissement continuel des coûts des
matériels, un extension considérable des équipements installés et, en conséquence, de la demande de
services. Jusqu'à maintenant, comme le montre la première partie de l'article, les Ssn françaises ont
construit leur développement sur les logiciels à façon et l'ingénierie, en s'appuyant sur leur créativité, les
résultats de leurs recherches, la qualité de leurs personnels et la maîtrise de leur financement. La
deuxième place mondiale qu elles ont acquise témoigne de leurs capacités et de la validité de leur
choix. Dans les années récentes, l'apparition d'une demande d'équipements et de logiciels de grandes
séries induit un processus d'industrialisation du logiciel les logiciels- produits, ou progiciels, connaissent
un succès grandissant en France, sous l'impulsion des sociétés américaines - constructeurs d
équipements principalement.
Plutôt que de s'engager entièrement dans cette production —un «nouveau métier»—, les Ssn
françaises préfèrent consolider leurs positions. Les perspectives de la demande, conditionnée par la
poursuite prévisible du progrès technique, laissent attendre un fort développement des applications à
façon, à fort contenu intellectuel, notamment dans le domaine de l'informatique en réseaux. Mais ce
développement sera inégal, du fait du poids des habitudes et des investissements passés, chez un
certain nombre d'usagers.
Pour en tirer bénéfice et conserver leurs avantages, les Ssn françaises devront contribuer à résoudre
les problèmes posés par la constitution d'un marché de dimension européenne, du financement de leur
recherche et de la formation des hommes, grâce à une coopération avec des publics et privés.
Abstract
French computer service and software engineering companies, background and outlook,
by Jacques Horaist.
The importance of the French computer service and software engineering companies lies not in their
percentage of the national turnover, which is modest, but rather in their dynamic outlook and in the
impact of their activities. In this respect they are a fine example of the "developed tertiary sector" in
which much hope is stored, particularly with regard to generating employment.
The technological progress which has been maintained over the last thirty years has meant that costs of
equipments have been kept down, with the result that companies can afford to install more and more
hardware and consequently increase their need for services. To date, as is demontrasted in the first part
of the article, the French computer service companies owe their development mainly to software
engineering and userdesigned software based on their creativity, the fruits of their research, the quality
of their staff and sound financial management. The fact that they have come to occupy the number two
place on the world market is proof of their ability and of the soundness of their approach In recent years,
the increasing demand for mass produced hardware and software has led to the industrialization of
software production. The new software products are faring very well in France under the driving force of
Amercan companies-mainly the hardware producers themselves. The text goes on to point ou that,
rather than jumping headlong into this type of production, which involves new business methods, the
French computer service companies prefer to consolidate their position. The outlook for demand, taking
into consideration foreseeable technological advances, seems to point to a strong trend towards
customdesigned applications, with a high intellectual content, particularly in the realm of the dataprocessing networks. But such development will be irregular because of force of habit and the desire
among certain users to get the most out of their past investments.
If they are to make the most of the situation and maintain their lead, the French computer service and
software engineering companies will have, in conjunction with their public or private partners, to find a
way round the problems of setting up a market on the European scale, financing their research and
training their staff.sociétés françaises de services Les
et d'ingénierie en informatique,
historique et perspectives
Jacques Horaist
chargé de mission
au bureau des services et du commerce de la Direction de la prévision
Les services prennent une place de plus en plus importante dans l'économie moderne. Cepen
dant, leur étude est très en retard par rapport à celle de l'industrie, si bien que ce phénomène
complexe mais essentiel dans l'évolution de nos sociétés paraît insuffisamment analysé et
compris. Il est vrai que des concepts comme «production en volume», «productivité» qui
s'adaptent correctement à la fabrication des biens matériels sont d'application moins claire
-voire dans certains cas impossible- dans ce nouveau domaine. Déplus, les services sont mult
iples et se prêtent mal à des travaux globaux : ceci explique en partie le retard que leur ana
lyse a pris par rapport à bien d'autres secteurs ; un travail important et détaillé est nécessaire
pour avancer de manière significative.
