La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
Télécharger Lire

La psychiatrie publique de Nice déprime

De
30 pages

La psychiatrie publique de Nice déprime

Publié par :
Ajouté le : 21 juillet 2011
Lecture(s) : 303
Signaler un abus
Économies à haut risque dans la psychiatrie L'Humanité 10Août Les agents hospitaliers de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) se mobilisent contre une réorganisation du service psychiatrie au détriment des patients et personnels. Toulouse, correspondance. Débrayages quotidiens de deux heures, rassemblements, distributions de tracts sur les marchés… Même au cœur de l’été, un mouvement social agite, depuis une semaine, l’hôpital de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées. En cause, la réorganisation du travail dans le service psychiatrie. Une réorganisation qui se ferait au détriment des patients et des personnels, dénonce le syndicat CGT de l’hôpital.
Depuis le 1eraoût, lajournée de travail d’une équipe de psychiatrie n’est plus de huit heures et vingt minutes, mais de huit heures. Première conséquence: l’équipe qui achève sa tâche et celle qui prend le relais n’ont plus le temps de faire correctement le point sur l’état de santé despatients et sur les consignes médicales. Le chevauchement des équipes serait desplus réduits.Le temps de transmission ne s’effectuerait que par un seul membre de chaque équipe.«Supprimer ou réduire le temps de transmission, prévient Jean-Francis Dupuy, infirmier psychiatrique et syndicaliste CGT, c’est augmenter les risques d’erreurs, d’oublis, dont les effets peuvent être préjudiciables pour les personnes hospitalisées. Le temps de transmission est importantpour le suivi et la continuité des soins.» Seconde conséquence: en réduisant lajournée à huit heures,les équipes soignantes ne travaillent pas moins, mais leur temps d’embauche est réparti différemment. «Nous devons effectuer 1547heures dans l’année, explique Jean-Francis Dupuy. Avec cette nouvelle organisation du travail,ce total serait étalé non plus sur 185 jours mais 192. Donc nous perdrions sept jours de repos par an.»
Les services médecine et chirurgie sontpromis au même fonctionnement àpartir du 1eroctobre. La CGT dénonce «unenouvelle organisation du travail décidée de façon unilatérale par la direction, sans aucune concertation». Pour Dominique, aide-soignante, «la direction a une vision comptable des soins». Jean-Francis Dupuy renchérit: «En psychiatrie, notre plateau technique, c’est le temps, l’écoute. Aujourd’hui se mettent en place des organisations du travail qui augmentent les risques (fugues, violences). Et la seule réponse des pouvoirs publics serait l’isolement, l’enfermement.» Le service psychiatrie de Lannemezan (260 lits) accueille des patients venus des Hautes-Pyrénées et du Comminges. Les discussions, la semaine passée, avec la direction n’ont abouti à aucun résultat. Une nouvelle rencontre devait se tenir hier en fin d’après-midi, après le rassemblement devant l’hôpital. «S’il le faut, annonce Jean-Francis Dupuy, nous irons début septembre rencontrer le préfet.» LE CHIFFRE 10 C’est le nombre de postes à temps plein qui seraient supprimés avec la réorganisation du service psychiatrie. L’hôpital de Lannemezan avait déjà perdu 50 emplois par le passé. Bruno Vincens le 5 Août 2010
La psychiatrie publique de Nice déprime Grande souffrance dans les services psychiatriques après la décision du préfet
d’interdire les sorties d’essai. En janvier dernier, à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), un homme soigné pour une paranoïa au CHU de Nicepoignarde son voisin alorsqu’il est en sortie d’essai autoriséepar son psychiatre.Aussitôt et selon la méthode Sarkozyoù l’émotionprime sur la raison, le représentant local du gouvernement interdit toute sortie d’essai. Six mois après, conséquence de cette décision démagogique du préfet Lamy: une soixantaine de patients ont réintégré l’hôpital public et les entrants, notamment ceux qui sont en placement d’office ordonnés par… le préfet, vont rester hospitalisés parfois cinq mois durant sans pouvoir sortir. Des faits aggravés par un contexte depénurie de litspuisque, selon Nicolas Deconinck, infirmierpsyet militant CGT,«lapsychiatrie publique dans les Alpes-Maritimes a perdu 50% de ses lits en dix ans, soit 130 lits». La conséquence est immédiate pour les patients qui, passagèrement dépressifs ou alcooliques, cherchent un placement libre en psychiatrie: on les envoie se faire voir ailleurs, c’est-à-dire dans une clinique privée. À l’hôpital Pasteur par exemple, les 24 lits de psychiatrie sont occupés par 8 personnes en placement à la demande de tiers et par 16 personnes en placement d’office et doivent y rester pour plusieurs semaines sans bouger. Depuis le début de l’été la situation a encore empiré avec la fermeture de lits liée aux congés du personnel et aux mesures d’économies du CHU de Nice alors que, durant cettepériode, la population de cette ville touristique augmente considérablement.Le pire est sans doute vécu aux urgences psychiatriques de l’hôpital Saint-Roch en centre-ville. Christiane Cini, déléguée CGT, cite l’exemple de cette journée ordinaire de l’été actuel où l’on comptejusqu’à 19patients(dont 12 hospitalisés à la demande d’un tiers)pour 10 lits ouverts seulement.