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Etude archéologique - article ; n°1 ; vol.27, pg 121-210

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91 pages
Gallia préhistoire - Année 1984 - Volume 27 - Numéro 1 - Pages 121-210
90 pages
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Geoges Costantini
I. Etude archéologique
In: Gallia préhistoire. Tome 27 fascicule 1, 1984. pp. 121-210.
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Costantini Geoges. I. Etude archéologique. In: Gallia préhistoire. Tome 27 fascicule 1, 1984. pp. 121-210.
doi : 10.3406/galip.1984.1929
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1984_num_27_1_1929LE NÉOLITHIQUE ET LE CHALCOLITHIQUE DES GRANDS CAUSSES
I
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE
par Georges COSTANTINI
Le cadre naturel1 Constitués de dépôts jurassiques atteignant
1 000 m d'épaisseur, leur altitude moyenne Administra tivement partagés entre les dépar s'étage entre 600 et 1 200 m. De profondes tements de l'Aveyron, de la Lozère, du Gard, et vallées, sensiblement orientées est-ouest, isolent de l'Hérault, les Grands Gausses composent, de vastes plateaux tabulaires couronnés de au sud du Massif central, une unité géogra hautes falaises. phique bien définie. Ils sont limités sur trois
côtés par des massifs primaires plus élevés,
qui sont : à l'ouest les monts du Lévézou, au l'Homme, MM. Aimés au Musée de Gap (Hautes-
nord le plateau de l'Aubrac, à l'est les massifs Alpes), P. Temple pour la Société archéologique de
Montpellier, R. Jeanjean pour le Centre du mont Lozère et de l'Aigoual. Côté sud, la
des Chênes-Verts à Montpellier. Nos collègues J. Cour- chaîne calcaire de la Séranne et celle volcanique tin, J. Gachina, J. Gomez, J. Lautier, M. Lorblanchet, de l'Escandorgue, les séparent de la plaine J. Maury, D. Rouquette, A. Soutou, A. Vernhet, nous
languedocienne (fig. 1). ont fait profiter de renseignements souvent inédits.
Les chercheurs locaux nous ont ouvert généreuse
ment leur documentation. Mme A. Durand-Tullou
1. Il convient d'abord que nous exprimions notre sur le causse de Blandas, MM. P. Blanquet sur le causse
reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à la de Sauveterre, P. Cabanes pour les avant-causses
réalisation de cette étude. En premier lieu notre maître saint-affricains, L. et O. Gêniez pour les dolmens de
et ami L. Balsan, nous lui devons une très grande partie la région millavoise, Malaval pour les stations de
de notre documentation bibliographique et c'est surface du Larzac nord-occidental. Enfin le regretté
toujours avec amabilité qu'il nous a accueilli au Musée Dr Morel, MM. G. Fages et C. Marolle, ont complété
Fenaille à Rodez. Nous avons trouvé auprès de la nos connaissances en ce qui concerne la partie lozérienne
Direction des Antiquités préhistoriques de Midi- des Grands Causses.
Pyrénées l'appui nécessaire à nos recherches, tout Sans notre fidèle équipe de fouille nous n'aurions
d'abord avec le regretté L. Méroc, et actuellement avec pu mener à bien ce travail. En consacrant une grande
notre ami J. Clottes. Mme G. Delibrias a accepté de partie de leurs loisirs à la préhistoire,7 MM. R. Cristol,
nous effectuer les datations par la méthode du 14 C. J. Daydé, H. Frayssenge, J.-P. Serres et R. Villebrun,
M mes t# Poulain- Josien et G. Suire ont déterminé la ont largement contribué à la réalisation de cet article.
faune de nos gisements. Les analyses métalliques ont Les spéléologues régionaux, MM. M. Cartaillac, C. Frays-
été réalisées par MM. S. Junghans et H. Schickler signes, J. Got, J. Macary, J. Pomié, R. Rouquet,
à Stuttgart (Allemagne), et par MM. J. Bourhis et A. Vieilledent, A. et D. Vors, et plus particulièrement
J. Briard à Rennes. M. le Professeur J. Erroux s'est nos amis Marcel et Marinette Lacas, nous ont commun
chargé des déterminations de céréales, et notre compat iqué leurs découvertes.
riote J.-L. Vernet des analyses paléobotaniques des Pour terminer nous ne saurions oublier les propriét
charbons de bois. aires des gisements, qui ont toujours facilité nos
D'importantes collections caussenardes nous ont recherches sur leur terrain. M. Saumade pour la grotte
été accessibles grâce à l'amabilité de leurs conserva des Cascades à Creissels, et M. Robert sur l'important
teurs : M. le Professeur J. Antony au Musée de site de Sargel à Saint-Rome-de-Cernon (Aveyron).
