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Document de travail
Innovation et
développement
local
VSOMMAIRE
INTRODUCTION
I - EXTERNALITÉS TECHNOLOGIQUES
I - 1. Externalités pécuniaires et spillovers de connaissance . . . . . . . . 3
I - 2. Partenariat et coopération de recherche . . . . . . . . . . . . . . 3
I - 3. Externalités stratégiques négatives . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
II - RENDEMENTS CROISSANTS DE RECHERCHE ET POLITIQUE ÉCONOMIQUE
II - 1. Les mécanismes microéconomiques et leur traduction
macroéconomique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
II - 1.1 Les rendements croissants et la question de la localisation
II - 1. 2 Les rendements croissants et la technologie
II - 2. Les implications de politique industrielle en faveur de l’innovation
technologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
II - 2.1 La dynamique des externalités de connaissance
II - 2.2. Les options de politique industrielle stratégique
III - ÉCONOMÉTRIE DES EXTERNALITÉS TECHNOLOGIQUES LOCALES
ET GÉOGRAPHIE DE L’INNOVATION : UNE ANALYSE CRITIQUE
III - 1. Les citations de brevets comme «marqueurs» des spillovers . . . . . 8
III - 2. La concentration géographique de l’innovation comme effet
des spillovers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
III - 3. Performances innovatrices des firmes et spillovers :
le rôle de la localisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
III - 4. Quelques pistes de travaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
ANNEXE 1
La discrimination territoriale positive en question . . . . . . . . . . . . . . . 15
ANNEXE 2
L’économie fondée sur le savoir. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
I - Les manifestations de l’évolution vers une économie du savoir : les changements
dans la production ou la diffusion des connaissances
II - Les mécanismes fondamentaux de l’économie du savoir : les investissements
immatériels ou la constitution d’un capital de connaissances
III - Technologies, productivité et création d’emplois : les relations complexes
entre le progrès technique et le travail dans une économie du savoir
IV - Innovation et croissance dans une économie du savoir : entre production et
diffusion des innovations technologiques
BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 1Innovation et développement local :
Jean-Paul FRANÇOIS*
Les interrogations des pouvoirs publics sur les déterminants de la localisation de l’activité
économique et de la croissance rencontrent la question du rôle de l’innovation, dont le caractère
crucial est identifié, tant au niveau macroéconomique dans les nouvelles théories de la croissance
endogène que dans la littérature microéconomique théorique et empirique.
En effet, les renouvellements de l’analyse théorique de la croissance économique fournissent
quelques pistes fructueuses en matière de fondements et principes de l’intervention publique dans
le domaine de l’innovation notamment :
- les théories de la croissance endogène font de l’innovation une variable endogène, source principale
de la croissance ;
- les analyses microéconomiques des imperfections de marché expliquent également la possible
absence d’un équilibre optimal sur des marchés dont le fonctionnement ne reflète pas un processus
d’allocation des ressources en concurrence pure et parfaite.
En matière d’innovation, ces fondements théoriques, dont la validation empirique est assez
généralement robuste, emportent les conséquences suivantes en ce qui concerne le positionnement
des interventions publiques :
- la présence d’externalités (1), positives ou négatives, implique que la puissance publique s’attache
à favoriser leur internalisation afin de réaliser le rendement social potentiel de l’innovation, dans la
mesure où il est supérieur à son rendement privé ;
- la présence de déficits d’information conduit à ce que les porteurs d’innovation ne puissent pas
toujours financer leur projet sans intervention de la puissance publique, les prêteurs préférant
rationner leur offre de crédit.
Au croisement de l’économie de l’innovation et de l’économie géographique s’ouvre donc un champ
analytique nouveau qui s’organise autour du concept d’externalité et plus précisément de la
dimension géographique des externalités de connaissance. En effet, l’innovation est fortement
polarisée dans l’espace et la dimension spatiale des relations entre les acteurs de la création, de la
diffusion et de l’utilisation des connaissances est centrale dans l’explication de ces externalités
techniques.
L’économie géographique à la Krugman pose, quelle que soit l’échelle géographique, que les
configurations d’équilibre de localisation sont obtenues par le jeu de forces de dispersion et
d’agglomération, dès lors qu’elles ne produisent plus d’incitation à des modifications de localisation.
Elle fournit l’explication la plus convaincante, via le rôle que joue la proximité sur la fonction de profit
des firmes impliquées et les effets cumulatifs qui en découlent par le jeu des externalités, à
l’observation d’une répartition non homogène des activités dans l’espace (voir annexe).
Nous ne développerons pas ici les aspects liés aux obstacles informationnels en matière d’accès aux
financements car ne renvoyant pas dans la littérature à la question de la localisation.
* Jean-Paul François est Directeur Régional de l’Insee Lorraine. Au moment de la rédaction de cet article, il était Directeur Régional
de l’Insee Picardie.
Ce document a été rédigé avec la collaboration de l’équipe du CREUSET (Université de Saint-Etienne) : Nadine MASSARD, Corinne
AUTANT-BERNARD et Stéphane RIOU, pour le compte de la Mission du Bassin Parisien.
