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Le complexe Mindelien : II - La moyenne terrasse de l'Avre - article ; n°3 ; vol.11, pg 168-180

De
15 pages
Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1974 - Volume 11 - Numéro 3 - Pages 168-180
La moyenne terrasse d'Amiens-St-Acheul et de la vallée de l'Avre est importante ; d'abord elle constitue le gisement type de l'Acheuléen moyen à Saint-Acheul et ensuite elle nous révèle la complexité climatique du Mindel récent. Comme l'avaient pressenti Commont et Breuil, elle pourra probablement permettre des corrélations avec les moyennes terrasses du Sud-Est de l'Angleterre justement célèbres par le gisement de Swanscombe. Cette moyenne terrasse de la Somme comprend trois éléments superposés : 1) les graviers grossiers périglaciaires transportés par l'Avre et la Somme, contenant à leur partie supérieure un acheuléen moyen où apparait la technique levallois ; 2) des sables fluviatiles riches en pollen, en mollusques et en petits mammifères qui témoignent d'un climat modérément froid avec un réchauffement interstadiaire assez net dans leur partie moyenne. Ces sables fluviatiles sont recouverts de loess et de coulées crayeuses dont la faune, comme la sédimentologie, montre un sensible refroidissement ; 3) un sol d'altération ayant déterminé la formation d'argile chocolat, sol qui a presque toujours été remanié par solifluxion au début du Riss. Nous considérons ce sol comme interglaciaire Mindel-Riss et contemporain des flores et des faunes malacologiques de climat à tendance méditerranéennes ou lusitaniennes de la Celle-sous-Moret et de Saint-Pierre-les-Elbœuf, dans la vallée de la Seine. Cette interprétation nous conduit à dater les dépôts périglaciaires de la moyenne terrasse de la glaciation du Mindel récent (nappe d'Anneyron en Bas-Dauphiné).
The Middle Terrace at Amiens-St-Acheul and Avre valley is important. Firstly it is the type-site of the Middle Acheulean of St-Acheul ; it also shows up some of the climatic complexity of the late Mindel period. As Commont and Breuil suggested, it can probably be correlated with the Middle Terrace of South-East England which contains the famous Swanscombe site. The Middle Terrace of the Somme contains three units, placed in superposition. These are : 1) Coarse periglacial gravels transported by the Avre and the Somme, containing in its upper bed Middle Acheulean industry with some Levallois technique. 2) River sands, rich in pollen, fauna and small mammals, deposited in a moderately cold climate with a noticeable warm period in the middle of the deposit. These river sands are covered with loess and chalk-mud flows, whose fauna and sediment both show a definitely cooler climate. 3) An alteration surface in the form of a soil which is at the origin of the chocolate-brown clay nearly always disturbed by solifluxion in the early Riss. We may consider that this soil was formed at the Mindel-Riss interglacial period and is contemporary with Mediterranean or Lusitanian-type flora and malacological fauna at La-Celle-sous-Moret and Saint-Pierre-lès-Elbeuf in the Seine valley. This interpretation would put the periglacial deposits of the Middle Terrace into the Late Mindel (Anneyron level in Lower Dauphiné).
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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F Bourdier
Jean Chaline
André Valentin Munaut
Jean Jacques Puisségur
Le complexe Mindelien : II - La moyenne terrasse de l'Avre
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 11 - Numéro 3-4 - 1974. pp. 168-180.
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Bourdier F, Chaline Jean, Munaut André Valentin, Puisségur Jean Jacques. Le complexe Mindelien : II - La moyenne terrasse
de l'Avre . In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 11 - Numéro 3-4 - 1974. pp. 168-180.
doi : 10.3406/quate.1974.2127
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1974_num_11_3_2127Résumé
La moyenne terrasse d'Amiens-St-Acheul et de la vallée de l'Avre est importante ; d'abord elle constitue
le gisement type de l'Acheuléen moyen à Saint-Acheul et ensuite elle nous révèle la complexité
climatique du Mindel récent. Comme l'avaient pressenti Commont et Breuil, elle pourra probablement
permettre des corrélations avec les moyennes terrasses du Sud-Est de l'Angleterre justement célèbres
par le gisement de Swanscombe. Cette moyenne terrasse de la Somme comprend trois éléments
superposés : 1) les graviers grossiers périglaciaires transportés par l'Avre et la Somme, contenant à
leur partie supérieure un acheuléen moyen où apparait la technique levallois ; 2) des sables fluviatiles
riches en pollen, en mollusques et en petits mammifères qui témoignent d'un climat modérément froid
avec un réchauffement interstadiaire assez net dans leur partie moyenne. Ces sables fluviatiles sont
recouverts de loess et de coulées crayeuses dont la faune, comme la sédimentologie, montre un
sensible refroidissement ; 3) un sol d'altération ayant déterminé la formation d'argile chocolat, sol qui a
presque toujours été remanié par solifluxion au début du Riss. Nous considérons ce sol comme
interglaciaire Mindel-Riss et contemporain des flores et des faunes malacologiques de climat à
tendance méditerranéennes ou lusitaniennes de la Celle-sous-Moret et de Saint-Pierre-les-Elbœuf,
dans la vallée de la Seine. Cette interprétation nous conduit à dater les dépôts périglaciaires de la
moyenne terrasse de la glaciation du Mindel récent (nappe d'Anneyron en Bas-Dauphiné).
