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Des témoins solutréens en France septentrionale : un mode original de production de support de pointe à face plane (La Celle-Saint-Cyr, Yonne) - article ; n°3 ; vol.99, pg 461-485

De
26 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 2002 - Volume 99 - Numéro 3 - Pages 461-485
La série lithique de surface de La Celle-Saint-Cyr (Yonne, France) s'individualise par la présence de pointes à face plane et revêt ainsi un caractère original dans un contexte régional où le Solutréen reste méconnu. L'analyse typotechnologique permet de documenter une chaîne opératoire inédite au Paléolithique supérieur, en partie dévolue à la production des supports de pointes à face plane. Des rapprochements ténus sont avancés avec le Protosolutréen d'Arcy- sur-Cure mais c'est surtout avec le Solutréen inférieur de Laugerie-Haute que nous percevons les similitudes les plus évidentes. Dépourvu de tout contexte stratigraphique, cet ensemble apporte un témoignage nouveau sur la présence du Solutréen inférieur dans le sud du Bassin parisien.
The lithic assemblage of La Celle-Saint-Cyr (Yonne, France) was discovered in a surface site and included unifacial points, which are poorly known in this area where Solutrean industries are not common. The typo-technological study presented here reveals an original chaîne opératoire partly devoted to the production of unifacial point blanks. In the regional context, the Proto-Solutrean assemblage of Trilobite Cave at Arcy-sur-Cure (Yonne) offers the best comparisons. It is however especially with the Lower Solutrean of Laugerie-Haute (Dordogne) that the most evident similarities can be perceived. In spite of the absence of any stratigraphie context, this assemblage provides new evidence for Lower Solutrean occupation in the south the Paris basin.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Caroline Renard
Des témoins solutréens en France septentrionale : un mode
original de production de support de pointe à face plane (La
Celle-Saint-Cyr, Yonne)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2002, tome 99, N. 3. pp. 461-485.
Résumé
La série lithique de surface de La Celle-Saint-Cyr (Yonne, France) s'individualise par la présence de pointes à face plane et revêt
ainsi un caractère original dans un contexte régional où le Solutréen reste méconnu. L'analyse typotechnologique permet de
documenter une chaîne opératoire inédite au Paléolithique supérieur, en partie dévolue à la production des supports de pointes à
face plane. Des rapprochements ténus sont avancés avec le Protosolutréen d'Arcy- sur-Cure mais c'est surtout avec le Solutréen
inférieur de Laugerie-Haute que nous percevons les similitudes les plus évidentes. Dépourvu de tout contexte stratigraphique, cet
ensemble apporte un témoignage nouveau sur la présence du Solutréen inférieur dans le sud du Bassin parisien.
Abstract
The lithic assemblage of La Celle-Saint-Cyr (Yonne, France) was discovered in a surface site and included unifacial points, which
are poorly known in this area where Solutrean industries are not common. The typo-technological study presented here reveals
an original chaîne opératoire partly devoted to the production of unifacial point blanks. In the regional context, the Proto-Solutrean
assemblage of Trilobite Cave at Arcy-sur-Cure (Yonne) offers the best comparisons. It is however especially with the Lower
Solutrean of Laugerie-Haute (Dordogne) that the most evident similarities can be perceived. In spite of the absence of any
stratigraphie context, this assemblage provides new evidence for Lower Solutrean occupation in the south the Paris basin.
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Renard Caroline. Des témoins solutréens en France septentrionale : un mode original de production de support de pointe à face
plane (La Celle-Saint-Cyr, Yonne). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2002, tome 99, N. 3. pp. 461-485.
doi : 10.3406/bspf.2002.12708
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_2002_num_99_3_12708Des témoins solutréens
en France septentrionale :
un mode original
de production de support
de pointe à face plane
Caroline RENARD (La Celle-Saint-Cyr, Yonne)
Résumé La série lithique de surface de La Celle-Saint-Cyr (Yonne, France) s'indivi
dualise par la présence de pointes à face plane et revêt ainsi un caractère
original dans un contexte régional où le Solutréen reste méconnu. L'analyse
typotechnologique permet de documenter une chaîne opératoire inédite au
Paléolithique supérieur, en partie dévolue à la production des supports de
pointes à face plane. Des rapprochements ténus sont avancés avec le Proto
solutréen d'Arcy- sur-Cure mais c'est surtout avec le Solutréen inférieur
de Laugerie-Haute que nous percevons les similitudes les plus évidentes.
