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Le Solutréen de la grotte de Combe Saunière 1 (Dordogne). Première approche palethnologique - article ; n°1 ; vol.29, pg 9-27

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20 pages
Gallia préhistoire - Année 1986 - Volume 29 - Numéro 1 - Pages 9-27
19 pages
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Jean-Michel Geneste
Hugues Plisson
Le Solutréen de la grotte de Combe Saunière 1 (Dordogne).
Première approche palethnologique
In: Gallia préhistoire. Tome 29 fascicule 1, 1986. pp. 9-27.
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Geneste Jean-Michel, Plisson Hugues. Le Solutréen de la grotte de Combe Saunière 1 (Dordogne). Première approche
palethnologique. In: Gallia préhistoire. Tome 29 fascicule 1, 1986. pp. 9-27.
doi : 10.3406/galip.1986.2240
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1986_num_29_1_2240LE SOLUTRÉEN DE LA GROTTE DE COMBE SAUNIÈRE 1 (DORDOGNE)
PREMIÈRE APPROCHE PALETHNOLOGIQUE
par Jean-Michel GENESTE et Hugues PLISSON
de taille de meules. La grotte de Combe Saunière 1 Petite cavité de la Dordogne septentrionale
découverte fortuitement par des amateurs en 19761, s'ouvre à 135 m d'altitude vers l'ouest sur le versant
sud d'un petit vallon sec édifié sur le trajet d'une la grotte de Combe Saunière 1, après avoir justifié
en 1978 un sauvetage urgent, est depuis 1979 l'objet faille appartenant à l'accident structural du Change.
Ce vallon, qui débouche dans la vallée de l'Isle qui de fouilles programmées (Geneste, 1979 ; 1980 et
1982). Le site de Combe Saunière est un complexe coule à 1 000 m de là, entaille ainsi le massif calcaire
d'habitats paléolithiques implanté dans la vallée de de la zone interfluve de l'Isle et de l'Auvézère.
l'Isle à 12 km en amont de Périgueux à la jonction de Ces deux vallées accueillent les gisements du
la basse et de la moyenne vallée de ce tributaire Paléolithique supérieur les plus proches de Combe
droit de la Dordogne qui quitte les terrains jurassiques Saunière et les plus orientaux de cette partie
pour entrer dans le domaine crétacé (fig. 1). septentrionale du Périgord, soit en tout une dizaine
Cet ensemble d'abris et de cavités dont Combe de sites. Dans cet environnement archéologique
assez dense bien que mal connu du fait de la nature Saunière 1 est actuellement la seule grotte accessible,
du fait de la modification intense de la falaise, est ancienne des découvertes datant toutes de la fin
édifié dans un abrupt calcaire de l'Angoumien du xixe siècle, il est à remarquer l'existence de
inférieur dont la spécificité a motivé dès l'époque plusieurs occupations attribuées au Solutréen supé
rieur (Smith, 1966). Ce sont les grottes de Corgnac-sur- médiévale l'exploitation en carrière de meules à
grain. Une partie des sites archéologiques se trouve l'Isle, de Saint-Martin-d'Excideuil, de Tourtoirac et
ainsi sous d'importants dépôts protecteurs de déchets le gisement du Gour de l'Arche à Périgueux qui ne
sont pas éloignés de plus de 15 km à vol d'oiseau
de Combe Saunière. Avec les gisements des vallées 1. C'est un petit- fils de M. Marty, l'actuel propriétaire,
de la Dronne et de la Côle, ce petit foyer solutréen qui découvrit les premiers vestiges solutréens et en informa
la Direction des Antiquités préhistoriques d'Aquitaine. Nous comparable au foyer charentais situé à peine plus au
tenons à remercier T. Tcholakian et sa famille, qui nous ont nord pénètre les contreforts du Massif central et facilité les recherches dans ce site très isolé. Les recherches s'installe sur un substratum qui n'est plus crétacé sur les datations ont été généreusement financées par la
mais jurassique voire paléozoïque et granitique L. S. B. Leakey Foundation, Pasadena, Californie. Nous tenons
aussi à remercier Mme Catherine Kranz pour avoir facilité (fig. 2).