Abstract
The Middle Terrace at Amiens-St-Acheul and Avre valley is important. Firstly it is the type-site of the
Middle Acheulean of St-Acheul ; it also shows up some of the climatic complexity of the late Mindel
period. As Commont and Breuil suggested, it can probably be correlated with the Middle Terrace of
South-East England which contains the famous Swanscombe site. The Middle Terrace of the Somme
contains three units, placed in superposition. These are : 1)Coarse periglacial gravels transported by
the Avre and the Somme, containing in its upper bed Middle Acheulean industry with some Levallois
technique. 2) River sands, rich in pollen, fauna and small mammals, deposited in a moderately cold
climate with a noticeable warm period in the middle of the deposit. These river sands are covered with
loess and chalk-mud flows, whose fauna and sediment both show a definitely cooler climate. 3) An
alteration surface in the form of a soil which is at the origin of the chocolate-brown clay nearly always
disturbed by solifluxion in the early Riss. We may consider that this soil was formed at the Mindel-Riss
interglacial period and is contemporary with Mediterranean or Lusitanian-type flora and malacological
fauna at La-Celle-sous-Moret and Saint-Pierre-lès-Elbeuf in the Seine valley. This interpretation would
put the periglacial deposits of the Middle Terrace into the Late Mindel (Anneyron level in Lower
Dauphiné).168
vert, donnait l'impression d'avoir été la partie moyenne En résumé, la haute terrasse de la Somme, là où elle
est connue, n'a pas été protégée par une couverture d'un très vieux paléosol dont la partie supérieure aurait
limoneuse, comme le fut la très haute terrasse de été enlevée par l'érosion.
Montières-Grâce où la moyenne terrasse de Cagny-la- Ces limons semblent d'altitude trop basse pour Garenne ; souvent décalcifiée dans sa masse et bouleremonter à l'époque où la très haute nappe alluviale versée par les solifluxions, elle est pauvre en faune aux remplissaient les vallées de la Somme et de l'Avre. environs d'Amiens. Par contre elle a livré d'abondantes D'autre part leur altération est trop forte et avec des industries ; mais celles-ci sont, en général, en position teintes trop vives, pour qu'on puisse en faire une stratigraphique incertaine ; de plus, elles sont dispersées altération du Mindel-Riss ; on pourrait donc les ratta
dans les collections ; elles mériteraient une étude typocher au Mindel ancien et leur altération à l'inter-
logique qui tiendrait compte de l'état physique des Mindel ; il serait souhaitable d'en reprendre l'étude
pièces, sur lequel a été jeté naguère un injuste dispédologique. Rappelons qu'un limon panaché de rouge
crédit. Ce que nous savons déjà de ces industries est en et de vert a été signalé par Commont à une altitude un
accord avec l'existence d'un pré-Abbevillien et d'un peu inférieure, rue de Mortillet à Saint-Acheul
Abbevillien remaniés dans la terrasse et d'un Acheuleen (Commont, 1909, p. 11).
ancien à bifaces souvent en amande et parfois à
extrémité tranchante, contemporain de la terrasse elle- *
* * même, c'est-à-dire du Mindel ancien et peut-être de
l'inter-Mindel ; nous retrouverons cet Acheuleen ancien
remanié dans la moyenne terrasse du Mindel récent.
Le complexe Mindelien :
II - La moyenne terrasse de l'Avre

par F. BOURDIER, J. CH ALINE, A.V. MUNAUT et J.J. PUISSEGUR
RESUME
La moyenne terrasse d'Amiens-St-Acheul et de la vallée de FAvre est importante ; d'abord elle constitue le gisement type de
l'Acheuléen moyen à Saint-Acheul et ensuite elle nous révèle la complexité climatique du Mindel récent. Comme l'avaient pressenti
Commont et Breuil, elle pourra probablement permettre des corrélations avec les moyennes terrasses du Sud-Est de l'Angleterre
justement célèbres par le gisement de Swanscombe.
Cette moyenne terrasse de la Somme comprend trois éléments superposés : 1) les graviers grossiers périglaciaires transportés par
l'Avre et la Somme, contenant à leur partie supérieure un acheuleen moyen où apparait la technique levallois ; 2) des sables fluviatiles
riches en pollen, en mollusques et en petits mammifères qui témoignent d'un climat modérément froid avec un réchauffement
interstadiaire assez net dans leur partie moyenne. Ces sables fluviatiles sont recouverts de loess et de coulées crayeuses dont la faune,
comme la sédimentologie, montre un sensible refroidissement ; 3) un sol d'altération ayant déterminé la formation d'argile chocolat,
sol qui a presque toujours été remanié par solifluxion au début du Riss. Nous considérons ce sol comme interglaciaire Mindel-Riss et
contemporain des flores et des faunes malacologiques de climat à tendance méditerranéennes ou lusitaniennes de la Celle-sous-Moret et
de Saint-Pierre-les-Elbœuf, dans la vallée de la Seine. Cette interprétation nous conduit à dater les dépôts périglaciaires de la moyenne
terrasse de la glaciation du Mindel récent (nappe d'Anneyron en Bas-Dauphiné).
ABSTRACT
The Middle Terrace at Amiens-St-Acheul and Avre valley is important. Firstly it is the type-site of the Middle Acheulean of
St-Acheul ; it also shows up some of the climatic complexity of the late Mindel period. As Commont and Breuil suggested, it can
probably be correlated with the Middle Terrace of South-East England which contains the famous Swanscombe site. 169
The Middle Terrace of the Somme contains three units, placed in superposition. These are :
1) Coarse periglacial gravels transported by the Avre and the Somme, containing in its upper bed Middle Acheulean industry
with some Levallois technique.
