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Le corps féminin et ses représentations poétiques dans la latinité tardive, The Female Body and his Representations in Late Latin Poetry

De
613 pages
Sous la direction de Vincent Zarini
Thèse soutenue le 21 juin 2008: Paris 4
La mise en évidence, dans les traditions classique et chrétienne, d’un principe dominant de dysfonctionnement et d’infériorité du corps féminin, aboutit au constat d’une stabilité notable dans les thèmes, les images et les procédés littéraires utilisés dans les poèmes figurant ce dernier, depuis la période classique jusqu’à la latinité tardive. Qu’il s’agisse de la puella, de la sponsa ou de la uirgo, le corps de la femme est le support d’un discours le plus souvent édifiant, où dominent les canons traditionnels de la beauté, associés aux vertus de fides, pietas et pudor. Pour autant, on observe un infléchissement remarquable dans la tonalité d’ensemble du discours poétique tardif sur le corps féminin : du fait, notamment, de la prédominance progressive des textes chrétiens, celui-ci bénéficie peu à peu des implications du mystère de l’Incarnation, jusqu’à devenir, nonobstant le discours de certains Pères, le paradigme de la glorification de la chair, permise par le sacrifice du Christ et chantée, grâce à toutes les ressources d’un art de la profusion, par les poètes.
-Femme
-Corps
-Poésie Latine
-Antiquité tardive
-Christianisme
A striking constancy in the use of themes, images and literary techniques in poems spanning from the Classical to the late Latin periods emerges once a prevailing principle in the Classical and Christian traditions is brought to the fore. According to this principle as revealed by these poems the female body is both dysfunctional and inferior. Whether it be the puella, the sponsa or the uirgo, the female body serves as the medium for an oft edifying discourse dominated by the traditional canons of beauty together with the virtues fides, pietas and pudor. It is nevertheless possible to underscore a notable shift in the tone of the late poetic discourse taken as a whole with respect to the female body : little by little the latter reaps the benefits from the growing influence of Christian texts and, in particular, from the implications of the mystery of Incarnation, to become the paradigm of the glorification of the flesh allowed by the sacrifice of Christ – this, notwithstanding the discourse of certain Fathers – and sung by the poets thanks to the resources afforded by a generous art form.
Source: http://www.theses.fr/2008PA040078/document
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UNIVERSITÉ PARIS IV – SORBONNE
ÉCOLE DOCTORALE I
MONDES ANCIENS ET MEDIEVAUX
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(N° d’enregistrement attribué par la bibliothèque)
T H È S E
pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ PARIS IV
Discipline : ETUDES LATINES
présentée et soutenue publiquement par
Sophie MALICK-PRUNIER
Le 21 juin 2008
LE CORPS FEMININ
ET SES REPRESENTATIONS POETIQUES
DANS LA LATINITE TARDIVE
Directeur de thèse :
Monsieur le Professeur Vincent ZARINI
______
JURY
Madame le Professeur Sylvie LAIGNEAU (Dijon)
Monsieur le Professeur Jean-Louis CHARLET (Aix-Marseille I)
Monsieur le Professeur Etienne WOLFF (Paris X – Nanterre)
Monsieur le Professeur Vincent ZARINI (Paris IV – Sorbonne)
1
2
« Il s’amuse de ces formes indécises
entre le réel et l’imaginair e»
A USONE , Mosella, 239.
A Josiane et Jean-Marie, avec affection,
A Mathilde et Nicolas, sans rancune.
34Au moment où je termine ce travail, je tiens tout particulièrement à
remercier le Professeur Vincent Z ARIN,I dont les encouragement s,
l’érudition et les conseils avisés m’ont été d’une aide précieuse et san s
lesquels cette recherche n’aurait jamais été achevée.
J’y associe tous ceux qui m’ont entourée de leur soutien : Cédric
Prunier, mon époux, pour son affectueuse confiance ; Jean-Mar ie Malick,
Jean-Pierre De Giorgio et Nathalie Cros, pour leur patiente relecture ;
Madame le Professeur Michèle Ducos, pour ses éclaircissements relatifs
au droit romain ; Jean-Claude Larchet, pour ses pistes de recherche en
patristiqu e; Annick Stoehr-Monjou, pour m’avoir guidée dans ma l ecture
de Dracontiu.s Ma reconnaissacne va enfin aux membres du servi ce de
documentation de l’Institut d’Etudes Augustiniennes, pour leur
gentillesse et leur efficacité, sans oublier Natacha Malick, ainsi que France
et Eric Prunier, pour leur indispensable soutien logistique.