l'examen des javelines australiennes du département de
l'Océanie du Musée de l;Homme à Paris ; M. Frédéric Chaptal,
Président du Bow Hunting Club de France, pour ses enseigne
STRATIGRAPHIE DES DÉPÔTS ments sur la chasse à l'arc ; M. Robert Creswell, Directeur
de recherches du laboratoire du C.N.R.S. « Techniques et
Culture » pour la communication de documents inédits sur La cavité semble s'être édifiée sur l'axe d'une le propulseur. Enfin, les fig. 9 et 14b sont de Norbert Aujoulat diaclase s'ouvrant sur le front de falaise et qui peut du Centre national de Préhistoire à Périgueux et toutes les
communiquer avec la surface du plateau par endroits autres illustrations sont des auteurs.
Gallia Préhistoire, Tome 29, 1986, 1, p. 9-27. .
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10 JEAN-MICHEL GENESTE ET HUGUES PLISSON
■ Dordogne ^\^" — ^
50 km
crétacé ihiil jurassique L_J TERTIAIRE
LjJpaléozoïque PtRMOTRI AS
Fig. 2. — La grotte de Combe Saunière 1 dans le contexte Fig. 1. — Cadre géologique du Nord de l'Aquitaine. La grotte archéologique solutréen du Nord du Bassin aquitain. de Combe Saunière 1 se situe sur le contact du substratum
du Jurassique et du Crétacé.
aux points les plus élevés de la voûte conservée.
Il s'agit d'une cavité dont il n'est pas encore possible
de déterminer la dimension de l'entrée du fait de
l'effondrement de la voûte au niveau du porche
présumé. Elle se compose d'une salle haute (3 m sous
voûte au Solutréen) qui devait mesurer 7 m sur 5 m
environ et qui se prolonge sur son grand axe par un
diverticule étroit de 4 m de longueur. Le long de cet
axe principal se développe vers le nord-est une
extension sous une voûte basse presque entièrement
remplie de sédiment, dégagée depuis 1980 et explorée
sur près de 50 m2. Cette zone renferme les mêmes
dépôts que dans la partie actuellement fouillée
(fîg. 3). La stratigraphie ne peut être décrite que
partiellement car la base des dépôts de Combe
Saunière 1 n'est pas encore atteinte. C'est la coupe
frontale du sondage des carrés H 20 et H 21 qui est
décrite sur une puissance de 340 cm.
Couche 0. Terre végétale humifère de 20 cm
d'épaisseur qui nappe la partie supérieure du talus du
remplissage. Couleur brun foncé (R G9)2.
Couche I. De couleur jaune pâle (L 77) et d'une
épaisseur de 40 cm à 60 cm. Ensemble d'éboulis secs
présentant une disposition et des dimensions variables
de la base au sommet qui ont conduit à y distinguer
Fig. 3. — Vue générale de la grotte de Combe Saunière 1
en cours de fouille avec, au fond à gauche, l'entrée du 2. Code des couleurs des sols A. Cailleux, éd. N. Boubée,
diverticule. Paris. SOLUTRÉEN DE COMBE SAUNIÈRE 1 11
l'Angoumien des parois, riches en débris coralliens et trois niveaux. Ce sont des déchets de l'exploitation
de la carrière de meules dont certaines sont encore en rudistes.
en place. Niveaux archéologiques médiévaux. Niveau IVa. De couleur brun-jaune (P 75) de
10 cm d'épaisseur, il existe localement de part et Couche II. Couleur jaune clair (L 89). Épaisseur
d'autre de la partie supérieure de la dépression de 80 à 130 cm. De même nature que la couche I, elle
H 21 et H 20. Il est composé de petits granules présente un concrétionnement des éléments les plus
calcaires et d'un sédiment fin limono-sableux et fins, granules et sables calcaires dans les subdivisions
pulvérulent. Sur le plan archéologique, il a livré des inférieures.