L'article qui suit, consacré aux sociétés de services et d'ingénierie en informatique, présente
trois avantages :
le niveau où il se situe est assez fin pour permettre leur étude et celle de leur évolution,
l'imbrication étroite entre leurs activités et celles de l'industrie peut être bien mise en évi
dence,
le domaine touché est actuellement d'importance stratégique et soumis à de profondes mutat
ions tant à l'amont qu'à l'intérieur des services rendus.
C'est ainsi que les sociétés françaises, qui ont acquis la seconde place dans le monde grâce à la
qualité de leurs personnels, vont se trouver devant des problèmes nouveaux. Jusqu'à ces tou
tes dernières années, il s'agissait pour chacune d'elles, comme pour leurs homologues étrangèr
es, de travailler au cas par cas. A présent on assiste, sous l'égide des constructeurs d'ordina
teurs essentiellement, à une standardisation des problèmes posés dont la solution avec diffu
sion en série exige d'importants investissements à la rentabilité incertaine et une concentrat
ion d'informations de haut niveau qu'elles n'avaient pas réalisé. Pourtant, elles semblent ré
solues à poursuivre le travail «à façon» qui leur a réussi dans le passé, domaine où des places
resteront toujours à prendre. Si leur service et leur développement exigent une telle politique,
il semble nécessaire que des alliances au moins tactiques puissent s'effectuer dans le cadre de
projets gouvernementaux ou privés européens.
Aussi, une certaine homogénéisation sans doute volontaire (ex. : projets Esprit, Eurêka, Systè
mes de télécommunication ou de techniques informatiques avancées) du marché européen est-
elle indispensable pour faire contrepoids à l'immense marché américain et permettre au vieux
continent de fonder une technologie propre, indispensable à son développement futur et à une
indépendance certaine.
La rédaction présenté par les Sociétés françaises de services et d'ingénierie L'intérêt
en informatique (Ssii) ne tient pas à leur part en chiffre d'affaires dans
l'ensemble de la production nationale, mais au dynamisme qu'elles ma
nifestent et aux enjeux liés à leurs prestations : adaptation des méthodes
de production industrielles, recherches de gains de productivités dans
les emplois tertiaires, recherche et développement dans les technologies
de pointe, développement de nouvelles activités.
En soi, le des Ssii constitue un cas d'école, exemple
significatif du «tertiaire évolué» dont on attend une contribution impor
tante à la croissance, notamment en terme de création d'emplois. Et il
est de fait que ce secteur est l'un des seuls où l'offre d'emplois excède
largement la demande.
Le secteur est intéressant, à cet égard, sous deux aspects:
il permet d'observer l'effet d'étapes successives d'innovations techniques
sur son marché, soumis à des mutations par l'apparition de nouveaux
produits;
il est l'illustration de l'imbrication étroite, d'ailleurs non dépourvue de
conflits d'intérêts, entre activités industrielles (les équipements informa
tiques) et tertiaires (les services).
Dans une première partie, on décrit sur la période 1970-1983, le déve
loppement de l'offre des sociétés françaises de services en le situant
dans le contexte général du développement de l'informatique, en le
caractérisant à partir des informations statistiques disponibles et en le
reliant à quelques transformations technologiques majeures.
Dans la deuxième partie, sont identifiées quelques tendances de fond
sur le marché des logiciels et des services, malgré la rapidité des chan
gements dans ce domaine. Y sont précisées les contraintes de production
qui pourraient résulter, pour les Ssii, de l'entrée sur leurs marchés des
constructeurs de matériels et de l'industrialisation du logiciel. Les pers
pectives des Ssii françaises ont été décrites dans ce contexte: perspect
ives par segment d'activité, positionnement des plus grandes, problèmes
liés au financement et à la formation des hommes.