56 INTRODUCTIO...........................................................................................N 10 ..
PREMIERE PARTIE ........................................................................ 23 ...............
LE CORPS FEMININ DANS L’ANTIQUITE ou ......................23....................
LA PENSÉE DU DYSFONCTIONNEMENT............................... 23 ..................
1.1. L’héritage classique ..................................................... 25 .............................
1.1.1. Mise en perspective et problématique ...................................... 25 .........
1.1.2. La femme dans le droit romain ................................ 30 .........................
1.1.2.1. Le statut de la femme en droit républicain ....................... 31 .........
1.1.2.2. Le statut juridique de la femme dans le monde romain tardif ...34.
1.1.3. La femme dans le discours médical ............................ 40 ......................
1.1.3.1 Principes généraux d’une « science masculine du corps
féminin » .......................................................................... 40 .........................
1.1.3.2 Médecine et sexualité : les progrès de la notion de continence ..44
1.1.4. Les textes littéraire s 48 ..
1.1.4.1. La poésie épique : Virgile...................................... 48 ......................
1.1.4.2 La poésie élégiaque : Ovide ................................... 59 ...................
1.1.4.3. Le corps féminin dans la poésie satirique : Juvénal et Martia l.69.
1.1.4.4. La correspondance : Pline le Jeune.......................... 83 ...................
1.1.4.5. Les textes historique :s Tacite 88 ................
1.1.4.6. Les textes philosophiques : Sénèque.................................. 90 .........
1.1.4.7. Conclusion ................................................................................ 98 ..
............................................................................................................ 100 ........
1.1.5. Conclusi on .................................................................................... 101 ..
1.2. La tradition chrétienne.................................................... 103 .........................
1.2.1. Le corps féminin dans l’enseignement biblique : ombres et lumières
de l’Ancien au Nouveau Testament .......................................... 106 ...................
1.2.1.1. Les textes fondateurs : la Création et la Chute ..................... 106 ......
1.2.1.2 Les figures féminines de l’Ancien et du Nouveau Testament ..112.
1.2.1.2.1. Les femmes et leur corps, la femme et son corps dans
l’Ancien Testament .......................................................... 112 ...................
1.2.1.2.2. Le Nouveau Testament : les images évangélique et
paulinienne du corps féminin ................................................ 121 ...............
1.2.1.2.3. Allégories, personnifications et typologies féminines dans
l’Ancien et le Nouveau Testament ........................................... 128 ............
1.2.2. La femme et les Pères de l’Eglise ............................... 134 ......................
1.2.2.1. Une tradition antiféministe .................................................. 134 .....
1.2.2.1.1. Les mécanismes d’une exégèse « androcentrique » ......136.....
1.2.2.1.2. Le modèle de subordination : principes de l’infériorité
féminine.............................................................................................. 145 ..
1.2.2.2. La revalorisation de la femme chez les Pères : vers un ordre
nouveau ? .................................................................... 147 ............................
1.2.2.2.1. Le modèle de la transcendance : virginité, continence et
ascèse.................................................................................................. 151 ..
1.2.2.2.2. Le modèle de l’assimilation : l’idéal de la « femme virile »
...................................................................................................... 160 ........
1.2.3. Conclusion ...................................................................................... 166 ..
DEUXIEME PARTIE : PUELLA...................................... 168 ............................
LE CORPS FEMININ DANS LA POESIE........................................... 168 ........
DE LA SENSUALITE......................................................................... 168 ...........
7 2. 1 Le corps féminin dans la réflexion sur l’amour et le temps : la retractatio
du thème élégiaque de la tenera puella ..............................168.............................
2.1.1. Jeunesse et beaut é............................................... 171 .............................
2.1.1.1. : Apulee et le ludisme poétique ..................................... 171 ............