2) River sands, rich in pollen, fauna and small mammals, deposited in a moderately cold climate with a noticeable warm period
in the middle of the deposit. These river sands are covered with loess and chalk-mud flows, whose fauna and sediment both show a
definitely cooler climate.
3) An alteration surface in the form of a soil which is at the origin of the chocolate-brown clay nearly always disturbed by
solifluxion in the early Riss. We may consider that this soil was formed at the Mindel-Riss interglacial period and is contemporary
with Mediterranean or Lusitanian-type flora and malacological fauna at La-Celle-sous-Moret and Saint-Pierre-lès-Elbeuf in the Seine
valley. This interprétation would put the periglacial deposits of the Middle Terrace into the Late Mindel (Anneyron level in Lower
Dauphiné).
périglaciaire des graviers grossiers, fit remonter les Les interprétations anciennes
graviers au Mindel (Bourdier, 1950 ; 1952). Au contAvec la haute terrasse, la moyenne terrasse raire François Bordes, peut-être influencé par l'école d'Amiens-Saint-Acheul, comme nous l'avons déjà noté, parisienne dite de la chronologie courte, en 1953 constitue le gisement type de FAcheuléen ; on com (page 437) classa les graviers dans le Riss, estimant prend donc qu'elle ait donné lieu à de très nombreux qu'entre ces graviers et le loess rissien, il n'y avait pas travaux qui ont abouti à des datations non concor de dépôts interglaciaires. Cette opinion vient d'être dantes. Victor Commont, dont les fines analyses strati- soutenue à nouveau par Denise de Sonneville-Bordes graphiques à Saint-Acheul restent encore des modèles, (Mme F. Bordes) en 1975 (p. 50). Cependant, en se plaçait les graviers grossiers de cette moyenne terrasse replaçant dans un cadre plus vaste, celui du Nord- dans le Riss (1913, p. 15) ; les sables fluviatiles puis le Ouest du Bassin de Paris, et en utilisant les données loess ancien qui surmontent ces graviers étaient alors classiques de la Celle et de Saint-Pierre lès Elbeuf, datés du Riss-Wiïrm en raison d'une faune de mollus l'un de nous apporta en 1969, des arguments difficques et de mammifères à Elephas antiquus réputée ilement contestables en faveur de sa chronologie "chaude" ; à cette époque prédominait encore l'hypo (F. Bourdier, 1969). Depuis, des récoltes et des déterthèse de Penck faisant du loess une formation minations nouvelles relatives aux flores et aux faunes interglaciaire. dans la vallée de l'Avre nous ont permis de mieux
H. Breuil, influencé par les conceptions de Lamothe préciser la stratigraphie très complexe des formations
et Depéret et associant les graviers aux sables dont la qui séparent les graviers fluviatiles des loess rissiens ; faune malacologique était déclarée "chaude" par A.S. elles feront le principal objet des pages qui vont suivre.
Kennard, plaçait les graviers dans le Mindel-Riss, le La grande coupe classique de la carrière Bultel et loess ancien devenant rissien (Breuil et Koslowski,
Tellier, à Saint-Acheul, si bien étudiées par Commont, 1931, p. 488). L'un de nous, adoptant la notion de montrait encore, en 1950, quelques beaux restes qui ne cycle climato-sédimentaire et considérant le caractère
M/mm/MMWWMà 2
Fig. 1. - Carton 1 : la basse vallée de l'Avre et son confluent avec la Somme. 1. Gravières Bultel et Tellier à Saint-Acheul. 2. Carrière
du cimetière de Cagny. 3. Carrière de la Garenne ; 4. Argilière Mouly. 5. Carrière Benoit (à gauche) et carrière de l'Epinette.
6. Sablière de la Chaîne d'Or. 7. Coupe dans les Unions route de Boves. 8. de Fouencamps. 9 et 10. Carrières de Thennes.
Carton 2 : profil transversal de Thennes à Saint-Acheul ; on remarquera la position anormale de l'Epinette. Carton 3 : A. Carrière du
cimetière de Cagny avec ses extrémités Sud et Nord ; B. Carrière du bois de la Garenne ; dans le bois, près du cimetière, x désigne
l'emplacement approximatif du gisement de mollusques étudié par Kennard ; C. Ancienne coupe disparue montrant deux limons
jaunes rissiens avec paléosols ; D. Loess probablement mindéliens. E. Carrière Benoit. F. Carrière de l'Epinette. 170
^Berteaucourt /'
45
partie
inférieure
remblayée
Fig. 2. - Gravières de Thennes - Plan à gauche : E : basses gravières (coupe Breuil, 1934, fig. 44) ; j'ai relevé là en 1950, dans une
coulée de craie pâteuse à silex (Riss ?) une poche contournée d'argile brun-rouge (Riss-Wurm ?) surmontée de 4 niveaux peu épais, mais
bien distincts, de limon loessoide (Wùrm ?). D : anciennes gravières (de l'époque de Commont ?). A, B, C : gravières exploitées de 1920 à
1960 environ ; relevés de H. Breuil (1934, fig. 8) et les nôtres (1950, 1957, 1959, 1968). Les couches au-dessus des graviers sont encore
visibles.
1. Gravier grossier ferrugineux, croulant en B, et taché de ferromanganèse noir en A. H. Breuil (1934) y signale une dent d'E.
meridionalis supposée remaniée, probablement la dent archaïque figurée par Commont (1913, fig. 7) trouvée en 1907 à la base du
gravier (Commont in lit. Musée de Toulouse). De la base du gravier proviendrait une seconde molaire âyE. meridionalis recueillie par H.