éléments solutréens et contient de la microfaune en Couche III. Ensemble de sédiments à matrice grande quantité. Son sommet est recouvert par la argileuse avec présence d'une quantité variable croûte d'oxydes précédemment décrite. d'éléments calcaires issus de la paroi, subdivisé en
Niveau IVb. C'est un ensemble d'éboulis de cinq unités individualisées par des contacts nets.
taille variée, de 20 à 30 cm d'épaisseur, de couleur Niveau Ilia. Niveau de couleur brun-jaune foncé légèrement plus brune que IVa, plus argileux aussi. (S 69) et d'une épaisseur de 30 cm en moyenne. 11 contient de nombreux granules et cailloux de Sédiment argileux avec rares éléments calcaires de 2 à 6 cm et de blocs aux angles vifs. 1 à 5 cm émoussés, disposés en lits. Il renferme un C'est aussi un niveau archéologique défini par une matériel archéologique en partie attribué au Bronze industrie lithique attribuable au Solutréen et de final III (Chevillot, 1981). nombreux restes de faune. Archéologiquement,
Niveau Illb. Même sédiment enrichi en éléments plusieurs nappes de vestiges ont été individualisées.
calcaires émoussés de 2 à 3 cm avec des plaquettes Niveau IVc. Niveau de composition voisine
ou des dalles assez grandes. de celle de IVb mais enrichi en sédiment argileux,
de couleur brun-marron foncé (S 51). Il contient Niveau IIIc. D'une épaisseur identique au précé
dent niveau, c'est un niveau plus argileux de couleur moins d'éléments calcaires qui sont plus émoussés.
C'est un niveau archéologique constitué par une brun rouge (S 53) qui renferme du matériel archéo
logique de type paléolithique supérieur (burins, occupation du Périgordien supérieur à burins de
raclettes, sagaies en os). Noailles.
Couche V. Connue sur près de 80 cm dans la grotte, Niveau Ille. Sédiment proche de Ilia et de
elle est composée d'une succession d'une dizaine de même couleur contenant une industrie ici encore
niveaux bien distincts mais très minces (1 à 5 cm indéterminable (lamelles à dos, sagaies en os). Ces
d'épaisseur), discontinus, tourmentés ou lenticulaires. quatre derniers niveaux sont disposés dans une
dépression aux bords convexes resserrée à son C'est un ensemble très cryoclastique composé de
sommet et creusée aux dépends de la couche IV granules, cailloux et blocs très anguleux à très rare
sous-jacente. En dehors de cette dépression, qui sédiment fin. Tous les niveaux identifiés jusqu'à
n'est pas isolée ainsi que la fouille par décapage de la ce jour renferment des éléments d'industries rat-
zone centrale de la cavité l'a mis en évidence, les tachables à du Périgordien supérieur dans lequel
niveaux c à e n'ont pas été observés régulièrement. les burins de Noailles, les éléments tronqués et les
Le contact entre les couches III et IV est toujours pièces à dos (gravettes, microgravettes et autres
brutal, souligné par un niveau de plaquettes et dalles types) sont présents. Plusieurs de ces niveaux
calcaires qu'un encroûtement constitué d'oxydes présentent des aires de combustion ou d'évacuation
noirâtres à reflets métalliques (fer et manganèse de contenu de foyer avec un sédiment localement
identifiés) recouvre sur une plus ou moins grande très noir et charbonneux renfermant d'abondants
épaisseur (2 à 10 cm). Ce concrétionnement noir est vestiges carbonisés.