«On en vient à faire dormir des gens dans les couloirs sur des brancards ou dans des fauteuils de salle d’attente », s’indigne-t-elle. La situation est également tendue dans les services de pédopsychiatrie, des enfants malades ayant dû être réorientés vers Marseille. La CGT tire également le signal d’alarme à Grasse où, certains jours, on a placé des malades en liste d’attente, et à Antibes où, à l’hôpital de jour, il ne reste que deux infirmiers psy, soit un effectif inférieur au minimum requis. Derrière ces chiffres, beaucoup de souffrances aggravées, autant chez les malades mentaux que parmi les blouses blanches. C’est donc avec grande insistance que la CGT santé réitère sa demande d’ouverture de lits en psychiatrie («l en faudrait tout de suite une cinquantaine», estime Nicolas Deconinck) en espérant que le préfet «dégèle» enfin les sorties d’essai. Philippe Jérôme
Roland Gori et Elisabeth Roudinesco contre une « médicalisation abusive de la psychothérapie »
«L’encadrement législatif despratiquesprofessionnelles enpsychiatrie et enpsychologie clinique sembleprocéder aujourd’hui de choix idéologiques, sécuritaires et clientélistes, beaucoupplusque d’un souci authentique despatients »,dénoncent lepsychanalyste Roland Gori et l’historienne Elisabeth Roudinesco dans une tribune publiée aujourd’hui dans Libération.
En cause : une annexe des récents décrets d’application de la loi du 9 août 2004, dont l’article 52 réglementait l’usage du titre de psychothérapeute. L’objectif initial était de « protéger le public des charlatans et des sectes en réservant l’accès au titre de psychothérapeute aux médecins, aux psychologues et aux psychanalystes régulièrement inscrits dans les annuaires de leurs associations », rappellent Roland Gori et Elisabeth Roudinesco. Or, selon eux, loin de clarifier les choses, les décrets viennent créer « dans le champ de la santé mentale une nouvelle profession à mi-
chemin entre le psychologue clinicien et le psychiatre ». Le psychiatre « promu modèle idéal du psychothérapeute » Cette annexe « crée un nouveau métier de santé et établit une hiérarchie arbitraire des professionnels conduisant à une médicalisation abusive de la psychothérapie : la dispense totale des suppléments de formation n’étant accordée qu’au psychiatre, promu modèle idéal du psychothérapeute », regrettent les deux auteurs. Ils déplorent également le « pouvoir exorbitant » des présidents d’agences régionales de santé en matière d’agrément et de formation à la psychopathologie clinique, le risque de « paramédicalisation » des psychologues et la dévalorisation de la psychanalyse. Par ailleurs, la subdivision entre « psychologue clinicien » et « psychologue non clinicien » leur semble remettre en cause la loi de 1985 qui établissait le principe d’un titre unique de psychologue. « Tout se passe donc comme si l’Etat effectuait un choix partisan parmi les experts de la communauté psy en toute ignorance de cause », concluent le psychanalyste et l’historienne. « La médicalisation de la souffrance psychique vient de franchir une nouvelle étape, affirment-ils. La prétendue « protection des patients » sûrement pas. Les «psy» obligés de repasser par la case formation ne cachent pas leur colère Publié le 06/08/2010 JIM Paris, le vendredi 6 août 2010 – Le décret publié le 20 mai et qui revoit les critères d’utilisation du titre de psychothérapeute s’applique depuis le 1er juillet. Destiné à mettre fin à des années de vide juridique, le texteprévoitquepourpouvoir user de cette appellation,il sera nécessaire dejustifier d’une formation d’une durée de 150 à 400 heures et dans certains cas de deux mois de stage, en fonction du diplôme déjà obtenu(psychologue, doctorat en médecine…).Seuls les psychiatres sont exempts de ce nouveau système tandisque des mesures transitoires existent qui doiventpermettre à certainsprofessionnels exerçant depuis plus de cinq ans de voir leur dossier examiné pour une reconnaissance plus rapide.
