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La localisation à l'étranger des entreprises multinationales

De
18 pages
La décision de localisation d'une entreprise multinationale peut être décrite comme une séquence de choix géographiques dans laquelle l'entreprise choisit d'abord un pays puis une région à l'intérieur de ce pays. Cette séquence de choix est confirmée par l'analyse du comportement des entreprises japonaises en Europe. La structure géographique du choix est prise en compte en séparant les déterminants du choix national et ceux du choix infra-national. Les entreprises multinationales ont tendance à se localiser dans les mêmes pays et dans les mêmes régions que leurs concurrentes. Cette tendance est plus forte à l'échelon régional qu'à l'échelon national. L'analyse des effets d'agglomération serait donc plus pertinente à une échelle géographique « fine ». L'influence des coûts du travail sur la décision de localisation est plus marquée au niveau régional. De plus, la concurrence entre les régions sur le plan des salaires joue plus à l'intérieur des pays qu'entre régions de pays différents.
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LOCALISATION DES ENTREPRISES
La localisation à l’étranger
des entreprises multinationales
Une approche d’économie
géographique hiérarchisée appliquée
aux entreprises japonaises en Europe
Thierry Mayer La décision de localisation d’une entreprise multinationale peut être décrite
et Jean-Louis comme une séquence de choix géographiques dans laquelle l’entreprise choisit
Mucchielli * d’abord un pays puis une région à l’intérieur de ce pays. Cette séquence de choix
est confirmée par l’analyse du comportement des entreprises japonaises
en Europe. La structure géographique du choix est prise en compte en séparant
les déterminants du choix national et ceux du choix infra-national.
Les entreprises multinationales ont tendance à se localiser dans les mêmes pays
et dans les mêmes régions que leurs concurrentes. Cette tendance est plus forte
à l’échelon régional qu’à l’échelon national. L’analyse des effets d’agglomération
serait donc plus pertinente à une échelle géographique « fine ». L’influence
des coûts du travail sur la décision de localisation est plus marquée au niveau
* Thierry Mayer et régional. De plus, la concurrence entre les régions sur le plan des salaires joue
Jean-Louis Mucchielli plus à l’intérieur des pays qu’entre régions de pays différents.
sont respectivement
ATER et professeur à
l’Université de Paris 1
Panthéon-Sorbonne
(TEAM-CNRS-Paris I).
Les auteurs remercient
Christine Ferrer et Thierry
Lafay pour leurs remar-
ques sur une version
antérieure de cet article,
ainsi que Jean-Pierre
Puig, Guy de Monchy et ourquoi une entreprise multinationale choisit- être créateurs d’emplois et susceptibles de redy-
les deux rapporteurs Pelle d’implanter une filiale dans tel pays namiser le tissu industriel local en difficulté.
anonymes de la revue.
d’accueil et dans telle région plutôt que dans telCet article est issu
d’une recherche financée ou telle autre ? Cette question est longtemps Les analyses théoriques traditionnelles sur les
par le CGP (n° 4-1998).
restée purement académique. Aujourd’hui, déterminants de la localisation, sont souvent
elle est devenue quasiment stratégique pour les restées frustes. Elles ont généralement privilégié
Les noms et dates entre autorités économiques et politiques qui s’effor- un type de déterminant (la demande ou les coûts
parenthèses renvoient à
cent d’attirer sur leur territoire, tant national de production) mais également un seul niveaula bibliographie en fin
d’article. que local, les investissements étrangers supposés géographique d’observation, en général le pays.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 159Les nouvelles analyses d’économie géogra- Les déterminants du choix
phique et de comportements stratégiques ont
de localisation
enrichi la réflexion en intégrant des phénomè-
nes d’agglomération et en prenant explicitement
en compte l’imperfection de la concurrence. es déterminants du choix de localisation
Par ailleurs, les méthodes économétriques Ldes entreprises étrangères peuvent être
actuelles permettent de différencier les niveaux classés en quatre grands types : la demande du
géographiques pertinents pour chaque variable marché des biens que l’entreprise peut espérer
déterminante de l’implantation. exploiter sur chaque localisation, le coût des
facteurs de production que sa filiale devra utiliser,
le nombre d’entreprises locales et étrangères
Une structure de décision déjà installées et enfin les différentes politiques
géographiquement hiérarchisée d’attractivité menées par les autorités locales
d’accueil (Mucchielli, 1998).