Gallia Préhistoire, Tome 27, 1984, 1, p. 121-210. i
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Carte de répartition des gisements chasséens 2
1 Carte de la région des Grands Causses. NÉOLITHIQUE ET GHALGOLITHIQUE DES GRANDS GAUSSES 123
Ils offrent des paysages très particuliers à La végétation.
cette région et qui sont fonction de la nature Chênes rouvres et pins sylvestres forment les
lithologique du terrain- Dans les zones dolo- essences dominantes des Grands Causses, ils
mitiques l'érosion a dégagé des roches aux sont accompagnés de hêtres, érables, alisiers
formes étranges en donnant des sables stériles blancs. Parmi les arbustes dominent le buis et
généralement couverts de pins sylvestres. le genévrier, associés à l'amelanchier, le noiset
Les zones à calcaire en plaquettes, au relief ier, et l'aubépine. Des touffes de thym et
mamelonné couvert d'une herbe rase, donnent lavande aromatisent les clairières. Dans les
à ces plateaux leur caractère désolé. Ce sont vallées se localisent des îlots de végétation
d'excellents terrains de parcours, sillonnés par méditerranéenne, constitués par des colonies
d'importants troupeaux de moutons. Des de chênes verts (Vernet, 1966).
dolines ou « sotchs », dépressions fermées remp Pour certains géographes, les étendues
lies d'argile, constituent avec les terres de aujourd'hui désolées, auraient été jadis recou
décomposition du Bajocien, les meilleurs sols vertes d'un vaste manteau forestier, où le hêtre
de ces plateaux. tenait une place importante. C'est l'intervention
Sur la bordure occidentale, les avant-causses, humaine qui serait la cause de l'actuelle denu
d'altitude moins élevée et aux sols plus riches, dation (Marres, 1935).
développent des activités agricoles nettement Les dernières données sont plus nuancées.
plus productives (Marres, 1935). Pineraies et chênaies auraient occupé la plus
L'eau s'infiltre à travers la masse calcaire grande partie du terrain. Vers 2500 B.C.,
par tout un réseau de fissures et d'avens, pour qui marque la limite entre l'Atlantique et le
résurger dans les vallées, parfois sous forme sub-Boréal, une modification du climat qui
de « foux » spectaculaire. Sur le plateau, l'eau devient plus sec, entraîne une extension du
est retenue dans des citernes ou des « lavognes », chêne pubescent au détriment du pin sylvestre.
mares rendues étanches par une chape d'argile. Plus tard, avec l'Age du Bronze, s'installe un
climat plus frais et humide, attesté dans les
gisements par d'importants planchers stalag- Le climat.
mitiques. La pineraie à nouveau avantagée
Les Grands Causses constituent le carrefour progresse et reprend du terrain (Vernet, 1973).
où s'affrontent les climats les plus divers. Bise
froide venue du Nord et aures tièdes du Midi
Historique des recherches ou de Bordeaux, balaient alternativement ces
vastes étendues désolées. D'abondantes préci Vers le milieu du xixe siècle la région des
pitations se produisent en automne, entraînant Grands Gausses commence à attirer l'attention
la formation de lacs temporaires sur les des premiers archéologues, à la recherche de
plateaux, et des crues impressionnantes souvent l'Homme fossile. Ecclésiastiques, médecins,
dévastatrices. instituteurs, ou notables, vont s'adonner à
En raison de leur altitude, les causses de cette nouvelle discipline et entreprendre des
Sauveterre et Méjan sont franchement montag fouilles dans les nombreuses cavités et dolmens
nards, ils enregistrent plus de trois mois de de la région. Le matériel, aujourd'hui en grande
gel par an et la neige y persiste parfois durant partie perdu ou inutilisable, nous est connu
de longues périodes. Les autres causses, moins par de brèves notes, rarement illustrées,
élevés et plus méditerranéens, jouissent d'un publiées pour la plupart dans les Procès-
climat plus favorable. verbaux et Mémoires de la Société des Lettres,
Les vallées présentent des conditions d'habi Sciences et Arts de l'Aveyron ou encore dans le
tat hivernal nettement meilleures, en offrant Bulletin de la Société d'Agriculture, Industrie,
un adret bien abrité. Au pied des parois Sciences et Arts de la Lozère.