Dépourvu de tout contexte stratigraphique, cet ensemble apporte un témoi
gnage nouveau sur la présence du Solutréen inférieur dans le sud du Bassin
parisien.
Abstract
The lithic assemblage of La Celle-Saint-Cyr (Yonne, France) was discovered
in a surface site and included unifacial points, which are poorly known in
this area where Solutrean industries are not common. The typo-
technological study presented here reveals an original chaîne opératoire
partly devoted to the production of unifacial point blanks. In the regional
context, the Proto-Solutrean assemblage of Trilobite Cave at Arcy-sur-Cure
(Yonne) offers the best comparisons. It is however especially with the Lower
Solutrean of Laugerie-Haute (Dordogne) that the most evident similarities
can be perceived. In spite of the absence of any stratigraphie context, this
assemblage provides new evidence for Lower Solutrean occupation in the
south of the Paris basin.
N. Connet et V. Lhomme mettent au jour un niveau INTRODUCTION
paléolithique moyen à débitage Levallois sans pour
Connu depuis plus de vingt ans, le gisement archéolo autant retrouver d'évidence stratigraphique du Paléoli
gique de La Celle-Saint-Cyr, localisé sur la rive gauche thique supérieur (Connet et Lhomme, 1993). Depuis,
de l'Yonne, à environ 25 km au sud-est de Sens (fig. 1), Madame T. Brisedou, archéologue amateur, procède
sur une surface d'environ 300 m2 à un ramassage a fait l'objet de nombreux ramassages de surface per
mettant d'établir la présence d'industries du Paléoli exhaustif de tous les éléments visibles, sans tri dimen-
thique supérieur. En 1993, des sondages entrepris par sionnel ou qualitatif (Brisedou, comm. orale).
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Fig. 1 - Localisation géographique de La Celle-Saint-Cyr (Yonne) et des principaux gisements mentionnés dans le texte (réalisation D. Molez).
L'on peut de prime abord s'interroger sur l'intérêt rapportées au Solutréen (Smith, 1966). Or, dans le con
d'une nouvelle étude consacrée à une industrie lithique texte régional environnant, même étendu à la moitié
de type "Paléolithique supérieur" provenant d'un con septentrionale de la France, les découvertes d'indust
texte de surface dans l'Yonne. Dans le Bassin parisien ries solutréennes sont rares et, parmi les quelques in
et ses marges, ces industries découvertes pour la plu dices dont nous disposons, les industries à pointes à
part en contexte stratigraphique ont déjà fait l'objet de face plane demeurent très isolées. Les seuls éléments
probants du Bassin parisien et de ses marges proviennombreuses études détaillées (voir notamment
Audouze et al, 1988; Valentin, 1995). Nous ne pou nent des grottes d'Arcy-sur-Cure, notamment de la
vons cependant ignorer l'important décalage entre la grotte du Trilobite (Leroi-Gourhan A. et Arl., 1964;
pauvreté des données disponibles pour le Paléolithique Schmider, 1990 et 1995). Exception faite de ces décou
supérieur ancien1 (Bodu et al, 1999 et 2000) et la r vertes géographiquement limitées, le Solutréen en
ichesse des observations sur les faciès plus récents du général demeure méconnu dans la moitié nord de la
France, même si les stades "moyen" et "supérieur" Tardiglaciaire (voir notamment Valentin, 1995). Et si
sont désormais attestés dans le Bassin parisien à Saint- à plusieurs reprises des facteurs climatiques et enviro
nnementaux ont été évoqués pour expliquer une lacune Sulpice-de-Favières (Sacchi et al, 1996; Schmider,
du peuplement au Paléolithique supérieur ancien dans 1990) et dans la vallée de la Creuse aux Maîtreaux
le nord de la France, des recherches récentes permett (Aubry et al, 1998), à Fressignes (Vialou et Vilhena-
Vialou, 1990 et 1994) et à l'abri Fritsch notamment ent de nuancer ce constat (Bodu et al, 1999 et 2000 ;
Sacchi et al, 1996). (Trotignoneia/., 1984).
