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ici et ailleurs
Océan Indien
Un marché à conquérir pour
Les prestataires de services aux entreprises de La Réunion
parviennent difficilement à s’imposer dans l’aire régionale de
l’océan Indien. La concurrence y est forte et les entreprises
doivent s’appuyer sur de solides réseaux de partenaires.
Pourtant, lorsque des prestataires réunionnais réussissent à
percer le marché des services de l’océan Indien, ils obtiennentSource :
alors de très bons résultats.
Des enquêtes ont été menées par l’auteur
auprès des prestataires de services. Entre Les services aux entreprises consti- est ainsi facilitée. Toutefois, des difficul-
1998 et 1999, 71 entretiens semi-directifs tuent un secteur dynamique à La tés peuvent apparaître si l’État n’est pas
ont été effectués pour moitié à Saint- LRéunion mais ne sont que rare- stable sur le plan politique ou écono-
Denis (36) et pour moitié dans les villes ment exportés dans l’aire de l’océan mique. C’est le cas notamment de Mada-
de Saint-Pierre (14), Saint-Paul (11) et le
Indien. Cela s’explique par l’importance gascar.Port-la Possession (10). Les questions
de la concurrence des prestataires desportent sur la nature de l’activité,
Une autre stratégie consiste à entre-autres États, notamment Maurice et
l’organisation de l’entreprise, son marché
prendre des partenariats avec les presta-l’Afrique du sud qui fournissent des ser-de clientèle, et ses réseaux de partenariat.
taires locaux. Par l’intermédiaire devices à un meilleur rapport qualité-prix.
Les prestataires réunionnais qui leurs partenaires, ils satisfont la con-Maurice profite également de ses liens
interviennent dans l’océan Indien trainte de proximité avec les clients, etavec l’Inde pour les services informati-
proposent des services d’études en retour, ils assistent leurs partenairesques et de sa zone franche qui malgré
techniques, des études économiques et sur le marché réunionnais. Ce type dedes problèmes juridiques et financiers,
sociologiques, des conseils en
partenariat est le fait des services dedemeure un atout.information et documentation, de la
communication et de publicité.
publicité (créateurs et régies), ou des La contrainte de proximité géographique
services comptables et juridiques. Leur entre les clients et leurs prestataires est Enfin, les prestataires peuvent intervenir
activité à l’extérieur de La Réunion peut aussi un frein à l’exportation des servi- par l’intermédiaire de leurs clients réu-
atteindre jusqu’à 5% de leur chiffre ces. Elle implique que les services soient nionnais qui réalisent des transactions
d’affaire. produits directement sur place ou que les dans l’aire de l’océan Indien. Ils se
déplacements des prestataires soient fré- déplacent avec eux et assurent une fonc-
quents. Or les déplacements aériens sont tion de médiation pour les questions deBibliographie coûteux, et La Réunion, très polarisée réglementation internationale et de
par Paris, est moins bien desservie dans connaissance des caractéristiques écono-
Sabatier L.M., 2005, La Réunion, un son environnement régional proche. Les miques et des codes sociaux de la zone.
relais économique vers l’océan Indien ? télécommunications ne sont pas non plus Les prestataires spécialisés dans les ser-Le cas des services aux entreprises,
très compétitives, leur prix d’accès étant vices d’export sont ainsi particulière-Actes du colloque “Les dynamiques
élevé à La Réunion. Elles permettent ment sollicités. D’après les entrepre-contemporaines des îles-relais”, 12-13
toutefois de réduire la fréquence des neurs réunionnais, ils sont encore tropseptembre 2003, île de Porquerolles,
déplacements sans les annuler. rares à La Réunion.Hières, France, l’Harmattan.
Racault S., 1998. “Les entreprises Pour faire face à ces handicaps, les pres-
exportatrices”. Observatoire du tataires doivent s’appuyer sur de solides Deux modèles de réseaux
développement de La Réunion – Note réseaux d’entreprises pour s’intégrer d’entreprises
d’information, n°37, 34 p. dans l’aire régionale de l’océan Indien.
Or, il s’avère que ces réseaux sont Sabatier L.M., 2002, Réseaux urbains et L’organisation en réseau des entreprises
davantage associés aux entreprises de laservices aux entreprises en France et les relations de partenariat permettent
France métropolitaine.métropolitaine et à La Réunion, Thèse de minimiser la contrainte de la distance
de doctorat de Géographie, Université géographique et d’accroître l’efficacité
Paris 1 Panthéon-Sorbonne. et la variété de l’offre de services. LesTrois types de stratégie
liens de partenariat avec les entreprises
locales, leur permettent d’accroître leurLes prestataires ont le choix entre troisL’auteur : intégration locale, voire régionale. Lestratégies conditionnées par l’accessibi-
plus souvent, l’établissement principallité de leurs clients. La stratégie la plus
Laurence-Marie SABATIER TSERING est du réseau est localisé à Saint-Denis etdirecte est de s’implanter à l’échelon
docteur en géographie urbaine, UMR
plus rarement à Saint-Pierre. Il peut aus-local en créant des établissements sur
Géographie - Cités.
