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Classiques de la statistique

13 pages
Pierre-Cyrille Hautcœur
1Classiques de la statistique
La statistique et la lutte contre la contrainte par corps.
2L’apport de Jean-Baptiste Bayle-Mouillard
L’emprisonnement pour dettes – la contrainte par corps des débiteurs
– a joué un rôle social, économique et politique majeur en Europe jusqu’au
e siècle. Il conduit à des milliers d’emprisonnements, parfois à vie, qui
participent du contrôle social comme de la régulation commerciale. En
France, la contrainte par corps est abolie en matière civile en 1793 et ré-
tablie en 1797 ; de nouveau abolie et rétablie en 1848, elle fait l’objet de
débats récurrents tant en matière civile que commerciale jusqu’à son abo-
lition finale (d’ailleurs incomplète) en 1867, qui prend place au sein d’un
mouvement général en Europe.
Alors que le développement de l’emprisonnement en matière crimi-
nelle a fait l’objet d’une historiographie importante – dès avant Michel Fou-
cault –, l’histoire des enjeux tant sociaux qu’économiques de la contrainte
par corps est restée quasi inexistante en France. La bibliographie de l’his-
3toire de la justice française comporte 176 références dont le titre comporte
les mots « contrainte par corps », mais deux seulement relèvent d’une his-
4toriographie de la contrainte par corps ; encore leur ambition est-elle limi-
1.
2. Cet article inaugure une nouvelle rubrique d’Histoire & Mesure : « Classiques de
la statistique ». Elle proposera des présentations d’ouvrages anciens, célèbres ou ...
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P erre-C r e H r
LL J - -  
L e pr o e e po r e e o r e p r orp e e r jo r e o , o o q e e po q e je r e E rope j q   e e. I o e er e pr o e e , p r o e, q     p r pe o r e o o e e r o o er e. EFr e, o r e p r orp e o e e re e e 1793 e r - e e 1797 ; e o e o e e r e e 1848, e e o je e       r   rre         e       re      e q e  o  er    e j  q     o    o-lition finale (d’ailleurs incomplète) en 1867, qui prend place au sein d’un o e e r e E rope. or q e e e oppe e e e pr o e e e re r - e e o je e h or o r ph e por e M he Fo - , h o re e e je o q o o q e e o r ep r orp e re e q e e e Fr e. L o r ph e e h - o re e j e r e3 comporte 176 références dont le titre comporte e o o r e p r orp , e e e e re e e h - or o r ph e e o r e p r orp4 ; e ore e r o e -e e -
1.2. Ce r e re e o e e r r q eH o re & Me re q e eC q e . E e propo er e pr e o o r e e , re o o , e o e e o r er h o re e q e e e er h or e jo r h e e e e e e e o e po e e e e e p o e , e e r o e e o r o , e r ppor po e e e e r e . Le o r o e erubrique sont bienvenues (voir sur http://hitoiremesure.revues.org  e o e o r-ticles).3. Disponible sur le très utile site Criminocorpus : http://www.criminocorpus.cnrs.fr/ 4.      , F., 2001 ;      , M.-H., 2002. Y q e r e e C.       ,2001 e e r e o r E.     , 2007, q o e o e r r re e e-
1
H o re & Me re, 007, XXIII-1
 e 5. Ce e o o r e e por e e r o r pr o po r e e hor e Fr e 6 (principalement dans une perspec-tive d’histoire sociale) qu’avec le nombre des ouvrages ayant participé aue e r e je , o r o e por o r e              p po q e, o o q e e o .L o je e e e o e e e propo er e r r o e e e q e o o e e e h o re o e, po q e e o o q e e Fr e, h o re e or e e r e o po q e.No   propo o        re  e pre   re    pe e p or  o re   e       e      o  r  e e  ep  o  e       p r  e   ppor     r  e  o   q e p r  o  po    o - e e ho o o q eDe e pr o e e po r e e, publié en 1836p r Je - p e e-Mo r .L  Re    r   o  e  , e  Fr   e,  e pre  er  r     o e               r o r e p r orp q o e ro e e e re o er osociale et libéralisme. La question, qui avait déjà figuré à l’ordre du jour duCo e e C q-Ce o Co e e e e , e   e e         (avec des interventions de Portalis et Du Pont de Nemours), donne e e Ch re e p o Ch re e p rmoins une fois par an de 1816 à 1823 comme de 1828 à 1832, ainsi qu’à un r o re e p o7.D e , e r e e pr pe oppo e , earguments d’efficacité ou d’équité. D’un côté, l’honneur (spécialement ce-lui du commerce) requiert des sanctions éclatantes contre les débiteurs dé- ; e re, o r e p r orp o e e pr pe e er - e e. D , per pe e e o r e e e e re o re pe e e e ; e re, o e er e r e o e p        e r     e    q    er. D        ,     o  r    e pro   e  e  r     er  o re e e r ho e q h o r e e re ro erpo r or r e pr o ; e re, e e re or e e po o r e r er e o er p re e re e e pr e repr e. To e r e or re e    pp       r  e          q e   o   e .