C'est à ce titre que l'intérêt du gisement de La Celle- L'opportunité était donc offerte de procéder, dans ce
Saint-Cyr s'est vu renouvelé, lorsque P. Bodu repère contexte régional, à une étude typotechnologique vi
un ensemble de pointes à face plane habituellement sant à isoler le schéma opératoire de production se
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pour autant en définir la composante réelle. L'analyse rapportant à la fabrication des supports de pointes à
face plane. Plusieurs points renforcent l'intérêt d'une typotechnologique offrait, quant à elle, l'opportunité
telle étude. Le premier s'ancre dans l'originalité de la d'isoler les différentes composantes techniques réunies
découverte de pointes à face plane dans un contexte sur ce site et plus particulièrement les produits parti
régional où le Solutréen dans son ensemble est rare. cipant à la production des pointes à face plane. Une
Le second se place dans l'intérêt de pouvoir restituer fois la reconstitution de ces chaînes opératoires effec
ces pointes à face plane au sein d'un processus opérat tuée, il nous fallait les interpréter en termes
oire de production global. La richesse du matériel li- "chronoculturels" et c'est à ce titre que les données
thique découvert et les caractères morphotechniques issues de l'analyse des pièces retouchées ont été cons
très particuliers de certains des nucleus à lames lais tamment utilisées et comparées aux résultats obtenus
saient penser que ces pointes n'étaient pas isolées de sur les chaînes opératoires, par le biais d'une approche
leur contexte de production. Or ces nucleus laminaires, mêlant étroitement typologie et technologie. Cet axe
aux modes de gestion originaux (Renard, 1999), de interprétatif repose également sur la comparaison de
meurent rarement décrits dans les ensembles du Paléo nos résultats avec d'autres gisements déjà documentés,
lithique supérieur français. Documenter la fabrication nous permettant de les discuter dans le cadre général
des pointes à face plane et par-là même l'un des sché de l'évolution des technocomplexes du Paléolithique
mas opératoires de production lithique du Solutréen supérieur de la région. Néanmoins, la rareté des indust
sont les deux objectifs qui ont orienté l'analyse du ries auxquelles nous pouvions rattacher la production
matériel de La Celle-Saint-Cyr. de pointes à face plane de La Celle-Saint-Cyr a motivé
Les conditions de découverte ont naturellement engen l'élargissement de notre champ de comparaison, jus
dré une première appréciation du degré d'homogénéité qu'au Sud-Ouest français où les industries solutréennes
de cet ensemble lithique dont les caractéristiques ont été définies.
générales évoquent les industries du Paléolithique su
périeur, à savoir un débitage laminaire quasi exclusif L'ANALYSE DES PIÈCES RETOUCHÉES : représenté par de nombreux nucleus à lames, des pro LES POINTES À FACE PLANE, duits laminaires bruts ou retouchés, différents produits UN MARQUEUR PRIVILÉGIÉ d'aménagement et d'entretien de nucleus à projet lami
Les aspects généraux naire. Plus en détail, la présence d'objets, au demeurant
très spécifiques tant du point de vue technique que
chronologique, nous a contrainte à approfondir notre L'observation de l'ensemble du matériel indique que
diagnostic. Si les pointes à face plane, en l'absence de le ramassage n'a pas été orienté vers la collecte des
plus "beaux" tout autre fossile directeur solutréen, suggèrent a priori éléments, caractère étayé par une propor
une attribution à une phase ancienne du Solutréen tion importante d'éclats et fragments d'éclats (tabl. 1).
(Smith, 1966), la présence d'un nucleus de type Le faible nombre d'outils peut, par conséquent, être
"Orville" (Parisot, 1995; Pelegrin, 1982; Perlés, imputé à une réalité archéologique, quand bien même
une part indéterminable de l'outillage se composait de " 1982) Rocher-de-la-Caille et d'un burin aménagé " (Alix et sur al, un 1995), nucleus nous de a raptype petits éléments qui, faute de tamisage, n'ont pu être
idement fait prendre conscience de la complexité tech collectés. La présence parmi les restes de taille d'él
éments inférieurs à 3 cm relativise cette possibilité. nique et chronologique de cette série. Tandis que les
pointes à face plane rappellent indubitablement le L'abondance des nucleus, produits laminaires bruts et
technocomplexe solutréen2 dont elles constituent le fos restes de débitage, au regard de la faible proportion
sile directeur des stades les plus anciens (Smith, 1966), d'outils, laisse à première vue présager qu'il s'agit d'un
les nucleus de type "Orville" et "Rocher-de-la-Caille" espace à production lithique dominante.