Ces nouveaux instruments devraient permettre
de tester la pertinence d’une intuition déjà an- L’influence des deux premiers déterminants ne
cienne (Mucchielli, 1982, 1992) selon laquelle, pose pas de problème particulier.Apriori,les
lors de son processus décisionnel d’implanta- entreprises cherchent à se localiser là où la
tion à l’étranger, l’entreprise choisit d’abord demande est importante et là où les coûts de
une grande zone géographique (un continent de la production sont faibles.
triade : par exemple l’Europe), puis un pays dans
une zone (par exemple la France en Europe), L’impact du nombre d’entreprises locales ou
puis une région (1) et une ville dans ce pays (par étrangères déjà installées est moins clair. Deux
exemple Valenciennes pour Toyota). On peut forces, centripète et centrifuge, peuvent se trouver
supposer que les entreprises suivent ce type de en présence. Un des grands enseignements des
structure de décision géographiquement hiérar- théories de la localisation (2) est que la distance
chisée. Il est en effet peu probable par exemple, géographique isole l’entreprise de la concurrence.
qu’une entreprise japonaise décidant d’implanter Le nombre de firmes augmente le degré de concur-
une filiale de production en Europe compare rence locale et réduit l’attractivité du territoire.
directement les caractéristiques de toutes les À l’inverse, des externalités positives peuvent
villes d’implantation possibles. Dès lors, il faut exister entre les entreprises, provenant, par
prendre en compte, dans le choix entre deux exemple, d’effets de retombées technologiques, de
régions, le choix de pays qui a précédé. Cela partage d’un marché du travail local et/ou de
constitue la partie « descendante » de la structure marché local de produits intermédiaires et de
de décision. Parallèlement, pour qu’une entre- sous-traitance. Ces forces pousseront les entre-
prise puisse effectuer un choix de pays efficace, prises à s’agglomérer géographiquement (3).
il faut qu’elle connaisse les régions faisant
partie de ce pays et qu’elle ait une idée relative- Les politiques d’attractivité, elles, peuvent être
ment précise des caractéristiques de la région multiples : subvention à la création d’emploi,
qu’elle choisirait dans ce pays. Une vision exemption temporaire de la fiscalité locale,
« ascendante » de la structure de l’arbre est donc faiblesse de l’imposition sur les bénéfices, etc.
également nécessaire dans le processus de Toutes choses égales par ailleurs, les entreprises
décision. La méthodologie économétrique devraient être sensibles à ce type d’incitation.
utilisée ici permet de prendre en compte ces
deux visions de la structure de décision.
1. Tout au long de cet article, on entend par région une unité ter-On supposera donc que le comportement d’im-
ritoriale infra-nationale.
plantation de l’entreprise multinationale s’ef- 2. Voir par exemple le chapitre 8 de Anderson et al. (1992) pour
fectue en deux temps majeurs : d’abord le choix un survey de la question.
3. Un autre mécanisme donnant lieu à un effet d’agglomérationd’un pays, puis le choix d’une région au sein de
tient au fait que les firmes ont une information imparfaite sur les
ce pays. Ceci sera le cas typique des entreprises différentes localisations possibles, ce qui peut donner lieu à un
japonaises qui ont déjà au départ choisi l’Europe mimétisme souvent évoqué des investisseurs étrangers. Il
peut, en effet, dans le cas où le choix est soumis à une fortepour des raisons de craintes de forteresse euro-
incertitude, être rationnel de « suivre » les choix des inves-
péenne et de contournement des barrières tisseurs précédents car leur choix fournit de l’information sur
protectionnistes afin d’accéder de l’intérieur au la qualité de chacune des localisations. De plus, prendre
la même décision que ses concurrents peut être unemarché européen, puis qui choisiront au niveau
manière de minimiser les risques et d’envoyer un signal
régional la localisation territoriale la plus favorable aux fournisseurs de crédit (De Coster et Strange,
appropriée. 1993).