Ils ont eux-mêmes suivis une thérapie ! A l’heure de son entrée en vigueur, le texte suscite unenouvelle vague deprotestationparmi les psychothérapeutes et lespsychologues.Serge Ginger, secrétairegénéral de la Fédération française depsychothérapie etpsychanalyse(FF2P)qui représenteraitquelque 5000professionnels sur les 7 000 exerçant en France ne décolèrepas. Au Figaro, il rappelle : «Lespsychothérapeutes inscrits dans nos annuairesprofessionnels ont suivi en moyennequatre ans d’études dédiées uniquement à lapsychothérapie. Ils sont reconnuspar une commission nationale depairs, sont suivispar d’autresprofessionnelsplus expérimentés et ont eux-mêmes suivi une thérapie». Cependant, les formations suiviespar ces «professionnels» relèvent d’institutsprivés non reconnuspar l’Etat. Tel n’estpas le cas despsychologues, dont l’enseignement est dispensépar l’université et qui sont également forts mécontents de devoir s’acquitter d’une formation supplémentaire.
Traitement différent Menaçant de se faire inscrire sous de nouvelles désignations (telle «psypraticien certifié», sic !), refusant de dévisser leursplaques ou répugnant à s’engager dans les démarches nécessaires,les psychothérapeutes tardent à être entendus, maislespsychologues ontpour leurpart été reçus par le ministère de la Santé à la fin du mois dejuillet. Les associations deprofessionnels affirment qui leur a été donné l’assurance que des solutions allaient être trouvées. Du côté du cabinet de l’avenue de Ségur on minimise l’ampleur du mouvement en affirmant qu’il s’agit d’une
«contestation minoritaire».
« En plein Paris, l’hôpital du vogue à l’âme » Libération Libération note en effetqu’«un établissement depsychiatrie de jour s’est installé sur une péniche, près de la gare de Lyon. Une première en Europe». Eric Favereau livre son reportage au sein de cette péniche« flambant neuve »,notant que« le lieu est beau et tranquille ».Le Dr Eric Piel, à l’origine du projet, indique : «La psychiatrie a besoin de lumière, de vie. La plus belle avenue de Paris, c’est ici : la Seine. Alors pourquoi ne pas s’y installer ? ». Le praticien précise qu’« il n’y a pas de raison thérapeutique [à s’installer sur une péniche]. Vivre sur l’eau n’apporte rien de particulier, juste peut-être du bien-être. Mais c’est aussi une opération 2 financière très avantageuse. Cela revient beaucoup moins cher que la location de 600 m en plein Paris ». Un autre soignant note que« l’on met une autre couleur à la psychiatrie. […] Le plus épatant, c’est que les patients se disent en vacances, eux qui n’en prennent jamais ».
15 août 2010
L'" Adamant ", hôpital psychiatrique de jour, accueille ses patients sur la Seine Les malades ont été associés, dès le début, à la conception de cette péniche amarrée en plein Paris
Au pied du pont Charles-de-Gaulle, reliant les gares d'Austerlitz et de Lyon, une singulière embarcation, aux allures d'arche design, est solidement amarrée. Depuis son inauguration, il y a six semaines, l'Adamant,comme elle se nomme, intrigue les curieux :" De l'extérieur, on ne sait pas qu'il s'agit d'un centre psychiatrique de jour ", dit le docteur Frédéric Khidichian, responsable du pôle de soins psychiatriques des quatre premiers arrondissements de Paris, dont dépend l'établissement." Quelquefois, on a même droit à des touristes qui demandent s'ils peuvent prendre un verre, pensant qu'il s'agit d'un bar ou d'un café ", s'amuse-t-il.
Cet hôpital flottant tout en verre et bois, de haute qualité environnementale, est une structure d'accueil intermédiaire destinée aux patients sortis de l'internement, mais dont le retour à la maison s'avère difficile. Conçu pour assurer un suivi après l'hospitalisation, le centre de soins peut accueillir 120 malades, et a pour but d'éviter aux patients l'isolement et la stigmatisation liés à l'affection mentale.
L'idée de ce site original vient d'un confrère du docteur Khidichian habitant sur une péniche. D'un coût total de 2 millions d'euros, le bâtiment a été conçu par Gérard Ronzatti, un spécialiste de l'architecture flottante. Il présente l'avantage de permettre d'économiser 500 000 euros l'an, montant du loyer antérieur à Châtelet.
Il a été aussi le prétexte à une démarche thérapeutique menée avec les malades durant les cinq années nécessaires à l'accomplissement du projet :" Les patients ont fait passer des messages et des désirs qui ont été pris en compte ", explique Jacqueline Simonnet, l'infirmière en chef. Ils ont été
associés à la conception de la péniche de bout en bout, jusqu'à choisir son nom de baptême, une façon de les aider à s'approprier le nouvel espace.