Breuil et déposé à l'Institut de Paléontologie Humaine à Paris. Au Musée de l'Homme, biface abbevillien ou vieil Acheuléen (D. 38.23.
8184) avec patine blanche puis patine jaune, concassage et roulage et 2e patine blanche ; 5 bifaces acheuléens anciens au Muséum de
Toulouse. 2. Sable fluviatile bien lavé. 3 et 3 bis. Sable marneux gris-verdâtre avec des lentilles de sable et graviers fluviatiles ;
concrétions de sel de fer filiformes ou ovoïdes, ces dernières entourées souvent d'auréoles ferrugineuses ; en 3 bis sable limoneux
gris-jaunâtre. Très riche faune de mollusques fluviatiles et terrestres de climat tempéré (Breuil, 1952) et frais (JJ. Puisségur) avec
Pomatias elegans très rare et quelques éléments steppiques ; Microtus sp. et insectivores (J. Chaline). En surface de 3 léger sol
d'altération.
4-7. Dépôt de pente crayeux pouvant présenter à la base une solifluxion composée de graviers descendus d'une haute terrasse
(Breuil 1934) ; la matrice générale est faite de craie pâteuse avec des granules de craie ; à la base bancs de limon crayeux (5) qui
semblent résulter de décantation de craie pâteuse solifluée (os long de Bovidés) ; faune malacologique entièrement terrestre
(Puisségur) avec éléments steppiques. Dans la partie supérieure du dépôt, des couches grises (6) souvent solifluées, ont livré à Breuil
(1952) une faune de mollusque de marais avec Helicopsis crayfordensis de Swanscombe. En 7 couche claire visible en 1950 dans la
zone entre les coupes A et B (début Mindel-Riss ? ). En B et en C les niveaux palustres 6 ont été probablement beaucoup plus épais et
leur décalcification a laissé un résidu sableux gris (8) avec accumulation d'argile brun-noir à la base (Mindel-Riss probable). 9. Limon
fendillé très altéré anté-wurmien. 10. Limon sableux parfois loessoide (Wiirm final ? ) parfois présentant l'aspect d'une colluvion
récente. 11. Terre végétale.
furent pas protégés bien que classée "Monument Histo craie sont bien arrondis, les gros éléments de craie et rique" ; une coupe voisine, dégagée par R. Agache et ceux en silex ont seulement leurs angles émoussés ;
conservée par les soins du Service des Monuments cependant, les silex peuvent avoir très exceptionnel
Historiques, ne présente qu'un intérêt scientifique lement une forme ovoïde en galet, comme nous l'avons
secondaire en raison de ses lacunes. Heureusement constaté et photographié en 1954 ; on pourrait alors
qu'une coupe quasi-identique à la coupe classique de la supposer que le lit mineur de l'Avre s'étant légèrement
carrière Bultel et Tellier peut encore être étudiée à enfoncé dans les dépôts du lit majeur sur plusieurs
2 km en amont de celle-ci, dans la gravière de Cagny- kilomètres, les eaux avaient pris un caractère torrentiel
la-Garenne ; elle doit être complétée par les coupes avec des tourbillons favorables à la difficile ovalisation
des silex. A Fouencamps (extrémité sud de la carrière), voisines de Cagny-cimetière et de Cagny-l'Epinette,
en 1950, nous avons observé, sur une distance de 50m auxquelles s'ajoutent, plus en amont dans la vallée de
environ, le passage latéral brusque entre des graviers l'Avre, les coupes de Boves, de Fouencamps et surtout
empâtés de craie et d'autres bien lavés, noyés dans un de Thennes (fig. 1). Nous allons figurer ces coupes avec
sable meuble siliceux, ce lavage affectant toute l'épaisdes légendes détaillées qui constitueront la partie ana
seur de la coupe. Au voisinage des pentes, les graviers lytique de notre travail afin de passer directement,
s'interstratifient avec des coulées de solifluxion qui ne dans les pages qui vont suivre, à un exposé synthé
tique, en commençant par les niveaux les plus anciens. subsistent souvent qu'en lambeaux discontinus ayant
échappé au lavage de la rivière en crue (La Garenne,
1946, fig. 6, figurés en blanc dans les graviers). Les graviers grossiers périglaciaires
La faune de ces graviers grossiers se limite à quelCes graviers, raison d'être des exploitations, sont
ques dents d'éléphant ; au musée des Antiquités Natioparfois régulièrement stratifiés (La Garenne, photo
nales (collection d'Acy) une d'elles, de Saint- Acheul, graphiés en 1950). En général, si les petits galets de 171
50m
Fig. 3. — Fouencamps : Moyenne terrasse Les solifluxions ont enlevé les paléosols presque partout .4 - Coupe de la partie amont de la
carrière (1950) h = 10 m. passage de graviers empâtés de craie à graviers bien lavés sur quelques dizaines de mètres de distance ; grand
cailloutis dans argile grasse brun rouge (2 à 3 m d'épaisseur). B - Coupe de la partie aval de la carrière d'après un relevé de
1957 et une photo de R. Agache 1958), remplissage d'un chenal périglaciaire vu face à la pente ; coupe (h = 8 à 10 m)
1. Couche claire (loess récent ?). 2. Limon foncé (fendillé R/W ?) ; 3. Limon clair caillouteux (loess du Riss III ?). 4. Limon
gris jaunâtre, plus foncé à la base (loess nssien). 5. Grand cailloutis de base du loess rissien. 6. Cailloutis cf. celui de la coupe A
(paléosol Mindel-Riss soliflué au début du Riss). 7. Dépôts (de pente ?) et limons sableux blanchâtres. 8. Graviers fluviatiles bien
stratifiés et lavés, reposant sur la craie. C - Ferme de la Briqueterie à 1 200 m au S.-W. de l'église de Daours, vallée de la Somme
(9 km à l'E. du centre d'Amiens). Coupe donnée à titre de comparaison d'après mes relevés et des photographies de R. Agache
(1958, voir fig. 4 p. 172) complétés par G. Donez, J.J. Peltier et A. Puche (1973, II p. 196) pour les couches supérieures.