160 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7Encadré 1
UN MODÈLE THÉORIQUE DE STRATÉGIE DE LOCALISATION
Est exposé ici un exemple de modèle théorique simple permettant d’obtenir une spécification empirique où la
décision de se localiser dans un site est fonction de quatre grands déterminants : la demande locale, les
coûts de production locaux, le nombre de firmes initial et les incitations fiscales, tout en tenant compte des
interactions stratégiques entre les entreprises. Les entreprises « jouent » en quantité sur le marché
où la demande est modélisée sous une forme Cobb-Douglas généraliséeoù les élasticités-prix et revenu peu-
vent être différentes de 1 :
m
Q (1)
p
Q est la quantité totale demandéeauprix p . On supposera que les firmes sont identiques, en particulier en
termes de coûts de production. Elles produiront donc des quantités identiques à l’équilibre : Q N q , N
étant le nombre de firmes actives sur le marché, est la part des dépenses affectéeaubienconsidéré, m
représente le revenu (ici exogène) des consommateurs, est l’élasticité-prix et l’élasticité-revenu. Le profit
aprèsimpôtdelafirme représentative qui veut produire et vendre sur ce site est :
1 t [ p c q](2)
oùt est le taux d’imposition des profits et c est une fonction de coût unitaire de production. La condition de
premier ordre de maximisation des profits est alors :
q
p 1 c 0
Q
En utilisant l’équation (1) et en additionnant les conditions de premier ordre des N firmes, on obtient une ex-
pression de la quantité totale d’équilibre :
m N 1 N
Q Nq , qui nous donne le prix d’équilibre : p c
N c N 1
En substituant les valeurs de q et de p dans la fonction de profit, on obtient l’expression suivante :
1
m
1 t c
1N N 1
On suppose que l’élasticité-prix de la demande ( ) est supérieure à 1, le profit espéré est donc une fonction
décroissante du taux d’imposition des profits, des coûts de production et du nombre de firmes actives, c’est-
à-diredel’intensité de la concurrence. Le profit est également fonction croissante du revenu des
consommateurs, c’est-à-dire de la taille du marché.
Supposons que la fonction de coût unitaire de production comprenne le salaire en vigueur (w ) et une exter-
nalité positive liéeaunombredefirmes:
w Nc w N
L’influence du nombre de firmes devient alors ambiguë. Supposons que le nombre de firmes soit suffisam-
ment important de telle sorte que N 1 puisse être raisonnablement approximé par N . La fonction de
profit devient alors :
m 1 1 11 w N 1 t w N (3)
Cette équation est linéaire en log et fournit la base théorique pour estimer la profitabilité de s’implanter dans
un site particulier où le signe de la variable prenant en compte le nombre d’entreprises dépend maintenant
de l’importance relative du paramètredel’externalité positive par rapport à l’effet négatif de la concurrence.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 161



Un modèle théorique simple permet de mettre considérée et les principaux résultats (signe de
en œuvre ces relations (cf. encadré 1). Elles la variable quand celle-ci est significative) des
sont synthétisées dans l’équation suivante qui quatre principaux déterminants de la localisa-
décrit la profitabilité ( ) de chaque localisation : tion : la taille du marché d’accueil (demande),
les coûts du travail, l’impact du nombre de
= demande + coûts + nombre de firmes sur place (concentration géographique)1 2 3
firmes + mesures incitatives et l’influence des mesures incitatives.4
où et auraient un signe positif, un Taille du marché et demande :1 4 2
signe négatif et pourrait être négatif ou des critères de choix du pays3
positif selon l’importance relative des effets de
concurrence et des effets d’agglomération. Une entreprise étrangère qui s’implante sur un
marché développé va d’emblée être attirée par
l’importance de la demande du marché national.
Des critères d’implantation différents L’accessibilité de ce marché sera rendue
pour chaque niveau géographique d’ailleurs plus facile du fait qu’en s’y localisant
elle devient un « insider » et peut ainsi déjouer
Ces déterminants ne jouent pas tous de façon les protections, mieux connaître ses clients,
égale pour chaque niveau géographique. Il est développer une image de marque locale et concur-
donc important de prendre en compte ces différents rencer sur le même terrain les autres entreprises
niveaux géographiques du choix de localisation du secteur.
pour estimer correctement l’influence de
chaque déterminant. La région infra-nationale comptera moins pour
elle au niveau de la demande car, ayant des
La littérature empirique existante sur les choix liens multinationaux, la filiale de l’entreprise
de localisation n’étudie que l’une ou l’autre de aura plutôt une vision globale du marché natio-
ces étapes. Aucune contribution n’a, à notre nal d’accueil alors qu’une petite entreprise lo-
connaissance, tenté d’intégrer les deux étapes cale sans capacité de s’étendre, pourra être
du choix de localisation dans un même modèle dominée par son marché local.
