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La mort par les mathématiques

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LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES par Miles Mathis par Mike Egan L’état de la connaissance est maintenant semblable à Scylla de l’ancienne fable, qui avait la tête et le visage d’une vierge mais un ventre fait de monstres hurlants, desquels elle ne pouvait être délivrée. — Francis Bacon Les scientifiques actuels ont substitué les mathématiques aux expériences, ils errent d’équation en équation et finissent par bâtir une structure qui n’a aucune relation avec la réalité. — Nikola Tesla LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES M. Mathis Au vingtième siècle, la physique a subi une transformation. Personne n’irait nier cela. Mais habituellement, la transformation est créditée à la Relativité et à la Mécanique Quantique. Et habituellement, la transformation est vue comme une grande avancée. Dans cet article, je soutiens le contraire. La transformation fut plutôt dûe à une transformation dans les mathématiques, et cette s’est révélée presque totalement nocive. e Cette transformation dûe aux mathématiques commença au 19 siècle, mais elle e e n’engloutit pas la physique avant le 20 . Au 19 siècle, la scène était plantée : nous avions plusieurs domaines abstraits qui atteignirent la « maturité », y compris une math basée sur des variables et des principes d’action, une math basée sur de l’espace courbe, une math basée sur des matrices, une math basée sur des tenseurs, une math basée sur i et une math basée sur des infinis.
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LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES
par Miles Mathis
par Mike Egan
L’état de la connaissance est maintenant semblable à Scylla de l’ancienne fable,
qui avait la tête et le visage d’une vierge mais un ventre fait de monstres hurlants,
desquels elle ne pouvait être délivrée. — Francis Bacon
Les scientifiques actuels ont substitué les mathématiques aux expériences, ils
errent d’équation en équation et finissent par bâtir une structure qui n’a aucune
relation avec la réalité. — Nikola TeslaLA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES M. Mathis
Au vingtième siècle, la physique a subi une transformation. Personne n’irait nier
cela. Mais habituellement, la transformation est créditée à la Relativité et à la
Mécanique Quantique. Et habituellement, la transformation est vue comme une
grande avancée. Dans cet article, je soutiens le contraire. La transformation fut
plutôt dûe à une transformation dans les mathématiques, et cette
s’est révélée presque totalement nocive.
e
Cette transformation dûe aux mathématiques commença au 19 siècle, mais elle
e e
n’engloutit pas la physique avant le 20 . Au 19 siècle, la scène était plantée : nous
avions plusieurs domaines abstraits qui atteignirent la « maturité »,
y compris une math basée sur des variables et des principes d’action, une math
basée sur de l’espace courbe, une math basée sur des matrices, une math basée
sur des tenseurs, une math basée sur i et une math basée sur des infinis.
e
Comme je l’ai montré, les mathématiques du 19 siècle héritèrent de nombreux
problèmes irrésolus venant du passé, y compris des problèmes provenant d’Euclide
et de Newton. Elles ne firent aucun progrès dans la résolution de ces problèmes
parce qu’elles ne les voyaient pas comme des problèmes. Les maths avaient déjà
abandonné les questions fondamentales, qui étaient perçues comme de la « méta-
physique » et, à la place, elles préférèrent créer encore plus de systèmes abstraits.
Plus le système mathématique devenait abstrait et plus il était à même d’éviter les
questions fondamentales.
