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L'apport allochtone éolien dans les remplissages karstiques quaternaires du Bas-Vivarais (S.E. France) - article ; n°4 ; vol.24, pg 183-193

De
12 pages
Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1987 - Volume 24 - Numéro 4 - Pages 183-193
Les sédiments conservés à l'entrée des réseaux karstiques du Bas-Vivarais révèlent une pollution éolienne assez constante pendant le Pléistocène moyen et supérieur. L'allochtonie des fractions fines se manifeste par les associations minéralogiques argileuses, le façonnement éolien des grains de quartz et les caractéristiques granulométriques très proches de celles des sédiments loessiques. Ces apports éoliens proviennent vraisemblablement des zones périglaciaires alpines ou centraliennes. Ils sont des marqueurs des phases pléniglaciaires, les phases interglaciaires et de transition se traduisant par une sédimentation autochtone.
The eolian allochtonous sediments in the quaternary karstic fillings of the Bas-Vivarais (S.E. France).
The sediments trapped in the entrance of the karstic networks of the Bas-Vivarais reveal a quite constant eolian pollution during the middle and upper Pleistocene. The clay assemblages, the wind-shaped quartz grains and the grain-size curve of the fine fractions very similar to those of loessic deposits allow us to prove the allochtonous characteristics of the dusts. Their origin could be situated in the periglacial zones of the Alps or the Massif Central. The dust-falls occur during the pleniglacial phases whereas an autochtonous sedimentation indicates the interglacial or transitional phases.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Evelyne Debard
L'apport allochtone éolien dans les remplissages karstiques
quaternaires du Bas-Vivarais (S.E. France)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 24 - Numéro 4 - 1987. pp. 183-193.
Résumé
Les sédiments conservés à l'entrée des réseaux karstiques du Bas-Vivarais révèlent une pollution éolienne assez constante
pendant le Pléistocène moyen et supérieur. L'allochtonie des fractions fines se manifeste par les associations minéralogiques
argileuses, le façonnement éolien des grains de quartz et les caractéristiques granulométriques très proches de celles des
sédiments loessiques. Ces apports éoliens proviennent vraisemblablement des zones périglaciaires alpines ou centraliennes. Ils
sont des marqueurs des phases pléniglaciaires, les phases interglaciaires et de transition se traduisant par une sédimentation
autochtone.
Abstract
The eolian allochtonous sediments in the quaternary karstic fillings of the Bas-Vivarais (S.E. France).
The sediments trapped in the entrance of the karstic networks of the Bas-Vivarais reveal a quite constant eolian pollution during
the middle and upper Pleistocene. The clay assemblages, the wind-shaped quartz grains and the grain-size curve of the fine
fractions very similar to those of loessic deposits allow us to prove the allochtonous characteristics of the dusts. Their origin could
be situated in the periglacial zones of the Alps or the Massif Central. The dust-falls occur during the pleniglacial phases whereas
an autochtonous sedimentation indicates the interglacial or transitional phases.
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Debard Evelyne. L'apport allochtone éolien dans les remplissages karstiques quaternaires du Bas-Vivarais (S.E. France). In:
Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 24 - Numéro 4 - 1987. pp. 183-193.
doi : 10.3406/quate.1987.1848
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1987_num_24_4_1848Bulletin de l'Association française 1987-4, pages 183-193
pour l'étude du Quaternaire
L'APPORT ALLOCHTONE ÉOLIEN
DANS LES REMPLISSAGES KARSTIQUES QUATERNAIRES
DU BAS-VIVARAIS (S.E. France)
par Evelyne DEBARD*
RESUME
Les sédiments conservés à l'entrée des réseaux karstiques du Bas-Vivarais révèlent une pollution éolienne assez constante pendant
le Pleistocene moyen et supérieur. L'allochtonie des fractions fines se manifeste par les associations minéralogiques argileuses, le
façonnement éolien des grains de quartz et les caractéristiques granulométriques très proches de celles des sédiments loessiques. Ces apports
éoliens proviennent vraisemblablement des zones périglaciaires alpines ou centraliennes. Ils sont des marqueurs des phases pléniglaciaires,
les phases interglaciaires et de transition se traduisant par une sédimentation autochtone.