de décision hiérarchisé afin d’étudier à quel
niveau géographique les déterminants étaient Un autre argument en faveur du rôle joué par la
les plus influents. Le tableau 1 synthétise quelques demande au niveau national tient au fait que
études empiriques récentes des choix de locali- les frontières nationales constituent une forte
sation. Pour ces articles, sont donnés le pays barrière au commerce. En effet, une discontinuité
d’origine des investisseurs, la zone d’implantation de l’effet négatif de la distance sur le commerce
Tableau 1
Des études récentes du choix de localisation
Coûts Concentration Politiques
Référence bibliographique Pays d’origine Zone et période d’accueil Demande
du travail géographique incitatives
42 pays allant du Pérou
+ – +n.s.Wheeler et Moody (1992) États-Unis à la Suisse
Royaume-Uni, France,
Allemagne, Espagne, Italie + – ++Mayer et Mucchielli (1998) Japon
(1984-1993)
Villes brésiliennes
aux environs de Sao Paulo non testée n.s. + non testéeHansen (1987) Brésil
(1977-1979)
États américains
+ – ++Head et al. (1999) Japon (1980-1992)
États-Unis,
Japon, Villes chinoises
non testéens + +Head et Ries (1996) Europe, (1984-1991)
Australie,
Canada
Régions européennes
non testéen.s. + –Ferrer (1998) France (1994)
Royaume-Uni, France,
+n.s. + +Devereux et Griffith (1998) États-Unis Allemagne (1980-1994)
n.s. = variable non significative.
162 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7
existe lorsque l’on passe une frontière. Si la Les fondements théoriques des effets d’agglomé-
distance influait de la même manière les flux ration montrent que les entreprises s’agglomèrent
commerciaux entre deux régions françaises et parce qu’elles espèrent profiter d’externalités
une région française et une région allemande, positives. L’influence d’une éventuelle exter-
par exemple, alors l’influence de la demande nalité positive entre les entreprises devrait donc
pourrait être considérée simplement au niveau être d’autant plus forte que l’échelle géographi-
régional. Dans la réalité, des travaux récents que est fine. Le niveau régional devrait de ce
montrent que les pays ont un « biais domestique » fait être dominant.
très important dans leurs échanges commer-
ciaux. Malgré les mouvements de globalisation Les effets de concurrence :
et d’intégration régionale, les frontières natio- un critère de choix du pays
nales continuent de « compter » et le commerce
est beaucoup plus facile à l’intérieur d’un pays À l’inverse, l’échelle géographique pertinente
qu’entre deux pays différents. Dans le cas qui des effets de concurrence semble être plus
nous intéresse, l’Union européenne, Head et large. Comme les échanges sont plus faciles à
Mayer (1998) ont montré, qu’en dépit du marché l’intérieur des pays qu’entre les pays, les marchés
unique, le biais domestique restait très impor- pertinents pour juger de l’impact des interactions
tant en Europe. stratégiques devraient être les pays.
Par conséquent, un investisseur étranger Considérons le cas extrême où les coûts de
(japonais en l’occurrence) localisant sa filiale transport seraient importants entre le Royaume-
dans un pays européen devrait avoir une part de Uni et l’Espagne mais insignifiants à l’intérieur
marché beaucoup plus importante dans ce pays de chacun de ces pays. Si deux entreprises peuvent
que dans les autres pays européens (4). Sans trouver profitable de se localiser l’une au
considérer que la demande n’a pas de rôle dans Royaume-Uni, l’autre en Espagne afin de réduire
le choix régional, on peut donc supposer que l’intensité de la concurrence, cet argument ne
son influence (le coefficient )seraplusmar- s’appliquerait pas à l’intérieur de chacun de ces1
quée au niveau national. pays car l’absence de coût de transport ne four-
nirait pas d’incitation à se différencier de ses
Le coût du travail : concurrents. Ces deux arguments vont dans le
un critère de choix de région même sens : le coefficient devrait être plus3
important au niveau régional qu’au niveau
Si l’on se contentait de mesurer l’influence des national et il pourrait même être positif pour
coûts salariaux au niveau national, l’impact sur le choix de région et négatif pour le choix de
la décision de localisation serait certainement pays.
sous-estimé. On considère habituellement au
niveau national l’influence du salaire annuel
Un modèle économétriquemoyen par employé. Supposons que pour deux
pays, ce coût moyen soit le même mais que l’un qui rend compte d’un choix hiérarchisé
de ces pays ait une forte disparité régionale des
salaires et l’autre non. Même si la majorité des La décision économique de localisation est par
entreprises choisit le pays à forte disparité et la nature un choix discret entre plusieurs sites
région où les salaires sont les plus bas, cette alternatifs fait par des entreprises individuel-
influence des salaires risque de ne pas appa- les. L’application économétrique estimant
raître dans les estimations si l’on ne considère les déterminants de cette décision doit donc
le choix qu’au niveau national. Ainsi, le coeffi- idéalement avoir également ces deux caractéristi-
cient ( ) devrait être plus important au niveau ques.2
régional qu’au niveau national, puisque plus on
étudie le phénomène à une échelle fine et plus Un modèle de choix conditionnel
on a une idée précise des salaires que l’inves-
tisseur étranger doit payer dans la réalité.