L’exemple le plus clair de ceci est le domaine des mathématiques appliquées ba-
sées sur les variables d’action. Depuis cent ans, nous avons eu droit à un chœur de
plus en plus bruyant de louanges concernant les variables d’action et qui culmina
avec la propagande de Feynman. Mais les variables d’action sont juste une abstrac-
tion des variables newtoniennes. Par abstraction, je veux dire qu’elles n’ajoutent
pas de clarté ; elles dissimulent le manque de clarté. Les variables newtoniennes
ne furent jamais définies très rigoureusement, mais les d’action sont très
efficaces pour masquer les variables newtoniennes. Les variables ne rem-
placent pas les variables newtoniennes, comme semblent le penser certains. Les
variables d’action contiennent les variables newtoniennes. Les variables d’action
reformulent les variables newtoniennes en ce qui est considéré comme étant une
forme plus efficace. Mais les variables d’action sont totalement dépendantes des
variables newtoniennes. Si l’on découvrait que les variables newtoniennes sont
fausses, les variables d’actions le seraient aussi, par définition. Le concept d’ac-
tion fut développé directement à partir de la mécanique newtonienne, et l’action
suppose la validité absolue de la mécanique newtonienne. L’action ne transcende
Newton d’aucune manière concevable, elle comprime juste sa méthode. Exacte-
ment comme la vitesse est une compression de la distance et du temps, le Lagran-
gien est une compression d’énergie cinétique et potentielle. Chaque compression
est une abstraction mathématique, parce que les variables individuelles ne sont
plus exprimées séparément. Souvent, elles n’apparaissent pas du tout dans les
équations. Elles sont incluses uniquement en tant que parties de variables plus
2LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES
importantes.
Du point de vue de l’ingénierie, c’est une réelle avancée. Aussi longtemps que les
variables plus importantes expriment les changements des variables individuelles
de la bonne manière, des systèmes abstraits comme celui-ci peuvent sauver beau-
coup de temps. Mais d’un point de vue théorique, les mathématiques abstraites
peuvent présenter un grand danger. Du fait que les variables individuelles ne
se trouvent plus dans les équations, il devient bien plus difficile de s’apercevoir
de quoi que ce soit lorsqu’elles sont mal utilisées. Les mathématiques abstraites
doivent assumer que toutes ses suppositions originelles s’appliquent dans chaque
nouvelle application, et dans de nombreuses applications cela n’est pas le cas. Si
le temps et la distance ne se comportent pas de manière normale, alors les équa-
tions ne permettent pas la moindre correction pour tenir compte de ce fait, car
elles n’ont aucun moyen de l’exprimer. Les équations reposent sur les définitions
et les assignations originelles, et les mathématiciens et physiciens modernes ne
prennent généralement pas la peine de vérifier que toutes ces définitions et as-
signations sont toujours valides pour chaque nouvelle application. Ils ne le font
pas pour deux raisons. D’une part, souvent ils ne savent pas ce qu’étaient les dé-
finitions et assignations originelles. Les systèmes mathématiques sont enseignés
en tant que systèmes abstraits où les fondations sont considérées comme mou-
vantes. Dans le cas du Lagrangien, par exemple, on nous dit que les variables
sont des coordonnées générales que nous pouvons appliquer à pratiquement n’im-
porte quoi. Eh bien, c’est vrai dans certaines limites uniquement, et les limites
ont été ignorées. D’autre part, les assignations de variables et les définitions sont
considérées comme métaphysiques, et dès lors indignes des mathématiciens et des
scientifiques. Les scientifiques modernes ne veulent pas être importunés par des
demandes sur des questions fondamentales car les maths, ce sont uniquement les
équations elles-mêmes. Si vous avez maîtrisé les manipulations, vous avez maîtrisé
les maths, selon eux.
Pour être tout-à-fait clair, je ne m’oppose pas aux variables d’action. Ce à quoi
je m’oppose, c’est à leur mauvais usage. Elles sont mal utilisées quand elles sont
appliquées à des systèmes qui ne correspondent pas aux assignations de temps et
de distance pour lesquelles ces systèmes furent créés. Je m’oppose également à la
prétendue supériorité des variables d’action. Elles sont très efficaces dans certains
usages, mais du fait qu’elles sont abstraites, elles sont sujettes à une mauvaise
utilisation. En ce sens elles sont en réalité inférieures. Elles sont inférieures parce
qu’elles sont moins transparentes que les variables newtoniennes. Les variables
newtoniennes ne sont pas non plus toujours transparentes, mais les variables d’ac-
tions sont toujours moins transparentes. Les variables d’action constituent la prin-
cipale dissimulation en physique. Et dans certains cas, cette dissimulation n’est
pas accidentelle. Les variables d’action et les maths entourant l’action ne sont pas
toujours utilisées afin de générer des solutions efficaces dans les situations fami-
lières. Elles sont aujourd’hui souvent utilisées dans le but de cacher des trous dans
la théorie ou dans les maths. Comme beaucoup d’autres systèmes mathématiques,
3LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES M. Mathis
cette dissimulation est de nos jours utilisée afin de masquer des manipulations
voulues.