Les termes techniques sont suivis d'un astérisque qui renvoie au lexique
(encadré 1, pages 6-7). :
Le développement
des sociétés de services
en informatique de 1 970 à 1 983
Une demande tirée De 1970 à 1983, le parc français d'ordinateurs (1) est passé de 13 000 à
1 65 000 unités. Le taux annuel moyen d'accroissement est de 24,5% sur par la forte croissance
les «très petits» ordinateurs (50 à 250 mf), 19,5% sur les «petits» (250 à du parc d'ordinateurs
1 600mf),+ 16,5%surles«grands»)(>7 MF) (2) (Source : Sfib, [50]).
Quasi inexistant en 1980, le parc de microordinateurs avoisinait 400000
unités en 1985 [34]. Le taux de croissance des livraisons serait de 30 à
40% par an à moyen terme. En terme de taux d'équipements, une en
quête de l'Ufb-locabail [52] permet d'évaluer (à 2 % près) le taux de pénét
ration de l'informatique dans des Pme qui, en moyenne, est passé de
1 9 à 54% de fin 1 980 à fin 1 984, dans les entreprises de 1 0 à 199 salar
iés, et de 4% à 23% dans celles de 5 à 9 salariés.
Les progressions sont donc spectaculaires, sans doute en partie liées à
la pénétration des «micros» et sont loin d'être achevées: il semble, au
contraire, que l'apparition de générations de matériels et d'applications
nouvelles engendrent de nouvelles couches d'utilisateurs. A cela s'ajoute
un autre facteur d'extension de la puissance informatique installée: le
fait que, schématiquement, les «micros» d'aujourd'hui effectuent les
tâches des «minis» d'hier et celles des «gros» d'avant hier.
Ces quelques chiffres permettent de comprendre aisément l'accroiss
ement de la demande des services (traitement de données, ingénierie de
systèmes*) et de logiciels*.
On a quelques informations sur la composition de cette demande, sur
une période plus récente (1979-1983(3)), en terme de structure des
commandes aux Ssii, par types de clients. L'accroissement de la demand
e émanait surtout des administrations publiques (+34% en moyenne
annuelle), des services (+31%), du secteur des banques et assurances
(+28%), et de l'étranger (+ 23%).
Tableau 1: évolutions 1979-1983 de la clientèle
1983 1979
MdF MdF %
Administrations (y.c. coll. locales) 787 11 2 530 16
Banques- assurances 946 14 2 580 16
640 9 1 900 12 Autres services
Commerce 679 10 980 6
Industries (publiques et privées) 2 096 30 4 320 27
1 410 20 3 200 20 Etranger
342 5 290 2 Autres et non-précisé
6 900 15 800 100( 100C)
(1) De plus de 50 000 f. • aux arrondis près. (2) On adopte les notations suivantes: mf mil Source: Dieli-syntec. [41]. (La Dieli est la Direction des industries électroniques et informatiques liers de francs — Mf : millions de francs — MdF: - du ministère du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur. Syntec est le principal syndicat milliards de francs. professionnel représentant les trois branches de l'ingénierie, des services et du conseil en informat
(3) On ne dispose pas de données homogènes ique, et du conseil. Depuis 1969, les deux organismes effectuent une enquête annuelle conjointe
sur la période antérieure. auprès des Ssii [41 J). 1 : lexique; quelques définitions de termes techniques Encadré
Mentionnées par un astérisque * dans le texte, ces définitions, sauf indica
tions contraires, sont extraites ou inspirées du «dictionnaire de l'informat
ique» de M. P. Morvan et Alii [19]
Architecture parallèle: conception d'ordinateurs dans laquelle une
instruction commande la même opération en parallèle à une multiplicité de
processeurs identiques travaillant sur des données différentes (d'où gains de
puissance de traitement et possibilité de traitements, ralentis, en cas de
panne de microprocesseurs).
Banque de données: ensemble d'informations directement exploitables, gé
néralement structurées en bases de données* et recouvrant un domaine
particulier des connaissances.
Base de données: ensemble d'informations exhaustives et non redondantes
nécessaires à une série d'applications automatisées et connues par un logi
ciel qui en assure la gestion.