rocheuses exposées au midi, de nombreuses La grotte sépulcrale de Saint-Jean-d'Alcas,
grottes et auvents ont constitué d'excellents à Saint- Jean-et-Saint-Paul (Aveyron), vidée
refuges, encore utilisés aux périodes historiques. par son propriétaire, est signalée par l'abbé 124 GEORGES GOSTANTINI
Ravailhe en 1840. Il faudra attendre près d'une La fin du xixe siècle voit la percée du
trentaine d'années la publication de ce remar chemin de fer de Tournemire au Vigan ;
quable gisement par Gazalis de Fondouce, ingénieurs et surveillants des travaux vont
véritablement en avance sur son époque par occuper leurs loisirs à la préhistoire. Installé à
la pertinence de ses observations. Tournemire, Puech fouille la grotte 5 de Sargel
et celle de Taulan ; Vidal explore les dolmens L'année 1860 marque le début des pre
mières recherches systématiques. De Sambucy- de la région de Sauclières, dont le matériel
sera publié plus tard par l'abbé Marcorelles. Luzençon et Virenque prospectent la bordure
Le pasteur Tournier collecte dans les dolmens occidentale du Larzac, de nombreux dolmens
et les grottes de Sorgues, de Sargel, des du Larzac une riche collection, aujourd'hui
conservée dans les musées de Gap et de Genève. Auglans, reçoivent leurs visites. A propos de
Au début du xxe siècle, l'abbé Hermet, cette dernière cavité, naissent, déjà, les pre
plus connu pour ses travaux sur les célèbres mières polémiques entre archéologues.
ateliers de céramique sigillée de la Graufesenque Dans le nord-Aveyron, Boisse fouille la grotte
à Millau, signale les premières statues-menhirs de Bouche-Rolland et publie un premier
aveyronnaises et étudie quelques petites grottes inventaire des « monuments celtiques de l'Avey-
sépulcrales. En Lozère, A. de Mortillet dresse ron ». L'abbé Cérès s'attaque au nord de Rodez
un inventaire des dolmens du Gévaudan et aux riches mégalithes du causse Comtal ; il
s'intéresse à leur architecture. Les petits explore en 1864 les sites de la vallée de la Jonte
causses satellites de Gampestre et de Blandas en compagnie du fouilleur local Poujol, et
sont explorés par F. Mazauric, instituteur à fera même une visite aux grottes de Sargel.
Vissée. Quinze ans plus tard, Zielenski fouille, pour
Après une longue période, marquée par un le compte du Dr Lalanne, quelques dolmens
net ralentissement des travaux, il faut attendre de la région saint-affricaine. Cartailhac, qui
les années 1930 pour que soient relancées les possède des attaches familiales en Aveyron,
recherches préhistoriques, avec L. Balsan pour étend ses recherches aux mégalithes de la
la partie aveyronnaise des Grands Gausses, et région comprise entre Millau et Saint-Affrique,
G. Morel en Lozère. C'est à cette époque il conpigne une partie du résultat de ses recher
également que paraît la première synthèse ches dans les Matériaux.
régionale de préhistoire avec la thèse de En Lozère, l'abbé Solanet publie le matériel
P. Temple. des dolmens de la région de Saint-Georges-de-
Lévéjac sur le causse de Sauveterre, et du
dolmen de Roubescals sur le causse Méjan. Les documents Il est le premier à sonder la grotte des Baumes-
Bien que des lacunes demeurent encore au Chaudes, qui deviendra le site éponyme d'une
niveau des débuts de la néolithisation ou du race célèbre.
passage entre le Ghalcolithique et le Bronze Après lui, le Dr Prunières contribuera de
façon remarquable à l'étude de la préhistoire ancien, nous avons pensé présenter dès à
présent les résultats et le matériel accumulés caussenarde. Il peut être considéré comme le
au cours d'un quart de siècle de recherches précurseur de la paléopathologie ; de par sa
préhistoriques dans la région des Grands profession, il s'intéresse aux documents osseux,
et consigne dans les congrès de l'A.F.A.S. ses Causses.
Notre étude est essentiellement basée sur observations. Une mort tragique viendra
nos propres observations stratigraphiques, ou mettre un terme à ses travaux en 1893, il
sur du matériel provenant de fouilles récentes. disparaît dans une tourmente de neige en
Cependant nous n'avons pas négligé les collecaccomplissant son devoir.
Sensiblement à la même époque, de Malafosse tions anciennes, et dans la mesure du possible,
fait connaître le matériel de quelques dolmens ces dernières figurent dans nos inventaires et
lozériens et Jeanjean visite les grottes de la cartes de répartition.