Ajoutéenfévrier2011:
J’ai finalement éclairci l’idée tout entière de l’action, via le Lagrangien, mon-
trant pourquoi celui-ci échoue en tant que mécanisme. Cliquez ici pour ap-
prendre comment Lagrange a forcé ses maths afin de les faire coïncider avec
la mécanique céleste mais sans inclure le champ de charge.
Le système mathématique suivant à avoir envahi la physique est celui de Gauss
et de Riemann, s’infiltrant par la porte ouverte de la Relativité Générale. Ce fut
réellement la première invasion majeure, et la plus importante. Jusque là, les phy-
siciens se gardaient bien de laisser les mathématiciens définir leurs champs, et plus
spécialement avec leurs nouveaux systèmes abstraits. Le principe d’action n’avait
pas encore pleinement envahi la physique, et il ne le fit pas jusqu’à l’arrivée de la
mécanique quantique. Einstein lui-même se méfiait très fort des maths abstraites,
les évitant expressément jusqu’à 1912. Pour le dire simplement, il ne leur « faisait
pas confiance ». Mais cette année-là, il découvrit Gauss et il fit appel à son ami
Grossman pour l’aider avec les maths. Deux ans plus tard, Einstein était engagé à
Berlin, et là-bas il obtint encore plus d’aide, de la part de Hilbert et de Klein, rien
de moins. Einstein avait fait venir le loup à la porte.
Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un accident ou d’une coïncidence si la première
chose que fit le loup est de prendre possession de toute la maison. Hilbert, après
avoir formé Einstein sur toutes les nouvelles techniques, tenta de le précéder en
publiant la théorie de la Relativité Générale deux semaines avant lui. Il ne réussit
pas ce tour pendable, mais l’Histoire, de façon incroyable, ne lui en a pas tenu
rigueur. Einstein le pardonna rapidement, et maintenant Hilbert est traité comme
ele plus grand mathématicien du 20 siècle. Mais pour moi, cet incident représente
e
parfaitement la voie dans laquelle le 20 siècle allait s’engager. Le département de
mathématique, invité à la consultation, y verra l’occasion de confisquer le spectacle
à son profit, et il l’a confisqué depuis lors. Quelqu’un comme Feynman pouvait lan-
cer des piques au département de mathématiques, mais ce n’était qu’une feinte.
Les grands gourous des mathématiques pouvaient faire semblant de faire face à
une opposition uniquement parce qu’ils avaient déjà envahi le département de
physique. Feynman ne souriait pas d’un air suffisant envers les mathématiques, il
se moquait en réalité des mathématiciens qui n’étaient pas assez malins pour pas-
ser de l’autre côté et devenir fameux, comme lui-même l’avait fait. C’était comme
de dire : « Nous avons maintenant le contrôle sur la physique, la reine des sciences
et la moderne faiseuse de rois, et vous autres, vous préférez argumenter sur des
trivialités comme Fermat. Ces choses ne vous rapporteront jamais un Prix Nobel
ni un voyage à la Maison Blanche ».
4LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES
Le succès d’Einstein avec le calcul tensoriel fit sortir tous les démons actuels du
placard, les invita dans la cuisine et leur donna le contrôle du feu. Il ouvrit la voie
vers la renommée, et le premier arrêt sur cette route consista à enrôler de nou-
velles mathématiques abstraites. C’est la voie suivie jusqu’à aujourd’hui, et elle
définit le chemin de traverse de la théorie des cordes, qui planifia la sidération de
toute opposition avec des maths tellement imposantes et abstraites qu’on n’en voit
pas de début ni de fin (ce plan ne fonctionne pas comme prévu). La Mécanique
Quantique fut cependant la première à retenir cette leçon, et Heisenberg fut son
étudiant le plus doué. Heisenberg fut le premier et le meilleur à comprendre com-
ment utiliser les mathématiques afin d’impressionner et intimider l’audience. Il fut
également le premier et le meilleur à comprendre comment utiliser les mathéma-
tiques comme outil de propagande. Une math suffisamment abstraite et complexe
peut être utilisée pour cacher toutes les erreurs, pour divertir tous les efforts, pour
détourner toute critique. Elle peut être utilisée comme une couette extrêmement
lourde et magnifiquement décorée qui cache les punaises se trouvant en dessous.