Mots-clés : argiles, exoscopie, granulométrie, éolien, karst externe, pléniglaciaire, Pleistocene, S.E. France.
ABSTRACT
THE EOLIAN ALLOCHTONOUS SEDIMENTS IN THE QUATERNARY KARSTIC FILLINGS OF THE BAS-VIVARAIS (S.E.
FRANCE).
The sediments trapped in the entrance of the karstic networks of the Bas-Vivarais reveal a quite constant eolian pollution during
the middle and upper Pleistocene. The clay assemblages, the wind-shaped quartz grains and the grain-size curve of the fine fractions very
similar to those of loessic deposits allow us to prove the allochtonous characteristics of the dusts. Their origin could be situated in the
periglacial zones of the Alps or the Massif Central. The dust-falls occur during the pleniglacial phases whereas an autochtonous
sedimentation indicates the interglacial or transitional phases.
Key-words : clays, exoscopy, granulometry, eolian, external karst, glacial maximum. Pleistocene, S.E. France.
Dans les remplissages conservés à l'entrée des attribuée à des phénomènes de ruissellement et de
réseaux karstiques (avens, porches d'entrée de grot solifluxion superficiels ou de percolation souterraine
tes, abris sous roche), les fractions fines sont souvent à travers les fissures et les galeries des réseaux
d'une remarquable homogénéité. Dans de nombreux karstiques (Miskovsky, 1974; Laville, 1975; Campy,
cas, elles sont en effet héritées de formations situées 1982). Dans le Bas-Vivarais, l'étude des fractions
dans l'environnement proche de ces remplissages et fines montre qu'elles sont liées essentiellement à des
une grande partie de leurs caractéristiques a donc été apports éoliens (Debard, 1987).
acquise dans d'autres milieux. De plus, elles peuvent
migrer facilement vers le bas des remplissages à
travers les cailloutis qui les constituent, entraînant
l'homogénéisation d'un niveau à l'autre. Enfin, I. L'APPORT ÉOLIEN DANS LES REMPLISSA
l'absence fréquente de processus diagénétiques im GES DU BAS-VIVARAIS
portants empêche toute différenciation post-sédi-
mentaire.
Dans de nombreuses régions du Sud de la France, Sauf cas exceptionnel, les fractions fines comport
la mise en place de la plupart des dépôts fins est ent toujours trois classes granulométriques (sables,
Centre des Sciences de la Terre Université Claude Bernard-Lyon 1,27-43, Boulevard du novembre 69622 Villeurbanne Cedex.
Communication présentée au Congrès de l'INQUA à Ottawa (1987) :
184
Fig. 1. — Localisation des sites étudiés et des formations superficielles des plateaux prélevées pour l'étude des associations argileuses.
1 : sol actuel (Orgnac). 2 : sol actuel (camping de Saint-Marcel) 3 : sol actuel (Templiers 1 et 2). 4 : argile sableuse et sable de formations
résiduelles ou colluviales (RC — Orgnac). 5 : paléosol (Louby) 6 paleosol (Tngnan). 7 : paléosol (La Forestière).
Fig. 1. — Location maps of the studied sites and samples of superficial deposits.
diat ou plus lointain des remplissages. Dans ce but, silts, argiles) mais en proportions variables selon les
les associations minéralogiques des calcaires urgo- sites et les couches. L'analyse de ces trois types de
niens encaissants et d'un certain nombre de formatcomposants apporte un certain nombre d'indices
ions meubles des plateaux et des réseaux karstiques suggérant qu'une partie, voire la totalité des frac
ont été analysées (fig. 2). tions fines est d'origine allochtone.