(1) Une externalité (ou effet externe) consiste dans l’impact positif ou négatif qu’a l’action d’un agent économique sur les autres sans
que cet effet ait été intégré dans des prix correspondant à des transactions monétaires prenant place sur des marchés, certains
pouvant être organisés à cette fin ; à titre d’exemple, les droits à polluer, application du principe pollueur-payeur, visent à faire réali-
ser sur un marché l’arbitrage entre pollution nécessaire à la production industrielle et qualité de vie des citoyens.
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 2discrimination parfaite par les vateur d’une partie du retour sur in-I - EXTERNALITÉS
prix, il n’y aurait pas de retom- vestissement en R&D ouTECHNOLOGIQUES
bées sous forme de rentes. En innovation. Ceci légitime un pre-
La diffusion de la technologie est pratique, les retombées sous mier type d’intervention publique de
le processus par lequel le chan- formederentessontinévitables soutien à l’innovation et à la re-
gement technologique se pro- compte tenu des coûts de tran- cherche. Il existe deux grandes fa-
page au-delà de l’innovateur saction et de l’asymétrie de l’infor- milles de ce premier type de
initial. La technologie a beaucoup mation : quelle que soit la dispositifs de correction d’externali-
des attributs d’un bien public. Il distribution des rentes à partir tés : les aides discrétionnaires et
n’est pas rival, ne peut donc être des dépenses de R&D, le marché les aides non discrétionnaires de
totalement approprié, et n’est parvient à un nouvel équilibre des type fiscal.
pas détruit dans la production, prix, qui, dans une situation de
contrairement aux matières, aux concurrence parfaite, corres-
I - 2. Partenariat etéquipements ou au travail. Les pond à un optimum de Pareto.
coopération de recherchedroits de propriété portant sur la
Elle diffuse, par les retombées deconnaissance issue de la R&D
L’existence d’externalités justifiesavoir dont les canaux sont nom-(Recherche et Développement)ne
aussi l’existence et conduit à préco-breux avec en particulier la mobilitépeuvent être exercés que de ma-
niser un autre mode d’organisationdes chercheurs, les imperfectionsnière imparfaite par l’intermé-
des firmes sous la forme de coopé-desmécanismesdelaprotectiondiaire du brevet.
ration. En effet, la coopérationde la propriété intellectuelle face
technique est généralement consi-aux imitateurs, imperfections d’ail-
dérée comme un moyen d’amélio-I - 1. Externalités leurs délibérées, le brevet ayant à
rer la capacité des entreprises àla fois une fonction de protection etpécuniaires et spillovers
générer de nouveaux produits etde publicité des résultats de la re-de connaissance
de nouveaux procédés de produc-cherche, et ses caractéristiques ju-
tion, générateurs eux-mêmes deLa technologie diffuse donc, et ridiques arbitrant entre ces
compétitivité. Les raisons à celacette diffusion prend de nombreu- impératifs de protection et de diffu-
sont multiples. D’une part, la coo-ses formes : elle est incorporée sion. Ce type d’externalité apparaît
pération permet de remédier par-aux équipements ou aux consom- dès lors qu’une entreprise béné-
tiellement aux nombreusesmations intermédiaires, compo- ficie des travaux scientifiques de
imperfections des marchés, etsants ou matériaux, dans les ses concurrentes sans compensa-
d’autre part elle permet d’accroîtreéchanges interindustriels. L’inno- tion financière. Dans ce cas, des
le rendement de la recherche. Lavateur initial ne peut via les effets entreprises concurrentielles ten-
coopération technique permetvolumes-prix, conserver intégrale- dront à sous-investir en Recherche
donc de réduire les impacts néga-ment la rente qu’il pourrait exiger. et Développement (R&D). En raison
tifs de ces imperfections sur les in-Les retombées sous formes de d’une mauvaise protection des bre-
vestissements en recherche etrentes sont qualifiées d’externali- vets, de l’impossibilité de garder
développement, entendus au senstés pécuniaires (PIERRE MOHNEN, secrets les innovations ou les résul-
large.1999). Elles résultent d’améliora- tats d’un démontage technique, il y
tions de la qualité dues à la R&D a des fuites d’une partie des avan-
Tout d’abord, des entreprises quiqui ne sont pas suffisamment re- tagesdelaR&D.Lecaractèrenon
s’engagent dans un projet de re-flétées dans les prix auxquels les concurrentiel et non exclusif de la
cherche coopérative mettent enbiens et les services sont vendus R&D, qui est à l’origine d’une désin-
commun une partie de leurs res-par les fournisseurs en amont, citation, est essentiellement lié aux
sources financières propres, ce quiaux clients en aval. Or, des prix in- retombées intrasectorielles de la
contribue à relâcher leur con-corrects ont une incidence sur la R&D (nationales et internationales).
traintedefinancement du projet.mesure des inputs et des outputs Mais il y a plus : une découverte
Cette surface financière plus im-et, par voie de conséquence, sur faite dans une entreprise, un sec-
portante peut leur permettre alorsla mesure de la croissance de la teur ou un pays peut ouvrir de nou-
de recourir au marché du créditproductivité du fournisseur et des velles voies de recherche, inspirer
dans de meilleures conditions.producteurs en aval. Ces retom- de nouveaux projets de recherche
bées sous forme de rentes po- ou déclencher la découverte de
De plus, s’entendre sur un projetsent un problème de mesure à nouvelles applications dans d’au-
de recherche en commun impliquecelui qui veut rendre compte de la tres entreprises, secteurs ou pays.