Mo r .5. De même, 486 références du catalogue de la Bibliothèque nationale de France o por e e pre o o r e p r orp e r re, e e o r e e re e e h or o r ph e e o r e p r orp e Fr e.6. Sur la Grande-Bretagne :      , V. M., 1995,      , R., 2002. S r e -U       , S. A., 2005,       , P. J., 2000. Sur l’Italie : Pace, G., 2004.7. Parmi les ouvrages consacrés au sujet depuis la Restauration : M. A. B. (anonyme),1816 ;    , M., 1820 ;        , J.-L., 1830 ;     , J.-J., 1831 ;    , J., 1829.2
P erre-C r e H r
De e pr o e e po r e e, or o r e e 420 p e , e - e e e e e e r re e o ro er e r e , e e j r pr e e e e e o . L e r e e e e - e e r e h or q e e e e e e p e q e e h e - e e r e e e p o re e q e o o q e e o e,même s’il hésite à l’afficher dans son titre8. I p r pe p e e e e or e q e or e e pe e po r e r pre ergrands travaux de Quetelet (1796-1874), qui datent de la seconde moitié e      e  1820   e  e   o  e    e e p e re  rq    e p r    r   e r e     r  he  e  e    r   e     o  e p r q e,   r e e      e         po    o      e e r 100 p e e e .Au moment où il écrit cet ouvrage, Bayle-Mouillard (1800-1885)e je e o e j e pp , e r re e e ro e eC er o -Ferr , o e e re ep 1829. Se pre er r o rq p r e he er e p e e e r - o re ro e er e e 1842, eNo e r e e e r e M e ro Gre er, pre er pr e Co r ro e e R o e1841 eP o o e re e pr p e e pro e e 1838. I e o e e e e o- e r eC r e e Fr e (1834) et d’une C r e E rope e e o e (1837), avec Gonod,pro e e r e e re e e C er o -Ferr e e re e - e e C er o -Ferr ep 1824. S e e, e e h C r , p e o re o r e o e q e e e re po r je e e p r o re e e o e p e o e E e h Ce r . e-Mo r p r e e rr re j re e e o- r Co r ro e e R o e 1842, p pro re r rGuadeloupe en 1846 et Commissaire de la République à la Martinique (oùil entre en conflit avec le gouverneur militaire du fait de ses positions libé-rales sur le sort des Noirs) en 1848, avant d’être nommé conseiller à la Courde cassation en 18519. I re e p r e e , r e e re, e perre o     e          q e  j       re         ,    e   r ppor e r   r  e  q e   o   judiciaires au Congrès international de statistique de Paris en 1855. Enfin,il participe au mouvement philanthropique avec Joseph de Gérando, dont e e e r e e re e q e o re o e q e
8. Le re o p e eDe e pr o e e po r e e , o r o r o or - e, e r ppor e or e p q e, e r o er e, e e , e o , e e q e e o r e p r orp.9.        , G., 1858. Son nom n’apparaît pas dans le dictionnaire de P.         &., 2007.3
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en 184610.L or e re e ro e o o r p r e e e e or e e po q e . Ce e- re r e e 1832 ede libéraux modérés (en particulier Thiers), qui y voient un moyen de dé- e opper o e e e e po o r q r r e e e o r h e e J e11. D e e per pe e, e e e e or er erecours aux statistiques, reprenant à cet égard un flambeau précédemmentporté surtout par des membres de l’Académie des sciences (dont JosephFo r er, q   r     e            q e  e P r    e Ch  ro   e Vo    12, e Ch p ,q r e o o p r e er e e q e e r re el’Intérieur). Selon S.