La richesse des sépultures mégalithiques des vallée du Trévézel. NÉOLITHIQUE ET CHALCOLITHIQUE DES GRANDS GAUSSES 125
Grands Causses, a attiré très tôt une multitude lithique, abondante et miniaturisée, compre
de chercheurs. A lui seul, le Dr Prunières avait nant de nombreux microlithes : pointes de
fouillé en 1884, « 126 dolmens vierges et refouillé Sauveterre et de Rouffignac, segments de
de nombreux dolmens dont on n'avait pas cercle, triangles isocèles, scalènes, et de
pris les os ». On peut lire encore sous sa plume : Montclus. L'économie est essentiellement
«Aujourd'hui, tout le monde fouille des axée sur la chasse aux grands herbivores, et
dolmens pour recueillir des objets en pierre, plus particulièrement le cerf (46,5 % de l'e
des silex, qui éparpillés un peu partout et sans nsemble de la faune), et le bœuf primitif
certificat d'origine, ne seront bientôt plus que (41,8 %). La présence d'une molette de chant
des cailloux préhistoriques » (Prunières, 1873). en calcaire est liée à une activité de cueil
De son côté, E. Cartailhac étudie en dix ans, lette (Maury, 1967).
« plus de cent dolmens », dans le sud-Aveyron. Vers 6000 B.C., succède au Sauveterrien un
Aussi peut-on affirmer, sans grand risque, que complexe « tardenoïde, néolithique ancien »,
la majorité des dolmens caussenards étaient qui amorce la grande mutation vers une écono
déjà vidés de leur contenu au début de ce siècle. mie de production, et dont l'évolution va se
Que reste-t-il aujourd'hui de cette masse poursuivre jusqu'au début du 4e millénaire.
de documents? Hormis la disparition inévitable A ce jour une vingtaine de sites, dont cinq
de nombreuses collections privées, nous dispo stratifiés, intéressent ces deux millénaires.
sons encore d'un abondant matériel, malheu Dans la vallée de la Dourbie, la grotte de
reusement dispersé dans une multitude de La Poujade, Millau (Aveyron), s'ouvre par
musées : Bordeaux, Gap, Genève, La Roche- un vaste auvent, exposé au midi, qui abritait
Gourbon, Montpellier, Paris, Saint-Germain- un important remplissage de près de 3 m,
malheureusement en grande partie détruit par en-Laye, Toulouse, etc.
Seule une partie de la collection Tournier, des fouilles anciennes. Les récents travaux de
conservée au Musée de Genève, a été intégral G.-B. Arnal sur ce site, apportent de précieuses
ement publiée, accompagnée d'excellentes illu indications sur les débuts de la néolithisation.
strations (Constantin, 1953). ,Pour le reste il Ce chercheur a isolé, entre les strates sauve-
s'agit pour la plupart de matériel encore inédit, terriennes et chasséennes, deux niveaux asso
où les imprécisions toponymiques et mélanges ciant des trapèzes de divers types et une
successifs en diminuent considérablement flèche de Montclus à un tesson décoré d'impres
l'intérêt et exigent une grande prudence dans sions au poinçon (Clottes, 1977 b ; Arnal
leur interprétation. G.-B., 1979).
La reprise des fouilles, en collaboration avec
M. J. Maury, du gisement de Puech-Margues
Le substrat mésolithique (ou La Combe-Grèze), nous a fourni récemment et les débuts de la néolithisation un abondant matériel, en cours de publication,
attribuable au Néolithique ancien. Une industLa densité du peuplement de la région des
rie lithique, d'aspect mésolithique, avec Grands Causses au cours du Mésolithique
trapèzes du Martinet, pointes triangulaires, s'affirme un peu plus chaque année. Avec les
flèches tranchantes, est associée dans la dernières découvertes de P. Blanquet, ce sont
couche 4 à une céramique décorée d'impressune dizaine de sites qui ont livré des silex
ions, de type « roucadourien ». L'élevage, géométriques de type sauveterrien. Deux
principalement orienté sur le porc et le mouton, datations au 14C placent cette période au
constitue entre la moitié et les deux tiers de la début du 7e millénaire : — 6960 ±145 B.C.