1.2. Composition des formations situées dans l'env
ironnement des remplissages 1. Indices minéralogiques
1.2.1. Les calcaires urgoniens 1.1. Composition des fractions fines des remplissages
étudiés Les calcaires urgoniens, après décalcification, ne
donnent qu'un très faible résidu (0,2 % du total) qui L'association argileuse la plus fréquemment ren se compose exclusivement de silts et d'argiles. La contrée comprend l'illite dominante (35 à 55 %) et nature de ces dernières permet de distinguer deux la chlorite (20 à 30%), accompagnées par des in faciès : terstratifiés de type chlorite-smectite (10 à 20%) et
— l'un à smectite dominante (30 à 55 %) associée la kaolinite dont la distribution à travers les profils
à l'illite (14 à 28%), la chlorite (17 à 26%) et la reste relativement constante (15 à 20%). Elle a été
kaolinite (15 à 21 %). Ce faciès est largement domireconnue dans les sites du Maras, du Ranc Pointu
nant; n° 2, d'Oullins et dans les couches terminales d'Or-
— l'autre à kaolinite majoritaire (45 à 60%) gnac III et de Saint-Marcel (fig. 1). Dans un premier
accompagnée d'illite (23 à 28%) et de smectite (15 temps, nous pensions retrouver l'origine de cette
à 28 %). Ce faciès n'a été rencontré qu'à certains association minéralogique dans les fractions fines
niveaux de l'aven d'Orgnac III. Dans ce site, la des formations situées dans l'environnement 185
77-11 I- .-.-.• K////XZl-:-v-::7T?x
16 r^r ' . Y/// /////////// //W///////A
Urgonien ORGNAC
72m' P~T
/// /Y////////////A
oullins [T1 :y/////\::\\\WV////////////////////77A Urgonien
I' • ' • ' " Urgonien SAINT-MARCEL
!'•'■'"
Urgonien LE MARAS
• . ' Y ////////// A///////A Sol actuel (argile) Orgnac
Sol actuel (limon + cailloux) r/7/zi.
Camping de St Marcel
Sol actuel (argile + calcaire)
Templiers 2
Sol actuel (argile) Templiers 1 V//////M
argfle sableuse I//////7Z7I
RC Orgnac
sable • 7T//77//71
Paléosol (argile) Louby Y//Y/////////A
Paléosol /Villafranchien Trignan
I- . • . • .Y//X//////////////777À Paléosol/Villafranchien La Forestière
. • . 'V/A//////////A réseau 1
Karst St. Marcel
V .'.'.'. -Y//M.Y///7A G. du lac
[• . 'I Illite l:-:-.'/.1 Chlorite Vermiculite
V//A Kaolinite Smectite Interstratifié
Fig. 2. — Nature des associations argileuses de l'Urgonien, des formations superficielles des plateaux et des sédiments de la grotte de
Saint-Marcel.
fig, 2. — Clay assemblages of the urgonian formation, the superficial plateau deposits and the deposits of the cave of Saint-MarceL
une association à illite (42%), kaolinite (42%) et présence des deux associations argileuses, passant
smectite (16 %). Leur composition est donc proche de l'une à l'autre sur la même paroi rocheuse,
de celle des résidus insolubles des calcaires urgo- montre qu'elles traduisent non pas des variations
niens. Dans les sols du plateau de Saint-Remèze paléogéographiques de la plateforme urgonienne
situé au Nord des gorges de l'Ardèche (échantillons : (Lafarge, 1978) mais plutôt une évolution diagénéti-
que verticale et latérale conduisant au développe Templiers 1, Templiers 2, camping de Saint-Marcel),
les associations argileuses sont également issues des ment secondaire de la kaolinite au sein des calcaires
calcaires. La présence d'interstratifiés vermiculiti- (Levert & Ferry, 1987).
ques dans l'échantillon Templiers 1 traduit simple
1.2.2. Les formations superficielles des plateaux ment une pédogénèse actuelle un peu plus accent
uée. Plusieurs sols actuels ou sub-actuels ont été
Dans la partie méridionale du plateau d'Orgnac, analysés. Dans la région d'Orgnac, ils renferment 186
existent des formations résiduelles et colluviales côté de l'illite, la smectite et la kaolinite, par l'a
(= RC), sableuses ou sablo-argileuses, interprétées bsence ou la rareté de la goethite. Cette composition
indiquerait une origine probable à partir des caillou- comme des résidus de divers faciès crétacés et
tertiaires (Vogt, 1980). Les argiles de ces formations tis wiirmiens développés localement sur le plateau
détritiques très riches en quartz se composent pres- calcaire.