(Le terme base de données* caractérise plutôt l'ensemble d'informations par
sa structure, le terme de banque de données*, par son contenu).
Bit: Utilisé comme base de la numérotation binaire, un bit à une valeur égale
à 1 ou 0.
C'est l'unité élémentaire de quantité d'information (transmise ou stockée),
correspondant à une réponse se ramenant à OUI ou NON. Au sein d'un ordi
nateur, un bit correspond à un élément physique pouvant avoir deux (et
seulement deux) états stables.
Bureautique: application de l'informatique aux travaux du bureau afin, no
tamment, de traiter les messages formels et les textes de manière automatis
ée.
Circuits intégrés: circuits électroniques réunissant dans un même boîtier les
composants (actifs ou passifs) nécessaires à la réalisation d'une fonction.
Les microprocesseurs* sont des circuits intégrés assurant les fonctions des
unités centrales de traitement; d'autres circuits assurent des d'i
nterfaces avec les organes périphériques ou ceux de mémoire, etc..
Génie logiciel: ensemble des outils et des procédures relatifs aux différentes
phases de l'élaboration d'un logiciel : spécifications, programmation, suivi de
production, test et mise au point, qualification, recette, maintenance, docu
mentation, etc.
Ingénierie informatique: branche des services de l'informatique qui tend sur
tout à la livraison de systèmes «clés en main», pour lesquels le fournisseur
assure la responsabilité des moyens à mettre en œuvre pour l'obtention des
résultats prévus.
On parle d'ingénierie de systèmes à propos de systèmes complexes qui se
caractérisent généralement par la mise en œuvre de plusieurs matériels i
nterconnectés souvent issus de constructeurs différents et par l'aspect «sur
mesure» des applications qu'ils permettent.
Intelligence artificielle: ensemble de techniques utilisées pour essayer de ré
aliser des automates ayant une démarche proche de la pensée humaine.
Parler d'intelligence artificielle constitue, en fait, un abus de langage puisque
l'automate est fondé sur un modèle qui réagit uniquement suivant les straté
gies préétablies. Toute défaillance ou situation non prévue ne pourra être i
nterprétée et résolue, excepté si l'automate est capable d'apprentissage. De
nombreuses recherches s'effectuent pour l'invention de nouveaux modèles
dans lesquels l'automate serait plus créatif; c'est dans ce sens qu'on peut
parler d'intelligence artificielle. Cependant, les mécanismes de raisonnement
ne peuvent être comparés à ceux de l'homme.
Logiciel: Ensemble des programmes destinés à effectuer un traitement sur
un ordinateur.
Nous citerons une autre définition, plus extensive, donnée par l'International
standard organization (Iso, cf. [47]):
création intellectuelle rassemblant des programmes, des procédures, des rè
gles et de la documentation utilisée pour faire fonctionner un système info
rmatique: le logiciel existe indépendamment des supports utilisés pour le
transporter. Maintenance: ensemble des activités d'entretien préventif ou curatif d'un
matériel, d'un logiciel ou d'un progiciel, afin de leur assurer un haut degré de
fiabilité (la maintenance du matériel comprend les opérations d'essai, de
mesure, de réglage ou de dépannage; celle du logiciel ou du progiciel com
prend les essais, la correction des erreurs, l'adaptation aux nouveaux matér
iels et aux évolutions des systèmes).
Matériel: ensemble des éléments physiques employés pour le traitement de
l'information.
Mémoire morte: (angl. Rom, Read Only Memory) mémoires basées sur le
principe de positionnements d'états stables et définitifs. Les informations ne
sont accessibles qu'en lecture et ne sont pas modifiables de façon courante
(les circuits intégrés constituent des cas extrêmes de mémoires mortes).
Microprocesseur: circuit intégré* de grande complexité, conçu en technolog
ie Lsi (intégration à grande échelle), permettant de réaliser la quasi totalité
des fonctions d'une unité centrale de traitement.