faune. La chasse, encore pratiquée de façon à la grotte de La Poujade, Millau (Aveyron),
intensive, complète l'alimentation carnée avec et 6820 ±200 B.C. à l'abri des Salzets,
cerf, lapin de garenne, oie2. Bien qu'elle ne Mostuéjouls (Aveyron). Ce dernier gisement,
soit pas attestée par des macro-restes végétaux, constitué par un léger surplomb rocheux
exposé au nord à 850 m d'altitude, sur
le causse de Sauveterre, a livré une industrie 2. Déterminations de Mme Th. Poulain-Josien. 12G GEORGES GOSTANTINI
l'agriculture est probablement connue. Des façon spectaculaire, avec en particulier les
haches, partiellement polies, sont aménagées fouilles de L. Méroc et G. Simonnet sur le
sur des galets en schiste vert, et un macroo site de Saint-Michel-du-Touch dans la région
utillage sur galets est peut-être lié à des toulousaine et la mise au jour de remarquables
fonctions de défrichement. stratigraphies, Fontbrégoua, Salernes (Var),
Les datations 14G obtenues à Puech-Margues Camprafaud, Ferrières-Poussarou (Hérault),
et à La Poujade, assurent le plein épanouisse Font-Juvénal, Conques (Aude), Gapdenac-le-
ment de ce groupe roucadourien au cours de Haut (Lot), etc. Par ailleurs la publication
la première moitié du 5e millénaire. d'excellentes monographies régionales est venue
Dans la partie orientale du causse Méjan, à compléter la connaissance de la culture matér
1 110 m d'altitude, l'abri de La Bolière, ielle de cette civilisation, pour le site éponyme
Fraissinet-de-Fourques (Lozère), a livré entre de Ghassey (Thévenot, 1969), la Provence
autre une douzaine de flèches tranchantes, (Gourtin, 1974), le Languedoc (Vaquer, 1975).
dont quatre du type de Monclus (Marolles, A propos de ses origines on a longtemps
1977 a). Ces dernières apparaissent encore sur évoqué la péninsule italique, en considérant en
plusieurs gisements : aven du Rajal-del-Gouorp, particulier le décor gravé de style Matera ou
Millau (Aveyron), abri de Peyre-Crassouze, l'importation de pièces en obsidienne. Depuis
La Cavalerie (Aveyron), grotte de Clapade, peu une nouvelle hypothèse admet une filiation
Millau (Aveyron), etc. sur place à partir du Cardial, le groupe de
Une occupation permanente des stations de Montbolo, en Vallespir, constituant l'un des
termes de passage entre les deux cultures plein-air de Lavernhe (Aveyron), paraît impro
bable compte tenu de leur altitude élevée (Guilaine, 1974).
avoisinant les 1 000 m. De plus la faible surface La position chronologique du Chasséen est
habitable des abris de Puech-Margues et de aujourd'hui bien établie, avec la réalisation de
La Bolière, évoque encore le campement nombreuses datations au 14C, groupées en
temporaire de quelques individus, et des majorité dans une fourchette comprise entre
déplacements saisonniers, entre le causse et 3600 et 2600 B.C. Les datations les plus
la vallée, peuvent être envisagés dès cette hautes obtenues en Provence et Languedoc,
époque avec l'apparition des nouvelles activités pourraient indiquer une genèse locale dès le
début du 4e millénaire. agro-pastorales.
Sur la bordure méridionale des Grands
Gausses, où sont connus deux tessons décorés Datations au 14G de gisements chasséens
au Cardium, la phase finale du Néolithique caussenards.
ancien voit se développer à la grotte 4 de
Chasséen ancien. Saint-Pierre-de-la-Fage (Hérault), une cér
amique débutant par des décors cannelés et se Grotte de Sargel, Saint- Rome-de-Cernon (Aveyr
terminant par des motifs spécifiques pour le on), fouilles 1967, niveau XIII : Gif 3007,
squels a été proposé le terme de Fagien (Arnal 4650 ±150 soit 2700 B.C.
G.-B., 1977). Chasséen classique. Ces quelques résultats, qui sont un acquis
Grotte de La Poujade, Millau (Aveyron), récent de la préhistoire des Grands Causses,
couche 6 A : MC 1238, 6140 ±120 soit démontrent la complexité des phénomènes de
4190 B.C. la néolithisation, dans cette région à la char
nière des influences méditerranéennes et conti Grotte de Sargel, Saint- Rome-de-Cernon (Aveyr
nentales. on), fouilles 1965, niveau X : Gif 445,
4570 ±150 soit 2620 B.C.
Grotte de Soulatget, Saint-Maurice-de-Nava- Le Chasséen
celles (Hérault) : Gif 1918, 4780 ±140
Chronologie — Origine. soit 2830 B.C.
Depuis les travaux de J. Arnal, la connais Grotte du Claux, Gorniès (Hérault) : KN 315,
sance du Ghasséen méridional a progressé de 5720 ±170 soit 3770 B.C. NÉOLITHIQUE ET GHALGOLITHIQUE DES GRANDS GAUSSES 127
Chasséen récent. occidentale du Larzac. Ce n'est qu'avec la phase
classique, que s'opérera la colonisation par cette Grotte de Sargel, Saint-Rome-de-Cernon (Avey-
culture de l'ensemble des Grands Gausses. ron), fouilles 1965, niveau VI : Gif 444,
4500 ±150 soit 2550 B.C.