2.1.1.2. Æmilius Magnus Arborius : technicité et pierres précieuses ...177.
2.1.1.3. Ausone et la leçon des roses .................................................... 182 ..
2.1.1.4. Conclusi on.............................................................................. 195 ..
2.1.2. L’Eros frustré des Elégies de Maximianus ...................198..................
2.1.2.1. Un « mystérieux poète» ..............................198.............................
2.1.2.2. Un catalogue de coquettes .................................................. 201 ......
2.1.2.3. Les épisodes amoureux : portraits de femmes .............209...........
2.1.2.3.1 Formosa Lycoris ............................................................... 209 ..
2.1.2.3.2. Aquilina et Candida ........................................................ 214 ..
2.1.2.3.3. L’épisode de la Graia puella .......................226......................
2.1.2.3.4. Conclusion ....................................................................... 232 ..
2.2 La lutte épique entre chasteté et érotisme : le corps féminin dans les
epyllia................................................................................................... 234 ............
2.2.1. Le De raptu Proserpinae de Claudien ............................................ 236 ..
2.2.2. Les epyllia de Dracontius ...................................................... 251 .........
2.2.2.1. Hyla .............................................................s 252 ............................
2.2.2.2. De raptu Helenae .............................................................. 256 .........
2.2.2.3. Medea ............................................................................ 259 ............
2.2.2.4. Orestis tragoedi a...................................................................... 262 ..
2.2.3. La Vénus triomphante du De concubitu Martis et Veneris de
Reposianus ......................................................................... 272 .........................
2.3. Conclusion ............................................................................................. 284 ..
TROISIEME PARTIE : SPONSA................................................... 287 ...............
UNE POESIE DE LA TRANSCENDANCE : ........................287......................
DU MARIAGE TERRESTRE AU MARIAGE SPIRITUEL .............287...........
3. 1 E ve: du corps absent à l’union des corps ........................287......................
3.1.1. La poésie « d’examen de conscience » .......................290.....................
3.1.1.1. La figure d’Eve dans les Carmina de Prudence ............290...........
3.1.1.2. Orens d’Auch et Marius Victor : de la Création à la Chute ....299...
3.1.2. La «nouvelle Eve » du centon de Proba et de l’épopée biblique ...307.
3.1.2.1. Le centon de Proba ........................................................... 308 .........
3.1.2.2. Le De laudibus Dei de Dracontius .......................315.....................
3.1.2.3. Le De spiritis historiae gestis d’Avit de Vienne ............326..........
3.1.3. Conclusion ..................................................................................... 335 ..
3.2. L’épithalam e: au-delà de la beauté ............................337...........................
3.2.1. Un modèle de l’épithalame tardo-antique : Claudien et sa postérité 338
3.2.1.1. L’épithalame d’Honorius et Marie ................................... 338 .........
3.2.1.2. L’épithalame de Palladius et Celerina ..................................... 344 ..
3.2.1.3. L’épithalame en l’honneur de Laurentius et Florida .........348.......
3.2.2. L’épithalame chrétien : Paulin de Nole ....................................... 354 ......
3.2.3. Les survivances profanes 369 .........................
3.2.3.1. Tradition et renouveau dans les épithalames de Sidoine
Apollinaire ............................................................................................. 369 ..
3.2.3.2. La revanche de Vénus ......................................... 376 ...................
3.2.3.2.1. Les épithalames de Dracontius 376 ..
8 3.2.3.2.2. L’épithalame pour Maxime d’Ennode ................382...............
3.2.3.2.3. Luxorius et la réécriture du centon ausonien ............389..........
3.2.3.3. Venance Fortunat ou la sanctification des corps ............. 395 .........
3.2.4. Conclusion...................................................................................... 401 ..
3. 3 Le corps de l’épouse dans les discours funéraires .................403................
3.3.1. Les elogi...................................................................a 403 ......................
3.3.1.1. Les Parentalia d’Ausone ..............................403.............................
3.3.1.2. L’Alcestis Barcinonens.............................is .410............................
3.3.1.3. Les épitaphes de Venance Fortunat ....................................... 418 ..
3.3.2. « Femmes de pierre, femmes de chair » : la figure de l’épouse dans la
poésie épigraphique ................................................................................ 427 .....
