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UNIVERSITÉ FRANÇOIS - RABELAIS
DE TOURS

ÉCOLE DOCTORALE SHS

THÈSE présentée par :
Anne BOSSÉ


soutenue publiquement le 09 juillet 2010

pour obtenir le grade de : Docteur de l’université François - Rabelais
Discipline : Géographie





L’expérience spatiale de la visite.
Engagement dans l’action, épreuve collective et transformations urbaines


Thèse co-élaborée à l’UMR CITERES (université de Tours – équipe IPA-PE)
et au Laua (Ensa Nantes –MCC)




THÈSE dirigée par :
Mr LUSSAULT Michel Professeur à l’université de Lyon (École Normale Supérieure de
Lyon)
Et co-dirigée par
Mr DEVISME Laurent Maître-Assistant en Aménagement de l’espace et Urbanisme à
l’ENSA Nantes

RAPPORTEURS :
Mr BORDREUIL Jean-Samuel Directeur de recherche CNRS (université de Provence)
Mme YOUNES Chris Professeur des écoles d’architecture (ENSA Paris La Villette)


JURY :
Mr LE GUIRRIEC Patrick Professeur à l’université François – Rabelais de Tours
Mr THIBAUD Jean-Paul Directeur de recherche CNRS (ENSA Grenoble)

2 L’Université de Tours n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions
émises dans cette thèse. Ces opinions doivent être considérées comme propres à l’auteur.
3 4 Remerciements
Merci astronomique à Ludovic.
Merci scientifique à Laurent Devisme.
Merci géographique à Michel Lussault.
Merci syntaxique à Marie-Laure Guennoc.
Merci critique à Élise Roy, Marc Dumont, Elisabeth Pasquier, Emmanuelle Chérel.
Merci logistique au Laua, Guillaume Ertaud, Marine Grellet, et à l’Université de Tours.
Mercis empiriques à Emmanuel Lambert, Pierrick Beillevaire, Gaëlle Delhumeau, Philippe
Hamont, Arnaud Renou, Xavier Fouquet, à Pierre-Jacques et Marianne, aux visiteurs.
Merci éclectique à ma mère.
Mercis gastronomiques à Gérard et Catherine.
Mercis sympathiques à Solen, Maëlle, Tanguy, Matthieu, Clément.
5 6 Sommaire
Remerciements............................................................................................................. 5
Sommaire ..................................................................................................................... 7

Introduction.................................................................................................................. 9

PREMIÈRE PARTIE : Exploration argumentée d’un objet de recherche................. 15
Chapitre I. Coups de sonde et tours d’horizon..................................................... 16
1. S’ouvrir l’horizon........................................................................................... 16
2. Coups de sonde dans le XIX siècle................................................................ 50

Chapitre II. Resserrer l’investigation - s’inscrire dans le champ des études
urbaines 83
1. Le visiteur comme figure conceptuelle de l’analyse des espaces urbains ..... 83
2. Construire un outillage théorique adéquat ..................................................... 92
3. Méthodologie ............................................................................................... 108

DEUXIÈME PARTIE : Microspatiologie de la visite ............................................. 128

Chapitre III. Épreuve spatiale et engagement du visiteur : connaître à l’œil nu... 129
1. Forces et faiblesses de l’œil ......................................................................... 131
2. Juger à l’œil nu (le coup de cœur spatial) .................................................... 136
3. Interpréter : entre visible et invisible ........................................................... 143
4. La visite dispositif........................................................................................ 149
5. À l’épreuve du visiteur................................................................................. 156
6. Agir sur la perception : la figure de l’agent immobilier............................... 164
7. Juger en actes et sur pièces........................................................................... 171
8. Inspecter : performer.................................................................................... 183
9. Conclusion : Voir, un accomplissement pratique ........................................ 189

Chapitre IV. Structure et dynamiques de l’expérience : éprouver en commun .... 192
1. Préambule : Nicolas et la dalle, la visite une « aventure de franchissement »
192
2. Introduction et présentation des deux terrains d’études............................... 198
3. Texture et caractéristiques de l’expérience.................................................. 212
4. Structure interactionnelle de l’expérience.................................................... 245
5. La visite comme activité collective de réception ......................................... 287
6. Conclusion : le public des visiteurs.............................................................. 313

Chapitre V. L’urbain visité .................................................................................. 318
1. Les horizons du visiteur ............................................................................... 319
2. L’ordre du visitable...................................................................................... 328
3. Conclusion : Le Visitscape........................................................................... 360