que l’on s’entende sur le partagecroissance : si les prix pouvaient
Ce type de diffusion génère des ex- des coûts, donc des risques (riskêtre mesurés correctement, la
ternalités généralement positives sharing). En cas d’échec, les consé- de la productivité
car elles sont favorables au corps quences financières sont limitéespourrait être imputée plus correc-
social tout entier, mais qui décou- aux montants investis par chacuntement à sa source initiale. Si l’in-
ragent l’innovation en privant l’inno- dans le projet.novateur pouvait établir une
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 3Une plus grande taille du projet de des innovations. Ces externalités Ces externalités concurrentielles
recherche, outre le partage des qualifiées de stratégiques sont le fondent donc l’existence d’une
risques, permet la gestion des ris- plus souvent négatives. orientation récente des politi-
ques (risk pooling) en engageant plu- ques publiques qui consiste à fa-
L’externalité concurrentielle ap-sieurs projets de recherche en voriser les partenariats et
paraît clairement dans les modè-parallèle lorsque la direction dans coopérations de recherche et
les de courses aux brevets. Danslaquelle la recherche doit être ef- développement et dont les mani-
cette optique, le vainqueur de lafectuée est incertaine. festations les plus spectaculai-
course à l’innovation bénéficie res sont les programmes
Qui plus est, la coopération peut seul des gains de l’innovation. européens. Mais comment me-
permettre de s’entendre sur le Or, la probabilité de gagner une surer les résultats de ces coopé-
partage des gains issus de l’inno- compétition croît avec les dépen- rations ? Le système juridique du
vation. Ceci réduit les incertitu- ses de recherche individuelles et brevet offre aux entreprises par-
des portant sur l’appropriabilité décroît avec celles des entrepri- tenaires la possibilité de co-dépo-
des innovations, incertitudes ses concurrentes. Il en résulte ser les brevets résultant de ces
souvent liées aux degrés de riva- un surinvestissement en re- coopérations. Outre qu’il mani-
lité entre les membres de l’ac- cherche par rapport à l’optimum feste la volonté des pouvoirs pu-
cord en matière technologique et social. La coopération en évitant blics de faciliter ces
sur le marché du produit final. une duplication inutile des dépen- coopérations, il offre une oppor-
ses de recherche, conduit alors tunité d’en analyser la nature,Enfin, les coopérants partagent
à une solution plus satisfaisante. l’ampleur et les modalités.leurs connaissances scientifi-
ques et techniques dans les do-
La coopération peut toutefois po- Dans ce travail d’analyse, Emma-
maines nécessaires à la
ser un problème quand les entre- nuel Duguet opère une distinction
réalisation du projet commun, ce
prises signataires de l’accord entre les coopérations internatio-
qui inclut cette partie des
sont concurrentes sur le marché nales et celles entre entreprises
connaissances qui ne pourrait
du produit final (accord horizontal) nationales. Les premières bénéfi-
pas faire l’objet d’une transaction
et ne s’entendent pas au préa- cient particulièrement de la possibi-
de marché, en procédant par
lable sur un partage des gains is- lité légale qu’ont les déposants de
exemple à des échanges de per-
sus de l’innovation, par exemple spécifier, lors de la demande de
sonnel ou en constituant un
en se mettant d’accord sur un brevet, un partage explicite du
laboratoire commun.
partage géographique du mar- marché européen. Cette possibili-
ché. En effet, les entreprises té, dont usent la quasi-totalité desLa coopération technique peut
concernées peuvent avoir intérêt brevets co-déposés avec des en-également permettre d’amélio-
à adopter une démarche de ré- treprises étrangères, possibilitérer l’efficacité de la recherche,
tention de l’information (free ri- contraire, là encore, aux disposi-son rendement. En assurant une
ding). Dans ce dernier cas, et tions qui dans tout autre domainediffusion des connaissances ac-
dans lui seul, la coopération peut interdisent les accords de partagequises auprès de tous les mem-
avoir des effets néfastes sur l’in- de marché, constitue peut-être unbres de l’accord, la coopération
novation. Lorsque les entrepri- élément majeur dans la décisionfavorise le développement de sy-
ses produisent des biens d’engager un programme d’innova-nergies et permet d’atteindre un
indépendants ou complémentai- tion en commun.plus grand degré d’achèvement
res (accord vertical), la coopéra-dans l’exploitation des ressour-
De manière plus générale, l’untion est toujours préférable.ces humaines et financières du
des fondements de la décisionprojet. Enfin, s’il existe des ren-
de coopérer est de détendreLes externalités négatives quedements croissants dans l’activi-
les contraintes financières aux-subit chaque entreprise dans laté de recherche, la coopération
quelles les firmes de petitecompétition pour le savoir, duest susceptible de générer des
taille doivent faire face pourfait de l’effort de recherche degains additionnels.
mener à bien un projet de re-ses concurrents sur le même do-
cherche. Pourtant l’analyse demaine de savoir, amoindrissent
I - 3. Externalités l’auteur démontre que lesses chances de breveter la pre-
co-dépôts nationaux sont, dansmière.stratégiques négatives
une large majorité, le fait des
Une seconde catégorie d’argu- E. DUGUET et B. CREPON démon- grandes entreprises.
ments en faveur de la coopéra- trent qu’une relation inverse lie le
tion d’entreprise repose sur la Ce travail tout à fait novateur laissenombre de dépôts de brevets
nature de bien public des toutefois plusieurs questions end’une firme aux dépenses totales
connaissances scientifiques et suspens. L’une d’entre elles estde R&D des autres firmes de
sur la rivalité qui existe entre les celle de l’influence de l’internationa-son secteur (déduction faite de ses
entreprises pour la possession lisation des entreprises sur la coo-propres dépenses).
