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CONSOMMATION
La demande de boissons
des ménages :
une estimation de la
consommation à domicile
En quarante ans, la somme annuelle dépensée par personne en francs constantsChristine
1980 pour l’achat de boissons consommées à domicile n’a cessé d’augmenter.Boizot*
En 1997, elle a presque doublé par rapport à 1959. Cet accroissement de la dépense
recouvre des évolutions différentes. La somme consacrée à l’achat de boissons
sans alcool été multipliée par six. De 10 % de la somme annuelle allouée par
personne
à l’achat de boissons en 1959, elle en représentait 40 % en 1997.
Cette augmentation est due, en particulier, à l’achat d’eau en bouteille.
Estimer un système de demande permet de dégager les facteurs qui agissent
sur la structure de la dépense en boissons des ménages. Les vins d’appellation,
les eaux en bouteille et les boissons aux fruits plates non alcoolisées sont les trois
catégories de boissons auxquelles les ménages allouent plus de 14 % de leur
budget boissons. Ces trois catégories représentent, en moyenne, presque la moitié
des dépenses de boissons consommées à domicile. Des groupes de boissons
substituables entre elles sont mis en évidence. Ils confirment que la prise en
compte des circonstances de consommation permet une analyse plus pertinente
des phénomènes de substitution entre les boissons, qui selon ces circonstances
peuvent appartenir à des groupes différents.
n quarante ans, la structure de la consom- et par an. Parallèlement, la consommation de* Christine Boizot ap-
partient à l’Inra, Corela. E mation de boissons s’est profondément vins courants a diminué à l’inverse de celle des
L’auteur remercie F. modifiée (cf. graphique I). L’autoconsomma- vins d’appellation (cf. graphique II). Ces modi-
Caillavet, P. Combris,
tion porte principalement sur le vin, le cidre et fications de la structuredelaconsommationS. Lecocq et V. Nichèle
ainsi que les rapporteurs les eaux-de-vie. Même si elle a beaucoup dimi- de boissons des ménages invitent à mieux
pour leurs remarques nué, elle n’explique pas l’augmentation de la comprendre les déterminants des choix des
constructives.
dépense en boissons achetées pour la consom- consommateurs aujourd’hui. Avoir davan-
mation à domicile. L’eau minérale et les autres tage d’information sur ces déterminants, en
boissons sans alcool ont pris une place impor- particulier sur l’effet des prix, de la dépense
tante (cf. graphique II). La quantité d’eau en et des facteurs sociodémographiques peut
Les noms et dates entre
bouteille achetée en 1995 est dix fois supé- permettre d’avoir une meilleure estimationparenthèses renvoient à
la bibliographie en fin rieure à celle de 1950. La Comptabilité natio- de l’évolution de la structure de la consomma-
d’article. nale l’estime, en 1995, à 108 litres par personne tion des boissons dans le futur.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325 1999 - 4/5 143Les enquêtes traditionnelles qui enregistrent mer plus précisément les effets des prix en
une à deux semaines d’achat des ménages sont s’appuyant sur les comportements des ména-
peu adaptées au cas des boissons : ces dernières ges qui participent effectivement au marché.
étant des produits stockables, les achats grou- Les achats ont été regroupés par trimestre afin
pés peuvent fausser le calcul de la dépense de tenir compte d’éventuelles variations sai-
annuelle. L’originalité du présent travail est sonnières dans la structure de dépense de bois-
d’utiliser des données de panel (cf. encadré 1). sons. Le système de demande estimé permet à
Elles permettent un suivi très satisfaisant des la fois de mettre en évidence les aspects socio-
achats des ménages pendant une année. En outre, démographiques et saisonniers de la consom-
elles identifient sans ambiguïté les ménages mation de boissons mais aussi les réactions aux
consommateurs à domicile. On peut ainsi esti- variations des prix et de la dépense totale et les
substitutions possibles entre les boissons.
Les comportements de consommation des mé-
Graphique I
nages sont analysés à l’aide du modèle
Évolution de la dépense de boissons
QUAIDS (Quadratic Almost Ideal Demand
par grands postes de 1959 à 1997
System) développé par Banks, Blundell et
Lewbel (1997) (cf. encadré 2).
