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Cas merveilleux d’un bastellier de Londres, lequel, sous ombre de passer les passans outre la rivière de Thames, les estrangloit

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Variétés historiques et littéraires, Tome VCas merveilleux d’un bastellier de Londres, lequel, sous ombre de passer les passans outre la rivière de Thames, lesestrangloit.1586Cas merveilleux d’un bastellier de Londres, lequel, sous ombrede passer les passans outre la rivière de Thames, lesestrangloit.À Lyon, chez François Arnoullet.M.D.LXXXVI.1In-8 .Un certain bastellier, nommé Jean Visquée, natif de Londres, en Angleterre, ethabitant d’icelle, exerçant son mestier de nautonier par l’espace de 33 ans, a estétrouvé avoir commis dix-huit meurtres, et au dix-neufiesme apprehendé et remis enjustice, comme entendrez.Ce Visquée, attendant les passans en un lieu à l’escart, le jour pour couvrir son caset la nuict pour l’accomplir, estant assidu au travail, ne pouvoit par raison estrereputé ny aucunement soupçonné tel qu’il estoit, car, estant homme fort puissant etrobuste, il cerchoit le profit de sa famille avec grand peine et travail, et (comme ilsembloit) par toutes voies deues et licites ; demandoit aux passans avec toute2humilité et courtoisie, defublant son chapeau et usant des ceremonies à cerequises, s’il leur plaisoit point passer outre, à sçavoir de la place de la Strondevers la cour de Withehalle, où se tient la reyne d’Angleterre, passant la rivière deThames. Et par cete astuce humiliée et beaux deports en passoit autant quebastellier du lieu, sans estre aucunement soupçonné du fait ny aperceu. Advint unsoir qu’un honneste homme, nommé Pierre ...
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Variétés historiques et littéraires, Tome V Cas merveilleux d’un bastellier de Londres, lequel, sous ombre de passer les passans outre la rivière de Thames, les estrangloit. 1586
Cas merveilleux d’un bastellier de Londres, lequel, sous ombre de passer les passans outre la rivière de Thames, les estrangloit. À Lyon, chez François Arnoullet. M.D.LXXXVI. 1 In-8 .
Un certain bastellier, nommé Jean Visquée, natif de Londres, en Angleterre, et habitant d’icelle, exerçant son mestier de nautonier par l’espace de 33 ans, a esté trouvé avoir commis dix-huit meurtres, et au dix-neufiesme apprehendé et remis en justice, comme entendrez.
Ce Visquée, attendant les passans en un lieu à l’escart, le jour pour couvrir son cas et la nuict pour l’accomplir, estant assidu au travail, ne pouvoit par raison estre reputé ny aucunement soupçonné tel qu’il estoit, car, estant homme fort puissant et robuste, il cerchoit le profit de sa famille avec grand peine et travail, et (comme il sembloit) par toutes voies deues et licites ; demandoit aux passans avec toute 2 humilité et courtoisie, defublantson chapeau et usant des ceremonies à ce requises, s’il leur plaisoit point passer outre, à sçavoir de la place de la Stronde vers la cour de Withehalle, où se tient la reyne d’Angleterre, passant la rivière de Thames. Et par cete astuce humiliée et beaux deports en passoit autant que bastellier du lieu, sans estre aucunement soupçonné du fait ny aperceu. Advint un soir qu’un honneste homme, nommé Pierre Marscot, estant constraint et pressé d’aller à l’aguillette en ces endroits, et considerant que sans opprobre et danger de gaster ses chausses il ne pouvoit passer outre, fut contraint de delascher là. Durant ces entrefaites, Visquée estant là pour attendre ses gens comme de coustume, survint un gentilhomme de bon lieu (duquel je tairay le nom), lequel, entre jour et nuict qu’il estoit, demandoit de passer outre. Volontiers, Monsieur, respondit Visquée, luy courant au devant, le chapeau au