1. Gravier périglaciaire calcaire 2 à 4 m. 2. Bancs de sable fin, blanc et siliceux. 3. Cailloutis de silex empâté d'argile chocolat ;
celle-ci s'est souvent accumulé dans la partie inférieure ; les poches ont probablement une double origine : décalcification du substrat
et solifluxion postérieure. 4. Cailloutis de silex de couleur plus clair résidu d'un fort lessivage de 3 ; Finterglaciaire Mindel récent-Riss
responsable de l'altération des couches 3 et 4 eut manifestement une longue durée. 5. Argile d'altération (loess rissien inférieur ? ) plus
épaisse sur d'autres points de la gravière. 6. Limon loessoïde avec cailloutis surmonté de grosses poupées calcaires figurées en noir
(loess rissien moyen probable). 7. Limon clair (loess rissien supérieur ? ) 8. Equivalent probable du loess wurmien avec petites poches
d'altération et lentilles claires au sommet (cf. Fouencamps 1 et 2).
pourrait appartenir à un Elephas antiquus archaïque et grossiers à stratification horizontale, se distinguaient
une autre (Commont, 1913 b, fig. 6) serait peut-être des sables et graviers nettement fluviatiles, de 1,50 à
proche d'une forme ancienne d 'Elephas trogontherii 2 mètres d'épaisseur, fortement cryoturbé en tourbillon
(d'après l'examen de la figure de Commont par et passant, vers le flanc de la vallée, à des sables bien
Y. Coppens). De Thennes, Commont a signalé une lavés s'interstratifiant avec de petites coulées de craie
molaire d'E. antiquus (in lit. Muséum de Toulouse) et pâteuse (fig. 6, N° 2). D'après Breuil et Kelley (indi
il a figuré une molaire d'E. trogontherii-meridionalis cation verbale), cette couche terminale de l'al
(1913 b, fig. 7) venant de la base des graviers ; dans la luvionnement était le niveau de l'industrie dite de l'ate
même position, H. Breuil a récolté à Thennes une lier de la Garenne ; on a parfois prétendu que l'atelier
molaire, conservée à l'Institut de Paléontologie Hu était en surface des graviers ; bien que la solifluxion ait
maine de Paris, qui aurait été déterminé Elephas meri- pu introduire secondairement de l'industrie de surface
dionalis par R. Vaufrey, détermination à revoir. en profondeur, d'où le lustré de certaines pièces ; l'un
Quoiqu'il en soit, toutes ces dents ont un archaïsme de nous (F.B.) et Roger Agache (1968 ; 1971) ont
marqué qui s'accorde mal avec un âge rissien de la constaté que des pièces étaient en place en profon
moyenne terrasse, affirmé encore en 1975, a moins deur ; D. de Sonneville-Bordes (Mme F. Bordes) sug
gère en 1975 (p. 52) que les rognons de silex utilisés d'admettre, pour ces dents, des remaniements constant
à partir de dépôts beaucoup plus anciens, ce qui est pour l'industrie de l'atelier proviennent de la "grande
presle" (coulée de craie pâteuse N° 5 de la fig. 6) ; quelque peu improbable.
cette hypothèse est à éliminer car, entre le niveau de Les graviers grossiers périglaciaires, sauf vers leur
l'atelier et la grande presle, s'interpose la marne sasommet, ont fourni surtout des industries remaniées :
bleuse gris vert, ainsi que l'on peut encore le vérifier bifaces abbevilliens ou pré-abbevilliens à patines marron
aujourd'hui. puis noire à Saint-Acheul (Musée de l'Homme), vieil
acheuléen et éclats grossiers à Thennes, vieil Acheuléen Les bifaces de l'atelier de Cagny sont souvent plus di
et bel Acheuléen en amande patiné et à usure fluviatile versifiés et plus minces vers la pointe que les bifaces de
n° 1 et 2). à Cagny-la-Garenne (fig. 7, l'Acheuléen ancien (fig. 7) ; à ces bifaces s'ajoutent de
beaux râcloirs et déjà des éclats grands et minces
La fin de l'alluvionnement grossier annonçant les éclats Levallois (Kelley, 1949) ; pour la
plupart, ils furent obtenus à partir de bifaces servant En 1950-1952, à la Garenne, au-dessus des galets 172
nous en donnons 4 de notre collection (fig. 7). Breuil
et Kelley (1956) ont figuré 57 pièces, qui se rapportent
seulement au "protolevalloisien" (terme créé par F.
Bordes en 1950 à la suite des observations de H. Kelley).
La plupart des pièces de l'atelier de Cagny conservées
en collection furent recueillies par le chef de chantier,
Auguste Dejonghe, bon observateur ayant des connais
sances en préhistoire et qui nous a toujours paru d'une
probité totale.