Comment estimer les dépenses
de boissons séparément
des autres dépenses
En théorie, la fonction de demande d’un bien
quelconque dépend de son prix, du prix de
tous les autres biens et du revenu. Même lors-
qu’on dispose de données exhaustives sur les
dépenses des ménages, il n’est pas possible
en pratique de tenir compte des effets des prix
de tous les biens sur la consommation. Lors-
Source : Comptabilité nationale.
qu’on s’intéresse à un ensemble de biens parti-
culiers, on fait l’hypothèse que la répartition
des dépenses au sein de ce groupe de biens neGraphique II
dépend que des prix des différents produitsÉvolution de la dépense par personne en
qui en font partie et de la dépense totale affec-boissons achetées pour la consommation
tée au groupe. Cela revient à faire des hypo-à domicile de 1959 à 1997
thèses supplémentaires sur la forme des
préférences du consommateur. On pose que
les préférences sont séparables par rapport à
chaque groupe de biens. Cette hypothèse peut
se traduire par un arbre d’utilité. Chaque bien
contribue à la sous-utilité de son groupe et cha-
que groupe contribue à l’utilité totale. On sup-
pose que le consommateur partage dans un
premier temps son budget total entre des grands
groupes de biens tels que l’alimentation, l’auto-
mobile, les vêtements, les loisirs, le logement,
etc. Les sommes ainsi allouées sont ensuite
réparties indépendamment les unes des autres
entre les divers postes qui composent chacun
des grands groupes de biens précédents. Le
montant attribué à l’alimentation est distribué
entre des ensembles de produits tels que la
viande, les produits laitiers, les fruits, les légumes,
Source : Comptabilité nationale. les boissons, etc. L’hypothèse de séparabilité
144 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325, 1999 - 4/5Encadré 1
LES DONNÉES UTILISÉES
Ce travail utilise les données du panel SECODIP ticités qui reflètent autant que possible de vraies
(Société d’Étude de la Consommation, Distribution réactions aux prix. Un ménage qui n’aime pas une
et Publicité) en 1997, traitées par l’Observatoire des catégorie de boissons comme les alcools, n’en
Consommations Alimentaires, grâce à un finance- achètera pas même si le prix diminue fortement. Il
ment de la Direction Générale de la Concurrence, peut même ne pas en connaîtreleprix. 2 194 mé-
de la Consommation et de la Répression des Frau- nages sur 3 230 correspondent à notre critère de
des (DGCCRF), par la Direction Générale de choix des ménages àétudier. Cette restriction impli-
l’Alimentation (DGAL), et par la Direction Générale que une suppression proportionnellement plus
de la Santé (DGS). Elles contiennent des informa- importante des ménages composésd’une seule per-
tions sur les caractéristiques des ménages vivant en sonne par rapport aux autres catégories de
France et sur leurs achats alimentaires journaliers. ménages. La probabilité que les personnes seules
Le ménage enregistre les caractéristiques de cha- achètent chacune des six catégories de boissons
cun des produits qu’il a achetés à l’aide d’un est plus faible que pour les ménages composésde
lecteur optique. La lecture s’effectue directement plusieurs personnes. En conséquence les résultats
sur l’emballage du produit si celui-ci possède un sont représentatifs des ménages acheteurs des six
code-barres. Les caractéristiques des produits catégories de boissons (1).
sans code-barres, comme du vin acheté chez un
producteur, sont relevées à l’aide d’un menu de Les dix classes de boissons estimées
saisie guidéesur l’écran du lecteur optique, afin
d’obtenir la description la plus détaillée possible des Les achats de boissons des 2 194 ménages retenus
produits. Ce suivi exhaustif des achats via les code- ont été regroupés en dix classes. Ces classes sont
barres permet une connaissance plus fine des les vins de consommation courante, les vins d’ap-
produits et une élimination presque totale des pos- pellation, les vins pétillants, les alcools forts, les
tes indéterminés. alcools doux, les anis (pastis et équivalent), la bière,
les eaux en bouteille, les boissons aux fruits plates
En 1997, les achats de boissons ont été observés à non alcoolisées et les boissons aux fruits gazeuses