présent dans toutes les zones fouillées de l'intérieur
de la grotte. Il se raréfie et disparaît vers l'entrée DATATION dans la zone du porche probable. Il constitue un
excellent repère stratigraphique dans le remplissage Des échantillons osseux prélevés dans les différents de la partie supérieure du site. Il est en outre à niveaux fouillés ont été soumis pour datation à
disposition sub-horizontale sur près de 80 m2. deux laboratoires. La plupart des prélèvements
Couche IV. La couche IV est un ensemble sédimen- étaient constitués d'un seul os ou fragment osseux à
taire d'origine cryoclastique constitué essentiellement l'exclusion de deux d'entre eux que nous préciserons
de granules, cailloux et blocs calcaires détachés de par la suite. 12 JEAN-MICHEL GENESTE ET HUGUES PLISSON
Tabl. 1. — Dates obtenues sur le collagène d'échantillons d'os Trois échantillons ont été analysés par le laboratoire
par le laboratoire de l'Université d'Oxford. de Radiocarbone de l'Université Claude Bernard-
Lyon I, sous la responsabilité de J. Evin.
Nature de Pour la couche IVa, attribuée au Solutréen sur la Stratigraphie Références Dates V échantillon
base des pointes à cran présentes parmi l'outillage
lithique peu abondant, la date de 13 910 ± 230 BP Os 15 750 ± 230 Couche Ilia OXA-410
(Lyon 3328) a été obtenue à partir d'un seul os, un OXA - 459 Illb Os 15 480 ± 210 - 481 Couche IIIc Os altéré 14 990 ± 220 métapode de Bœuf. Cette date postérieure à OXA - 482 IIIc Os non altéré 26 290 ± 800 l'attribution culturelle proposée fournit un argument - 485 Couche IV Os d'oiseau 16 300 ± 220 en faveur d'une occupation magdalénienne contem met
poraine du dépôt de la fin de la couche IV ou du OXA - 486 Contact III-IV... Os 22 100 ± 440 - 487 Os altéré 10 140 ± 120 début de la couche III (niveau de concrétionnement
OXA - 488 Couche IVa Os 17 700 ± 290 du contact III-IV). Ces couches typologiquement - 489 IV (1).... Os 19 450 ± 330 pauvres ne peuvent pas être mieux définies pour OXA - 751 Couche IVb (2).. Os 15 190 ± 200 l'instant. La présence d'éléments magdaléniens est OXA - 752 19 490 ± 350 IVb (8) . . Os
certaine pour les niveaux archéologiques de la base - 753 Couche IVb (9).. Os 19 630 ± 320
OXA - 754 IVb (10). Os 15 200 ± 200 de la couche III. - 755 Couche IVb (11). Os 14 890 ± 200 La IVb qui correspond au niveau d'habitat OXA - 756 15 120 ± 200 IVb (12). Os solutréen le mieux conservé et fouillé depuis 1981 a - 757 Couche IVb (14). Os 18 860 ± 320
fourni une date de 17 470 ± 249 BP (Lyon 3329) à OXA - 758 V(3) Os 21 640 ± 400
partir d'un lot de fragments osseux. Cette date est
satisfaisante pour la fin du Solutréen.
Enfin, une série de fragments osseux du sommet de attestent tout d'abord la présence d'une occupation
la couche V, dans un contexte de Périgordien à burins magdalénienne discrète ayant laissé de rares vestiges
de Noailles a donné la date de 21 940 ± 350 BP lithiques dans la couche III, au contact de la
(Lyon 3330) qui paraît en accord avec les plus couche IV ainsi que dans IVa. Cette occupation a pu
récentes dates de Périgordien supérieur. être contemporaine de certains remaniements de la
Une séquence de fragments osseux allant de la couche IV telles ces dépressions rencontrées à son
couche III à la couche Vc a été prélevée en 1984 dans sommet à l'intérieur de la cavité.
une zone du centre de la cavité par J. A. J. Gowlett La couche IVb de Solutréen est datée à plusieurs
pour le Radiocarbon Accelerator Unit de l'Université reprises entre 17 000 BP et 19 000 BP. Le comment
d'Oxford. aire détaillé de ces dates sera envisagé ultérieurement
sur la base comparative des dates actuellement A ce jour, seule une partie des dates ont été
mesurées à partir des- amino-acides extraits du disponibles sur le complexe solutréen en France :
collagène contenu dans les os (tabl. 1). La plupart de abri Fritsch (Allain, 1984), grotte Chabot, Solutré
(Delibrias et al, 1976), Le Cuzoul (Clottes et Giraud, ces dates concernant les couches III et IV sont
cohérentes avec les occupations archéologiques 1985) et en Espagne.