L'état du matériel est dans l'ensemble relativrestent, pour l'heure, exclusivement identifies dans des
ensembles rapportés au Magdalénien moyen (Alix et al, ement bon, à l'exception de quelques pièces fortement
1995 ; Parisot, 1995 ; Soriano, 2000). affectées par des enlèvements modernes, fréquemment
La reconnaissance de groupes techniques et/ou chrono associés à des traces d'oxyde de fer. Si certains pro
logiques selon les états de surface du matériel s'est duits présentent un état de dessilification avancée,
d'autres conservent une fraîcheur remarquable5 : selon soldée par l'obtention de résultats de valeur inégale
puisque seule une dizaine de pièces a pu être rapportée les cas, une patine d'intensité plus ou moins importante
au Paléolithique moyen3, au même titre que six autres recouvre les artefacts, variant d'un blanc mat avec
éléments peu, voire pas patines dont les attributs mor dessilification superficielle à une patine grisâtre peu
photechniques évoquent une ou plusieurs périodes marquée.
récentes4. La quasi-totalité des pièces rapportées au
Paléolithique supérieur témoignant d'états de surface Outils 37 similaires, seule une étude globale de la production Pièces portant quelques retouches 23 pouvait contribuer à éclairer notre connaissance de la Nucleus 96 partition technique de cette série. En effet, la typologie Lames brutes entières et fragments 596 comme seul outil méthodologique ne parvenait pas, à Eclats et fragments 785 (dont 51 inf. à 3 cm) elle seule, à répondre à nos préoccupations mais semb Total 1537 lait au contraire en poser les premiers jalons en i
Tabl. 1 - La Ccllc-Saint-Cyr (Yonne) décompte de l'industrie lithique. ndiquant l'existence d'une occupation solutréenne, sans
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La matière première utilisée, très homogène dans son dominés par les pointes à face plane (tabl. 2). En in
ensemble, est de bonne voire d'excellente qualité. Il tégrant trois exemplaires partiellement retouchés et
s'agit de silex sénoniens locaux, noirs à gris ou gris incomplets, ce type rassemble seize spécimens et fourn
bleutés, plus rarement blonds à bruns, au grain fin et it ainsi près de la moitié du total des pièces retouchées
homogène. L'examen des surfaces corticales, générale (fig. 2 et 3). Hormis ces pointes à face plane, les outils
ment lessivées mais non roulées, témoigne d'un appro ne manifestent pas de caractères diagnostiques spéci
visionnement tourné vers des blocs en position second fiques, à l'exception d'un burin sur troncature réalisé
aire, position malgré tout proche de l'emplacement sur n° un nucleus de type "Rocher-de-la-Caille" (fig. 4,
primaire au vu du faible degré d'altération des plages \) (A\ix et ai, 1995).
corticales. Très rares sont les blocs présentant les traces Signalons par ailleurs le caractère très laminaire de
l'ensemble puisque six outils seulement sont réalisés d'un transport en milieu fluviatile.
Les outils sont faiblement représentés et aborder la sur des éclats apparentés à une production laminaire.
question de la position chronoculturelle des occupat Ainsi, l'outillage s'intègre parfaitement dans un en
semble de complexes largement dominé par le débi- ions du site par le biais d'une présentation typologique
des outils serait vain s'ils n'étaient pas largement tage de lames, permettant provisoirement de conclure
0-
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Fig. 2 - Pointes à face plane du sous-type C. 1 fragment basai ; 2 raccord de 2 fragments 3 exemplaire quasi entier; 4 fragment apical.
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Fig. 3 - Pointes à face plane du sous-type С 1 à 3 fragments basaux ; 4 fragment mésial ; 5 et 6 pointes à face plane du sous-type E.
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Fig. 4 - burin sur nucleus type Rocher-de-la-Caille ; 2 nucleus type Orvillc.