l’aide d’un panel de 3 230 ménages. Comme les mé- non alcoolisées (cf. annexe II pour le détail des
nages notent leurs achats pendant une année, nous boissons qui composent les dix classes). Un mé-
pouvons admettre que la consommation effective nage peut ne pas acheter d’une ou de plusieurs des
correspond aux achats observés. Autrement dit, dix classes de boissons. Il peut acheter du vin de
lorsqu’un ménage n’achète pas, on considère qu’il consommation courante mais pas de vin d’appella-
ne consomme pas, alors que dans les enquêtes tion ni de vins pétillants. Nous avons évité le plus
de courte durée(1 à 2 semaines), on doit faire possible d’introduire des non-achats dus au goût
l’hypothèse qu’une absence d’achat peut résulter des ménages. Nous avons hésitéà séparer les al-
soit d’une non-consommation, soit d’achats espa- cools anisés, principalement le pastis, des autres
cés effectués en dehors de la période boissons en raison des problèmes de goût. Finale-
d’observation. ment, il a été choisi de ne pas les regrouper avec
les alcools forts leur usage pouvant être assez
Six groupe de boissons différent une fois dilués de celui des autres alcools
pour sélectionner les ménages forts (Aurier, 1997). Afin de mettre en évidence
d’éventuelles variations saisonnières dans l’achat
Nous avons choisi de travailler sur une sous-popu- des boissons, nous avons procédéà un regroupe-
ment trimestriel des achats. Travailler directementlation particulière de ces ménages pour l’estimation
du système de demande. Les boissons ont été avec les valeurs unitaires (2) observées peut entraî-
regroupées en six grandes catégories. Celles-ci sont ner un biais dûà des différences de qualité entre
des produits de même dénomination ou à des diffé-les alcools, les vins y compris les pétillants, la bière
y compris le panaché, les eaux en bouteille, les rences de réseau de distribution. Pour éviter ce
boissons gazeuses non alcoolisées et les boissons biais, les valeurs unitaires observées sont rempla-
cées par leurs moyennes calculées par produit,plates non alcoolisées. Nous faisons l’hypothèse
qu’un ménage qui n’a pas acheté une de ces bois- trimestre, département et catégorie de commune.
sons pendant une annéen’en achète jamais. Seuls
demeurent les « vrais » zéros qui correspondent à
une absence de consommation durable et peut être
l’effet d’un prix trop élevé,d’une aversion pour le
produit, de l’autofourniture, de l’autoconsommation
ou d’une consommation hors domicile exclusive-
ment. Seuls les ménages participant réellement au
marché ont été retenus, ceux qui n’achètent pas 1. Le panel nous renseigne sur les achats effectués par les mé-
une ou plusieurs des six grandes catégories de nages, y compris ceux réalisés pour les invités.
2. Une valeur unitaire est calculée en divisant la somme dépen-boissons au cours de l’année ont été retirésde
sée pour l’achat d’une boisson par sa quantité achetée.l’étude. Cette restriction a pour but le calcul d’élas-
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325 1999 - 4/5 145Tableau 1
Caractéristiques sociodémographiques et saisonnières influant sur les parts de dépense
Caractéristiques augmentant la part de dépense Caractéristiques diminuant la part de dépense
Groupes de
boissons
Variables explicatives Coefficient T de student Variables explicatives Coefficient T de student
Âge du chef de ménage 0,003 (2,92)
BEPC, CAP, BEP 0,014 (3,65)
Vins de Agriculteurs 0,042 (4,37) Études supérieures au bac - 0,011 (- 2,60)
consomma-
Aquitaine 0,040 (3,81) Femmes seules - 0,064 (- 7,54)
tion courante
Midi- Pyrénées 0,043 (3,95) Quatrième trimestre - 0,021 (- 5,34)
Auvergne 0,041 (3,30)
Provence- Alpes- Côte d’Azur 0,029 (2,88)
Pas de cave 0,015 (4,47)
Pas de diplôme ou CEP - 0,033 (- 4,73)
BEPC, CAP, BEP - 0,017 (- 3,24)
Âge du chef de ménage 0,000 (3,11) Artisans - 0,031 (- 3,04)
Études supérieures au bac 0,021 (3,61) Agriculteurs et artisans retraités - 0,044 (- 2,69)
Vins Haute- Normandie 0,052 (3,45) Employés et ouvriers retraités - 0,028 (- 3,16)
d’appellation
Hommes seuls 0,050 (3,91) Languedoc - 0,040 (- 2,74)
Autre rangement 0,021 (4,50) Ménages enfants 3 ans et + - 0,042 (- 5,83)
Quatrième trimestre 0,030 (5,67) Autres ménages - 0,047 (- 8,04)