La couche V avec du Périgordien à burins de attestées. Cependant, certaines d'entre elles sont
Noailles lui est juste antérieure aux alentours de incompatibles. Ce fait est peut-être à mettre en
20 000 BP. Une occupation plus ancienne, peut-être corrélation avec des états différents de conservation
contemporaine de l'ensemble sédimentaire V ou des fragments osseux sélectionnés. Certains fragments
peuvent avoir été déplacés par des agents naturels des couches sous-jacentes mal explorées, est probable
vers 27 000 BP. physiques, des animaux ou même des agents
anthropiques comme ce peut être le cas dans les
dépressions du sommet de la couche IV. Malgré tout, ANALYSE DE L'ENSEMBLE LITHIQUE
ces dates calculées chacune à partir d'un petit SOLUTRÉEN DE LA COUCHE IVb
fragment osseux posent un problème d'interprétation
en ce sens que, du point de vue stratigraphique, A l'issue de la dernière saison de fouilles parmi près
aucun critère ne permet pour l'instant d'isoler de 28 000 pièces enregistrées, 350 pièces retouchées
d'éventuelles catégories intrusives contenues dans ont été identifiées au rang de l'outillage. Ces objets ont
un ensemble archéologique. été décomptés simultanément selon trois séries
D'une manière synthétique, il est possible de de descripteurs lithologique, technologique et typo
résumer ces données de chronologie absolue qui logique. SOLUTRÉEN DE COMBE SAUNIÈRE 1 13
Fig. 4. — Industrie lithique de la couche IVb. Débitage brut Fig. 5. — Industrie lithique de la couche IVb : 1 , 2, 5, 6, grat
(sauf 4, grattoir sur éclat) utilisé pour découper ou racler du toirs ; 3, burin-troncature ; 4, lame brute. Pièces utili
bois (24) ; des tissus carnés (31) ; de la peau sèche (3202) ; de sées pour découper ou racler des plantes non ligneuses (21) ;
l'os (41) ; de la matière animale tendre (30) ou dure (40) : a, de la peau (32) ; de la peau sèche (3202) ; du bois de cervidé
action longitudinale ; b, action transversale. (42) : a, action longitudinale ; b, action transversale.
Les types de matières premières identifiés au sein de
l'ensemble lithique et reconnus pour la plupart dans
l'environnement régional résultent d'une étude
générale des sources de matières premières dans le
Nord aquitain (Turq, 19773 ; Morala, 1980 ; Gaussen,
1980 ; Demars, 1982 ; Rigaud, 1982 ; Chadelle, 1983 ;
Larick, 1983 ; Geneste, 1985).
Le débitage est étudié à l'aide d'une liste de
catégories technologiques identifiées comme repré
sentatives du schéma opératoire de la production
de lames elle-même décomposée en un système
dynamique phase (Chadelle, 1983 ; Geneste et
Rigaud, 1983 ; Boyer, Geneste et Rigaud, 1984).
L'outillage est analysé sur les bases d'une liste
typologique à 105 numéros dérivée de la liste Perrot
et Sonneville-Bordes, 1954-1956, révisée en 1972
(Rigaud, 1982).