poing. Et, Monsieur, repliqua-il, s’il vous plaît, vous marcherez devant, car l’honneur vous appartient, et à vous le doy-je faire et exhiber. Le susdit gentilhomme, pensant sans malice quelconque passer devant pour aller vers la barque, au lieu d’y aller, cuida y estre furtivement porté ; car Visquée, prenant un licol qu’il tenoit dans ses chausses, agencé pour ce faire en las courant, le suivant pas à pas, luy jette à l’improviste par derrière au col, et, puissant et robuste paillard qu’il estoit, l’emporte par dessus l’epaule, dos contre dos, la corde au col, comme s’il fust pendu, tirant vers sa barque, pour le cuider là voler et despescher, comme il avoit fait les autres. Le gentilhomme, se voyant prins et ne pouvant crier à voie desploiée, faisoit tel bruit se debattant qu’à merveilles ; mais il ne luy pouvoit eschapper si n’eust esté que, par la grâce de Dieu, lequel (jaçoit que quelquefois les malfaiteurs semblent prosperer en leur malice) ne laisse en fin nuls malfaiteurs impuniz, le susdit Marscot, qui, estant accoupy pour faire ses affaires et oyant la meslée, y accourrut, et voyant ce pendart grand de sept ou huict pieds tenir un homme pendu sur ses espaules comme s’il fut esté un gibet, à qui il constraignoit, comme s’il fust esté au supplice, de rendre l’esprit, s’il n’eust eu aide et secours, s’approchant tira une dague qu’il portoit, et, poussé d’un vray zèle vers son prochain, auquel il voyoit faire chose qu’il n’eust voulu qu’on luy fist, s’escria : Ha ! grand vilain larron et meurtrier, lasche la prinse, autrement je te la ferai bien lascher. Visquée, craignant d’estre decouvert, lasche le patient, jà presque estranglé, pour luy courir sus comme un lion, pensant l’accabler du premier coup, car il croyoit que, puisqu’il n’y avoit bastellier qui ne le redoutast et qui ousast approcher tant soit peu de ce lieu, qu’il viendroit facilement à bout de l’un et de l’autre, veu que l’un estoit jà plus mort que vif. Marscot, qui estoit homme adroit et avoit l’avantage de sa dague, se deffendoit si vigoureusement que, se depassant adextrement, il evitoit le peril eminent des horrions de ce gros coquin, comme aussi luy en estoit grand besoin, car il avoit affaire à forte partie. Durant la meslée d’eux
deux, le gentilhomme, ayant reprins ses esprits, par le loisir que luy avoit donné leur combat, se lève et vient au secours de celuy là de qui il pensoit tenir la vie, et tirant son poignard attaque aussi Visquée vivement, lequel, se défendant jusques à toute extremité, fut blessé et navré en quatre ou cinq parts de ses deux parties. Toutefois, comme Hercules mesmes ne seroit pour deux, et plus tost (comme à bon droit on doit presumer) par permission divine, laquelle ne voulut plus longuement laisser regner une tant mechante personne, il fut contraint de quitter la partie, et se rendre prisonnier avec eux. Estant ès prisons et ayant finalement enduré la torture, il confessa dix-huict meurtres qu’il avoit perpetré et mis à fin portant les patiens dans sa barque à la façon susdite, et les executant illec, pour par ce moyen couvrir son larcin. Dont il fut condamné à être premièrement tenaillé par tout le corps avec des tenailles ardentes, et après très ignominieusement pendu et estranglé en la fameuse ville de Londres, en Angleterre, où il commit ces crimes.
1. Pièce très rare. L’exemplaire d’après lequel nous la donnons, et le seul que nous ayons vu, se trouve porté sous le nº 2396 duCatalogue de la bibliothèquede M. Coste, Paris, 1854, in-8.
2. Mot qui se trouve dans Montaigne, liv. XI, ch. 12, et qui, de même que le verbe latin diffibulare, dont il étoit dérivé, signifioitdégrafer. On disoit aussi sedefuler, saluer. (Danet,Dictionnaire françois-latin.)
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