" On craignait que ce changement de lieu soit perturbateur, mais, depuis l'emménagement, il n'y a pas eu une seule crise de violence. Est-ce l'effet d'être sur la Seine ? ", s'interroge le docteur Khidichian. L'installation, solidement amarrée au quai, tangue parfois légèrement au passage des bateaux :" On est bercés par les flots, ça aide à s'enterrer mentalement, on est bien dans ce petit navire ", dit Arnaud, un des patients. Une autre familière des lieux confie :" Etre en contact avec un élément naturel aussi essentiel que l'eau, ça permet de se ressourcer. "soignante L'équipe partage cet avis. Dans ce bureau atypique, il est plus agréable de travailler :" Il y a ici comme un esprit de vacances ", note la secrétaire médicale qui intervient auprès des patients.
" Ce que l'on constate, c'est qu'il y a une meilleure fluidité, une plus grande qualité dans la créativité et la communication ", remarque une musicothérapeute qui anime des ateliers d'écoute musicale à bord de l'Adamant.Dans la salle de relaxation et de détente où elle officie, une ouverture grillagée à même le plancher donne sur la Seine. Le clapotis de l'eau introduit une ambiance aquatique, accentuant l'effet de la proximité d'avec le fleuve.
Les responsables de la structure insistent néanmoins pour que l'on attribue au décor son juste bénéfice.La vraie valeur du centre de jour, ce sont la qualité des soins et le personnel qui les" dispensent ; la péniche, c'est juste un beau cadre ", précise le docteur Khidichian. C'est ainsi qu'une patiente qui fréquente le centre régulièrement voit les choses :" Quitte à être malade, autant l'être ici, mais ce qui compte c'est ce que l'on fait ensemble, ce sont les projets que l'on porte avec l'équipe médicale. "Une initiative de ciné-club, par exemple, devrait bientôt voir le jour.
Frédéric Khidichian espèreque cette localisation insolite va changer définitivement la conception des hôpitauxpsychiatriques, autrefois relégués hors de la cité. C'est le messageque souhaite fairepasser Isabelle :" On est dans un endroit où les choses se passent bien, où l'on peut vivre au milieu des autres sans pour autant les déranger. "
A bord de L'Adamant, hôpital psychiatrique sur la Seine Par Céline Vigouroux|Rue89|14 Août Un bâtiment d'ungenre nouveau mouille dans leport de la Rapée sur la Seine. Un bar branché niché surpéniche ? Non, le centre de jour de l'hôpital psychiatrique Esquirol. Visite guidée.
Frédéric Khidichian, responsable du pôle de psychiatrie adultes, explique que le bateau, amarré depuis le 6 juillet, est un investissement avantageux : « La Seine est apparue comme un solution financière raisonnable, le bail de la structure à Châtelet arrivait à échéance à la fin 2012, il nous fallait trouver un nouveau local pour accueillir nos patients. »
L'idée d'investir la plus grande avenue de Paris vient de deux médecins de l'hôpital qui habitent sur
une péniche. La structure de 600 m² a coûté 2 millions d'euros. Chaque jour, entre vingt et quarante personnes investissent le centre, ils viennent se faire soigner pour des troubles psychiatriques, psychoses ou contre leur schizophrénie. Habitant les quatre premiers arrondissements de Paris, ils sortent pour la plupart d'une hospitalisation psychiatrique plus ou moins longue.
Cinq ans de travail avec l'équipe soignante Réalisé par l'agence d'architectureSeinDesign, spécialisée dans les constructions flottantes, le bâtiment en verre et en bois conçu en haute qualité environnement (HQE), permet une navigation illimitée entre tous les espaces.