-A. Leterrier, « le recours y [aux statistiques] est plusq e r q e e e e e or e e po q e , e - q e. Pe e e 30, ho e q e e p r o r q edans ses lacunes, mais sa valeur n’est pas mise en doute. Elle fait figure de r re o e e e r13.Néanmoins, cette orientation épistémologique n’apparaît pas dans les je e o o r q e e e, r o , e ph o oph e, o e o o e po q e. Le pre er o o r e o e e 20 j e 1833. Le o re o e re re e 31 e - re 1834. Le   je , propo   p r Re     re  er, e            e        Q e  e e    e o r e p r orp e re e e e o er e . I eprécisé que la question doit être traitée « 1/ Dans ses rapports avec la moralepublique ; 2/ dans ses rapports avec les intérêts du commerce ; 3/ dans sesr ppor e e r e o e e e14. O pe o r e ho e e je e e e o e e r or e e o r e p r orp  r      e e  1832   e      re   e      er     ppro o     e e    e cette réforme, qui fit pourtant long feu, malgré le succès du concours. Pas o e o re o re p r e, o q or e e e o o e o r e p r orp . Sep o re ro r e , o e or e e 15. Le -
10. C         , ., 1998.11.         , S.-A., 1992, p. 659.12.                 , G., 1821-1829.13.         , S.-A., 1992, p. 656.14. I         e Fr   e, 1901, p. 2. O  pe    o er    repr  e pre q e  o  po r  o        e re e o r e.15. R ppor r e e o e o r e o o r e o r e p rcorps », Archives de l’Académie des sciences morales et politiques (désormais     ), car-ton 317. Le carton contient également les mémoires et les rapports (tous manuscrits) des e re e e o e o o e r ppor e r Mer po r q re -4
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moire de Bayle-Mouillard se voit décerner le prix (qui s’élève à 1 500 F) à ; e e er . Le pro - er e e e e q e q e o rre , e e e ee re e r e e e r o r e e e e q e propor o epo rr re e e re e 16.   To e r re e o o er e r h  e ,     e  ep  o   e  e     e     e-Mo     r , q    e   e   o r     re-pr p r e r po r e orre o p o17. Le re o -re o po r p p r e o18. Le r o e r e 9 192 p -ges (sans compter celui de Bayle-Mouillard, dont le nombre de pages enmanuscrit n’est pas connu, mais certainement très supérieur)19. L e e e e e r o e re e e h o re ro , e r e o j r q e e ro o p r .Se e o re o e o e q e ; o e o -clarés admissibles. Le premier (numéroté 2 parmi les candidats au concours)compare, dans son chapitre 4, pour 1820-1834, le nombre de débiteurs (dé-tenus) en France, en Angleterre, à Paris et à Londres, en séparant les causesd’emprisonnement (dettes civiles et commerciales d’une part, dettes enversl’État d’autre part) et les sexes. Il s’appuie à cet effet sur un rapport de laCh re e Co e , q e r e q e r P r e Ch ro e Vo . I e e e r e e r e o er e e o e p r  e  e  e   o  p  e     p r    e  pr  o   er  po r  e  e  o  er    e, e   pp r r ppor e Ch re e p e r e q ej re20. I    re  e  e          q e      r   e   e p r q e, q   per e   e    orer  e   o     e     o  r    e p r  orp     o   pp      o  e   r re,  p e e e Fr e, p r r ppor e q e o pr o . D or , pe o re q e e r e e pr pe, ho e r, e o e -veur de la contrainte doivent prévaloir. Il y ajoute un argument d’efficacité o re , S o po r ro , re er po r e e o po r e e e-Mo r .16.      ,Pro - er e e, 7 mars 1835, vol. 1, p. 428.17. Lettre de Bayle-Mouillard à l’Académie datée du 25 mai 1835,     , r- o 317.18. Les mémoires reçus sont anonymes. L’identification de l’auteur n’est possibleq e p r o er re e e e oppe e e jo e, q e e pr pe r e q prdésignation du bénéficiaire du prix. Certaines enveloppes sont encore intactes aujourd’hui, re per e .19. La distribution exacte est la suivante : n°1 : 36 p. ; n°2 : 83 p. ; n°3 (par Varnier,avocat) : 192 p., admissible ; n°4 : 39 p. ; n°5 : 40 p. (par Louis Auguste Flandin, avocat àParis), admissible ; n°6 : 67 p. (par Camille Rouzé, Houdemont près Nancy) ; n°7 : 88 p. (parGiraud, 24 ans, Paris) ; n°8 : (par Crivelli, avocat à Paris) ; n°9 : primé ; n°10 : 9 p.20.o p e r e r o e j e e e o er e,1831.C5