qu'exclusivement d'illite accompagnée d'un peu de Des analyses effectuées sur les dépôts du karst de
kaolinite. la Madeleine (Billaud, 1979) montrent une associa
L'analyse des minéraux argileux de divers paléos tion assez générale à illite, kaolinite, smectite et
ols sur matériels cryoclastiques wûrmiens ou sur interstratifiés illite-smectite en proportions à peu
des terrasses villafranchiennes montre principale près identiques. On retrouve ici les caractères de
l'association la mieux représentée dans les dépôts du ment des associations à illite, kaolinite et smectite,
parfois à vermiculite et interstratifiés vermiculitiques réseau de Saint-Marcel. Toutefois, certains échantil
(Blanc & Chamley, 1975; Labrousse, 1977). lons de la Madeleine (salle du chaos) montrent la
présence de vermiculite. Ils correspondraient au
1.2.3. Les dépôts des réseaux karstiques remaniement de la partie la plus superficielle des
paléosols développés sur le Villafranchien et qui Les sédiments déposés dans le karst de Saint- renferme généralement ce type de minéral (paragraMarcel ont été analysés par J. Blanc & H. Chamley phe 1.2.2 et fig. 2). (1975). Deux associations argileuses existent qui se
différencient par un petit nombre de caractères :
— la première, très répandue, concerne les dé 2. Indices morphoscopiques et exoscopiques
pôts rouges à dominance argilo-limoneuse qui co
Un façonnement éolien a été décelé sur de lmatent la plupart des galeries. Elle se caractérise par
une légère dominance de l'illite (médiocrement nombreux grains de quartz récoltés sur toute la
cristallisée) sur la smectite et les interstratifiés de hauteur des remplissages. Il s'agit de grains ronds
dégradation, la faible abondance de la kaolinite, mats, mais aussi de non usés picotés ou d'émoussés
l'absence de chlorite, la présence généralisée de luisants picotés.
goethite et d'oxydes de fer amorphes. Cette asso Ces grains éolisés, observés au microscope élec
ciation proviendrait de l'érosion des sols rouges tronique à balayage, montrent des croissants ou des
développées sur le Villafranchien de la partie « V » de choc nombreux (pi. 1, ph. 1 à 6). Ces traces,
méridionale du plateau de Saini-Remèze; typiquement éoliennes, apparaissent souvent comme
— la deuxième association, peu répandue, étant les plus anciennes portées par les grains. Par
concerne les dépôts superficiels bruns à brun-rou- la suite, la plupart d'entre eux ont acquis une
geâtre observés dans quelques galeries seulement. morphologie polie qui est un indice de reprise
Elle se caractérise par la présence de la chlorite à aquatique dans un milieu d'énergie plutôt faible.
Planche 1 /Plate 1
(clichés réalisés au centre de microscopie électronique appliquée à la bic'logie et à la géologie de l'Université Claude Bernard-Lyon I).
Photo 1. — Grain rond-mat (Le Maras, couche D). Nombreuses traces de choc d'origine éolienne.
Photo 1. — Rounded-mat grain with many eolian impacts (Le Maras, bed D).
Photo 2. — Détail du grain précédent. Sous la pellicule écailleuse, des traces en coups d'ongle sont encore visibles.
Photo 2. — Close-up of the same. Under the silica scaly pellicle, curved grooves are still visible.
* Photo 3. — Détail de la surface d'un autre grain rond-mat (Le Maras, couche i). Traces en coups d'ongle typiques.
Photo 3. — Close-up of an other rounded-mat grain (Le Maras, bed i). Note the typical curved grooves.
Photo 4. — V de choc (grain non usé picoté; Le Maras, couche D).
Photo 4. — V-shaped depressions (slightly frosted angular grain; Le Maras, bed D).
Photo 5. — Grain rond mat cassé (Orgnac III, couche c). Nombreuses traces de choc éolien (cupules, V de choc) visibles malgré la pellicule
écailleuse.
Photo 5. — Rounded-mat grain with fractures (Orgnac III, bed c). Many eolian impacts (mecanical pits, V-shaped depressions) are still visible
under the silica scaly pellicle.
Photo 6. — Détail d'un grain non usé (Orgnac III, couche dl). Grande cupule de choc.