Ces nouvelles maths abstraites ne devaient pas naître d’une fondation mais d’un
manifeste. Elles n’avaient pas d’axiomes, elles avaient des relations publiques. Elles
ne furent pas vendues avec une explication mais avec une « interprétation », et
cette interprétation devait être acceptée sur le simple principe d’autorité.
La prise de contrôle au vingtième siècle fut très rapide une fois qu’elle se mit en
route. Le mathématicien Minkowski retravailla la Relativité Spéciale avant même
que la rotative ait fini d’imprimer l’article d’Einstein, exprimant le champ dans des
termes complexes et abstraits. Cette révision était complètement inutile mais elle
fut acceptée dès qu’elle fut offerte. Sa nouveauté fut suffisante pour compléter les
ventes, bien que le prix à payer se révéla très élevé. Le problème avec les maths de
Minkowski est le même qu’avec les maths concernant l’action : tout le danger se
trouve dans la perte de variables transparentes. Encore une fois, je n’ai rien contre
des maths complexes pour autant qu’elles soient utilisées avec discrétion et avec
une totale honnêteté. Mais Minkowski échoue misérablement sur ces deux points,
comme je l’ai démontré. La symétrie est une symétrie préfabriquée et la perte de
la variable de temps s’est révélée désastreuse. Les erreurs subtiles dans les maths
d’Einstein furent immédiatement cachées sous des maths abstraites, et ces
abstraites n’étaient en rien plus élégantes que la simple algèbre de l’article originel
d’Einstein. L’article d’Einstein était opaque, mais c’était de la faute d’Einstein, pas
de l’algèbre. Les axiomes tacites de Minkowski n’étaient pas seulement inexprimés
et inutiles, ils étaient faux. La dimension temporelle n’est pas orthogonale aux
trois autres, et il ne s’agit pas d’une subtilité métaphysique. Il s’agit d’un fait phy-
sique et mathématique, facilement prouvé. Einstein lui-même appelait les maths
de Minkowski « érudition superflue ». Il avait raison, mais seulement à moitié. Les
maths de Minkowski étaient certainement superflues, mais il s’agissait de fausse
pédanterie, pas d’érudition. C’était une science fictive.
Même ces inutiles abstractions et obstructions n’étaient pas assez satisfaisantes.
Un niveau supplémentaire fut bientôt ajouté avec le calcul tensoriel, une couette
5LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES M. Mathis
dix fois plus lourde encore que celle de Minkowski. Bien que j’ai déjà montré
que la Relativité Générale peut être exprimée avec des variables newtoniennes,
un champ euclidien et de l’algèbre de collège, les princes de l’époque préférèrent
l’exprimer au moyen d’un champ courbé indéfini et un tas de tenseurs peu ma-
niables. Auparavant, Einstein avait déclaré : « Vous savez, une fois que vous com-
mencez à calculer (avec des mathématiques abstraites), vous vous retrouvez dans
la merde avant même de le savoir ». Mais soudainement, en 1912, il se découvrit
un penchant pour cette merde. Peut-être percevait-il confusément ce que Heisen-
e
berg verra clairement : le 20 siècle devait connaître une histoire d’amour avec la
merde. Ce siècle le prouvera dans tous les domaines : de l’art aux mathématiques,
de la science à la guerre et à la politique, du divertissement au sexe. Rien ne devait
être plus adoré au cours de ce siècle que le spectacle de gens se chiant dessus en
public, du moment que ces personnes parvenaient à vendre le spectacle comme
un évènement transcendantal.