Une telle analyse, entreprise systématiquement sur
tout le matériel lithique des niveaux d'occupation de
la grotte de Combe Saunière 1, a pour but
d'appréhender dans ce secteur du Nord-Est aquitain,
3. Turq A. (sous presse). — Origine des matières premières
Fig. 6. — Pointes à cran solutréennes de la couche IV, avec siliceuses. In : Notice explicative de la feuille de Belvès à
1150 000e. BRGM. ébréchures ou stries d'impact caractéristiques. 14 JEAN-MICHEL GENESTE ET HUGUES PLISSON
le comportement de groupes humains du Paléolithique semblent avoir été façonnées pour la plupart hors
du site et n'avoir été introduites qu'à l'état de supérieur (Solutréen et Périgordien) à l'égard de la
matière première, les stratégies d'exploitation des pointes de projectiles souvent brisées après impact
ressources lithiques et les implications qui en (fig. 6, nos 1-6). Une très petite partie d'entre elles est
découlent à propos de la structuration de l'espace réalisée sur des matériaux d'origine locale (18 %).
régional et de l'espace habité. L'autre partie provient de sources actuellement
L'analyse lithologique seule permet déjà d'estimer ignorées ou lointaines.
l'abondance relative de chaque matière première.
Son expression pondérale exprime directement la Caraclérisalion typologique de l'industrie de la masse des types de matières premières introduits couche IVb dans la grotte sous forme d'énergie. De ce seul point
de vue, il est déjà possible d'affirmer que les silex de Nous ne fournirons pas ici l'inventaire détaillé de
l'environnement immédiat bien que de médiocre toute l'industrie lithique de la couche IV mais
qualité ont contribué à près de 70 % à la constitution nous en donnerons simplement les caractéristiques,
de l'outillage (fîg. 4). Parmi les 30 % restant, la à l'aide de quelques pourcentages et indices calculés
plupart sont des matériaux d'excellente qualité sur l'effectif total (tabl. 2).
importés de distances parfois supérieures à 70 km
(fig. 4, nos 3 et 5, et fig. 5, n° 3). Tabl. 2. — Combe Saunière 1, couche IV, indices typologiques.
D'un point de vue litho-technologique, à cet état
préliminaire de l'étude, il est seulement permis Catégories typologiques Pourcentages
d'affirmer que les matières premières de l'environn
ement voisin du site (5 à 20 km) ont été en général Indice de grattoir 3,71
débitées dans le site. A l'inverse, les matériaux 3,71 de burin
Indice d'outils composites 0,74 d'origine éloignée (plus de 20-30 km) ne semblent pas de perçoirs et becs 2,23 avoir été débités sur place, ils ont été introduits sous 40,14 Indice de microlithes forme de produits bruts ou d'outils finis. Il a été d'outils solutréens 22,67
possible d'opérer des regroupements entre divers Indice de pointe à face plane 0,74
Indice de feuille de laurier 0,37 types de silex sur la base de leur représentation de pointe à cran 21,56 technologique dans le site4.
La combinaison de ces deux types de données
permet de mieux saisir le détail de certaines activités Si l'on rapproche ces données de celles du site techniques. Ainsi, les pointes à cran solutréennes
solutréen du Fourneau-du-Diable (40 km de distance),
il paraît évident, compte tenu des possibilités de
4. Ces études d'agrégation ont été conçues sur la base du comparaison entre des sites fouillés à des périodes calcul de la variance par P. -A. Gillioz qui assure l'informati différentes, de constater que c'est le niveau de sation du traitement des données en collaboration avec
Solutréen supérieur le plus récent (Solutréen III) qui J.-P. Ghadelle.
Tabl. 3. — Le Fourneau-du-Diable, fouilles D. et E. Peyrony, Musée des Eyzies, indices typologiques
(d'après Sonneville-Bordes, 1960).