Photo 6. — Close-up of an angular grain (Orgnac HI, bed dl). Large eolian pit 187
100 lim
\0fim 188
1000 500 200 100
Aire de répartition des Orgnac
courbes des loess européens S1 Marcel non decarbonates
Ranc Point a n°2
Le Ma ras
Fig. 3. — Comparaison des courbes granulométriques des fractions fines des sites étudiés, des loess periglaciaires et des loess péridésertiques.
Fig. 3. — Comparison between the grain-size curves of the studied sites, the periglacial loess and the peridesert loess.
Dans certains cas (Le Maras, Ranc Pointu n° traduisant par des cassures fraîches et des « V » de 2), ce
polissage peut s'être effectué lors de la mise en place choc. La dernière phase de l'histoire des grains est
généralement de type pédologique (pellicule écail- des grains dans les gisements par ruissellement
diffus. Dans d'autres cas (Orgnac III, Saint-Marcel), leuse : pi. 1 , ph. 2, 5), apparaissant lorsque les quartz
il précède un épisode de brassage plus violent se ont été immobilisés dans les couches. 189
3. Indices granulométriques Gigny (Campy, 1982). Le rôle primordial des pouss
ières loessiques dans le comblement du lac des
Les courbes des fractions fines Echets pendant le Riss et le Wûrm est souligné par
S. Ferry & E. Debard (1987). Un enrichissement prélevées dans les remplissages du Bas-Vivarais per
mettent un rapprochement avec celles des séd éolien des sédiments a été également envisagé à
iments loessiques périglaciaires (loess vrais à loess certains niveaux du remplissage de la Caune de
l'Arago (Chevallier- Renaud, 1985; Demouy-Had- sableux, voire sables loessiques).
jouis, 1985). La granulométrie des loess se caractérise par des
courbes cumulatives en forme de sigmoïde bien Plusieurs hypothèses quant à l'origine des sédi
redressées dont la médiane et le mode se situent ments loessiques du Bas-Vivarais peuvent être envi
autour de 50 u,m et aussi par une fraction peu sagées.
importante d'éléments au-dessus de 50 et surtout
100 urn (Lautridou, 1969). Sur la figure 3, ont été
1. Origine saharienne portées l'aire d'existence des courbes granulométri
ques des principaux loess périglaciaires européens
Depuis quelques années, des recherches sur la non decarbonates (Fuchtbauer & Mûller, 1970) et les
mobilisation actuelle par le vent, l'exportation et la courbes granulométriques d'échantillons bruts carac
chute des poussières désertiques mettent en évidence téristiques des gisements du Bas-Vivarais. On
constate que plusieurs courbes du Maras et de le rôle majeur de cette sédimentation éolienne dans
Saint- Marcel se rapprochent assez bien des courbes l'élaboration des sols, des paléosols et de diverses
des loess typiques, excepté au niveau des particules formations géologiques (Bûcher & Lucas, 1984;
grossières dont l'abondance traduit un enrichiss Coudé-Gaussen, 1982, 1984; Coudé-Gaussen &
Rognon, 1983), en particulier dans la zone méditerement en grains calcaires issus des parois. Les courbes
ranéenne. Ainsi des poussières sahariennes ont été granulométriques des fractions fines prélevées dans
les gisements d'Orgnac III, du Ranc Pointu n° 2 et trouvées dans des sols rouges méditerranéens de
dans certaines couches du Maras s'en écartent plus. Grèce (Macleod, 1980) ou d'Italie (Jackson et alii,
Ces écart s'expliquent par la présence d'éléments 1982), des sédiments piégés dans les lacs corses
allochtones non éoliens ou d'éléments autochtones d'altitude (Robert et alii, 1984). Or le Bas-Vivarais
en grand nombre. Dans le cas du Ranc Pointu n° 2, se trouve dans la partie septentrionale de la zone
il s'agit de grains provenant de la désagrégation de méditerranéenne et des retombées sahariennes y sont
galets cristallins d'origine fluviatile. Dans le cas connues historiquement (Seignolos & Arago, 1846).