Une fois de plus, on peut faire en sorte qu’un champ et des tenseurs gaussiens, ainsi
que tout ce qui a suivi, fonctionne. Dans certaines situations c’est, en fait, utile.
Je ne prétends pas que ces champs ou ces manipulations sont nécessairement
faux. Ce que j’affirme, c’est que la physique n’a pas forcément besoin d’eux. Le
champ physique n’est pas aussi complexe. Nous avons inventé des maths qui sont
beaucoup plus complexes que ce dont nous avons besoin, et nous nous sommes
perdus dans ce labyrinthe. Le problème avec les maths de la Relativité Générale
est qu’elles masquent les mécanismes impliqués. Elles sont trop abstraites, de plu-
sieurs degrés. Ceci signifie que, bien que Einstein trouva parfois la bonne réponse
avec toutes ses maths, il obtint tout aussi souvent de mauvaises réponses. Les
maths sont si difficiles que pratiquement personne ne peut s’y retrouver et décider
si la réponse est bonne ou si elle est mauvaise. Le fait que l’opacité de ces maths
fait qu’il est impossible de les unifier à d’autres maths est encore pire. Les évè-
nements primordiaux sont si profondément cachés et si pauvrement définis qu’il
n’y a aucun espoir de pouvoir les exprimer avec les outils mathématiques dispo-
nibles ou de les isoler de manière à ce qu’ils puissent être situés dans d’autres
champs. Les manipulations mathématiques deviennent les évènements principaux
et le champ mathématique devient la réalité. Les maths finissent par usurper la
place des mécanismes [voir mon article sur les champs non-euclidiens pour plus
de détails].
Cette opacité est la cause d’un autre problème. Du fait que les variables pri-
maires sont cachées sous de si nombreuses couches abstraites, elles ne peuvent
pas être étudiées lorsque des problèmes surviennent. Des réparations ultérieures
ne peuvent se faire au niveau élémentaire, elles doivent avoir lieu au niveau des
maths finales qui ne font qu’ajouter de la complexité. En Électrodynamique Quan-
tique, ces maths finales sont appelées « renormalisation ». En Relativité Générale,
elles sont appelées autrement, mais dans les deux cas elles conduisent à une sco-
lastique sans fin et à un bricolage interminable et disgracieux. Le résultat est que
l’on fournit à la physique des équations qui sont post-dictives plutôt que prédic-
6LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES
tives. Chaque nouvelle expérience exige un nouveau trucage, et chaque nouveau
trucage est collé par-dessus tous les précédents. Vous en arrivez à ce que nous
avons aujourd’hui : des mathématiques physiques qui sont grevées de tellement
de champs, d’opérateurs, de manipulations et de noms que, comparée à ce fouillis,
même l’exégèse biblique médiévale semble être du gâteau. Et cela conduit à la si-
tuation absurde de physiciens invoquant le rasoir d’Occam et la beauté de la sim-
plicité tout en nous offrant une prolifération absolument ahurissante de champs et
de manipulations. Quand je vois un théoricien des cordes invoquer le rasoir d’Oc-
cam, je ne peux m’empêcher d’avoir a nausée. C’est comme d’entendre Fox News
invoquer l’honnêteté dans un reportage.
GGG
Vint ensuite la Mécanique Quantique. Heisenberg constata le succès d’Einstein
avec les matrices et, illico presto, les matrices apparurent dans la Mécanique Quan-
tique, la rendant encore plus fameuse que la Relativité Générale. Mais cette fois,
nous avions droit à une confluence de nouvelles maths abstraites : le tour d’écrou.
On craignait que les matrices ne suffiraient pas pour épater le monde, et donc les
matrices furent rejointes par l’hamiltonien, l’espace d’Hilbert, les opérateurs her-
mitiens, les valeurs propres, et ainsi de suite. Il ne fut jamais expliqué pourquoi
les quanta ne peuvent pas voyager dans des espaces euclidiens avec des variables
transparentes, exactement comme il ne fut jamais expliqué pourquoi la gravita-
tion exige des tenseurs. Ce ne fut jamais expliqué parce que personne n’avait be-
soin d’explication. Tout le monde était parfaitement satisfait d’avoir de nouvelles
choses à faire. Les nouvelles mathématiques étaient la nouvelle tendance. Elles
apportèrent le lest demandé à la théorie et firent que tout le monde eut l’air intel-
ligent. Comment ne pas adorer tout cela ?