Terrasse supérieure
Catégories typologiques Terrasse inférieure
Sol. I Sol. II Sol. III
Indice de grattoir 43,5 35,6 15,8 7,6 de burin 14,9 4,5 1,5 6,6
Indice de dièdre 7,4 0,9 3,2 4,2
Indice de burin sur troncature 6,2 1,3 0,4 2,2
Pointes à face plane 0,2 0,8 0,1 1,2
Feuilles de lauriers 26,0 16,1 11,3 2,0
Pointes à cran typiques 0,1 36,8 13,1 39,1 à cran atypiques 0,3 4,5 22,4 21,6
Feuilles de saule 0,9 1,2 3,6 4,2
Lamelles à dos 0,8 16,0 1,0 8,9 '
DE COMBE SAUNIÈRE 1 15 SOLUTRÉEN
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— Industrie osseuse et parure, Solutréen. Fig. 7. — Industrie lithique de la couche IVb, Solutréen. Fig. 8.
est typologiquement le plus proche de Combe L'INDUSTRIE OSSEUSE ET LA FAUNE
Saunière 1, couche IVb (de Sonneville-Bordes, 1960,
Le bois de renne ainsi que l'os ont été des matières tabl. XXXVII ; Smith, 1966 ; Bordes, 1984) (tabl. 3).
premières exploitées intensément dans l'habitat L'industrie recueillie dans la couche IVb de
Combe Saunière 1 paraît, sur les bases d'une analyse solutréen. Des bois de renne portent des traces de
débitage, par incision longitudinale, de baguettes typologique, caractéristique d'un Solutréen supérieur
destinées à être transformées généralement en récent où figurent seulement au rang des outils
sagaies. Plusieurs stades de cette technique de solutréens une quantité relativement élevée de
pointes à cran (21,56 %) et de très rares pièces à débitage sont rencontrés : fragments de ramures
retouche bifaciale et pointes à face plane. Le fonds de portant des incisions, baguettes débitées, en cours de
l'outillage est composé de pièces à retouche continue polissage et sagaies ou poinçons terminés. Les types de
et de pièces à retouche denticulée parfois épaisses sagaies dans ce niveau solutréen sont nombreux avec
(fig. 7, n° 1). Ainsi que dans le premier niveau de la des variations importantes de leur longueur de 6 à
terrasse supérieure du Fourneau-du-Diable, les 14 cm. Elles sont minces ou trapues à base en
lamelles à dos sont nombreuses et parfois avec une biseau simple ou double, à base conique, de section
retouche plate réalisée à la pression sur une des faces circulaire ou ovale. Des exemplaires présentent deux
et partant du bord opposé au dos (Smith, 1966, cannelures longitudinales diamétralement opposées
p. 236 et fig. 60, n» 11). (fig. 8, no 6). JEAN-MICHEL GENESTE ET HUGUES PLISSON 16
Fig. 9. — Aiguilles à chas solutréennes de la couche IV de Combe Saunière 1. DE COMBE SAUNIÈRE 1 17 SOLUTRÉEN
A côté de l'abondante représentation des sagaies permet de suivre la progression de certaines
(37 exemplaires) figurent des poinçons généralement localisations d'objets au cours de la fouille, il est
en os et des objets aménagés sur des fragments aussi possible d'observer des concentrations d'objets
osseux : crans, coches, os lissés ou os cochés (fig. 8, particulièrement évidentes. Les burins sont localisés
nos 3, 7). Cinq aiguilles ont été trouvées en place dans en fond de cavité face à l'entrée alors que les lamelles
ce niveau et trois d'entre elles possèdent un chas, l'un à dos retouché et les pointes à cran sont réparties
deux est brisé (fig. 8, n° 5 et fig. 9). Ces dernières sur toute la superficie de la zone occupée avec une
découvertes jointes à celles de Laugerie-Haute Est prédominance dans la zone centrale de la cavité
à voûte élevée (fig. 10 et 11). (Bordes, 1958) et de l'abri Fritsch (Allain, 1984)
confirment l'apparition de ce type d'objet dès la fin
du Solutréen (Stordeur-Yedid, 1979). ANALYSE FONCTIONNELLE PRÉLIMINAIRE Une concentration d'os de Harfang a été dégagée
DE L'INDUSTRIE LITHIQUE SOLUTRÉENNE sur plus d'un mètre carré en 1981. Parmi une
DE COMBE SAUNIÈRE centaine d'os recueillis seuls des radius, des cubitus et