d'Orgnac III et du Maras, des courbes rectilignes On sait également qu'au cours des périodes froides
révèlent le mélange de particules calcaires issues du du Quaternaire, les précipitations de poussières
substratum et d'éléments provenant de formations furent plus massives qu'actuellement (Jackson et alii,
détritiques meubles, façonnées antérieurement par le 1973; Yaalon & Ganor, 1973, Coudé-Gaussen &
vent et amenées dans les gisements par les eaux de Rognon, 1983).
ruissellement. Cependant, il semble difficile d'admettre que des
grains supérieurs à 300 \xm (pi. 1, ph. 1,5) aient pu
être transportés depuis le Sahara jusque dans le
Bas-Vivarais. Il convient donc d'envisager une
origine plus proche.
II. ORIGINE DE L'APPORT EOLIEN
2. Origine rhodanienne
Les sédiments éoliens du Bas-Vivarais peuvent L'idée d'un apport éolien dans la fraction fine des
provenir en grande partie des zones périglaciaires sédiments quaternaires a déjà été signalée. P.
rhodaniennes. Pendant les stades glaciaires, la Marcellin la développe dès 1947 lors de l'étude des
moyenne vallée du Rhône était en effet balayée par dépôts et des sols de la Costière languedocienne et
des vents nord-sud (= le Mistral de nos jours) souligne la présence de sédiments loessiques reman
comme ont pu le démontrer les travaux de P. iés dans les réseaux karstiques. M. Pochon (1978)
Mandier (1984). Les zones de déflation corresponadmet qu'une partie importante (> 75 %) des sols du
daient aux anciennes terrasses du fleuve, aux surHaut-Jura suisse est constituée par un matériau
faces granitiques de piémont du Massif Central, aux allochtone d'apport éolien, le reste étant issu du
sandurs actifs. résidu insoluble du substratum. Dans la même
région, un apport éolien a été mis en évidence dans P. Mandier distingue plusieurs types de sédiments
la partie supérieure du remplissage de la Baume de éoliens (fig. 4). Les loess vrais sont bien classés, 190
100
1000
Fig. 4. — Courbes granulométriques des sédiments loessiques de la vallée du Rhône (d'après P. Mandier, 1984).
Loess vrais : 1 (Saint-Valher); 2 (Toulaud); 3 (Saint-Desirat). Loess ruisselés : 4 et 5 (Vion). Limons : 6 (Toulaud); 7 et 8 (La Côte
Saint-André).
Fig. 4. — Grain-size curves of loessic deposits of the Rhône valley (from P. Mandier, 1984).
Loess 1 (Saint-V allier), 2 (Toulaud), 3 (Saint-Désirat) Rainswashed loess 4 et 5 (Vion)) Loams 6 (Toulaud), 7 et 8 (La Côte Saint-André)
pauvres en particules fines et grossières, la majeure tion climatique : les premiers dépôts proviennent du
partie des grains étant répartis entre 20 et 50 um. Les remaniement de formations antérieures puis les
loess ruisselés se caractérisent par un classement un dépôts se chargent de plus en plus en sédiments
peu moins bon, avec une dispersion des grains plus éoliens. La comparaison des courbes granulométri
grande (20 à 100 |im). Les limons correspondent à ques des sites du Bas-Vivarais avec quelques exemp
des apports mixtes, éoliens et de ruissellement, les des formations éoliennes étudiées par P.
synchrones (ex : Toulaud) ou décalés dans le temps Mandier montrent une certaine similitude avec les
(ex : La Côte Saint-André). Dans ce dernier cas, les loess vrais (ex : certaines courbes du Maras et de
limons correspondent à une séquence de Saint-Marcel) mais surtout avec les limons d'apports 191
mixtes. Nous retrouvons là des caractéristiques déjà III. AGE DE L'APPORT ÉOLIEN
soulignées dans un précédent paragraphe (indices
granulométriques).
Les apports éoliens sont des marqueurs des
phases froides. Pendant celles-ci, une turbulence de
3. Origine centralienne l'air et des vitesses de vents élevées ont en effet accru
la teneur en poussières éoliennes sur l'ensemble du
Une dernière origine peut être évoquée : le massif globe (Coudé-Gaussen & Rognon, 1983, Coudé-
du Pilât et les hauts plateaux cristallins du Haut- Gaussen, 1984).