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 4pération technologique. On sait que certaines conditions, ainsi que l’a - économies d’échelle internes :
les flux marchands de technologie, souligné le Ministre de l’éco- le coût de production unitaire
plus encore que les flux de mar- nomie, des finances et de l’in- d’un bien dépend de la dimension
chandises, sont intragroupes. Les dustrie à l’occasion des «Assises des firmes individuelles et peut
co-dépôts internationaux ne sont-ils de l’innovation», dans la mesure conduire à la situation de mono-
pas, en partie, le fait d’entreprises où il s’agit d’exploiter des syner- pole classique ou, plus souvent,
rattachées au même groupe ? Ils gies entre différents acteurs à celle de concurrence monopo-
pourraient alors révéler, non pas industriels et/ou de recherche. listique sur des marchés étroits ;
une coopération, mais une stra-
On s’efforce d’articuler le raison- - économies d’échelle externes :tégie de répartition géographique
nement relatif aux rendements le coût de production unitairede droits de monopole entre les fi-
croissants de la recherche en d’un bien dépend de la dimensionliales les mieux placées sur chacun
deux temps : de l’industrie (et non pas des fir-des marchés, à moins qu’il ne faille
mes la composant) et peuty lire que la logique d’appropriation (i) l’analyse théorique présente conduire à un effet de spécialisa-par les maisons mères des résul- les mécanismes microéconomi- tion industrielle par zones géo-tats d’une recherche principale- ques à l’oeuvre dans le proces- graphiques (pays, régions)ment menée au niveau central soit sus de recherche (présence coexistant avec une concurrenceen passe de faire la place à une lo- d’externalités, de connaissance no- véritable entre firmes au seingique plus partagée entre filiales du tamment, et donc de rendements d’une industrie.même groupe. d’échelle croissants dynamiques) et
leur traduction macroécono- Les économies d’échelle exter-
mique (impact sur la croissance), nes présentent la particularité
II - RENDEMENTS de conforter les spécialisations
(ii) les implications de politique in- géographiques par un processusCROISSANTS
dustrielle examinent les mesures de rendements croissants enDE RECHERCHE ET de politique publique qu’appellent boucle :
POLITIQUE ÉCONOMIQUE ces caractéristiques du processus
de recherche (soutien à des projets - la concurrence entre les firmes
On analyse les implications que
de R&D coopératifs centrés sur des d’une industrie dans un pays don-
présentent deux caractéristi-
domaines technologiques spécifiques) né favorise la dissipation des pro-
ques essentielles du processus
à l’image des quelques expériences fits purs (rentes de monopole)de
de recherche pour les activités
menées à l’étranger (cf. en particu- sorte que les coûts de produc-
économiques. La recherche a
lier SEMATECH aux États-Unis ou les tion unitaires d’un bien diminuent
pour fonction économique de
consortiums japonais). à mesure que l’industrie croît
produire un facteur de produc-
(augmentation du nombre de
tion, la technologie, qui s’ajoute
concurrents) ;
au travail et au capital physique
II - 1. Les mécanismesdans la fonction de production. - les firmes d’un autre pays suscep-
microéconomiquesLa recherche industrielle se ca- tibles d’essayer de contester cette
ractérise elle-même par la pré- et leur traduction position dominante peuvent se
sence d’externalités positives de heurter alors à une barrière àmacroéconomique
connaissances à l’origine de ren- l’entrée insurmontable dans la me-
dements d’échelle croissants dy- sure où elles n’ont pas toujours laII - 1.1 Les rendements
namiques, ou, en d’autres capacité d’atteindre, collectivementcroissants et la question
termes, de possibles économies et instantanément, l’échelle de pro-de la localisation
d’échelle externes. duction pour laquelle leurs coûts
Un renouvellement majeur de l’a- seraient moindres.
Les conséquences de ces carac-
nalyse en économies industrielle
téristiques du processus de re- Dès lors, il apparaît logique queet internationale a consisté, au
cherche peuvent se décliner en le premier entrant (first mover)milieu des années 1980, à expli-
termes de : bénéficie d’un avantage concur-quer les processus de spécialisa-
rentiel initial appelé non seule-tion industrielle à l’échelle- diagnostic : le constat d’un gap
ment à perdurer mais àinternationale non pas au moyentechnologique croissant entre la
s’accroître de sorte que la supré-des théories traditionnelles deFrance ou l’Europe d’une part et
matie industrielle d’une zone géo-l’échange international (avantageles États-Unis ;
graphique devient auto-comparatif) mais par la présence
entretenue. Un cas particulier de- politique : un tel diagnostic im- de rendements croissants
ce type de phénomène est cons-plique qu’une politique publique (KRUGMAN, 1985). Ces rende-
titué par l’existence de rende-active de soutien à la R&D se jus- ments croissants se traduisent
ments d’échelle dynamiques liéstifie, en présence d’une défail- par deux formes d’économies
à des économies d’échelle procé-lance des acteurs privés et sous d’échelle :
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 5dant d’une accumulation de sa- d’une quantité critique d’inputs - l’exogénéité provient de ce que
voir résumée dans le concept de spécifiques à certains process les stratégies des entreprises
courbe d’apprentissage. Ici, la di- peut entraîner un effet d’agglo- peuvent également être influen-
minution des coûts de produc- mération des firmes intervenant cées par leur environnement
tion est reliée à la production dans un secteur ; (brevets ou réglementation par
cumulée et peut révéler les ef- exemple) qu’elles utiliseront à leur
- externalités de marché ou pé-fets d’une accumulation d’innova- avantage pour préserver leurs
cuniaires : l’amélioration de lations incrémentales dans les innovations.