Les effets d’agglomération :
un critère de choix de région
4. La décision récente d’implantation d’un nouveau site de pro-
duction de Toyota à Valenciennes est intéressante à cet égard :Quel est le niveau géographique pertinent pour
l’unedesprincipalesraisonsévoquéespourcechoixétaitl’amé-
évaluer l’impact du nombre d’entreprises sur la lioration de la faible part de marché de Toyota en France (0,8 %
localisation d’une nouvelle filiale étrangère ? en 1997) malgré l’existence d’usines au Royaume-Uni.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 163
Les modèles à variable endogène qualitative Une caractéristique importante du modèle de
et tout particulièrement les modèles de logit logit structuré est le test de la pertinence de la
conditionnel sont très largement utilisés dans structure supposée. On doit spécifier une struc-
les études portant sur les choix de localisation tureapriori du choix sans savoir si cette structure
(voir Mayer et Mucchielli (1998) pour une est une bonne représentation du processus de
revue de cette littérature). Nous utilisons ici décision des agents économiques. On suppose
une extension du modèle de logit conditionnel, le ici que les régions européennes peuvent être
modèle dit de logit structuré (nested logit), qui regroupées au sein de pays et que ces pays repré-
permet d’appréhender la structure de ce choix. sentent bien des choix alternatifs aux yeux des
investisseurs japonais. Or il peut y avoir deux
La structure proposée est la suivante : les loca- grands types d’erreurs dans la spécification de
lisations choisies in fine (ici les régions euro- la structure du choix. Il est d’abord tout à fait
péennes) peuvent être regroupées dans un envisageable que les entreprises japonaises
choix de pays auxquels appartiennent ces ré- n’accordent que peu d’importance aux frontières
gions. Le schéma ci-contre représente, de ma- nationales au sein de l’Union européenne. Si les
nière simplifiée, la structure supposée. firmes considèrent le marché européen comme
totalement intégré, il est possible qu’elles com-
Les régions, élément ultime du choix parent directement les caractéristiques des
régions sans tenir compte des pays auxquels
La structure de l’arbre illustre l’idée selon ces régions appartiennent. On aurait imposé
laquelle les entreprises feraient d’abord un une structure alors que dans la réalité celle-ci
choix de pays et ensuite un choix de région. Il n’existe pas.
est cependant important de garder à l’esprit que
le modèle de logit structuré ne suppose en La deuxième erreur de spécification possible
aucune manière que la structure de décision tient au fait que l’on ne connaît pas quel est le
corresponde à un processus de choix réellement regroupement pertinent des régions au yeux des
séquentiel. La signification de cette structure investisseurs étrangers. Il est possible que les
est la suivante : si cet arbre de décision est per- entreprises étrangères considèrent que les
tinent, cela signifie que les régions sont des régions puissent être séparées en deux groupes :
substituts plus proches quand elles appartiennent des distinctions centre-périphérie ou nord-sud
à un même pays que quand elles appartiennent pourraient alors se révéler efficaces.