quelques rares humérus ont été déterminés. Ils sont Si la signification fonctionnelle des pièces lithiques bien conservés et nombre d'entre eux sont encore des industries de la fin du Paléolithique supérieur entiers. Ils portent les mêmes stigmates de démembre commence à être connue, en revanche nous ne savons ment exécutés par hyperextension ayant arraché des encore rien de l'usage qui était fait des formes insertions ligamentaires sur les épiphyses. Les d'outils des cultures leptolithiques antérieures au diaphyses des cubitus entiers examinés sont recou Magdalénien. La pointe à cran étant un des éléments vertes de stries longitudinales de raclage intentionnel. spécifiques du Solutréen supérieur, l'étude tracéo- Ces os étaient disposés en un seul tas avec une logique préliminaire de l'outillage de Combe Saunière orientation préférentielle. Une longue épingle a été a porté en priorité sur cet objet : quarante-cinq pointes façonnée sur un de ces os d'oiseau au fût rectiligne à cran ou fragments5 caractéristiques furent sélecet à la paroi mince (fig. 8, n° 2). Une activité technique tionnés, pour analyse, en fonction de leur état semble avoir présidé à la sélection de ce type d'os de surface macroscopique. Vingt-cinq lamelles ou d'oiseau ainsi que d'autres observations peuvent le fragments de lamelles à dos furent examinés pour laisser supposer (Villette, 1985). La récolte des comparaison, ainsi que vingt pièces de débitage, plumes peut être une hypothèse à considérer en brutes ou façonnées, prises pour contrôle. relation avec le problème de l'usage de l'arc à cette Tous les échantillons ont été nettoyés au détergent période. et à l'eau, puis à l'acétone, et analysés à la binoculaire La faune susceptible d'avoir été chassée est (Zeiss, oculaires W16, objectif zoom 1 à 4) et au composée de Cheval, de Renne, de bovidés ; des restes microscope optique à réflexion (Nikon Labophot, de nombreux carnivores, Loup, Renard, mustélidés oculaires FW 10X, objectifs Plan Achromat 5, 10, 20 figurent aussi parmi les abondants vestiges présents et 40) selon le protocole connu (Keeley, 1980 ; Plisson, dans les niveaux solutréens. 1985). Des expériences de travail en percussion Les éléments de parure recueillis dans le niveau IVb posée sur bois de pin et de noisetier, bois de cervidé, sont en majorité constitués de fossiles (dents de os, ivoire, et peau de cheval ont permis de tester le squale), de coquilles perforées par incision et de dents comportement à l'usure des matières premières locales. percées de plusieurs espèces animales (Bœuf, Renne,
Renard, Cerf). A côté de ces éléments anatomiques État de conservation aménagés figurent des pendeloques en os et en ivoire.
Les colorants sont abondants, principalement les Le degré d'altération des pièces est assez variable ;
ocres présents sous forme d'amas lenticulaires et de les moins affectées sont, en majorité, les plus légères.
petits fragments friables ; un petit bloc d'un colorant Un micro-lustré de sol, plus ou moins prononcé selon
très dense brun foncé, aménagé par raclage et les roches, s'observe sur les parties saillantes des objets
polissage, possède un large biseau. tandis" que les concavités (bulbes, arêtes, etc.),
paraissent avoir été protégées. Les fils tranchants des
plus gros objets sont légèrement endommagés. Les RÉPARTITION SPATIALE DES VESTIGES polis d'utilisation qui n'étaient pas couverts de traces
La mise au point d'un logiciel de traitement graphi
que et mathématique de la répartition horizontale des 5. Une pointe à cran entière a pu être reconstituée par
différentes catégories de vestiges par P.-A. Gillioz le remontage de ses deux fragments.

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