Second trimestre - 0,030 (- 5,20)
Troisième trimestre - 0,023 (- 4,05)
Alsace - 0,023 (- 3,60)
Femmes seules 0,024 (3,01) Ménages enfants 3 ans et + - 0,027 (- 5,34)
Vins
pétillants Quatrième trimestre 0,025 (6,83) Autres ménages -0,015 (- 3,51)
Second trimestre - 0,020 (- 4,76)
Troisième trimestre - 0,020 (- 4,86)
Lorraine - 0,034 (- 3,33)
Alsace - 0,037 (- 3,01)
Île-de-France 0,023 (2,59) Languedoc - 0,032 (- 2,89)
Alcools forts
Haute- Normandie 0,056 (4,98) Ménages enfants - de 3 ans - 0,033 (- 5,16)
Ménages enfants 3 ans et + - 0,026 (- 4,90)
Autres ménages - 0,032 (- 7,28)
Troisième trimestre - 0,016 (- 3,67)
Alcools doux Inactifs 0,020 (2,84) Provence- Alpes- Côte d’Azur - 0,022 (- 2,84)
Autres ménages - 0,010 (- 2,93)
Pas de diplôme ou CEP 0,016 (3,23) Études supérieures au bac - 0,024 (- 5,96)
BEPC, CAP, BEP 0,010 (2,72) Inactifs - 0,034 (- 4,04)
Anis Limousin 0,052 (3,10) Lorraine - 0,026 (- 2,69)
Languedoc 0,029 (2,77) Alsace - 0,040 (- 3,41)
Femmes seules - 0,022 (- 2,67)
Pas de diplôme ou CEP 0,012 (2,65)
BEPC, CAP, BEP 0,010 (2,94)
Ouvriers 0,025 (3,49)
Cadres retraités 0,022 (3,04)
Bière et
panachés Champagne 0,036 (3,34)
Centre 0,028 (2,89) Quatrième trimestre - 0,009 (- 2,58)
Nord 0,090 (9,09)
Lorraine 0,059 (6,30)
Alsace 0,071 (6,49)
Languedoc 0,053 (5,35)
146 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325, 1999 - 4/5faible permet d’estimer un système de de- bière, que l’on peut considérer comme des bois-
mande pour l’ensemble des boissons. sons désaltérantes (Aurier, 1997) est plus éle-
vée au printemps (second trimestre) et en été
(troisième trimestre). Celle des vins pétillants
La répartition du budget entre diminue au printemps et en été, celle des
les boissons varie selon la saison... alcools forts en été. Le quatrième trimestre,
période de la foire aux vins mais également des
Par rapport au premier trimestre, la part des fêtes de fin d’année, entraîne une augmentation
boissons gazeuses non alcoolisées et de la du budget consacré à l’achat de vins d’appellation
Tableau 1 (fin)
Caractéristiques augmentant la part de dépense Caractéristiques diminuant la part de dépense
Groupes de
boissons
Variables explicatives Coefficient T de student Variables explicatives Coefficient T de student
Autres ménages 0,021 (5,19)
Second trimestre 0,038 (9,66)
Troisième trimestre 0,043 (10,89)
Eaux Âge du chef de ménage 0,004 (2,70)
en bouteille
Professions intermédiaires 0,017 (3,07)
Employés et ouvriers retraités 0,028 (3,23) Agriculteurs - 0,042 (- 3,30)
Ménages enfants - de 3 ans 0,042 (5,04)
Femmes seules 0,044 (3,99)
Âge du chef de ménage - 0,004 (- 3,15)
Île-de-France - 0,045 (- 4,29)
Champagne - 0,068 (- 4,96)
Picardie - 0,048 (- 3,71)
Études supérieures au bac 0,013 (2,64) Haute-Normandie - 0,101 (- 7,83)
Boissons aux Agriculteurs 0,056 (5,10) Centre - 0,033 (- 2,72)
fruits plates
Artisans 0,040 (4,53) Basse-Normandie - 0,062 (- 4,57)
non
alcoolisées Inactifs 0,028 (2,68) Nord - 0,072 (- 5,74)
Ménages enfants - de 3 ans 0,037 (5,04) Lorraine - 0,035 (- 2,99)
Ménages enfants 3 ans et + 0,074 (12,08) Pays de Loire - 0,039 (- 3,37)
Autres ménages 0,059 (11,73) Bretagne - 0,057 (- 4,90)
Poitou-Charentes - 0,062 (- 4,88)
Auvergne - 0,043 (- 3,03)
Languedoc - 0,042 (- 3,32)
Quatrième trimestre - 0,017 (- 3,79)
Études supérieures au bac 0,010 (2,85)
Île-de-France 0,024 (3,22)
Centre 0,026 (2,96) Âge du chef de ménage - 0,004 (- 3,18)
Lorraine 0,044 (4,39) Agriculteurs - 0,041 (- 5,25)
Boissons Alsace 0,051 (3,66) Professions intermédiaires - 0,010 (- 2,78)
gazeuses
Franche- Comté 0,027 (2,72) Cadres retraités - 0,020 (- 2,93)
non
alcoolisées Languedoc 0,027 (3,03) Hommes seuls - 0,032 (- 3,38)
Provence- Alpes- Côte d’Azur 0,034 (4,07) Autre rangement - 0,009 (- 3,05)
Autres ménages 0,024 (4,75)
Second trimestre 0,017 (3,11)
Troisième trimestre 0,021 (3,88)
Lecture : dans un but de lisibilité et de plus grande fiabilité, seules les variables significatives au seuil de 1% ont été retenues. Prises
une à une, ces variables n’entraînent pas de variations très importantes de l’allocation des parts. Il n’est évidemment pas possible
d’expliquer tous les effets sociodémographiques significatifs, on se contente ici de les décrire.
