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NKM L’Élue du numérique
Trois lettres qui sonnent comme un lol, un wtf ou un afk. Pourtant, Nathalie Kosciusko-
Morizet est tout sauf away from keyboard. La secrétaire d’État au numérique fait dans
le haut-débit d’idées. Attention, giga interview.
Aujourd’hui, j’ai sorti le costard cravate. Une fois n’est pas coutume, je suis même très en avance
pour un rendez-vous. Et pour cause, je suis au ministère à quelques pas de l’Assemblée nationale.
C’est dans l’anti-chambre en marbre où les plafonds communiquent avec le ciel que le gentil
monsieur de l’accueil m’invite à attendre en ajoutant avec le sourire que “la ponctualité c’est la
politesse des rois”. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose de mal ou d’attendre pour un oral
décisif du bac. Le rugbyman de la sécurité me demande d’une voix très douce, “vous voulez un
café ? un verre d’eau ?” Pour me détendre, je sors mon iPhone, mais je ne peux même pas tweeter
mon stress : j’ai NKM en follower ! Alors que j’entame ma deuxième gorgée d’eau plate dans
un verre en cristal, s’ouvre brusquement la porte à ma gauche. C’est elle. “On y va ?”. Face à une
secrétaire d’État séduisante et geek, je ne peux qu’accepter l’invitation.
GEEK LE MAG : Qu’est ce qu’un geek pour vous en 2010?
Nathalie Kosciusko-Morizet : Si on pousse très loin, il y a une génération geek qui, comme moi, est
née avec les premiers dessins animés japonais. Ça correspond à une certaine esthétique. Et au sein
de cette génération, certains ont un goût prononcé pour les choses du numérique en général, les
jeux bien souvent, et pour une littérature particulière. Pour ma part j’aime beaucoup l’univers de
Tolkien par exemple.
Vous avez subi une “geek attack” suite à une de vos déclarations (allez sur YouTube, vidéo “NKM
s’en prend aux geeks”). Le geek n’a pas d’humour ?
J’avais simplement dit qu’ils passent du temps devant leur ordinateur, ce qui semble assez logique !
On trouve une sorte de susceptibilité de la part de certains, de ne pas être confondu avec des no
life. C’est vrai que les geeks ne sont pas forcément des addicts des jeux vidéo, c’est un peu plus
compliqué que ça. Mais vous savez, c’est un mot derrière lequel chacun met un peu sa propre
définition.
Vous êtes le personnage le plus geek de la politique française. Vos collègues semblent avoir du
mal à s’intéresser à Internet, non ?
Les lignes ont beaucoup bougé depuis la création des ateliers de l’élu 2.0 en octobre dernier
(l’objectif : rapprocher l’élu du citoyen 2.0, en lui donnant une meilleure connaissance et une
meilleure maîtrise des réseaux et des outils). Une centaine de parlementaires se sont inscrits et la
plus mauvaise réaction que j’ai eue de la part des internautes a été : “C’est pas trop tôt !”. Depuis,
beaucoup de parlementaires ont créé des comptes Twitter, Facebook, etc. Et le projet a même
fait des petits puisque nous allons lancer l’initiative auprès des parlementaires européens, très
prochainement. Les politiques se rendent compte qu’Internet est un outil d’échange et de contact,
et qu’il est désormais essentiel d’être présent
sur le Web.
Dans votre Plan numérique, une partie des 4,5 milliards d’euros est dédiée aux “usages et
contenus innovant sur Internet”. Qu’entendez-vous concrètement par là ?
Il va y avoir une consultation publique jusqu’à la fin du mois de juin. Si nous avons une ligne
directrice, rien n’est encore figé en ce qui concerne la ventilation des 2,5 milliards d’euros consacrés
aux usages et contenus. Comme ce sont des dépenses d’avenir qui concernent tout le monde,
nous allons plutôt poser la question : “Qu’est-ce que vous considérez comme innovant ?”. Nous
allons également proposer nos idées, comme notre intention d’investir dans la numérisation des
contenus, de donner un coup d’accélérateur à la e-santé, ou à l’e-education. Nous lancerons les
premiers appels à projets dès le mois de juillet. J’insiste sur le fait que tous les citoyens sont invités à
compléter et à enrichir ces pistes d’investissement.
Qu’est-ce qui bloque une e-administration complète dans notre pays ?