Les habitats. De tous ces résultats caussenards, il semble
que seules les datations de la grotte de Soulat- A ce jour le nombre de sites chasséens dans
la région des Grands Gausses s'élève à 58. Dans get, et à la limite du Ghasséen récent de
cet inventaire ne figurent pas une quinzaine de Sargel, puissent être retenues. Les datations
de la grotte de La Poujade et du Claux gisements, donnés dans de précédentes nomenc
paraissent nettement trop hautes, quant à latures (Lorblanchet, 1965 ; Maury, 1967 ;
celles du Ghasséen ancien et classique de Arnal G.-B., 1976) et qui, à notre avis, ont
livré un matériel peu représentatif ou chronoSargel, elles sont trop basses.
logiquement différent du Ghasséen classique. Sur les Grands Gausses, le Chasséen est à la
base des dépôts archéologiques de la plupart Citons, entre autres, les avens de La Resse et
du Gendarme, La Roque-Sainte-Marguerite des gisements : grottes de Sargel, de Labeil,
(Aveyron), la grotte du Pas-de- Julie, Trêves des Fées, etc. Trois sites seulement pré
sentent une occupation antérieure. Au sud (Gard), la grotte du Jas-del-Biau, Meyrueis
(Lozère), qui sont des sites ayant donné des du Larzac, le Ghasséen succède à un Néoli
thique ancien final, daté de 3570 B.C. à la tessons à décor gravé de triangles hachurés
propres au groupe des Treilles. grotte 4 de Saint-Pierre-de-la-Fage (Hérault),
et 3560 B.C. à La Baume-de-Limonesque, Le Les habitats se répartissent en 44 grottes
et 9 stations de plein air, pour la plupart situés Caylar (Hérault) (Arnal G.-B., 1972 a). Les
formes céramiques chasséennes appartiennent le long des vallées ou en bordure des plateaux
ici à la phase classique et ont un caractère (fig. 2). Dans la partie méridionale du Larzac,
quelques grottes sont occupées à l'intérieur du intrusif. Sous l'auvent de La Poujade, Millau
(Aveyron), les couches chasséennes sont super causse.
A de rares exceptions près, ce sont des posées à un Néolithique ancien daté du
5e millénaire (Glottes, 1979). cavités situées sur le versant ensoleillé des
vallées qui ont eu la faveur des Ghasséens. La grotte de Sargel a été l'un des premiers
gisements à présenter une séquence évolutive Plusieurs de ces cavernes s'ouvrent en pleine
falaise, parfois à 20 m au-dessus du sol, et sont de cette culture et à mettre en évidence une
phase ancienne, bien différenciée par ses formes absolument inaccessibles. La présence, à
l'époque chasséenne, de corniches rocheuses céramiques du Ghasséen classique (Costantini,
1970 a). Les affinités de ces niveaux anciens de permettant d'accéder à ces grottes ne peut
être retenue pour tous les sites observés et il Sargel avec le groupe de Montbolo, évoquées
par Bailloud (1970), ont été mises en lumière est plus sage de supposer un aménagement
par Guilaine (1974). externe à l'aide d'échafaudages.
Si les Ghasséens n'ont pas hésité à s'installer Il semble encore que ce Ghasséen ancien de
Sargel soit très proche de la culture catalane dans des grottes vertigineuses, ils ne se sont
par contre pas aventurés dans les avens. Le des « sépulcros de fosa », où figurent de bons
éléments de comparaison : formes céramiques seul à avoir été fréquenté à cette époque
ovoïdes sphéroïdes, piriformes ; anses en ruban reste l'aven de Figuerolle, sur le causse de
ou tunnelliformes sur carène ; flèches tran Blandas, accessible par une galerie latérale
chantes en silex blond, à retouches abruptes ; en pente.
haches plates en fibrolithe ; spatules en os, Dans de nombreux cas, l'utilisation des
entrées de grottes comme bergerie, ou cave etc. (Muîioz, 1965).
Le problème de l'origine du Ghasséen ancien à fromages, a entraîné la destruction des
des Grands Gausses, paraît lié à l'arrivée d'un dépôts archéologiques. En principe, la limite
de la zone fréquentée est marquée par le point petit groupe de migrants, venant occuper des
terres encore vierges sur la bordure nord- extrême de pénétration de la lumière du jour ; 128 GEORGES GOSTANTINI
au-delà les Ghasséens ne se sont guère aventurés découpée dans un os spongieux indéterminé
qu'à la recherche de laisses d'eau ou d'argile (fig. 25 c, n<> 7, p. 188).