Les graviers fluviatiles grossiers de FAvre et de la
Somme (Saint-Acheul) sont recouverts par un ensemble
de dépôts très complexes : sables et limons à mol
lusques terrestres et fluviatiles, couches loessoîdes et de
solifluxion, sols gris et argile d'altération ou sable roux
qui, à Cagny-Garenne et Cagny-cimetière se situent
sous les loess rissiens. Ces dépôts témoignent d'une
évolution climatique longue et compliquée que nous
commençons à mieux saisir grâce aux faunes et aux
analyses palynologiques, qui en sont malheureusement Illustration non autorisée à la diffusion
qu'à leur début car, dans ces sédiments très pauvres en
pollen, elles demandent beaucoup de temps (voir note
de A.V. Munaut faisant suite). Dans les sables à
mollusques fluviatiles de Cagny-Cimetière, les données
de pollens (secondairement des mollusques et des
petits mammifères) nous ont permis de distinguer
une phase A avec flore froide, une phase B avec flore
tempérée-fraîche et, au sommet, une phase C avec
retour de la flore froide (fig. 1 1) ; ces données polli-
niques expliquent la diversité des faunes de mollusques
remarquablement riches : l'un de nous (J-Ji\) a déter
miné, de la moyenne terrasse, plus de 18 000 mol
lusques, triés à Paris par les deux collaborateurs tech
niques dont bénéficiait alors le laboratoire de géologie
du Quaternaire de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes.
Les phases A, B, C de Cagny-cimetière se déroulent j^<f:-gS^'''
dans un banc de sable limoneux grisâtre, de teinte
rousse ou verdâtre lorsqu'il a été plus ou moins
décalcifié ; mais une pseudo-stratigraphie surimposée,
nous a créé quelques difficultés en ce qui concerne la 4. — Carrière de la ferme de la Briqueterie à Daours. Fig. position des faunes (non des flores échantillonnées sur Cliché R. Agache (1958) montrant l'existence, entre les gra une même verticale). Il s'agit de bandes blanches viers et le loess ancien, d'un grand cailloutis empâté d'argile
calcaires d'aspect marneux contenant parfois des plachocolat et lessivé (teinte claire) à sa partie supérieure. Pour
ques de concrétions très dures. Un examen de la coupe l'interprétation générale de la coupe voir fig. 3C.
lissée à la truelle et surtout l'étude pollinique des
de nucleus ; existent cependant quelques nucleus et concrétions, ont montré que les bandes blanches résul
éclats typiques du Levalloisien. Nous n'avons pas de taient d'une descente d'eau chargée en calcaire après le
monographie de cette industrie, fâcheusement dispersée dépôt des sables et n'avaient que peu ou pas de rapports
dans des collections publiques et privées (coll. Kelley avec la stratigraphie réelle ; ces niveaux furent très
et Vayson de Pradenne au Musée de l'Homme, Bordes favorables à la conservation de la faune.
à l'Université de Bordeaux, collections Fittes (?) et
Aufrère, Collections du Service des Antiquités préhis
La phase froide A toriques de Picardie, de l'Ecole Normale d'Instituteurs
Elle comprend les sous-phases des niveaux polli- d'Amiens etc.) F. Bordes (1961) a figuré 38 pièces (1),
R. Agache (1968, 1971) 5 pièces trouvées en place : niques 10-9 et 8-7 ; la sous-phase 10-9 (fig. 11), tout
en montrant une forte dominance des herbacées, des
(1) Planches 2, 7, 8, 17, 21, 24, 35, 37, 50 à 52, 55, 66 à Betula et des Pinus, montre une très discrète présence
68, 70, 72, 91, 93, 100 ; l'état de surface des pièces n'est pas des thermophiles Quercus, Fagus et Corylus qui indiqué. 173
TRANCHEE DE
BOVES
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carrière
Benoit
11
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4. couches fait jaune terrasse Fig. cimenté d'argile oraux) d' dérubéfaction dans gris-foncé postérieur adoucissement fins 3 dans croulants, 2. (Wurm sommet, Abbeville, m). Loess Cailloutis supposer 5. lités la la Coupe pulvérulent En ? - ce marne 5 d'altération (v. gravière ). à ancien 1/3 (Riss-Wurm En et cf. ferruginisés à bas sa Toutes cailloutis, fig. la coll. 6, sableux haut, une principale partie de ; chernozem, du (phase solifluxion à 1, pourraient aujourd'hui de basse droite, mollusques climat profil descente Courteville). ces lité. à Mindel-Riss teinte supérieure gauche lessivé. et ? froide carrières de (circulation ) L'ensemble : 2) ; (phase peut-être carrières coupe ; l'Epinette, leur à correspondre ; plus générale BASSE en on 1. coupe du 3. Helicella fluviatiles) partie sont Gravier pourrait recouvrement tempéré 5 Couche et foncée de cycle sous à de contenant d'eau le remanie à presque la des 7. NAPPE masquée, abandonnée Cagny-l'Epinette l'entrée forêt, cailloutis de striata périglaciaire petite (probablement Sables dépôts l'attribuer rouge fraîche ; aux ? Cagny) la cf. totalement des plus par sables discrète une de sablière et étaient intense. Thennes). roux quaternaires du 4, matérieux Boves, Chondrula ou ; vers une lentille à puis "cycle cimenté contiendraient loessoides interglaciaire moins avec bien présence coulée 4. de 1935. et loess comblées un tranchée 2. Benoit Sable d'argile climatique INTERMEDIAIRE? la visibles cailloutis tertiaires concrétionnement glissée en vers tridens Marne 9. rissien) NAPPE Chaîne de rissiens pouddingue Graviers de et aujourd'hui. (voir le de solifluxion Mindel-Riss. gris-vert. sur au galets l'Acheuléen grise fond ; mollusques ; de la de et au début d'Or 5. toute fig. de route Cagny" date base parfois fluviatiles sommet grisâtres. de Limon Cagny-la-Garenne. 