Mips: unité de mesure de la puissance d'un ordinateur. 1 Mips = 1 million
d'instructions par seconde.
Monétique: applications de l'informatique au traitement de la monnaie. (Cf.
définitions suivantes).
Monnaie électronique: appellation courante des cartes de crédit dotées
d'une mémoire magnétique.
Octet: unité de mesure courante, pour les mémoires (vives ou mortes) des
ordinateurs. Un octet est un espace constitué de 8 bits*.
Progiciels: programmes standards conçus pour une application commune à
plusieurs utilisateurs, soit tels quels, soit sous réserve d'adaptations mineur
es. Les «progiciels systèmes», ou progiciels d'exploitation, sont des progi
ciels assurant les fonctions du système d'exploitation*.
Réseau: ensemble d'équipements reliés entre eux par des canaux de trans
mission.
Réseaux interactifs: nous désignons par ce terme les réseaux dans lesquels
les utilisateurs peuvent échanger de l'information d'un poste de travail à
l'autre et dans lesquels ils disposent d'espaces de travail en commun, dans
une (ou des) mémoires (s) commune (s) (synonyme de réseaux de travail ré
parti ou réseaux répartis).
Standards de communication ou protocoles de communication: ensemble
des règles qui permettent à un utilisateur de se connecter sur un réseau ou à
diverses parties de ce réseau de communiquer entre elles.
Système d'exploitation: ensemble des programmes de base d'une machine
permettant d'utiliser tous les services disponibles et assurant en particulier
la gestion des travaux, les opérations d'entrée/sortie sur les périphériques,
l'affectation des ressources aux différents processus, l'accès aux bibliothè
ques de programmes et aux fichiers ainsi que la comptabilité des travaux.
Tableur: terme désignant les logiciels ou progiciels effectuant les trait
ements de tableaux statistiques.
Vidéographie: service de communication de textes, permettant de transmett
re à un usager des pages de textes ou de graphismes, visualisées sur un
écran ayant des propriétés identiques à celles d'un récepteur de télévision
grand public (noir et blanc ou couleurs).
Vidéotex: vidéographie* interactive où les pages sont transférées sur de
mande de l'usager à travers un réseau comme le réseau téléphonique, dans
une base de données reliée à ce réseau. Les Ssii ont pris, en France, une place importante, dynamique et originale La réponse
au sein de l'offre de services en informatique. des Ssii françaises :
un développement
spectaculaire L'offre de services
Les besoins croissants de services informatiques peuvent être satisfaits
par trois types d'acteurs : les utilisateurs eux-mêmes, par création de
services internes; les constructeurs informatiques; les sociétés spécia
lisées (Ssii).
Les services informatiques internes des usagers assurent la majeure
partie des prestations. Leurs moyens n'ont pas fait l'objet de recense
ments précis. En s'appuyant, entre autre, sur le rapport Tébéka : « Les
chiffres-clés de l'informatique» (déjà ancien), Pierre Audoin-Conseil [48]
estime à 1 85 000 le nombre de leurs informaticiens et à 116 MdF le mont
ant de leurs dépenses.
Les constructeurs informatiques assurent une autre partie de ces services
(ventes, maintenance de systèmes, progiciels d'exploitation principale
ment), avec 1 8 000 informaticiens environ.
Les Ssii emploient entre 50 000 et 60 000 personnes pour 24 MdF de
chiffre d'affaires. L'Inséé recense 78 000 dans les secteurs
«traitements informatiques» et «études en informatique et en organisat
ion», pour 29 MdF de chiffre d'affaires en 1983, dont 5 MdF en conseil
en organisation [42]. Le détail des effectifs n'est pas connu. L'enquête
Diely-Syntec estime à 43 000 le nombre des personnes occupées; et à
14 MdF le chiffre d'affaires du secteur. On peut penser que cette source
sous-estime la population abondante et mouvante des petites Ssii dont
l'observation par l'Inséé est un fait récent, (cf. encadré 2).