(Gostantini, 1964). A Sargel, l'habitat principal Dans la vallée de la Dourbie, la grotte de
était situé dans le couloir d'accès de la grotte 1, Bombes, Revens (Gard), se compose d'un
avec une concentration des sédiments à 30 m étroit et sinueux couloir, à forte déclivité,
de l'entrée. A la grotte de Labeil, Lauroux entièrement comblé par de la pierraille. Elle a
(Hérault), sur la bordure méridionale du livré les restes de plusieurs individus, associés
Larzac, l'habitat se localisait plus à l'extérieur, entre autres à du matériel chasséen.
dans les dix premiers mètres de la galerie Toujours dans la vallée de la Dourbie, une
(Bousquet et al., 1966). inhumation a été signalée à la grotte de La
La présence, dans le Chasséen ancien de Galade, Nant (Aveyron), qui recelait plusieurs
Sargel, de plaquettes calcaires rubéfiées est vases chasséens (Vidal et al., 1955).
peut-être à mettre en parallèle avec ce qui a Pour d'autres cavités quelquefois citées,
été observé dans les « fonds de cabanes » de grotte des Baumes-Chaudes, Saint-Georges-
Saint-Michel-du-Touch à Toulouse, où, dans de-Lévéjac (Lozère), grotte de Bouche-Rolland,
un but d'assainissement, un grand brasier Salles-la-Source (Aveyron), leur utilisation à
était allumé dans les cuvettes avant leur des fins sépulcrales par les Chasséens, reste du
empierrement (Méroc et Simonnet, 1970). domaine des hypothèses, la relation entre le
matériel anthropologique et chasséen ne pouLa rareté des stations de plein air est toute
relative, il ne fait aucun doute qu'une pros vant être établie de façon certaine.
pection systématique entraînerait une augment Peut-on attribuer aux Ghasséens la construc
ation considérable de l'inventaire actuel. tion des premiers dolmens caussenards? Nous
Plutôt que des habitats permanents, ces noterons d'abord que, dans la zone la plus
stations semblent résulter de déplacements dense en habitats, aucun dolmen n'a livré du
saisonniers liés à l'élevage et aux travaux mobilier chasséen. Restent les anciennes décou
agricoles. La plus importante des stations vertes lozériennes citées à l'appui de cette thèse.
caussenardes est celle de Maluserne, située sur Au Musée de Mende est exposée une écuelle
le causse du Larzac, à 6 km à l'est de Sargel. typiquement chasséenne, portant sous la carène
Prospectée depuis de nombreuses années par un bouton à perforation sous-cutanée (Lor-
M. Malaval, elle a livré un abondant matériel blanchet, 1970 a). Cette écuelle est donnée
lithique, comprenant plusieurs haches polies, comme provenant du dolmen de Ghapieu,
des billes, de nombreuses lamelles en silex près de Mende. Ce mégalithe, fouillé en 1914,
blond, etc. a livré un matériel hétérogène comprenant des
pointes de flèches en silex et bronze, des
bracelets en bronze, un crâne trépané, un vase Les sépultures. phocéen à décor onde. Il paraît assez surprenant
Comme partout ailleurs, à la densité des que, dans le compte rendu de fouille, ne soit
habitats s'oppose la rareté des sépultures. Gela pas mentionnée la découverte d'une écuelle
tient pour une grande part à la nature même des intacte ; seul est décrit le vase phocéen « fendu
tombes chasséennes, difficilement repérables. en divers endroits » (Costecalde, 1914). On
Deux types de sépultures sont actuellement peut émettre des doutes sur les origines exactes
représentés sur les Grands Causses, où des de l'écuelle chasséenne, et se demander si des
inhumations ont été réalisées en grottes ou mélanges ne se sont pas produits dans le
dans des coffres constitués par quatre dalles classement des anciennes collections du Musée
enfouies dans le sol. de Mende. Nous verrons par ailleurs, au sujet
des poignards en cuivre, une autre pièce La stratigraphie de Sargel a livré une
inhumation dans le Ghasséen récent. La litigieuse de ce même musée.