à deux pays différents. Lors du choix de pays,
les firmes prennent en compte les caractéristi-
ques des régions appartenant aux différents
pays (elles prévoient qu’elles auront ensuite à Une application à l’implantation
choisir l’une des régions appartenant au pays des investissements japonais
choisi). Ces caractéristiques sont prises en
en Europe
compte dans l’estimation par une variable
appellée valeur inclusive dont le coefficient
donne une indication de la pertinence de l’arbre a variable expliquée porte ici sur le choix de
de décision supposé (cf. encadré 2). Llocalisation des entreprises industrielles
japonaises en Europe. L’échantillon d’entreprises
Un découpage nord-sud ou centre-périphérie japonaises vient de l’édition 1996 de l’enquête
annuelle menée par le JETRO (Japan External
Schéma
La structure de l’arbre hiérarchique décisionnel
164 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7Encadré 2
LE MODÈLE LOGIT STRUCTURÉ
Ce modèle suppose que les entreprises maximisent
une fonction de profit soumise à une certaine incer-
titude quand elles choisissent une localisation. Les
composantes observables de la fonction de profit Cette expression correspond à un modèle logit con-
sont les différentes caractéristiques des sites d’im- ditionnel sans structure c’est-à-dire non hiérarchisé
plantation qui peuvent influencer la profitabilité de et où toutes les régions sont considérées comme
choisir une localisation. La partie aléatoire consiste des substituts équivalents quand les coefficients
en des erreurs du processus de maximisation, des des valeurs inclusives prennent des valeurs unitai-
caractéristiques inobservables des sites ou bien res. Un modèle avec structure (modèle hiérarchisé)
encore en des erreurs de mesure. Bien que le cher- est obtenu lorsque l’on laisse les coefficients sur les va-
cheur ne puisse pas observer le niveau d’utilité leurs inclusives être différents de 1. L’équation (2)
sous-jacent des différentes localisations, le choix est alors remplacée par :
réel de l’entreprise est connu de même que les Y I
e i i i
caractéristiques des différents sites d’implantation P
i C
possibles.
Y Ie m m m
Nous reprenons ici, pour l’essentiel, la formulation
m 1du modèle proposée par Maddala (1983). Considé-
rons une firme représentative choisissant un pays Lorsque 0 1 , McFadden (1984) montre que les
i
d’un ensemble i = 1,2,...,C et une région d’un en- élasticitéscroisées des probabilités P sont plus grandes
i j
semble de régions j 1,2, , N appartenant au pour les régions appartenant à un même pays que
i
pays i . La profitabilité de la région j au pour des régions à des pays différents.
pays i est : C’est typiquement ce à quoi l’on s’attend si les
régions sont regroupées en pays selon leur similari-
V ,avecV X Y té. On considère donc que le fait que les coefficients
i j i j i j i j i j i
des valeurs inclusives soient comprises dans l’inter-
représentant une fonction des caractéristiques ob- valle unitaire constitue une indication de la bonne
servées qui varient selon les régions et les pays spécification de la structure de l’arbre.
(X ) et des caractéristiques qui ne varient qu’avec
i j
les pays et sont communes à toutes les régions d’un De plus, (1 ) fournit un indicateur de la similarité
i
pays (Y ). La probabilité de choisir une région j des régions à l’intérieur du pays i aux yeux des inves-
i
conditionnelle au choix du pays i (la dernière étape tisseurs : si (1 ) = 0, deux régions du pays i ne
i
de l’arbre) est donnée par le logit conditionnel habi- sont pas plus « proches » entre elles qu’une région
tuel : du pays i et une région d’un autre pays (les pays ne
comptent pas). À l’inverse, si (1 1, les régionsX ie i j
P (1) du pays i sont extrêmement similaires aux yeux des
j i N
i
investisseurs et l’on pourrait se limiter à considérer
X le choix entre les pays sans tenir compte des régionse i k
(les régions ne comptent pas).
k 1
À la première étape, la probabilité de choisir le pays Dans un modèle de type logit les coefficients sont
i dépend des caractéristiques de ce pays (Y ). Elle difficiles à interpréter en l’état. Il faut prendre les
i
dépend également des caractéristiques de toutes les variables explicatives en log pour pouvoir interpréter
régions appartenant à ce pays, ces caractéristiques chaque coefficient comme une élasticité de la probabilité
définissant une utilité maximale attendue du choix d’investissement dans un site j par rapport à la variable
du pays i. Ce terme est appelée valeur inclusive, considérée pour un investisseur « moyen »
nous la notons I :
i
Cette élasticité s’écrit :N
i
ln P
jXI ln e E 1 P ,l’élasticité moyenne est donc :i ki j j
ln X
j
k 1
La probabilité de choisir le pays i est donc : N
Y I
e i i
P (2) E ji C
j 1 N 1
Y I E .e m m N N
m 1 Les coefficients, sont donc légèrement supérieurs à
Ce qui nous donne la probabilité de choisir la région j : cette élasticité moyenne, l’ampleur de la surestimation
dépendant donc du nombre de localisations alterna-X Y I
e i j e i i
P P P (3) tives. La surestimation est à peu près identique pour
i j i Cj i I ie les deux étapes du choix structuré mais la différence
Y I est significative si l’on considère le choix régional ete m m
m 1
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 165