Source : Panel SECODIP 1997 (cf. encadré 1).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325 1999 - 4/5 147et de vins pétillants et une diminution du mon- en bouteille que les couples sans enfants. Une
tant alloué à l’achat de vins de consommation analyse plus détaillée des différentes catégories
courante, de bière et de boissons aux fruits pla- d’eau en bouteille, non présentée ici, montre
tes non alcoolisées (cf. annexe I). que ce sont plus particulièrement les eaux mi-
nérales plates qu’achètent les ménages avec un
ou plusieurs enfants en bas âge.
... et également selon la région
À niveaux d’études différents,Les productions et traditions régionales n’ex-
pliquent pas tout, mais elles peuvent donner des allocations budgétaires différentes
indications. La région de référence est la Bour-
gogne, productrice de vins d’appellation. Par Les ménages dans lesquels le diplôme le plus
rapport à cette région, la part budgétaire allouée élevé est le BEPC ou équivalent consacrent une
aux vins de consommation courante est plus part plus importante de leur budget boissons à
importante en Aquitaine, en Midi-Pyrénées, en l’achat de vin de consommation courante. Ceux
Auvergne et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. dont le chef de ménage ou son conjoint ont pour
Toutes les régions précédemment citées pro- diplôme le plus élevé le certificat d’études,
duisent des vins de consommation courante, en allouent une somme plus importante à l’achat
particulier des vins de pays tels que les vins du d’anis et de bière et moins à l’achat
comté Tolosan et du pays d’Oc. La part consa- de vins d’appellation que les ménages dont le
crée à l’achat de bière est plus élevée en Alsace, diplôme le plus élevé est le baccalauréat. Les
en Lorraine, dans le Nord, dans le Centre, en diplômés de l’enseignement supérieur consa-
Champagne et en Languedoc. Les trois premiè- crent une part plus importante de leur budget à
res régions sont traditionnellement productri- l’achat de vins d’appellation, de boissons non
ces et consommatrices de cette boisson. Les alcoolisées, hormis les eaux en bouteille, et une
ménages de Haute-Normandie et d’Île-de- part moins élevée à l’achat de vin de consom-
France allouent une part plus grande à l’achat mation courante et d’anis.
d’alcools forts que ceux de Bourgogne. Ces
alcools forts sont produits, entre autres, en Par ailleurs, plus le chef de ménage est âgé, plus
Normandie. la part qu’il accorde à l’achat de vin non
pétillant et d’eaux en bouteille est élevée et plus
la part allouée aux boissons non alcoolisées
La présence d’enfants favorise l’achat plates est faible. Ces constatations rejoignent
de boissons plates non alcoolisées les résultats des travaux de Boulet et al. (1996)
qui indiquent que la consommation de vins et
Les ménages avec enfants et les « autres ména- d’eau en bouteille au moment des repas aug-
ges » allouent une part budgétaire plus impor- mente avec l’âge. Les ouvriers et les agricul-
tante à l’achat de boissons aux fruits plates non teurs consacrent respectivement une part plus
alcoolisées et une moindre part à l’achat importante de leur budget boisson à l’achat de
d’alcools forts, de vins d’appellation et de vins bière et de vin de consommation courante que
pétillants (ménages avec enfants de trois ans et plus les employés. La proportion plus faible allouée
et autres ménages) que les couples sans enfants. à l’achat d’eaux en bouteille par les agriculteurs
La variable « autres ménages » comprend des s’explique sans doute par une consommation
ménages avec des enfants de trois ans et plus plus élevée d’eau du robinet, que l’absence de
d’où un comportement similaire à celui de la données ne permet pas de vérifier. Les femmes
variable « ménages avec enfants de trois ans et seules consacrent une partie plus importante de
plus » (1). Boulet et al. (1996), indiquent que leur budget boisson à l’achat d’eau en bouteille
les boissons sans alcool autres que l’eau sont et de vins pétillants et une plus faible part à
consommées par un tiers des jeunes générations l’achat d’anis et de vins de consommation cou-
au moment des repas. Les ménages avec au rante que les couples sans enfants.