à une pointe de Châtelperron " à l'appartenance de cette série au Paléolithique su (Smith, 1966, p. 49).
périeur. nos Deux 5 et autres 6) sur pièces lesquelles s'apparentent "la retouche au sous-type plate est E concent(fig. 3,
rée à la pointe ou aux pointes, avec quelques autres Les pointes à face plane
retouches dispersées irrégulièrement le long des bords "
S 'inspirant des classifications antérieures réalisées par (Smith, 1966, p. 50), auxquelles il convient d'ajouter
P.E.L. Smith (Smith, 1966), deux tiers des pointes à trois éléments probablement fracturés en cours d'amé
face plane identifiées se rangent sans conteste dans le nagement que nous avons qualifiés d'ébauche.
sous-type С (fig. 2 ; fig. 3, nos 1 à 4) défini de la façon En outre, bien que P.E.L. Smith signale l'extrême pol
suivante : "il (ce type) affecte souvent la forme d'un ymorphisme du groupe des pointes à face plane so
couteau à dos ou d'une pointe à dos ressemblant assez lutréennes, déclarant à ce propos que "le degré de
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L'amincissement de la partie basale n'intéresse que les Sur Sur Total lame éclat exemplaires du sous-type C, les parties proximales des
Pointe à face plane (sous-type C) 11 11 pointes à faces plane du sous-type E demeurant inà face plane E) 2 2 tactes. Dans sa description des sous-types В et C, P.E.L.
Ebauche de pointe à face plane 3 3 Smith stipule que cet aménagement se restreint "à l'e
Burin dièdre déjeté sur fragment nlèvement du bulbe par retouche, mais parfois l'extré
de pointe à face plane 1 1 mité bulbaire a été entièrement enlevée" (Smith, 1966, Burin dièdre multiple 1 1 p. 49). À La Celle-Saint-Cyr, ce phénomène, réalisé Burin d'angle sur cassure 2 2 aux dépens de la face inférieure par le biais de reBurin sur troncature oblique 2 2 touches plates et rasantes, structure également l'aménaBurin sur (sur nucleus gement de l'ensemble des éléments du sous-type C. Les de type "Rocher-dc-la-Caille") 1 1 enlèvements sont d'abord détachés depuis le bord Grattoir atypique 1 1 2 gauche lorsqu'il est retouché (fig. 2, n° 1) et se pourBec 1 1 2 suivent dans une seconde phase dans l'axe longitudinal Encoche 1 1 2 de la pièce6. Cet amincissement de la partie basale 2 2 Éclat retouché relève de plusieurs modalités puisqu'il s'observe égaleLame retouchée sur deux bords 1 1 ment et dans une moindre mesure aux dépens de la face Racloir 1 1 supérieure (fig. 2, nos 2 et 3; fig. 3, nos 1-3). Il s'agit Lame mâchurée 1 1 alors de petits enlèvements rasants, plus ou moins Divers 3 3 transverses, effectués à partir de la base arrondie. Total 31 6 37 Sur la plupart des pièces, l'acuité de la pointe et la
Tabl. 2 - Liste typologique adaptée des outils retouchés. régularité du bord retouché montrent le soin avec l
equel ces parties ont été aménagées et témoignent de la
recherche d'un bord fonctionnel particulier. Si certaines
pièces suggéraient une éventuelle retouche par pres
variation parmi les pointes à face plane est si grand que sion, l'examen précis réalisé en collaboration avec J.
l'on serait tenté de les diviser en types complètement Pelegrin plaide pour l'utilisation exclusive d'un percu
différents plutôt que simplement en sous-types" teur tendre lors de ces opérations.
(Smith, 1966, p. 48), celles identifiées à La Celle-Saint- Enfin, nous avons déjà évoqué la part non négligeable
Cyr présentent pour la plupart des attributs stylistiques de pointes à face plane fracturées. La plupart des sur
faces de fracture montre des stigmates7 qui résulteet morphotechniques remarquablement homogènes, en
faisant un groupe typologiquement cohérent. raient d'une double compression, torse et axiale, et
n'impliqueraient pas de choc très violent tel que l'on
Les principaux caractères typologiques peut l'observer sur des éléments de projectile. J. Pele
et morphologiques grin avance à ce propos un possible usage pour des
Les pointes à face plane présentent une morphologie activités de boucherie (Pelegrin, comm. orale). Quel
générale assez élancée avec un bord retouché régulièr ques éléments témoignent d'un type de fracturation
ement convexe et une base arrondie. Seule la pointe différent, probablement lié à l'aménagement du bord
située dans l'axe longitudinal ou légèrement déjetée principal8.
offre une certaine acuité.