1, en 2. en la du vallée, était de carton probablement de (4) surface 3. Loess longueur ?). 1961 dit Riss forestiers Cagny verdatre fendillé la Cailloutis petit parfois Ensuite bien 5. périglaciaires d'où marne, de 3). ; rissien (voir ; Sable d'après (1950, dans l'atelier visible de niveau L'ampleur l'altitude (Riss-Wiirm) (plus formation et coloration conforme la fig. empâté du à jaune les 8. tranchée la très H. 1974). en claire à 1, Villafranchien, parties Menus de plongeant faune Breuil granules anormalement carton 1-t- 1952. vif grosses des d'argile l'Epinette d'une aux et (teinte proche 1. ; en solifluxions non graviers de 6. plus et Cailloutis 11. 1, plissements 1950. poupées grande de grasse F. Base sous cimentées mammifères N° exceptionnelle). Limon sableuse du Bordes craie (bonne (hauteur observés 6). le faible du "chocolat" brun-rouge, poche de creuses. marais. de 1. (figuré loess loessoide de craie souvent (renseignements à série la Terre de de de celle-ci, la montrent par craie la récent. solifluxion en et base 10. 3. la au moyenne H. ; 6. végétale. de graviers souvent pâteuse il sableux coupe blanc). Niveau musée Sables Breuil et Sable s'agit donc silex Les un au :
devaient subsister sur quelques points abrités ; dans la indiquer une légère amélioration climatique ; à l'extré
faune malacologique, les espèces terrestres dominent mité nord de la carrière du cimetière (fig. 10, en c et
avec Trichia hispida et Pupïlla muscorum accompagnées en à) Vallonia pulchella apparaît mais dominée par V.
de Vertigo genesii et Columella columella espèces ré ccstata ; cette dominance se retrouve dans une poche
putés "froides" ; Vallonia pulchella, qui deviendra une do sable limoneux qui fut mise au jour en septembre
espèce dominante, manque ; en 10, les espèces aqua 1968, le long de la route de St-Fuscien, lors du
tiques atteignent 22 %. Le même témoignage clima creusement des fondations pour une nouvelle clôture
tique est apporté par la poche de sables de la Garenne du cimetière (fig. 1 carton 3 et fig. 1 1) ; on y remarque
n° 3) où les aquatiques atteignent 66 % avec (fig. 6, 64 exemplaires (2,35 %) d'Hydrobia ventrosa Montagu,
forte dominance des Pisidium (non déterminés) et où qui surprend, car c'est une espèce des eaux légèrement
s'ajoute Pupilla alpicola (espèce réputée froide). salées des estuaires ; cependant, actuellement en
Languedoc, on la trouve parfois en amont, assez loin La seconde sous-phase (couche 8-7) est constituée, à
des estuaires ; il se peut que sa tendance actuelle à Cagny-Cimetière, par un cailloutis de gravier associé à
préférer les estuaires, soit une adaptation postérieure à une argile gris-foncé. Si les arbres thermophiles (Alnus
la moyenne terrasse. Revenons à la gravière du cime- et Corylus) progressent peu, les mollusques semblent 174
_. -— L«M— — — — -
craie en place
42 m craie pâteuse solifluée
Fig. 6. - Cagny-La Garenne - Coupe demi-théorique de la moyenne terrasse synthétisant des relevés et des photographies réalisés de
1948 à 1969.
Carton à gauche : Détail de la partie B de la fig. 1 (plan 3). 1. Position du front de la carrière vers 1947. 2. Front vers 1954, A
à E. puits de sondage de R. Agache, publiés en 1959. F. Emplacement approximatif de l'atelier Bordes et Fitte. G. Diverticule. H à
M. Points de repère reportés sur la coupe principale.
A. Séquence du Mindel récent : 1. Graviers fluviatiles périglaciaires régulièrement stratifiés, parfois volumineux et bien arrondis,
coupés de lits de sable ; Breuil y note des blocs anguleux de craie pâteuse périglaciaire transportés à l'état congelés. 2. Couche
supérieure de la nappe (environ 1,5 m) souvent riche en sable ; vers la pente elle s'interstratifie avec des coulées de craie pâteuse ; vers
l'axe de la vallée elle a présenté jadis des structures tourbillonnaires ; c'est le principal niveau de l'atelier acheuléo-levalloisien.
3. Grande poche de sable fin à mollusques surtout fluviatiles et palustres, de climat froid. 4. Sable marneux gris clair verdâtre ou gris
moyen avec petits lits de silex anguleux, dent d'Elephas trogontheni figurée par L. Aufrère (1956), rares pollens en cours d'étude
(A.V. Munaut) ; des imprégnations secondaires de calcaire auraient parfois favorisé la conservation des mollusques, fluviatiles à la base
et terrestres au sommet d'après Breuil ce serait le tuf à mollusques. 5. Coulée de craie pâteuse descendue du flanc de la vallée ; aurait
glissée sur les sables verts gelés d'où des paquets isolés vus en 1950-52 ; postérieurement à son dépôt, des cryo-injections ont modifié
la morphologie de la coulée. 6 et 6 bis. Limon loessoide jaune franc associé à 5 ; découverte récente par M. Lardy d'un fragment
de mâchoire de grand bovidé (dét. Poplin), de deux dent d'Equus caballus mosbachensis (dét. Prat) et de dents de Microtus gregahs
(dét. Chaline).