La seconde pièce céramique découverte parure, accompagnant les restes humains,
dans un « dolmen » lozérien est le cordon comprenait une cérithe, une dent de suidé
multiforé du Sec, signalé par Riquet (1956) perforée, et une énigmatique rondelle circulaire NÉOLITHIQUE ET GHALGOLITHIOUE DES GRANDS GAUSSES 129
sans aucune référence, et qui doit probablement sont les mieux représentées. Une évolution est
se trouver dans la collection Prunières. Ce décelable à Sargel, où les retouches, semi-
grand fouilleur lozérien, signala au siècle abruptes dans les niveaux inférieurs (fig. 20 c,
dernier dans la région du Sec, sur le causse de nos 4_g^ deviennent couvrantes sur une face
Sauveterre, « ... des tombelles de dimensions à la phase classique (fig. 27 c, n° 5). La grotte
très exiguës ... limitées par quatre pierres de Limonesque, Le Gaylar (Hérault), a donné
plantées qui forment la caisse ... ». Ces tombes une flèche tranchante étirée de type « lagozzien »
ne contenaient en général qu'un individu, en (Guilaine et Roudil, 1976). Un exemplaire,
position contractée. Parmi le matériel décrit provenant de Sargel, a conservé des traces
figurent en particulier « ... des vases, général d'une substance indéterminée, destinée à
ement petits, fonds arrondis et plus épais que assurer la fixation sur la hampe (fig. 22 d,
le reste du vase, le plus souvent l'anse est un no 11).
mamelon placé près du fond et percé d'un trou Les flèches perçantes apparaissent dans le
à la base ... » (Prunières, 1875). Cette descrip Ghasséen récent de Sargel. La forme foliacée
tion assez précise de l'architecture et du peut être à face plane ou bifaciale (fig. 27 b,
matériel démontre bien qu'il ne s'agit pas de nos 10-12). Un unique exemplaire de forme
dolmens mais de tombes en ciste, analogues à losangique est connu à la grotte du Glaux,
celles observées en Roussillon et Catalogne. Gorniès (Hérault). Quelques flèches pédoncu-
A ce type de sépulture peut être rattachée lées en silex blond, courtes et larges, ont été
une autre tombe, signalée au début de ce siècle rencontrées à la grotte 5 de Sargel (fig. 48 a,
sur le causse de Gampestre : « ... dolmen sans nos 8-10) et sur la station de Maluserne
dalle de recouvrement, enfoui dans la terre, au (fig. 27 b, n° 13).
col de la Barrière, Campestre et Luc (Gard) ... De beaux grattoirs sont aménagés sur bout
pas de trace d'ossements ... trois remarquables de lame (fig. 24 c, n° 6) et sur éclats, types circu
pointes de flèches à tranchant transverse, en laires, unguiformes, doubles-alternes (fig. 22 d,
silex blanc ... » (Mazauric, 1906). Cette sépul n«s 7_9),
ture se rattache étroitement à celle observée à Burins (fig. 22 d, no 10) et perçoirs (fig. 27 b,
l'Arca de Calahons, Catllar (Pyrénées-Orient n° 15) sont chichement représentés par de
ales ; Abélanet, 1970). rares exemplaires. La station de Blayac, a
livré deux perçoirs du type « en tournevis »,
Le matériel lithique. caractéristiques en Provence du faciès lagoz
zien. Les microlithes sont très rares, signalons L'industrie lithique est essentiellement tirée
un trapèze dans le Chasséen classique de Sargel du silex blond. Dans des nucleus, représentés
(fig. 24 d, n° 1) et un segment de cercle sur la sur les stations de Blayac, Saint-Rome-de-
station de Gamprouch, Pégairolles-de-1'Esca- Cernon (Aveyron), et de Maluserne, La Bastide-
lette (Hérault). Pradines sont débitées de minces
Diverses roches dures sont utilisées pour la lamelles, à section triangulaire ou trapézoïdale.
confection de l'outillage poli. Les haches Ces lamelles typiques sont à la base de l'outil
lage des Ghasséens ; retouchées sur les côtés, plates en fibrolithe, caractéristiques de la
phase ancienne à Sargel (fig. 19 a, nos 1-2), elles constituent les éléments de faucille, au
lustré caractéristique (fig. 22 d, nos 1, 3-6). sont représentées à la grotte de Clapade,
Millau (Aveyron), et dans les coffres du Sec, L'obsidienne est représentée par des fragments
de lamelles, sur les stations de Blayac, de Ghanac (Lozère ; Prunières, 1875). Les haches
en roche verte apparaissent dans la phase Maluserne (fig. 27 b, n° 22), et du Serre Pointu,
Fraissinet-de-Fourques (Lozère). La chaille, classique à Sargel (fig. 24 d, n° 13), sur la
station de Maluserne (fig. 27 b, nos 6-7) et à seule roche locale à être débitée, ne figure que
sous la forme de quelques éclats ; les premiers la grotte de Labeil, Lauroux (Hérault). Sur
plusieurs sites se rencontrent de grossières outils taillés dans ce matériau apparaissent à
la phase récente du Ghasséen (fig. 26 b, n° 3). ébauches de haches, partiellement polies,
aménagées sur des galets en roche noire Parmi les armatures, les flèches tranchantes