qualité des biens intermédiairesprocess industriels.
ou d’équipement produits par Une simplification du raisonne-
une industrie donnée pour des ment relatif aux externalités de
II - 1. 2 Les rendements
prix équivalents à ceux payés connaissance (ex ante comme ex
croissants et la technologie
pour les générations antérieures post) consiste à distinguer deux
de ces biens a un effet positif sur situations types pour les entre-Pour les pays industrialisés, ca-
le processus de production des prises (émission et réception d’in-ractérisables par le fait qu’ils se
récepteurs ; formations) au sein d’une mêmesituent sur ce qu’on peut commo-
industrie :dément dénommer «frontière
- externalités de connaissance
technologique», l’argument des
ou techniques : la diffusion du - la situation de production de sa-
rendements croissants présente
savoir et donc de la technologie voir : leur capacité à générer des
un double aspect qui peut consti-
associée, par divers canaux au savoirs et à en conserver l’usage
tuer, sous certaines conditions, le
nombre desquels la mobilité du exclusif dépend simultanément
fondement d’une politique active :
capital humain (des personnes de leur capital de savoir initial
détentrices du savoir), la circula- (R&D et compétences générateurs- une avance technologique (cons-
tion de l’information (brevets, pu- d’économies d’échelle internes)ettitutive d’un capital de savoir collec-
blications)ouencorela du caractère, intrinsèquementtif) continûment entretenue dont
concurrence (veille technolo- ou pas, appropriable de ces sa-bénéficie une industrie dans une
gique, rétro-ingénierie). voirs (secret, brevets, savoirs spé-économie donnée peut, ceteris
cifiques constitutifs d’obstacles à laparibus, être à l’origine d’une po-
diffusion) ;sition durablement dominante
par l’effet de spécialisation pré-
- la situation de réception de sa-II - 2. Les implicationscédemment décrit ;
voir : leur capacité à absorber
de politique industrielle
des savoirs et à en générer éven-- cette avance technologique
en faveur de l’innovation tuellement d’autres sur la base depeut elle-même dériver, dans
technologique cette appropriation, dépend ellecertains cas, de la présence d’é-
aussi tout à la fois de leur capitalconomies d’échelle externes
de savoir initial (indispensable auII - 2.1 La dynamique desdans le processus de recherche
traitement efficace de l’informationexternalités de connaissanceet d’innovation (et moins vraisem-
reçue) et du caractère diffusantblablement internes même si cela
Dans le processus de recherche des informations nécessaires àest envisageable) elles-mêmes gé-
devant mener à l’introduction, sur l’appropriation des connaissan-nérées par des rendements d’é-
les marchés, d’innovation, il ces générées par d’autres.chelle dynamiques, de telle sorte
semble que les deux types d’éco-
que, là encore, un tel primat
nomies d’échelle soient à l’oeuvre
technologique peut être
et inter-dépendants dans la me- II - 2.2. Les optionsauto-renforçant.
sure où les externalités de de politique industrielle
connaissance ont un caractèreLa clé expliquant généralement la stratégique
pour partie exogène (c’est-à-direprésence de rendements crois-
Outre son caractère bénéfiquedépendant des conditions environne-sants générateurs d’économies
pour les consommateurs, ilmentales). Le caractère circulaired’échelle externes est constituée
semble que la concurrence surdu raisonnement induit résulte depar la présence d’externalités
les marchés de biens soit unela première de ces deux caracté-dans les processus de production
condition nécessaire à la diffu-ristiques :(de biens industriels comme de
sion des connaissances généra-connaissances). De façon géné-
- l’endogénéité procède, en effet, trice des externalités positives àrale, la nature des externalités à
des stratégies des entreprises l’origine des économies d’échellel’oeuvre dans ces processus de
qui s’efforcent de limiter le ca- externes. Elle conditionne en ef-production peut être très variable
ractère diffusant des connais- fet l’incitation pour les entrepri-selon les contextes :
sances (ou d’en préserver ses (i) à produire, pour
- externalités d’agglomération ou l’appropriabilité) entrant dans les elles-mêmes, des innovations gé-
de localisation : la localisation innovations ; nératrices d’avantages concur-
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 6rentiels fondés sur un monopole listique résultant des différencia- cas lorsque le poids respectif des
temporaire leur permettant de tions de produits : outre que la externalités nationales et interna-
profiter de la rente d’innovation perspective d’une rente (même tionales est interrogé (BRANSTET-
associée et, dans le même temporaire) d’innovation est en soi TER, 1996) ou que les caractéristi-
temps (ii) à s’efforcer de capter une incitation forte, un tel soutien ques même de la connaissance
les innovations produites par peut avoir pour effet le renforce- transférée (tacite, codifiée, plus ou
d’autres entreprises (en particu- ment de ces structures de mar- moins appropriable, plus ou moins rapi-
lier de la même industrie, donc des ché désincitatif en termes d’effort dement obsolescente...)conduisentà
concurrents, mais également dans d’innovation. Enfin, il importe de deshypothèsesdifférentes surl’é-
d’autres activités industrielles) pour ne pas négliger le caractère aléa- tendue géographique des effets de
s’accaparer une partie de la toire (et donc incertain)del’émer- spillovers (FELDMAN, 1998 ; MOH-
rente associée dont la réduction gence de nouvelles technologies NEN, 1998). Mais il ne s’agit que
constitue une incitation à la pro- (et donc d’innovations)qui invite, d’approches indirectes des phéno-
duction d’innovations. Cela vaut quant à lui, à concentrer les inter- mènes de localisation qui n’appa-
au sein d’une même économie ventions en faveur des coopéra- raissent que comme des «produits
(caractérisable comme constituée tions en amont (recherche joints» des analyses sur la crois-
d’un marché unique) ainsi qu’au fondamentale et appliquée bénéficiant sance (voir annexe).