D'une rotonde à l'autre les patients vont de la bibliothèque à la cafétéria, en passant par l'atelier cusine situé au second niveau, à ras du fleuve. Gérard Ronzatti, fondateur de SeinDesign, explique la conception de L'Adamant : « Nous avons travaillé pendant cinq ans en continuité avec les demandes de l'équipe soignante, de sorte que le lieu soit entièrement voué à la communication. »
Sur la coque en bois se dessine le nom de l'embarcation : « Adamant », contraction d'«madaitnan» (qui à la dureté et l'éclat du diamant) et d'« amant ». Son architecture, n'a rien de commun avec un hôpital classique, si bien qu'il se confond avec les péniches alentours, raconte Frédéric Khidichian : « Il nous arrive parfois que quelques touristes déroutés franchissent la porte du centre, en pensant entrer dans un bar. »
« Le mouvement de l'eau nous berce » Sur le ponton, deux patients grillent une cigarette. Sébastien explique pudiquement ce qu'il pense de L'Adamant : « C'est un endroit paisible, le mouvement de l'eau nous berce. A Châtelet, le brouhaha des voitures était angoissant. Pour nous, le climat est important car c'est avant tout un lieu de soins. »
Situé en plein cœur de la cité, le centre thérapeutique à temps partiel a été conçu comme un lieu de
sociabilisation destiné à lutter contre l'exclusion et l'enfermement. L'infirmière Jacqueline Simmonet confirme : « L'idée est de changer l'image de la psychiatrie en France, souvent considérée comme dangereuse. »
Alors que la majorité des centres psychiatriques font face à une crise du recrutement, le responsable du centre certifie recevoir quotidiennement des candidatures. Photos : le bateau L'Adamant, quai de la Rapée (Hôpitaux Saint-Maurice)
« Les hypocondriaques du Net » Le Nouvel Observateur, numéro 2385 Le Nouvel Observateur consacre un dossier aux« hypocondriaques du Net »:« Malades imaginaires ou vraispatients, les deux tiers d’entre nous cherchent des renseignements médicaux sur la Toile »,remarque le magazine. L’hebdomadaire relève que la« démarche agace ou séduit les médecins ». Le Nouvel Observateur cite notamment le Pr Michel Leyoyeux, chef de service en psychiatre à l’hôpital Bichat (Paris), qui note que« la santé est une obsession de l’époque ». « Rien d’étonnant à ce que le nombre de sites qui s’y consacrent explose », remarque le magazine, qui précise que« les sites médicaux n’attirent pas que les malades imaginaires. 64 % des Français vont y chercher des informations médicales, selon une enquête Ipsos-Ordre des médecins ». « Parmi eux, de plus en plus de «santé addicts», identifiés par l’universitaire de Paris-VI Deborah Wallet-Wodka : souvent des femmes jeunes, urbaines, anxieuses, de milieu favorisé, passionnées d’informations médicales »,poursuit Le Nouvel Observateur. L’hebdomadaire note ainsi :« Du rhume des foins au cancer, de l’aphte à la maladie de Crohn, rien n’échappe à la Toile. On y puise des renseignements, mais aussi on dialogue avec d’autres. […] Mais le Net fait aussi émerger une nouvelle race de malades : le patient-expert. Qui finit par devenir un spécialiste ». Le magazine ajoute que« les sites santé ont souvent besoin soit des toubibs pour garantir leur fiabilité, soit de modérateurs sérieux pour empêcher les conseils médicaux fantaisistes ». Le Nouvel Observateur note ainsi que« sans penser que le Net puisse les remplacer, des médecins se mettent à la page. […] Mais tous les praticiens ne sont pas aussi ouverts à cette évolution ».
Autisme, ethnicité et immigration Publié le 21/07/2010
Émanant notamment depays nordiques, un nombre croissant d’études européennes suggèrent l’existence d’une fréquence accrue de l’autisme chez les enfants nés dans une famille de parents migrants.
Mais curieusement,cette constatation n’est pas vérifiée dans les recherches analogues réalisées en Amérique du Nordoù l’origine ethnique comme le statut migratoire de la mère tendent au contraire à être écartés des facteurs de risque possibles des troubles de type autistique (autism-spectrum disorders). Réalisée sur des données recueillies entre 1999 et 2005, et portant sur 428 enfants avec autisme, une étude prospective menée en Grande-Bretagne confirme cependant la vraisemblance de cette dimension migratoire dans le déterminisme(polyfactoriel)de l’autisme. Les données disponibles montrent en effet queles mères nées hors d’Europe ont, comparativement
aux mères nées au Royaume-Uni, un risque accru d’avoir un enfant avec autisme. Ce risque se révèle maximal pour les mères Noires originaires des Antilles (Caribbean group). Une analyse plus précise suggère que cette augmentation du risque dépend surtout du contexte d’immigration, plutôt que de la seule origine ethnique. Autrement dit, ni la couleur de peau ni la culture ni la nationalité d’origine ne semblent liées au risque d’autisme à la secondegénération ; en revanche, ce risque est corrélé au statut d’immigrante de la mère.Une étude de 1995(R. Goodman & col.)a montrépar exempleque ce risque est multiplié environ d’un facteur 5 à la seconde génération de migrants d’origine africaine ou antillaise,et une autre étude (M. Barnevik-Olsson & col., 2008) a montré sa multiplication par un facteur 3,5 chez les enfants de mères d’origine somalienne ayant émigré en Suède. Plusieurs questions demeurent toutefois en suspens.Pourquoi les études nord-américaines ne confirment-elles pas ce phénomène ? Les effets de l’immigration paternelle sont-ils analogues à ceux de l’immigration maternelle ? L’âge de la mère lors de son immigration (avant ou après l’âge de procréer) a-t-il une incidence sur ce risque d’autisme dans sa descendance ? Et ces effets de l’immigration sur le risque d’autisme persistent-ils encore dans les générations suivantes ?