Eh bien, par exemple le fait que tout était basé sur des probabilités, le fait que
les mécanismes étaient contradictoires et insondables, le fait que de nombreux pa-
radoxes furent créés et que les maths exigeaient une renormalisation infinie qui
n’était rien d’autre que du « hocus pocus ». Mais après tout, à part cela, comment
ne pas adorer ces choses ? Si seulement nous pouvions apprendre et accepter le
fait que la nature n’a désormais plus de sens, alors nous nous sentirions parfai-
tement biens. Après tout, les maths sont suffisamment énormes pour expliquer
toute chose. Qu’est-ce que la nature, à côté de mathématiques qui peuvent remplir
des tableaux noirs ? [Pour une critique complète des maths de l’Électrodynamique
Quantique, la théorie de jauge, voir mon article sur l’intéraction faible].
Comme le disait David Politzer, lauréat du Nobel et inventeur de la liberté asymp-
totique : « L’anglais est juste ce que nous utilisons comme remplissage entre les
1équations » . Ce qui peut expliquer pourquoi les équations sont devenues de plus
1.
7
caltech.edu/periodicals/CaltechNews/articles/v38/asymptotic.htmlhttp://pr.LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES M. Mathis
en plus longues et l’anglais de plus en plus vague et fuyant. La théorie doit être dé-
clarée en anglais – nous n’avons pas de théorie – dès lors nous n’avons pas besoin
d’anglais. Des équations feront l’affaire.
Et maintenant que l’Électrodynamique Quantique est « parfaite », nous atteignons
le super tableau noir qu’est la théorie des cordes. Des maths extraordinairement
insondables ayant eu tellement de succès dans l’Électrodynamique Quantique, la
théorie des cordes développa naturellement des maths encore plus extraordinaire-
ment insondables, des maths incluant, de façon exponentielle, encore plus de pa-
radoxes, de contradictions et de trucages ad hoc. Si Quantique
exige une renormalisation infinie, la théorie des cordes exige une renormalisation
transfinie. L’Électrodynamique Quantique ayant ignoré les mécanismes avec tant
de succès, la théorie des cordes les ignore encore plus complètement. L’Électro-
dynamique Quantique devait claironner qu’elle allait ignorer les mécanismes en
raison d’une certaine sorte de principe (nous ne savons pas très bien lequel), mais
la théorie des cordes s’est élevée vers le niveau suivant d’ignorance, qui consiste à
ignorer que les mécanismes existent ou ont jamais existé. Tout comme Méphisto-
phélès, le théoricien des cordes peut invoquer n’importe quelle entité qu’il désire,
juste par une simple conjuration. Il n’a pas besoin d’un axiome, d’une preuve ou
même d’une définition. Tout ce dont il a besoin, c’est d’un besoin. La science est
maintenant définie par des désirs plus que par quoi que ce soit d’autre. « Je désire
un beignet à dix dimensions avec des piquants comme un poisson-boule et une
théorie de jauge de la forme d’un wombat assis dans le coin de la pièce, fumant
un cigare ; dès lors, l’univers et ce modèle informatique doivent me fournir ces
choses. Oh, j’oubliais : tout cela doit exister en dessous de la limite de Planck, sauf
pour le cigare, qui disparaît en présence d’un microscope à balayage ».
Oui, la physique moderne est devenue une néo-scolastique. Elle est l’évitement
des questions réelles dans la recherche d’une méthodologie triviale. Elle est la
mémorisation d’une liste sans fin de noms et de manipulations à la place de mé-
canismes compréhensibles. Elle est l’établissement d’un trou noir de données et
l’improvisation d’une chaîne infinie d’hypothèses toujours plus ridicules à la place
d’un examen de problèmes physiques connus qui sont à portée de main. Elle est
une honteuse soumission à l’autorité et un rejet explicite de toute dissension. Elle
se cache derrière les murs du temple avec un million de prêtres-gardiens appelés
du doux euphémisme d’ « évaluation par les pairs ». Elle est l’acceptation institu-
tionnalisée de la censure et de la création de dogmes. Des Grands Maîtres comme
Feynman lancent « fermez-la et calculez ! », et tout le monde trouve cela amusant.