Vivarais. B. Etlicher (1985) y a mis en évidence Les remplissages du Bas-Vivarais illustrent ce
d'importants phénomènes de déflation. Il constate schéma d'ensemble (Debard, 1987). Pendant les en effet un appauvrissement en fractions fines des périodes interglaciaires, enregistrées dans les sites formations situées sur les versants nord-ouest et une d'Orgnac III (interglaciaire Mindel-Riss) et de accumulation de dépôts éoliens sur les versants Saint-Marcel Riss-Wûrm), les frac
rhodaniens. Il est fort possible qu'une partie des tions fines proviennent essentiellement du remanie
particules prélevées aient pu être entraînées dans le ment de paléosols situés sur les plateaux, développés
Bas-Vivarais par les vents dominants du NW. au dépens soit du substratum urgonien, soit de
Ceux-ci semblent être une caractéristique de la formations villafranchiennes : dans le premier cas,
région, du moins à certaines périodes du Quater les associations minéralogiques sont caractérisées
naire : ils sont en particulier responsables de l'ap par la présence de la smectite et d'interstratifiés
port de minéraux volcaniques centraliens dans le partiellement gonflants, dans le deuxième cas, par
gisement d'Orgnac III (Debard, 1987; Debard & celle des interstratifiés vermiculitiques, voire de la
Pastre, 1988). vermiculite. Pendant les périodes de transition carac
térisées par une instabilité climatique, les apports
éoliens restent réduits, les paléosols des plateaux
4. Conclusion continuant à fournir la plus grande partie des
fractions fines. Ce n'est que lorsque les périodes
II est difficile d'identifier précisément les zones glaciaires sont franchement installées qu'il y a
d'abrasion puisque la composition des retombées développement des apports éoliens marqués par la
éoliennes dépend de la nature des zones de mobilisat dominance de l'illite et de la chlorite : ceci s'observe
ion, de la direction et de la compétence des vents bien au niveau des derniers dépôts d'Orgnac III
qui opèrent des mélanges, de la distance parcourue (couches hb à dl) et de Saint-Marcel (couches f à
par les poussières. Il est probable que les sédiments c) et sur l'ensemble du remplissage du Maras.
loessiques du Bas-Vivarais résultent de la conver Si les apports éoliens apparaissent comme les gence d'influences rhodaniennes et centraliennes. témoins des grandes phases de refroidissement, leur
Quelque soit le contexte, la condition détermi dépôt dans les sites ne coïncide pas forcément avec
nante pour l'exportation des poussières par le vent leur arrivée dans le Bas-Vivarais. En effet, l'étude
et leur accumulation est « l'aridité régnant dans les exoscopique montre que la phase d'éolisation des
zones-sources et une certaine humidité dans les grains de quartz est souvent suivie par une phase de
zones de dépôt » (Coudé-Gaussen, 1984). De ce polissage ou de brassage en milieu aquatique
point de vue, les avens, les porches d'entrée de grotte précédant leur mise en place dans les remplissages
et les abris sous roche représentent des milieux karstiques. De même, l'étude granulométrique mont
favorables au piégeage des particules transportées re que la plupart des fractions fines correspond aux
par le vent. L'abri du Maras en est un exemple limons de dynamique mixte, éolienne et de ruissel
démonstratif : les sédiments qui s'y trouvent tradui lement, défini par P. Mandier (1984). Il y a probable
sent souvent une certaine humidité liée à des fac ment un décalage entre la chute des particules
teurs locaux alors que l'abondance des éléments éolisées et leur immobilisation dans les sites étudiés
d'origine éolienne indique plutôt un climat général mais il est difficile d'apprécier la durée que repré
sec. Cette dualité entre zones-sources et zones de sente ce décalage (une saison, une année, plusieurs
dépôts est susceptible d'expliquer un certain nombre années ?).
de distorsions entre sédiments-climat, sédiments-
faune, sédiments-pollens.
IV. CONCLUSION
Dans le Bas-Vivarais, de nombreuses preuves
montrent que les fractions fines des sédiments piégés