Dr Alain Cohen
Lumière (infrarouge) sur l’hyperactivité de 62 garçons Publié le 10/08/2010
Encore une nouvelle publication (américaine) sur les fameux troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité ! Elle émane cette fois du département de psychiatrie de la prestigieuse Université d’Harvard (Massachusetts) et elle concerne 62 garçons étiquetés TDAH et des sujets-contrôles appariés pour l’âge (9 à12 ans). Des études antérieures se sont déjà efforcées d’estimer le surcroît d’activité motrice des enfants avec TDAH (évaluation «actigraphique»). Cet accroissement est de l’ordre de +30 % par rapport aux sujets-contrôles, et il s’exprime en particulier pendant les tâches scolaires ou de performance et d’attention, avec une composante se manifestant aussi durant le sommeil.
Réalisée à l’aide d’un système d’analyse du mouvement optoélectronique [1] (dans l’infrarouge), cette nouvelle étude a permis de quantifier l’hyperactivité motrice de manière plus objective qu’à l’accoutumée.Les données ainsi recueillies confirment que les enfants avec TDAH sont moins souvent immobiles que les autres (66 % de temps en moins), remuent davantage leur tête (3 à 4 fois plus), et affectent un schéma moteur (movement pattern) globalement «plus linéaire et moins complexe dans l’espace» que les enfants non hyperactifs. Leur aptitude à inhiber cette suractivité motrice pour la maintenir à des niveaux plus bas se montre défaillante, mais elle se trouve améliorée par les médicaments prescrits classiquement contre le TDAH. En revanche, ces mêmes molécules paraissent présenter moins d’efficacité sur la difficulté à maintenir une position stable. Cette constatation suggère aux auteurs que ces deux critères (l’inhibition de la suractivité motrice et le maintien d’une position stable) doivent refléter probablement l’implication de deux (voire plusieurs) circuits neuronaux différents (par exemple, un circuit «corticostriatal» d’une part et un circuit «cérébrovestibulaire» d’autre part). [1]http://zh-cn.facebook.com/topic.php?uid=446884330098&topic=16533
Exode de 1940 et Hôpitaux psychiatriques ?
Le chaos dans les têtes Le Monde 24 Juillet En plein exode, qui se préoccupe des hôpitaux psychiatriques ? Certains malades fuient, disparaissant Histoire(s) de l'été 1940 à jamais ; d'autres arrivent, victimes du " choc de la débâcle "
En temps normal, la société ne veut pas les voir. Ils vivent reclus derrière de hauts murs et entourés de blouses blanches. En temps normal... Mais en cet été 1940, la frontière qui se dresse habituellement entre " eux " et " nous " a sauté. Eux ? Ceux que l'on appelle, selon l'époque, les fous, les aliénés ou les malades mentaux. Plongés, le temps d'un été, dans le tourbillon d'une histoire dont ils sont d'ordinaire les grands absents.
Nommé,en 1942, directeur de l'hôpital psychiatrique d'Auxerre, Pierre Scherrer(1910-1993) s'est intéressé, vers la fin de sa vie, à l'histoire de son établissementpendant laguerre. Dans son livre, Un hôpital sous l'Occupation(Atelier Alpha bleue, 1989), aujourd'hui épuisé, il raconte en détail ce qui s'y est passé à l'été 1940.
Lui-même n'était pas sur place à l'époque : mobilisé en 1939 alors qu'il était depuis deux ans chef de service à l'hôpital psychiatrique de Bailleul (Nord), fait prisonnier par les Allemands au moment de la débâcle, ce jeune médecin n'est rentré en France que fin 1941, après avoir été déclaré" impropre au service ". C'est en discutant avec ses nouveaux collègues, quelques mois plus tard, qu'il a pris la mesure du" véritable drame "- selon son expression - traversé par l'hôpital psychiatrique d'Auxerre à l'été 1940.
Samedi 15 juin 1940. Depuis plusieurs jours déjà, la préfecture de l'Yonne est envahie de réfugiés qui fuient devant l'avancée de la Wehrmacht. Ici comme ailleurs, on a voulu croire que les panzers ne passeront pas. Cette fois, pourtant, le doute n'est plus permis : quand parvient la nouvelle du bombardement du camp militaire de Chemilly, à 15 kilomètres au nord de la ville, les Auxerrois comprennent que l'arrivée des Allemands n'est plus qu'une question d'heures. Ils partiront en masse : de 36 000 habitants, la population passe en quelques jours à seulement 850, comme le révélera un recensement effectué lors d'une distribution de vivres. C'est dans ce climat de panique généralisée que le directeur de l'hôpital psychiatrique prend une décision lourde de conséquences : ouvrir les portes de l'établissement, autrement dit livrer les malades à eux-mêmes.