Personne ne voit cette attitude comme un clair exemple de tyrannie et d’oppres-
sion. Une recherche internet sur « contre Feynman » ou « Feynman avait tort » ou
« désaccord avec Feynman » ne donne rien. Le domaine de la physique est mono-
lithique. Il est complètement contrôlé et unidimensionnel. Toute discussion a été
purgée du modèle standard et tout débat a été marginalisé. Toute opinion non
standard doit évidemment provenir d’un « excentrique », et la mise à l’index est
généralisée. La publication est également contrôlée, dans les universités comme
8LA MORT PAR LES MATHÉMATIQUES
partout ailleurs. Einstein trouvait déjà les publications scientifiques trop contrô-
lées à son goût dans les années 1930 et il refusa de travailler avec la Physical
Review. Que penserait-il aujourd’hui ? Pouvez-vous imaginer ses premiers articles
publiés dans l’atmosphère actuelle ?
Si vous êtes membre d’une université majeure, vous pouvez publier n’importe
quoi ; plus c’est absurde, mieux c’est. Vous pouvez affirmer ce que vous voulez
sans craindre de contradiction ni d’analyse, car ce que désire la science de nos
jours c’est d’être créative, et elle pense (comme dans l’art moderne) que l’absur-
dité est la chose la plus créative qui soit. Le paradoxe représente la plus haute
distinction, la contradiction le signe le plus sûr d’élévation. Les articles contempo-
rains de physiques sont devenus l’équivalent de La lunette Farcie de Dubuffet, une
moquerie voulue de toutes les conventions, un rien du tout vendu comme quelque
chose. On peut s’attendre à ce que bientôt, les physiciens suivent Duchamp et
publient un siège de toilettes comme représentant une « Théorie de Tout ».
Contrairement à ce que l’on nous affirme, la physique contemporaine n’est pas
en plein essor. Elle n’est pas très proche de l’omniscience, elle n’est pas le cou-
ronnement de quoi que ce soit. En réalité, elle est pratiquement morte. Elle a
été endommagée par un nombre incroyable de choses, parmi lesquelles je n’ai
mentionné que quelques-unes. Mais le principal meurtrier a été la mathématique
abstraite. La physique a succombé à une suffocation. Elle est la victime d’une stran-
gulation. Elle se trouve dans un tombeau profond et, empilés sur elle comme de la
terre, nous trouvons des milliers de champs, opérateurs, variables, noms, espaces,
termes, valeurs propres, dimensions, critères, fonctions, coordonnées, conjugués,
bases, cartes bijectives, automorphismes de groupe, champs de jauge abéliens, spi-
neurs de Dirac, diagrammes de Feynman et ainsi de suite, ad nauseum. La seule
façon dont la tombe pourrait être plus profonde et plus sombre serait, en fait, de
permettre à la Déconstruction de décharger son dictionnaire transfini de termes
onanistes par-dessus tout ce tas de fumier.
L’unique voie pour sortir de ce tombeau est de commencer à creuser vers le haut
et de se débarrasser de ces ordures. Le type de mathématiques que demande la
physique, ce sont des mathématiques possédant des définitions rigoureuses et des
variables transparentes, avec aussi peu d’abstraction que possible. Nous n’avons
que faire d’espaces ou de dimensions infinies, parce que nous ne vivons pas dans
un monde d’infinie dimension physique. Nous n’avons aucun besoin d’opérateurs
abstraits, nous avons besoin de représentations directes de mouvements et d’en-
tités. Suivons le conseil de Thoreau : « simplifiez, simplifiez, simplifiez ». C’est le
seul espoir d’obtenir un jour un Champ Unifié et une explication mécanique de
l’univers.
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