Conclusion générale................................................................................................. 366
Bibliographie............................................................................................................ 375
Table des schémas, diptyques, photographies, planches visuelles, encarts, figures,390
7
8 Introduction
L’urbain est sillonné de visiteurs. Ils en sont l’un des apports économiques et l’une des
raisons principale de ses aménagements ou embellissements. Pour eux on protège, par eux on
espère protéger. Les visiteurs s’imposent et imposent la visite dans le paysage urbain. Pas un
lieu ne semble pouvoir se dérober à la visite, pas une manifestation qui ne pourrait s’en
passer. Pourtant, alors que les mobilités sont de plus en plus importantes et leurs raisons et
formes variées, que les processus migratoires se diversifient et se complexifient, la visite
n’est pas considérée comme une activité à part entière, ni investiguée en tant que telle. Elle
est souvent mal jugée, ne servant que l’analyse d’un sujet ou d’une thématique plus vaste.
Paradoxalement, la visite est ainsi peu renseignée dans la géographie, l’anthropologie ou la
sociologie urbaine alors qu’elle est actuellement une dynamique essentielle de
transformations des espaces urbains. Qu’est-ce qui pousse ces visiteurs à la découverte
d’espaces ? Qu’en attendent-ils ? Qu’en apprennent-ils ? La visite nous parle d’espaces clos,
d’espaces nouvellement accessibles ou aux accès différemment négociés. La visite nous
parle des frontières et des tensions entre visible et invisible. Visant à participer d’une science
de l’espace des sociétés (Lévy, Lussault), nous nous sommes saisis de cette absence de
questionnement global sur la visite comme d’une véritable opportunité de réflexion et
d’enquête, afin de construire une approche géographique de la visite et du visiteur.
L’hypothèse centrale qui est ici la source et le fil de l’interrogation est que visiter devient un
registre de plus en plus courant de la spatialité (ensemble des actions spatiales) des individus
et qu’être en visite pèse plus lourdement dans le rapport des individus entre eux et dans leur
rapport à l’espace. Deux ambitions sont alors apparues essentielles au fil de la
9 problématisation de ce travail : d’une part connaître, comprendre, avancer dans une
théorisation de la visite et du visiteur ; d’autre part se servir de cet angle d’investigation
« neuf » comme moyen de confrontation théorique et comme analyseur des évolutions des
espaces urbains, des enjeux (d’usages, formels) qui les traversent. Si l’introduction peut être
1le moment de « se laver les mains » comme le reprend Isaac Joseph à la suite de Goffman,
ce n’est pas tant pour se dédouaner que parce que le travail tel qu’il a été mené,
correspondant à des choix de son auteur, doit être explicité au lecteur afin qu’il comprenne et
juge au mieux du projet.
Un parti pris exploratoire
La visite et le visiteur sont au centre de bien des histoires : le 17 avril 2009 une femme a été
retrouvée morte au bout d’un an – sans recevoir de visite donc - dans son logement HLM.
Une nouvelle arnaque dite « à la nigériane » (sic) se développe sur le marché de l’immobilier
parisien : se faire envoyer la caution sans faire visiter. À San Francisco, le 26 décembre
2007, un visiteur du zoo est tué par un tigre qui s’est échappé de son enclos. Paris et Lyon se
visitent en 2CV décapotable avec des chauffeurs très « français ». En mars 2009, une
association de familles de travailleurs à Hartford organise une visite guidée du quartier où
résident quelques dirigeants de l’assureur américain AIG. Le 9 mai 2009, 80 visiteurs restent
coincés dans l’attraction le « gyrotour », une nacelle rotative en haut d’une tour de 45
2mètres . Ces exemples visent à faire valoir l’importance du caractère exploratoire de notre
proposition. S’attacher au visiteur et à la visite c’est accepter ce préalable nécessaire qui
consiste à collecter, compiler les exemples et les cas, à décloisonner plutôt qu’enfermer.
C’est pas à pas que les éléments ont été assemblés afin de fournir un programme de
recherche plus précis et mieux défini. Une grande partie du travail a ainsi été d’en construire
et d’en déterminer les enjeux à partir de ce constat préalable d’une « actualité d’un
phénomène » dont il faudra faire la preuve. La mise au point de l’objet de recherche comme
du mouvement du texte sont donc ici particulièrement imbriqués. En forme d’avertissement,
on signale alors que la lecture en est peut-être exigeante au sens où elle requiert du lecteur ce
suivi patient : la clarification tant de notre manière d’aborder ce sujet que de là où se situe sa
pertinence principale ne se faisant qu’au long de ce parcours.
Le programme microsociologique
L’entrée théorique et problématique de cette recherche est résolument celle de la visite
considérée comme une activité spécifique, réfléchie et posée comme une expérience spatiale
3particulière. Un numéro récent de la revue Urbanisme au dossier intitulé « Petits riens
4urbains », appelle à une anthropologie de l’ordinaire urbain . Ola Soderström, dans son texte

1 Joseph, 2007, p. 88
2 Les références dans l’ordre : Le Monde, 28 novembre 2007, Libération, 2 mars 2010,
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/un-visiteur-du-zoo-de-san-francisco-tue-par-un-tigre_468871.html,
http://www.4roues-sous-1parapluie.com/, Libération, 23 mars 2009, http://www.rtl.fr/fiche/4786085/futuroscope-
80-visiteurs-coinces-a-30-metres-de-hauteur.html
3 Urbanisme, n°370, Janvier Février 2010.
4 Principalement l’édito de Thierry Paquot.
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