Dans son livre, Pierre Scherrer juge son prédécesseur avec une certaine sévérité :" Le directeur par intérim, bon psychiatre mais qu'on avait chargé des fonctions de direction parce que mon ancien camarade d'internat Bercegeay avait été mobilisé, n'était pas fait pour ce métier dans une aussi grave perspective. "Pour autant - et c'est tout l'intérêt de son enquête -, l'auteur se garde d'accabler son confrère et de le tenir pour seul responsable. Il rappelle ainsi que, quelques jours avant l'arrivée des Allemands, la direction de l'hôpital s'était tournée vers la préfecture pour préparer une éventuelle évacuation. En vain." Aux appels téléphoniques, la préfecture faisait des réponses dilatoires. Le préfet n'était pas là, ou bien il était occupé. "
Face à ce silence, la direction avait pris l'initiative de contacter les familles des maladespour leur demander de venir les chercher. Au cas où... Elles furent peu nombreuses à répondre à l'appel." Les administrations chargeaient leurs archives dans des camions. Les usines évacuaient leur matériel et
leurs ouvriers. La préfecture se repliait. Seul l'hôpital psychiatrique ne recevait aucun ordre ", écrit Pierre Scherrer.
Le cas n'estpas isolé : dans son récent livreL'Exode. Un drame oublié(Perrin, 466p., 22 euros), l'historien Eric Alary citeplusieurs exemples de directeurs d'hôpitauxpsychiatriquesqui, n'ayant reçu" aucune information ni aucune instruction de lapart des autorités civiles et militaires", furent obligés d'évacuer leur établissement par leurs propres moyens.
Si un grand nombre d'hôpitaux psychiatriques ont été évacués en juin 1940 devant l'avancée des troupes allemandes, tous ne l'ont pas fait dans les mêmes conditions. Dans certains cas, le personnel a lui-même pris la route avec les malades. C'est par exemple ce qui se passa à Blois. Là, le 15 juin, un étrange convoi prit la route vers le sud : tandis que les archives, les médicaments et quelques provisions furent chargés sur des tombereaux, une centaine de pensionnaires partirent à pied, escortés par les infirmiers, le surveillant, le concierge et le jardinier qui les accompagnèrent jusqu'à l'asile de Châteauroux. Non sans d'ailleurs en perdre quelques-uns en route, notamment parmi les plus dangereux, dont l'histoire ne dit pas ce qu'ils sont devenus...
A Auxerre, la situation fut différente. Ici, la seule décision prise par la direction de l'hôpital fut d'en ouvrir les portes. Comme le rappelle Pierre Scherrer, les pensionnaires ne réagirent pas tous de la même façon à ce soudain appel de la liberté." Parmi nos malades,écrit-il,ce furent surtout les hommes qui partirent. Pour beaucoup de femmes, l'hôpital psychiatrique était un refuge. C'est ainsi que l'une d'elles, déprimée simple, sortie avec d'autres, était allée s'asseoir sur un banc (...), à peu de distance. Une passante se pencha vers elle et lui dit : "Ne restez pas là, c'est dangereux, ils ont lâché les fous !" Et la malade, affolée, s'empressa de rentrer dans son pavillon ! "
Sur 800 malades, seuls une centaine auraient fui l'établissement le 15 juin. Beaucoup revinrent d'eux-mêmes, au bout de quelques heures, au moment du repas, faute d'endroit où trouver de quoi manger. Mais une grande partie du personnel ayant quitté l'hôpital, cette concentration de malades non encadrés était potentiellement dangereuse. Fort heureusement, quelques employés restés sur place réussirent à maintenir un semblant d'ordre. Dans son livre, Pierre Scherrer rend notamment hommage à Céline Brasebin, l'ancienne " surveillante " de l'hôpital, alors détachée dans les services administratifs.
En quelques heures, cette" femme d'âge mûr, petite, trapue, assez forte, très brune, avec un soupçon de moustache ", prit la mesure des événements. Elle commença par demander à son mari, infirmier, de sillonner les rues d'Auxerre afin de récupérer les malades qui y erraient. Elle eut surtout la bonne idée de s'appuyer sur" un certain nombre de malades chroniques et de petits débiles mentaux pour qui l'hôpital était devenu leur maison ". Grâce à ces hommes et ces femmes de confiance, qui assuraient une forme d'autorité dans les différents pavillons de l'hôpital, celui-ci ne fut pas complètement livré à l'anarchie.