plan international (libéralisation aux entreprises).
Un essai de clarification théo-des échanges, harmonisation des
rique portant sur la localisationrégimes de propriété industrielle). A
de la croissance et le rôle des ex-cet égard, l’ouverture croissante III - ÉCONOMÉTRIE
ternalités (RIOU, 1999) doit êtredes économies industrialisées DES EXTERNALITÉS signalé à cet égard. Cet essaiconstitue un facteur de diffusion
TECHNOLOGIQUES est porteur d’enseignement pourtechnologique qui tend à relativi-
LOCALES le décideur public. L’auteur, quiser, sans l’invalider, la nécessité
présente les modèles de crois-ET GÉOGRAPHIEet l’efficacité d’une politique de
sance endogène spatialisésl’innovation active. DE L’INNOVATION :
d’ENGELMANN et WALZ (1995)et
UNE ANALYSE CRITIQUE
Par contre, cela n’interdit pas de de MARTIN et OTTAVIANO (1999),
mener une politique active, sous montre que ces deux modèlesDepuis le début des années 1990
certaines conditions relativement permettent de cerner toute l’im-une littérature empirique, princi-
exigeantes. L’objectif de telles me- portance devant être accordée àpalement américaine, tente de
sures est naturellement d’interna- la dimension spatiale des flux oufournir de véritables évaluations,
liser, aussi en amont que externalités de connaissances.des mesures du contenu géogra-
possible, les externalités positives L’absence ou l’insuffisance de re-phique des phénomènes de spillo-
de connaissance au moyen de co- lations technologiques inter-ré-vers et du caractère spatialisé de
opérations pour les firmes opé- gionales conduirait, d’une part, àleur influence sur les résultats de
rant dans des industries où la une dépendance forte de Ial’activité de production ou d’inno-
technologie constitue un input es- croissance à la répartition spa-vation. Deux grands types d’ap-
sentiel (industries à forte intensité en tiale des activités et, d’autreproches peuvent être distingués
R&D). Il s’agit plus précisément part, à perpétuer les déséquili-au sein de cet ensemble (M. FELD-
d’intervenir dans des domaines bres régionaux initiaux. A l’in-MAN, 1998).
technologiques où il est possible verse, un environnement
La première approche est motivéed’identifier de fortes externalités technologique inter-régional ou-
par la compréhension des différen-liées à la nature même des tech- vert atténuerait l’action des for-
ces de résultats économiquesnologies en question (technologies ces poussant au développement
(croissance, productivité...). Les loca-émergentes et/ou génériques ainsi déséquilibré.
lisations ne sont alors qu’un moyenque technologies dont les améliora-
de révéler l’existence de différentes Le second type de travaux se situetions sont anticipables sur une longue
modalitésdecroissanceimpliquant plus directement dans la perspec-périodedetemps -fortdegré de
de manières diverses les phéno- tive de la géographie de l’innovationcontinuité).
mènes d’externalités technologi- et se donne pour objectif de fournir
A contrario, il semble contre-pro- ques. S’appuyant sur des une mesure directe de la dimen-
ductif, en termes de concurrence modélisations de type croissance sion géographique des spillovers.
sur les marchés de biens, de sou- endogène, ces évaluations empiri- Comment déterminer l’étendue
tenir des investissements en inno- ques du rôle des «knowledge spillo- géographique de leur diffusion ? Le
vation dont les résultats seront vers» sur la croissance ou la but étant ici d’éclaircir les mécanis-
fortement appropriables (sauf con- productivité d’une nation (CABALLE- mes sous-jacents à la concentra-
trainte de liquidité) dans la mesure RO et JAFFE, 1993) débouchent ce- tion des activités d’innovation.