B. Séquence du Mindel-Riss : 7. Sables roux compacts, véritable grès tendre à ciment argilo-ferrugineux observé seulement en
1952 et décrit par Commont à Saint-Acheul (sol de base de l'atelier acheuléen), semble résulter de l'altération pédologique de 4
(sables marneux vert). 8. Poches de graviers croulants fortement ferrétisés (circulation d'eau phréatique pendant le Mindel-Riss ? )
9. Cailloutis empâtés dans une argile grasse couleur "chocolat" résultant d'une longue altération de la craie sur la pente et sous forêt,
altération manifestement postérieure à la coulée de craie pâteuse 5 — La formation de l'argile se placerait au Mindel-Riss et son
écoulement à l'extrême début du Riss.
C Séquence des Riss et Riss-Wuxm : 10. Limon sableux brun-clair, avec emprunt probable d'éléments argileux à 9 ; le cailloutis
de base résulte probablement en partie du lessivage de 9 (cf. fig. 3 et 4, Fouencampset Daours). 11. Limon sableux plus clair ; son
cailloutis de base a érodé le paléosol de surface de 10 et contient un assez riche outillage acheuléen recueilli vers 1952 par F. Bordes
et P. Fitte et encore non publié. 12. Loess calcaire typique du Riss III (loess ancien à faciès de loess récent de F. Bordes) ; s'enrichit
en granules de craie vers le flanc de la vallée ; contient quelques pièces d'un très beau Levallois et une faune malacologique très froide.
13. Sol de décalcification de 12 (Riss-WUrm) très conforme au "limon fendillé" de Jules Ladrière.
Séquence des WUrm et Post-Wurm : 14. Loess récent inférieur avec zone noirâtre à la base. 15. Loess récent supérieur, plus
clair que 14 et séparé du précédent par un petit cailloutis discontinu. 16. Séquence du Post-Wurm difficilement accessible et peu
étudiée, avec altération du loess récent (terre à briques de Ladrière) et colluvions avec zones gris-noir (foyers ? ) ; les dépôts
anthropiques atteindraient 2,5 m dans le sondage B d'après R. Agache.
tière, extrémité sud ; là, dans les niveaux 8-7, Vallonia L'apport le plus original est donné par deux minusc
pulchella va dominer sur V. costata, indice probable ules insectivores, Sorex arcticus et S. minutissimus
d'un léger adoucissement du climat. rarissimes à l'état fossile et qui, dans la nature
actuelle, habitent les steppes froides de l'Asie. Cette phase A (couches 10 à 7) est particulièrement
Ils ont été déterminés par Dominique Jammot qui leur intéressante par sa riche faune de micromammifères qui
a consacré une note ci-jointe ; parmi les rongeurs, le comprend des espèces évoquant un milieu plus froid
Dicrostonyx torquatus (le Leming à collier) et que celui où vécurent les mollusques et les arbres. 175
Fig. 7. - Industrie et faune de graviers de Cagny. A) Série remaniée : 1 - Biface à talon épais, à patine verdâtre avec des marbrures jaune
vif et marron ; probablement Abbevillien. 2 - Amande de l'Acheuléen ancien avec concassage et roulage ; patine proche de 1 en un peu
plus atténuée. B) Industrie non patinêe provenant de l'atelier. 3 - Nucleus annonçant les nucleus levallois, avec grand enlèvement d'éclat
en "a" ; les bords, très tranchants, ont pu être utilisés. 4 - Petit biface à extrémité large, mince "et tranchante (enlèvement en
tranchet). 5 - Biface en amande, à extrémité mince légèrement en tranchet. 6 - Grand éclat peu épais et finement retouché en
râcloir. 7 — Dents (P2 et P3 inférieures gauches) d'Equus caballus identique ou très proche de E. caballus mosbachensis dans le limon
N° 6), recueillies par J.M. Lardy ; diagnose de F. Prat. C) Cagny -cimetière : 8 - Racloir loessoide du Mindel récent de la Garenne (fig. 6,
double convergent sur éclat à pointe amincie, en place dans la partie inférieure des sables limoneux recouvrant les graviers. Des pièces d'un
type voisin, avec retouches plates sur la face ventrale, ont été figurée par Commont en même position stratigraphique à Saint-Acheul
(1908, fig. 49 et 55).
YOchotona pusilla (le lièvre siffleur asiatique) sont des Microtus et le M. gregalis, aujourd'hui sibérien, qui
sensés évoquer un climat semblable à celui des micro- se trouve dans les 3 phases A, B, C. B étant tempérée-
insectivores. Un des traits dominants de la microfaune fraiche (fig. 11) ; M. nivalis et M- oeconomus ne sont
de la carrière du cimetière est l'abondance et la que dans les phases A et C, Arvicola cantiana de la
phase A, ainsi que Microtus malei et Pitymys sub- diversité des Microtus ; si cette abondance se retrouve
dans d'autres gisements du même âge, on pourra terraneus des niveaux B et C, sont des espèces de marais
peut-être parler d'une phase bio-stratigraphique "micro ou de terre humide ; ils sont ici dans leur biotope.
tienne" à la fin du Mindel récent. Le plus abondant