La situation, toutefois, restait très tendue. Car l'hôpital psychiatrique, en plus du départ d'une partie de ses employés, dut faire face à l'arrivée de nouveaux malades. Comme l'explique Pierre Scherrer," l'immense vague des fuyards avait laissé derrière elle nombre d'épaves : des vieillards, d'abord, qui n'avaient pas supporté les épreuves physiques et morales de l'exode, - et - des personnalités fragiles mentalement ou qui avaient déjà manifesté auparavant des troubles psychiques ". Il ajoute : " Ce qui semble particulier au choc de la débâcle, c'est la gravité extrême que prendront certains accès de manie ou de mélancolie, de confusion mentale ou de bouffée délirante. "
Le " choc de la débâcle " : ce que rappelle ici Pierre Scherrer, au détour de son récit, d'autres sources de l'époque le confirment. Il s'agit des fameuses listes de personnes perdues de vue pendant l'exode et publiées en grand nombre dans les mois qui suivirent, soit dans la presse, soit par des
organisations comme la Croix-Rouge. Leur lecture est édifiante : très souvent, le signalement d'un disparu comporte la mention d'un traumatisme lié aux événements de la fin du printemps 1940.
Ainsi de ce courrier adressé par le préfet de Seine-et-Oise au président de la Croix-Rouge, le 26 mai 1942. Dans cette lettre de deux pages, conservée aux archives départementales des Yvelines, le représentant de l'Etat fait le point sur les recherches menées dans son département au sujet des personnes qui lui ont été signalées comme perdues de vue par la Croix-Rouge.
Il évoque en particulier le cas d'une femme décédée à Longjumeau, le 2 juillet 1940, et dont l'identité n'a pu être établie. Voici ce qu'il en dit : " Trouvée le 16 juin 1940 dans un état d'amnésie totale, sur la route de Longjumeau à Arpajon, (...) conduite à l'hôpital de cette ville par la police allemande, elle s'est éteinte sans avoir recouvré la mémoire. Cet état amnésique était doublé d'une incompréhension complète du sens des questions qui ont pu lui être posées. Au cours de ses propos délirants, elle a parfois prononcé le nom de "Tadou" ou "Tade", ainsi que ceux de Clichy et de Gonesse, mais cela d'une manière si vague que l'on ne peut donner à ces termes une valeur quelconque à attribuer à son nom ou à son adresse. La personne paraissait âgée de 70 à 75 ans, elle portait à son admission une jupe noire, un corsage en tricot violet, un second tricot marron, sans chaussures ni bas. Taille : 1,60 m, visage petit, régulier, nez camus, cheveux gris. Aucun papier ou autre objet n'a pu être retrouvé sur elle. "
Tombés aujourd'hui dans un relatif oubli, les traumatismes subis au printemps et à l'été 1940 par les civils feront l'objet d'enquêtes après la Libération. Parmi les victimes, les plus jeunes susciteront une attention particulière.
Dans sa thèse de doctorat, Les Répercussions psychiques de la guerre moderne sur l'enfance (1946), pour laquelle il a interrogé 200 enfants, le pédopsychiatre Alfred Brauner rappelle ainsi que l'exode fut l'un des événements ayant laissé les souvenirs les plus douloureux : " 25 % des enfants furent impressionnés surtout par les bombardements et la mitraille le long des routes. D'autres, nombreux, parlent de l'encombrement, du ravitaillement insuffisant, des nuits pénibles, des vols, de la fatigue, de la peur, des morts. Très peu rapportent des actes de solidarité. "
Ces blessures laisseront, semble-t-il, des traces relativement profondes. Dans une enquête publiée en 1947, le docteur Simone Marcus-Jeisler évoque ainsi l'" indiscipline " et les " tendances revendicatrices " des enfants de l'exode. " Leur maturité précoce (...) est particulièrement développée par la vie aventureuse qu'ils ont menée, écrit-elle. Le vol, le chapardage ont fortement augmenté, l'habitude de dissimuler est dure à perdre. "
Ce climat " pathogène " du printemps et de l'été 1940, dont rendent compte les enquêtes publiées après-guerre par les spécialistes de l'enfance, l'hôpital psychiatrique d'Auxerre en fut logiquement le témoin. Dans son livre, Pierre Scherrer raconte, entre autres, l'histoire de deux " juives d'origine russe, la mère née à Odessa et la fille née à Constantinople ", qui, en plein exode, furent internées pendant quelques jours. Une fois guéries, la mère (" triste et quasiment muette, le regard terne, le visage défait "), et la fille (" surexcitée, s'affairant sans grand résultat, parlant et riant ") repartirent pour Paris. " Où sans doute ne se termina pas leur tragique aventure ", suppose le médecin.
A lire Pierre Scherrer, toutefois, ces cas de guérison ne furent pas les plus fréquents. Le psychiatre cite ainsi, pour le seul hôpital d'Auxerre, " seize cas de délire aigu dans les quelques mois cruciaux de mai, juin, juillet " 1940. Et il parle, pour chacun d'eux, d'une " évolution toujours fatale, liée incontestablement, avant les épreuves physiques, à l'épreuve morale de l'invasion de la France écrasée ". Un phénomène d'une ampleur inédite. " Dans les années qui précèdent 1940, rappelle-t-il, on ne compta jamais plus de quatre cas par an de délire aigu mortel. "