moins un enfant de moins de trois ans, attri-
buent une part plus importante à l’achat d’eau Ne pas disposer d’une cave influe positivement
sur l’achat de vins de consommation courante.
Enfin, les ménages qui disposent d’un range-
1. La variable « lien avec le chef de famille » ne faisant pas partie ment pour apéritifs autre que la cave, la cuisine
des variables socio-démographiques du panel SÉCODIP, les ou le garage sont aussi ceux qui allouent une
ménages avec enfants autres que les couples avec enfants de
part budgétaire plus élevée pour l’achat de vinsmoins de seize ans et les ménages avec enfants de moins de
trois ans ont été placés dans la catégorie « autres ménages ». d’appellation.
148 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325, 1999 - 4/5Encadré 2
LA MODÉLISATION ÉCONOMÉTRIQUE
Le modèle
Pour décrire les comportements de consommation des ménages, nous utilisons le modèle QUAIDS (Quadra-
tic Almost Ideal Demand System)développé par Banks, Blundell et Lewbel (1997). Celui-ci est une extension
du modèle AIDS standard (Almost Ideal Demand System) de Deaton et Muellbauer (1980) auquel se rajoute
un termededépense quadratique. Les parts budgétaires w prennent la forme suivante :
ih
N
2
ln x a p
h h
w ln p ln x a p u (1)
ih i i j j h i h h i ihb p
h
j 1
pour i 1, ... , N biens et h 1, ...,H ménages avec :
N N
1
a p ln p ln p ln p
h 0 i i h i j ih j h2
i 1 i,j 1
et :
N
ib p p
h ih
i 1
oùp est le prix du bien j pour le ménage h,x est la dépense totale du ménage h et , , et
j h h i i j i
sont les paramètres à estimer.
i
Le modèle QUAIDS a l’avantage de conserver les propriétés de flexibilité et d’intégrabilité du modèle AIDS
tout en offrant de nouvelles possibilités empiriques. Il est linéaire conditionnellement aux agrégatsdeprixet
permet la non-linéarité des courbes d’Engel sous-jacentes (1).
Le calcul des élasticités
Les élasticités-dépense sont obtenues en différentiant (1) par rapport à la dépense totale (ici la dépense pour
l’ensemble des boissons), elles prennent la forme suivante :
ln x a p 1 h h
e 1 2 . (2)
ih i iw b pih h
Les élasticité-prix non compensées sont obtenues en différentiant (1) par rapport au prix, elles prennent la
forme suivante : N
2
ln x a p h hln x a p 1 h h 1nc
e 2 . ln p i j h i j i j i i j i k k h i jw 2
ih b p b ph h
j 1
où est le delta de Kroneker, égal à 1si i j(c’est-à-dire pour les élasticitésprixdirectes) et à 0 sinon.
i j
Les élasticités-prix compensées se déduisent des élasticités-prix non compensées par la formule de Slutsky
selon l’expression suivante :
c nce e w e (4)
i j h i j h j h i h
Pour qu’il soit issu de la maximisation de l’utilité, le système estimé doit satisfaire plusieursconditions.La
contrainte d’additivité implique que la somme des parts de budget est égale à1et setraduit par :
N N N N
1, 0 j, 0, 0
i i j i i
i 1 i 1 i 1 j 1
1. La linéarité conditionnelle signifie que le modèle QUAIDS est linéaire par rapport à tous les paramètres d’intérêt conditionnellement
à des fonctions très générales des variables explicatives et de ces mêmes paramètres d’intérêt. Banks et al. (1997) ont montré que la
forme linéaire de Working-Leser pouvait être rejetée pour certains groupes de biens comme les boissons alcoolisées.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325-325 1999 - 4/5 149