où ils peuvent induire un renforce- pendant parfois sur des effets de Nous situant clairement dans la
ment de la concurrence monopo- localisation. C’est notamment le perspective de la géographie de l’in-
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 7novation, c’est ce dernier en- sance sont localisées. Pour cela, En bref, la comparaison avec les
semble de travaux empiriques que ils observent l’origine géogra- échantillons-contrôle montre que
nous avons choisi de privilégier. phique des citations de brevets. la concordance de localisation
Dans unepremièreanalyse,trois Le système américain de brevet entre les brevets cités et les bre-
grands types d’approches peuvent prévoit en effet des indications vets qui les citent est plus forte
être distingués. sur les brevets en rapport avec la que la concordance de localisa-
nouvelle invention. Lors du dépôt tion entre les brevets cités et les
(i) JAFFE, TRAJTENBERG et HENDER- d’un brevet, des références sont brevets-contrôle. Il y a donc bien
SON (1993) considèrent que les ex- faites à des brevets antérieurs. une localisation des citations.
ternalités technologiques laissent Ces citations sont utilisées pour
destraces:lescitations de bre- L’étude des citations de brevetsdélimiter clairement l’apport spé-
vets. «Despite the invisibility of kno- de JAFFE et alii (1992, 1993)necifique du nouveau brevet. Ainsi,
wledge spillovers, they do leave a permet pas de comprendre paron peut considérer que les cita-
paper trail in the form of citations». où transitent les connaissances.tions contenues dans un brevet
Cette marque laissée par l’innova- D’une certaine manière, les au-représentent en fait un stock de
tion peut permettre d’identifier, au teurs semblent supposer que lesconnaissances préalables et
moins partiellement, la trajectoire connaissances se propagentconstituent une trace de la diffu-
de diffusion des connaissances et d’elles-mêmes. II semble doncsion des connaissances.
leur caractère géographique. essentiel de rechercher par quel-
les voies les spillovers se trans-
Si les spillovers sont localisés,(ii) Plutôt que de rechercher une mettent. Le travail de ALMEIDA et
une entreprise sera plus àtrace des flux de connaissances, KOGUT (1997) va dans ce sens
même d’utiliser le stock ded’autres auteurs cherchent à étu- (Technologies do not themselves
connaissances locales. On de-dier les spillovers en observant generate externalities and spillo-
vrait donc découvrir un lien entreleurs effets. Dans cette perspec- vers). Ils appliquent la méthode
la localisation des nouveaux bre-tive, certains travaux s’attachent de JAFFE et al.(1993) pour étu-
vets et la localisation des brevetsà expliquer la concentration des dier les différences régionales en
auxquels ils font référence. Ce-activités innovantes, en partant matière de localisation des spillo-
pendant, pour que ce lien soitde l’idée que si les spillovers sont vers dans le cas des semi-
pertinent, il faut prendre enlocalisés, alors certaines régions conducteurs.
compte le fait que les activitésdoivent bénéficier d’effets cumula-
technologiques peuvent être autifs favorisant la «production» d’in- L’apport de l’analyse de ALMEIDA
préalable concentrées géogra-novations. et KOGUT par rapport aux résul-
phiquement. JAFFE, TRAJTENBERG
tats de JAFFE et al. (1993) est de(iii) Cette prise en compte de la et HENDERSON vont donc cons-
décomposer les résultats par ré-concentration comme variable truire un échantillon de bre-
gion, et de permettre ainsi desexplicative de l’innovation et non vets-contrôle. A chaque brevet
comparaisons. On observe alorscomme objet principal d’étude qui fait référence à un autre bre-
une grande disparité dans les de-dans Ies analyses fondées sur vet, on associe un brevet déposé
grés de localisation. La Siliconune fonction de production de dans le même domaine technolo-
Valley a en particulier un effet deconnaissances incorporant un gique et à la même période, mais
localisation très fort. Un tel cons-indicateur de coïncidence géo- qui ne cite pas le même brevet
tat conduit à s’interroger sur lesgraphique permet d’étudier la di- d’origine. Chaque paire de bre-
éléments explicatifs de ces dis-mension locale de spillovers. vets permet de comparer la loca-
parités. Pour ALMEIDA et KOGUT,Certains de ces travaux permet- lisation du brevet-contrôle avec
le caractère localisé des externa-tent de mieux rendre compte de celle du brevet d’origine cité
lités résulte de la dimension ta-ces phénomènes de déborde- dans le brevet testé.
cite des connaissances. Lesment grâce à une meilleure mo-
idées ne seraient pas directe-délisation des externalités
A partir des échantillons de ci- ment accessibles à tous, maistechnologiques et des interac-
tations et de brevets-contrôle, au contraire, elles seraient, pourtions locales.
il s’agit en fait de tester deux partie au moins, incorporées
hypothèses : l’hypothèse nulle dans les hommes. En consé-
H :P =P et l’hypothèse alter- quence, la diffusion de ceso o cit
III - 1. Les citations native H :P >P avec P la connaissances tacites seraito cit com cit
de brevets comme probabilité que le brevet qui fait conditionnée par la mobilité in-
la citation soit localisé au«marqueurs» des terfirmes de la main-d’oeuvre.
même endroit que le brevet d’o-«spillovers»
Pour tester ces hypothèses,rigine et P la probabilité que
com
JAFFE, TRAJTENBERG et HENDERSON ALMEIDA et KOGUT repèrent lesle brevet-contrôle soit localisé
(1993) cherchent à montrer en trajectoires professionnelles desau même endroit que le brevet
quoi les externalités de connais- détenteurs de brevets. Les tra-d’origine.