Les premières Ssii indépendantes sont apparues dans le courant des
années 1960 (Cap, 1962), principalement par la mise à disposition de
matériels informatiques et la vente de temps d'ingénieur. A partir de
1969, la facturation séparée des matériels et des logiciels (ou «unbundl
ing», entraînée par une poursuite au titre de la loi antitrust contre Ibm)
a permis l'essor de la vente de logiciels à façon par les «indépendants».
La faiblesse des barrières à l'entrée a permis de nombreuses créations
de Ssii. Des groupes bancaires ou industriels ont constitué des filiales i
nformatiques: 7 des 10plus importantes Ssii, en 1983, étaient dans ce cas
(Cisi, filiale du Céa, Sg2, filiale de la Société générale, Gsi, filiale de la
Cge, etc.).
La population des Ssii
Elle comprend des leaders de taille non négligeable (constitués en grou
pes) : 5 d'entre eux dépassaient 1 MdF de chiffre d'affaires en 1984 (la
première, Cap-Gemini Sogeti, réalise 1,8 MdF). Ces tailles restent cepen
dant notablement inférieures à celles des constructeurs de matériels
(Ibm, 40Md$ de chiffre d'affaires en 1983, Dec: 4Md$, Groupe Bull:
8 MdF) [33].
Le secteur n'est pas très concentré. La première Ssii réalise 6% du chiffre
d'affaires total, les dix premières, 35% (chiffres pour l'année 1983, d'après
I42]er[51j).
En 1 984, 1 0 Ssii réalisaient plus de 500 Mf de chiffre d'affaires ; 1 2, entre
200 et 500 Mf ; 20 entre 50 et 200 Mf [33]. La population des «moyennes»
Ssii (4) apparaît relativement fournie par rapport à d'autres industries (il
est d'ailleurs probable que des Ssii en croissance rapide ont échappé au (4) Que nous situons entre 50 et 500 Mf de
chiffre d'affaires annuel. recensement, par exemple Talor, Version Soft, Memsoft). L'Inséé a recensé, en 1983, 1 088 sociétés de «travaux à façon informa
tiques» (code 77.04), et 5 590 sociétés d'« études informatiques et d'or
ganisation» (code 77.03), entre 0 et 5 salariés: les petites Ssii sont très
nombreuses.
Encadré 2 : les sources d'informations
Les sources statistiques sont, pour l'essentiel, les enquêtes annuelles organisées conjointement
par la Diéli (Direction des industries électroniques et informatiques, du ministère du Redéploie
ment industriel et du Commerce extérieur) et Syntec.
Ces statistiques permettent de décrire le processus de croissance des Ssii, de 1970 à 1983:
chiffre d'affaires en France et à l'étranger, effectifs, nature des prestations, clientèle, etc., et de
relier entre eux ces différents paramètres.
Les enquêtes annuelles d'entreprises de l'Inséé couvrent les services en informatique depuis
l'année d'exercice 1981. Une difficulté provient de la non-distinction des sociétés de conseil en organisation et des sociétés d'études informatiques (code Ape n° 77.03). Toutefois, des recou
pements permettent d'évaluer à moins d'un tiers la part des sociétés de conseil en organisation
au sein du code 77.03.
Il est possible, dès lors, de faire quelques comparaisons entre les sociétés d'études «informati
ques et d'organisation» (77.03), de travaux à façon informatiques (77.04) et plusieurs activités
d'études et de conseil (regroupées au sein de la classe n° 77), voire plusieurs activités tertiaires
ou secondaires: les enquêtes annuelles constituent un champ de référence pour les comparai
sons intersectorielles, à méthodologie statistique constante (référence 142]).
Il existe, enfin, des études de caractère sur des thèmes spécifiques (enquête Ufb -
Locabail sur l'équipement informatique des Pme, enquête Cxp-01 informatique sur les progic
iels, classements individuels des Ssii, etc.) (références 111], [50], [32], [33], [52]).