place. L’adaptation à la réglementation si être situé à Paris si l’entreprise est
structurée en groupe.locale et aux contraintes du marché en
économie mars 200626 DELAREUNIONici et ailleurs
les prestataires réunionnais
organisationnels etLes organisations économiques régionales Le centre de direction est pratiquement
sont spécialisés sur toujours parisien et la direction régionale
un ou plusieurs échappe souvent à La Réunion, les outre-
segments produc- mers étant traités ensemble depuis Paris.
tifs. La souplesse Les prestataires réunionnais contrôlent
YémenÉrythrée de ces structures donc rarement leur expansion dans l’aire
Soudan
convient bien auxDjibouti de l’océan Indien. Ils y recourent pour
Somalie petites et moyennes les études techniques, les services d’exper-Éthiopie
Maldives entreprises, notam- tise comptable et d’analyse financière,Sri LankaOCÉAN
ment celles spéciali- les conseils juridiques et les régies publi-
Kenya sées dans la com- citaires.Équateur
SeychellesArusha munication et leZaïre INDIEN
traitement de l’in-Tanzanie
Des réseaux associés à laformation, tels les
Siège des organisations régionales
Comores
La Réunion études économiques France métropolitaine
Pays membres de la COI
Lusaka (Commission de l’Océan Indien) et sociologiques, lesZambie
Pays membres du COMESA conseils en informa-
Mozambique Le fait que La Réunion soit un départe-
Zimbabwe Port-Louis Maurice Pays de la SADCMadagascar tion et documenta- ment français implique que les liens sontBotswana Pays membres du COMESA
La Réunion et de la SADC tion, et la publicité
Tropique du Capricorne particulièrement forts avec la France
YémenGaborone (créateurs). métropolitaine. Certes, La Réunion estSwaziland Pays membres de l’IOR-ARC
membre de la COI mais elle ne fait pasD’autres réseaux ontAfrique du Sud
Échelle à l’équateur partie de la zone de libre échange, niune structure hié-0 1 000 km W. BERTILE - Laboratoire de cartographie appliquée : B. RÉMY / E. MARCADÉ d’organisations régionales telles lerarchique très cen-
COMESA,la SACD ou l’Indian Océantralisée, associée à
Rim.Certains réseaux sont fondés sur la coor- un réseau de pôles de compétences. Il
dination de plusieurs établissements s’agit de grandes entreprises, voire de L’organisation en réseau des entreprises
appartenant à une même entreprise ou à groupes qui ont pour vocation de réunionnaises est calquée sur le modèle
des entreprises indépendantes. Facile à s’étendre à l’échelon international et de la France métropolitaine. La diffusion
mobiliser par les prestataires réunion- profitent pleinement des technologies
du modèle métropolitain s’explique par
nais, ils permettent la mise en commun d’information et de communication.
les relations entre les professionnels réu-
de moyens financiers, techniques et/ou nionnais et métropolitains. Ces réseaux
ont pu se développer grâce aux trans-
ports et aux technologies de l’informa-Au moins 12,5 millions d’€ de services exportés en 2003
tion et de communication. Ils permet-
tent, malgré la distance géographique
L’enquête de 2003 auprès des principa- Répartition par secteur du CA à l’export qui sépare La Réunion de l’hexagone, la
2003 des principales entreprisesles entreprises de service a permis de réalisation des emboîtements d’échelle
de service réunionnaisesdécompter une vingtaine d’établisse- classiques des territoires d’un même
ments qui réalisent une partie de leur État.
autres
ingénieriechiffre d’affaires à l’extérieur de La Réu-
publicité Paradoxalement, La Réunion fait rare-nion. Le montant global de leurs activités
voyage ment office de relais pour les entrepre-à l’export est de 12,5 millions d’euros, qui
neurs métropolitains, voire européens,peuvent concerner les pays voisins mais
informatique qui mènent des transactions dans l’océanégalement la France métropolitaine ou
Indien car ces derniers préfèrent êtred’autres pays. Cela représente environ
droit, assistés par leurs prestataires métropoli-5 % de la valeur totale des exportations comptabilité
tains habituels. Pourtant, le savoir-faire
(au sens propre, tourisme exclu). Les
des prestataires réunionnais, et surtout,
entreprises de télécommunication en réa-
leur connaissance des codes sociaux deciné vidéo
lisent la plus grande part, suivies par cel-
la zone leur faciliteraient l’accès au mar-
les du cinéma et de la vidéo, du droit et
ché de l’océan Indien. Quelques presta-
N.B. : Les principales entreprises de servicede la comptabilité, puis de l’informatique.
taires réunionnais parviennent néan-sont celles qui emploient au moins 10 salariésLes agences de voyage, d’études de
ou qui réalisent au moins 800 000€ de chiffre moins à s’imposer et leur réussite atteste
marché et de publicité, ainsi que les cabi- d’affaires. que le marché de l’océan Indien n’est
nets d’architecture et d’ingénierie vien- pas impossible à conquérir.Source : Insee, enquête auprès des entreprises
nent ensuite. de service - 2003
Laurence-Marie SABATIER TSERING
économiemars 2006 27DELAREUNION
télécommunications