QUATRIEME PARTIE : VIRGO. ..................................... 442 ............................
LE TRIOMPHE DU PRINCIPE ET DE LA POETIQUE..................... 442 ........
DE L’INCARNATIO .......................................................................N 442 ............
4.1 Vierge et martyre : l’exemple d’Agnès chez trois poètes de la fin du
IVème siècle ........................................................................................... 444 .........
4.1.1. L’éloge d’Agnès dans les Epigrammata de Damase ............... 444.........
4.1.2. L’hymne à Agnès d’Ambroise.......................................... 456 ...............
4.1.3. Peristephanon Liber 14 : la passio Agnes de Prudence ................. 468 ..
4.1.4. Conclusion...................................................................................... 481 ..
4. 2. L’idéal virginal.............................................................................. 491 ........
4.2.1. Sanctus pudor .................................................................... 493 ...............
4.2.1.1. Le De uirginitate d’Avit de Vienne ...................................... 493 .....
4.2.1.2. Le corps féminin ascétique passé sous silence .................... 502 ......
4.2.2. Le topos de la vierge amoureuse dans la poésie de Venance Fortunat
.............................................................................................................. 511 ........
4.2.2.1. De Bertichilde et Ad uirgines.............................................. 512 .....
4.2.2.2. De uirginitate ........................................................................ 518 .....
4.3. La Vierge Marie................................................................. 527 ...................
4.3.1. La figure de Marie chez les poètes de la génération théodosienne : une
virginité « merveilleuse » ................................................................... 532 .........
4.3.1.1. Un exemple de mariologie ambrosienne : l’hymne 5 .........532.......
4.3.1.2. Le corps virginal de Marie dans la poésie de Prudence .......536......
4.3.1.3. Le cas du De Saluatore de Claudien .....................544....................
4.3.2. Marie, entre Orient et Occident : les métamorphoses de la « dernière »
poésie antique ..................................................................................... 551 .........
4.3.2.1. L’épigramme Virgo parens .................................. 551 ......................
4.3.2.2. La prière à Marie de l’In laudem Iustini Augusti minoris de
Corippe ......................................................................................... 556 ............
4.3.2.3. In laudem Sanctae Mariae, Venance Fortunat..............562.............
4.3.3. Conclusion ...................................................................................... 569 ..
CONCLUSION................................................................................ 571 ...............
BIBLIOGRAPH........................................................................IE 580 ..................
INDEX DES AUTEURS ANTIQU.....................................ES 609 .........................
ET ŒUVRES ANONYMES .............................................................................. 609 .
9INTRODUCTION
L’idée de travailler sur le corps féminin et ses représentation s
poétiques dans la latinité tardive est née de la conjonction de deux
tendances de fond des études historiques et littéraires, mises en lumi ère
depuis la fin des années soixante.
Dans le bouillonnement à la fois culturel et social qui carac térise
cette époque, le champ des études universitaires s’est ouvert à des
catégories d’individus traditionnellement relégués aux franges d e la
société, et longtemps restés les parents pauvres de la recherche, par
exemple les ouvriers, les paysans et, en histoire ancienne, les esclaves , les
barbares et autres marginaux des sociétés antiques. C’est dans ce context e
qu’est apparue ce que l’on peut appeler, avec F . THEBAUD , une «histoire
1
des femmes . »
Le développement des études sur le corps s’inscrit dans cette
même volonté de valorisation de l’individu, où l’expression corpore lle
2
occupe une place prépondéran .t Ie l s’explique également par la rich esse
1
F. T HEBAUD ,E crire l’histoire des f,e mE.m Ne.sS. Fontenay-Saint Cloud, 1998 , pp.
43-53. (Réédition augmentée, parue sous le titre Ecrire l’histoire des femme s et du
genr,e Lyon, 2007). Voir aussi GD.UB Y et M. PERROT,H istoir edes femmes en Oc, cident
ème
t. 1,L ’Antiquit,é Paris, 2002 (2 édition), pp. 18-19, où est également souligné e
l’influence de l’école des Annales.
2
Pour un témoignage sociologique sur ce point, voir J. M AISONNEUVE , « Le corps et
10