L'aménagement des supports se caractérise par deux Les caractéristiques morphotechniques
étapes principales, avec d'une part l'amincissement Exclusivement réalisées sur lames, les pointes à face
ponctuel de la base dans le cadre du sous-type C, et plane de La Celle-Saint-Cyr sont très fragmentées
d'autre part la retouche systématique d'un des bords. puisque seuls trois exemplaires du sous-type С nous
P.E.L. Smith évoque à ce propos que "la retouche est sont parvenus entiers dont un après raccord. Les autres
concentrée sur un côté de l'arête médiane de la face éléments se décomposent en six fragments basaux, un
supérieure (presque toujours du côté gauche, mais dans fragment mésial et un fragment apical. " un ou deux cas, la retouche était du côté droit) Seules des lames de plein débitage, de bonne régular(Smith,
1966, p. 49). Cette latéralisation de la retouche est l'un ité, sans résidu cortical ni négatifs d'enlèvement tran
des caractères forts reconnus sur les spécimens de La sversaux, ont été sélectionnées dans le cadre du
sous-type C. À l'inverse, les supports des deux pointes Celle-Saint-Cyr. La retouche directe et assez soignée,
notamment en partie apicale, s'étend le plus souvent à du E sont peu réguliers et des plages corti
la quasi-totalité du bord gauche (fig. 2, nos 2 à 4). cales plus ou moins importantes sont conservées
(fig. 3, nos 5 et 6). Leur profil varie, courbe ou rectiL'aménagement de ce bord, rectiligne de profil pour
les exemplaires du sous-type C, est constitué de plu ligne, voire torse dans certains cas, la rectilinéarité du
sieurs rangs de retouches subparallèles d'ampleur va bord gauche étant, nous l'avons déjà signalé, rectifiée
riable. La retouche de la partie apicale, qui correspond si nécessaire par la retouche. Seuls deux spécimens
aux caractéristiques de la retouche plate solutréenne, témoignent d'une inversion dans l'orientation de la
empiète davantage sur la morphologie originelle du pointe, aboutissant à l'aménagement de la base en par
tie distale du support (fig. 2, n° 1 ; fig. 3, n° 3). support et confère un aspect plus robuste à la pointe.
La retouche de la partie basale est quant à elle systéma Au niveau dimensionnel, nous devons émettre des
tiquement plus courte et plus rasante. réserves sur la valeur des informations obtenues ; la
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fragmentation de ces objets est importante et la re O. Parisot la signale également dans la série de la
touche empiète parfois largement sur le support origi grotte de la Marche (Vienne) attribuée au Magdalénien
III (Parisot, 1995). Quant au nucleus de type "Orville" nel. Toutefois, les pointes à face plane entières pré
(fig. 4, n° 2), l'on doit sa définition à C. Perlés qui, au sentent des longueurs généralement comprises entre 9
et 10 cm. L'estimation des largeurs, réalisée à partir début des années 80, décrit ce type d'objet de la façon
des ébauches et des petites portions de pans non retou suivante : "il s'agit d'éclats ou de lames larges à tron
chés, indique que les supports étaient globalement cature inverse rectiligne, avec enlèvement d'une l
larges de plus de 30 mm pour une épaisseur variant amelle (plus rarement deux) le long de l'arête formée
entre 4 et 9 mm environ. L'épaisseur des supports t par la rencontre de la troncature et de la face
émoigne d'une étonnante régularité, au même titre que d'éclatement; dans quelques cas, la troncature est
remplacée par une cassure" (Perlés, 1982, p. 129). Si leur largeur, également très constante en partie basale
et mésiale. au début des années 80 l'attribution chronoculturelle
des pièces d'" Orville" était restée floue, leur assoUne dernière caractéristique technique de ces supports,
ciation au "Rocher-de-la-Caille" avec les nucleus épo- relative à leur technique de détachement, peut mainte
nant être évoquée. Seules quelques pointes à face plane nymes de ce site et les comparaisons développées par
permettent de tenter ce type de diagnostic réalisé avec O. Parisot et J. Pelegrin vont dans le sens d'une attr
ibution exclusive de ces pièces à un faciès du Magdaln° l'aide 2 ; fig. de P. 3, Bodu et J. Pelegrin. Six supports (fig. 2, n° 2) indiquent clairement que leur dét énien moyen. Ces auteurs remarquent les relations
entre la "méthode d'Orville" et la "méthode achement est intervenu par percussion directe à la pierre
Rocher-de-la-Caille" puisque les deux coexistent sur tendre animée par une gestuelle tangentielle (Pelegrin,
2000) ; deux autres le sont de manière probable. chacun de ces sites. Retrouver cette association à La
Celle-Saint-Cyr semble une fois de plus signaler que
Le reste de l'outillage certaines méthodes ou techniques de débitage particul
" à forte valeur optionnelle, sont de bons candiières,
dats à la valeur de marqueurs de groupes" (Alix et al, Le reste de l'outillage s'est révélé non diagnostic, pou
vant appartenir sans distinction à chacune des entités 1995, p. 197).