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 8jectoires sont reconstituées à la R&D appliquée, la R&D tense. Mais certains travaux étu-
l’aide des brevets indiquant le fondamentale débouchant plus dient la concentration de l’inno-
nom de l’ingénieur à l’origine de rarement sur des dépôts de bre- vation de façon plus élaborée, en
l’innovation et de la firme dans la- vets : or la recherche fondamen- s’inspirant de la méthode de
quelle il travaille. tale est celle qui produit le plus KRUGMAN (1992).
de spillovers. Ensuite, même
La mobilité du travail, même si pour les innovations brevetées, La méthode la plus immédiateelle n’est sans doute pas le seul un certain nombre de spillovers pour distinguer une éventuellevecteur de transfert de connais- ne sont pas repérables par le concentration des activités inno-sances, semble jouer un rôle biais des citations. Les connais- vantes consiste à repérer la ré-tout à fait significatif. Les résul- sances utilisées pour réaliser partition géographique detats indiquent, d’une part, une une innovation ne sont pas uni- l’innovation. Par exemple, FELD-très grande disparité régionale quement les informations conte- MAN (1994)et AUDRETSCH etdans la mobilité interfirmes de la nues dans les brevets plus FELDMAN (1994) observent lamain-d’oeuvre. Ces disparités anciens. Plus globalement, on structure spatiale de l’innova-coïncident avec les différences peut déceler une contradiction tion, en comparant l’output d’in-en matière de localisation. La Si- entre l’indicateur choisi (les bre- novation des États américains,licon Valley présente notamment vets) et le phénomène observé output mesuré à partir d’uneune mobilité record. II semble (les externalités). En effet, dans base de données qui identifie lesdonc que plus la mobilité profes- cette étude, on relie le caractère innovations commercialisées.sionnelle est forte, plus les local des externalités à la dimen- Après correction des donnéesconnaissances se transmettent sion tacite des connaissances. en fonction de la taille des Étatsd’une firme à l’autre. D’autre Or les brevets sont au contraire et en de la spécialisationpart, la mobilité inter-régionale typiquement le reflet de connais- sectorielle, la concentration deest très faible, ce qui explique la sances codifiées, ALMEIDA et KO- l’innovation demeure. Mais unedimension locale des spillovers, GUT en conviennent d’ailleurs qui telle observation ne suffit paset l’apparition d’effets cumula- précisent : «We do not view pa- pour démontrer l’existence detifs. De plus, les firmes qui em- tent citations as the mecanism spillovers ni pourquoi les innova-bauchent un nouvel ingénieur of knowledge transfer, but we tions se concentrent dans certai-sont plus enclines à citer le bre- use the data simply to point to nes régions. AUDRETSCH etvet de cet ingénieur que les au- the temporal, geographic and FELDMAN (1994) étudient danstres firmes. Il semble donc que technological patterns of in- quelle mesure les activités inno-l’entrée du nouvel ingénieur ter-firm knowledge building». vantes sont concentrées géogra-stimule l’innovation de la firme
phiquement et cherchent àdans le domaine technologique
expliquer cette concentrationcorrespondant.
par l’importance des spilloversIII - 2. La concentration
technologiques. Pour cela, ilsPar-delà le repérage de l’exis- géographique
évaluent la concentration géo-tence et des raisons d’une di- de l’innovation comme
graphique des activités innovan-mension géographique des effet des spillovers
tes grâce à des coefficients deexternalités technologiques, on
Gini, pondérés par la part des ac-peut s’interroger sur la perti- Si les spillovers ont une dimen-
tivités économiques implantéesnence du lien entre citations de sion locale, alors, un de leurs ef-
dans chaque État (KRUGMAN,brevets et spillovers. II peut se fets sera d’impulser un
1992).faire que certaines citations ne regroupement des activités inno-
traduisent pas des spillovers et vantes dans certains lieux ; la
inversement, les citations de proximité étant nécessaire pour Si les spillovers technologiques
brevets ne rendent pas forcé- bénéficier des effets de déborde- ont une dimension locale alors,
ment compte de tous les spillo- ment produits par d’autres fir- d’une part, les industries dans
vers. En effet, tous les spillovers mes ou par des organismes lesquelles ces spillovers sont im-
ne sont pas captés par les cita- publics. L’étude de la concentra- portants doivent être plus
tions de brevets, et ce pour deux tion des activités innovantes est concentrées que les autres et
raisons. Tout d’abord, les bre- alors un moyen pour tester la di- d’autre part, les activités inno-
vets sont un indicateur partiel de mension géographique des spil- vantes doivent être plus concen-
l’innovation. En particulier, ils lovers. C’est la démarche trées que les activités de
conduisent à mettre l’accent sur adoptée par plusieurs travaux. production. AUDRETSCH et FELD-
certains secteurs d’activité dans Le caractère plus ou moins MAN testent donc un système de
la mesure où l’on brevette plus concentré des innovations peut deux équations : une équation de
dans certains domaines que être étudié de façon très géné- la concentration de la produc-
dans d’autres. En outre, ils tra- rale en repérant des zones où tion, et une équation de la
duisent surtout les résultats de l’activité d’innovation est plus in- concentration de l’innovation.
Innovation et développement local
Rédigé par Jean-Paul FRANÇOIS, novembre 2001 9

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