Les études qualitatives sont le fait d'experts, en liaison avec les milieux décisionnels de la pro
fession. Ces experts sont à même de tester, auprès de leurs interlocuteurs, la validité de cha
cune de leurs hypothèses et la pertinence des synthèses qu'ils proposent.
L'information de base utilisée ici est foisonnante; elle provient du «terrain» (les entreprises, la presse spécialisée (01 -informatique. Décision-informatique; Datamation, etc.) ou non spéciali
sée (le Monde-informatique, dossiers des Echos, articles ponctuels des principaux journaux et
revues), d'ouvrages, de notes, d'informations personnelles. La convergence des opinions d'ex
perts présente un risque spécifique en instaurant un climat, trompeur, de sécurité, d'où l'impor
tance de relier leurs analyses aux observations neutres de la statistique, entre autres pré
cautions.
Les études qualitatives, utilisées dans le cadre de cet article, ont été principalement un rapport
de l'Ocdé sur l'industrie du logiciel (riche surtout par des informations sur la demande et sur les
freins au développement du marché), un rapport de Syntec informatique sur les progiciels, un autre sur la formation des informaticiens; des notes internes de l'Agence de l'informatique (i
nterprétant les informations d'ordre technique, économique, financier, recueillies par l'Agence et
son réseau de «veille technologique» en France et à l'étranger,...).
Principales références: [1], [4], [8], [10], [13], [15], [20], [26], [27], [47].
Les études de marché constituent une étape intermédiaire par la méthode utilisée (questionnair
es semi-ouverts adressés à un échantillon de prestataires et/ou d'utilisateurs). Ces études font
une présentation chiffrée du «marché», de ses différentes composantes par nature, type d'of
freur, etc., en évolution et en prévision.
Dans ce type d'approche, les chiffres ont surtout un rôle pédagogique et permettent de préciser
le propos dans un cadre cohérent. Ces chiffres n'ayant pas les mêmes bases que les études statistiques, peuvent se révéler contradictoires d'une étude à l'autre; leurs auteurs n'hésitent d'ail
leurs pas à les réviser quand ils sont en présence d'informations nouvelles. De tels chiffres sont
fréquemment repris dans la presse, ce qui peut créer des convergences génératrices d'illusions :
c'est la version chiffrée du «dire d'expert». Là aussi, le recoupement avec les statistiques de
base est de rigueur, quand il est possible.
Les principales études de marché utilisées ont été celles d'Idc (International data corp.) (Usa,
Europe de l'Ouest), Ecsa (European consulting supplier associations: 14 syndicats profession
nels des pays membres; rapports annuels), Ece (European computeurs and electronics, parcs
de matériels informatiques), Pierre Audoin Conseil (l'industrie du logiciel face à son avenir),
chacune de ces études reprenant bien sûr des aspects «statistiques de base».
Références: [8], [34], [35], [39], [40], [43], [48J, [51].
Des travaux de nature économique, rares encore, permettent d'ébaucher quelques réponses:
«Nouvelles technologies et demandes de facteurs» (note interne de la Direction de la pré
vision), études sur l'évolution de la nature de l'investissement (Crédit national): à partir des
données, imparfaites en la matière, de la Comptabilité nationale, ces études donnent des ind
ications précieuses sur les comportements de demande en équipements informatiques.
Références: [3], [6] et [16], [21], [24] pour les aspects plus théoriques, [32].
L'analyse de secteur de la Dafsa joue un rôle à part, dans cette rubrique, de par la place de
l'analyse financière, reliée à l'analyse des stratégies des groupes et des entreprises, elle-même
resituée dans la dynamique du secteur.
Certains travaux décrivent plus spécifiquement les orientations du progrès technique, à com
mencer par le vocabulaire et les concepts, toujours en évolution (Dictionnaire de l'informatique,
par P. Morvan et Alii) ou en référence avec l'ensemble des industries électroniques et informati
que.
Principales références: [1], [4], [5], [15], [19], [20], [24], 126], [44].