du Paléolithique supérieur. À commencer par les burins L'analyse typologique de l'outillage suggère donc la
(fig. 5, nos 1 à 3) qui constituent la classe d'outil domi succession sur le gisement d'au moins deux entités
nante derrière les pointes à face plane. Il nous faut en techniquement et chronologiquement distinctes. La
revanche mentionner la présence d'un burin sur tronca première se manifeste sous les traits d'un nucleus
"Rocher-de-la-Caille" associé à une pièce ď" Orville" ture aménagé sur un nucleus de type "Rocher- n° de-la-Caille" (fig. 4, et d'un second, dièdre et serait imputable au Magdalénien moyen ; la seconde, 1)
déjeté, réalisé sur un probable fragment de pointe à perceptible au travers des pointes à face plane, au Solu
face plane (fig. 5, n° 1 ) qui soulèvent bien évidemment tréen ancien. Outre l'avantage de disposer d'objets très
la question de la contemporanéité de ces pièces et plus spécifiques du point de vue de leur attribution chronoc
largement celle de l'homogénéité technique et chrono ulturelle, nous avons pu compter sur un nombre
logique de la série. Suivent ensuite, par ordre d'im conséquent de nucleus présentant pour certains des
portance, les grattoirs atypiques (fig. 5, n° 4), becs, caractères morphologiques et techniques originaux.
encoches, éclats retouchés et divers. Parmi les types Ceux-ci, associés à de nombreux produits bruts et
d'outils présents à l'unité, indiquons la présence d'une restes de débitage, ont permis de définir la composante
lame retouchée sur ses deux bords (fig. 5, n° 6), d'un technique revenant aux deux entités reconnues et la
racloir (fig. 5, n° 5) et d'une puissante lame mâchurée. restitution du schéma opératoire de production des
Pour finir, 23 pièces, principalement des lames, portent pointes à face plane.
quelques retouches peu différenciées ou altérations des
bords éventuellement rapportables à des traces d'utili L'analyse technologique
sation. des chaînes opératoires laminaires
et l'individualisation du schéma opératoire
de production des pointes à face plane Les apports de l'étude typologique :
vers une bipartition technique et chronologique
Exception faite des deux "nucleus lamellaires" provide la série ?
soirement rapportés au Magdalénien moyen, les autres
Le nucleus à lamelle type "Rocher-de-la-Caille" pré nucleus relèvent d'une conception exclusivement lami
sente un intérêt certain dans la mesure où ce type naire. Selon leurs caractéristiques dimensionnelles et
d'objet demeure jusqu'à présent exclusivement rap morphotechniques, deux principaux groupes de nu
porté au Magdalénien moyen (Alix et al, 1995). Décrit cleus ont été distingués9. Formant un tout homogène,
il y a peu de temps sur le site éponyme, il s'agit d'"un les nucleus voués à l'obtention des supports de pointes
débitage de lamelles aux dépens de nervures de sup à face plane (N = 37) ont déjà été mentionnés du fait
ports laminaires préparés par troncature inverse. " (Alix des "modes de gestion originaux" dont ils font état.
et ai, 1995, p. 196). Cette méthode originale d'obtent Vingt-quatre autres nucleus témoignent d'une gestion
ion de lamelles par pression a été reconnue dans l'une qui ne dénote pas de celle habituellement décrite dans
des séries inférieures du Magdalénien (moyen?) du les industries bien connues de la fin du Paléolithique
Roc-aux-Sorciers dans la Vienne (Alix et al, 1995) et supérieur (Audouze et al, 1988 ; Pigeot, 1987 ; Ploux
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2002, tome 99, n° 3, p. 461-485 :
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Des témoins solutréens en France septentrionale un mode original de production de support de pointe à face plane 469
Fig. 5 - Outils du " fond commun ". 1 burin dièdre (sur pointe à face plane ?) ; 2 burin dièdre multiple ; 3 burin sur troncature ; 4 grattoir atypique
5 racloir; 6 : lame retouchée sur deux bords.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2002, tome 99, n° 3, p. 461-485

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