Les impôts en ligne ont très bien marché, et l’on sent aujourd’hui le désir des usagers d’aller
beaucoup plus loin. Cependant, même pour certaines démarches administratives en ligne, vous
devez renvoyer votre formulaire par la Poste, bien souvent pour des motifs de sécurisation et
d’authentification de vos données. C’est afin de lever cet obstacle et d’accélérer la mutation vers
les e-services, que j’ai lancé le projet IDéNum, l’identité numérique multiservices,
qui devrait être
opérationnelle pour 2011. Nous avons engagé une véritable transformation numérique pour un
certain nombre de
démarches administratives: les demandes de congé parental, l’inscription sur
les listes électorales, la gestion du personnel dans la fonction publique, les demandes d’allocations
familiales ou sociales, les demandes de pension de retraite ou d’allocations chômage, ou encore, sur
un autre plan, la signature des bulletins scolaires. Tous ces services seront bientôt rendus possibles,
via Internet, dès que nous aurons obtenu un certificat général.
Nous avons également mis en place, dans le cadre du volet numérique du plan de relance, un
portail d’applications gratuites d’intérêt général: proximamobile.fr. Vous y trouvez des applications
comme Comuto pour le covoiturage, ou
Culture Clic, une application culturelle en réalité
augmentée qui transforme vos balades dans les rues de Paris en voyage historique, c’est assez
étonnant.
Pourquoi s’entêter avec Hadopi et ne pas plutôt se rapprocher du modèle de la radio pour
le contenu audio du Web : le streaming (donc gratuité de l’écoute pour l’internaute),
l’investissement des annonceurs pour faire vivre les sites et une Sacem du Web pour rémunérer
les artistes au nombre de lectures ?
Il faut en effet une rémunération. La vertu d’Hadopi est d’envoyer un signal et de
distinguer ce
qui est légal de ce qui ne l’est pas, mais le problème reste mondial. Traditionnellement, il y avait
un modèle économique pour les artistes : vous êtes rémunéré un peu grâce à la Sacem et vos
passages à la radio vous permettent
d’avoir suffisamment de notoriété pour vendre votre CD. Or,
le problème aujourd’hui, c’est que les artistes ne vendent plus de CD, c’est pourquoi je soutiens le
développement de l’offre légale en ligne, en stock et en flux, payante et gratuite.
J’ajoute d’ailleurs que le cycle «Internet pour la création musicale» que j’avais lancé en avril 2009
avait conclu, comme plus tard Patrick Zelnick dans son rapport, à la nécessité d’octroyer le statut
de radiodiffuseur aux webradios. C’est ce qu’on appelle également la rémunération équitable.
Cette disposition, qui vous donne le droit de diffuser toutes les musiques avec l’obligation de les
rémunérer selon un barème public, est en cours de mise en œuvre pour les webradios.
Les jeux vidéo, quelle perception en a-t-on aujourd’hui en France ?
Je constate déjà que ceux qui écrivent ces articles inquiétants sur l’influence des jeux vidéos sont
souvent ceux qui y jouent ! J’observe surtout qu’en France, nous avons une belle industrie du jeu
vidéo et d’excellents producteurs. On passe beaucoup de temps à dynamiser son cadre juridique
et à développer les niches du secteur, comme le serious gaming. Nous soutenons également des
initiatives telles que le site jeuxvideosinfoparents.fr, car il ne faut pas que les jeux vidéos soient des
éléments de rupture dans une famille.
À quoi ressemble, pour vous, l’Internet du futur ? L’État va-t-il un jour faire comme d’autres pays
et limiter l’accès à certains sites ?
Certains systèmes politiques sont très inquiets, mais tous les Etats ne souhaitent pas dominer
Internet. C’est le développement de pratiques illégales qui pose problème, et je ne vois pas
pourquoi Internet échapperait à la loi qui régit nos comportements dans la « vraie vie ». Etre ouvert
sur le sujet ne veut pas dire autoriser des pratiques illégales. Quand on veut limiter un certain
nombre d’URL pédo-pornographiques et que certains répondent que l’on attente à la neutralité
du net, je ne suis pas du tout d’accord, il y a une différence claire entre ce qui est légal et ce qui ne
l’est pas et sur les contenus pédo-pornographiques, on peut difficilement se tromper. Ceci dit, c’est
un angle très spécifique de l’évolution d’Internet. Le net, je le souhaite ouvert, c’est le sens de la
consultation que j’ai lancée sur la neutralité du net, qui est en cours en ce moment. La protection
de la vie personnelle, le droit à l’oubli font partie de mes priorités. On a besoin de clarifier ce débat,
parce que la confusion sert ceux qui veulent attenter à la neutralité du net, pour des raisons qui les
arrangent. Je pense que c’est un débat que l’on a besoin de rendre très explicite, et dont le grand
public doit s’emparer,
même si c’est très technique, car il faut qu’Internet reste un lieu de rencontres
et d’innovation.
Par
Marc FANELLI-ISLA
Geek magazine
-
Juin-juillet 2010
Un pour Un
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