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Les coupes polypodes chalcolithiques du Sud-Est de la France (Languedoc oriental, Provence) - article ; n°10 ; vol.79, pg 411-423

De
14 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1982 - Volume 79 - Numéro 10 - Pages 411-423
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jacques Coularou
Jean Courtin
Xavier Gutherz
Les coupes polypodes chalcolithiques du Sud-Est de la France
(Languedoc oriental, Provence)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1982, tome 79, N. 10-12. pp. 411-423.
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Coularou Jacques, Courtin Jean, Gutherz Xavier. Les coupes polypodes chalcolithiques du Sud-Est de la France (Languedoc
oriental, Provence). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1982, tome 79, N. 10-12. pp. 411-423.
doi : 10.3406/bspf.1982.5346
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1982_hos_79_10_5346:
;
:
Bulletin de 1, SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1982 /TOME 79/10-12
Les coupes polypodes chalcolithiques
du Sud-Est de la France
(Languedoc oriental, Provence)
par J. Coularou, J. Courtin et X. Gutherz (1)
Après avoir dressé l'inventaire de ces coupes et INTRODUCTION décrit leur contexte de découverte, nous aborderons
les questions de terminologie, d'appartenance cultu
relle et de datation. Enfin, les conditions particu
Voici quelques années déjà, notre attention était lières de dépôt observées à Vallabrix et des comparattirée par des récipients en terre cuite de forme peu aisons plus lointaines nous permettront d'aborder le banale conservés dans les Musées de Nîmes et délicat problème de la finalité et de la fonction de tels
Montpellier ou provenant de fouilles relativement récipients.
récentes en Provence (station de la Calade à
Fontvieille, Bouches-du-Rhône ; Grotte G 2 de
Baudinard, Var ; Baume des Maures, La Garde-
Freinet, Var). Ces coupes polypodes à sole basilaire LES COUPES POLYPODES A SOCLE EN PRO
semblaient pouvoir appartenir au Chalcolithique, au VENCE (2)
moins dans un cas certain : la station de la Calade.
Toutefois la datation des autres exemplaires alors 1 — Var — Plan-de-la-Tour, dolmen de San connus demeurait fort imprécise. Sébastien ; fouilles G. Sauzade et J. Courtin en
De plus, la rareté et l'originalité de ces récipients 1972-1973, mobilier au dépôt de fouilles du Fort
Saint- Jean à Marseille. pouvaient faire penser à des pièces importées ou
imitées de prototypes d'origine lointaine. Plus récem Ce monument inédit et intact lors de sa découverte ment, un autre exemplaire très incomplet fut découv contenait des restes humains fortement brûlés et un ert dans un dolmen inédit et intact, au Plan-de-la- abondant mobilier chalcolithique, relativement hoTour (Var) associé à un abondant mobilier strict mogène : grandes armatures de flèches foliacées ement chalcolithique (Escalon de Fonton, 1974). Mais bifaces, deux petites en obsidienne ver- c'est la récente fouille de sauvetage de Г Abri n° 8 de dâtre de Pantelleria (analyses du Laboratoire de Brugas (Vallabrix, Gard) conduite par J. Coularou et l'Université de Bradford), plusieurs milliers de très J. Vaton, qui nous amena à étudier plus précisément petites perles discoïdes en steatite, de grosses perles ces récipients peu communs et à en dresser un olivaires en roches dures, pendeloques en cristaux de inventaire aussi exhaustif que possible. L'Abri de quartz hyalin local, céramique inornée, etc. (Escalon Brugas livra en effet, dans un ensemble très homo de Fonton, 1974). Parmi les restes de céramique ont gène appartenant au groupe de Fontbouisse, les été découverts les fragments d'un polypode difficiléléments de quatre coupes polypodes, dont certaines ement reconstituable (cf. reconstitution hypothétique, décorées (cf. figures). fig. 1). Il s'agit visiblement d'une coupe à pieds en
Antiquités la Toulouse (1) Libération. Adresse J. Préhistoriques Courtin. des 13004 Auteurs Maître Marseille Languedoc. J. de Coularou. Recherche X. 5 Gutherz. bis. IT. C.N.R.S. rue A. au SalleTÉvêquc. Conservateur. G.R Marseille. 44 du C.N.R.S.. 100. Direction 34 Montpbd de
ellier. (2) La numérotation des sites correspond à celle de la carte, fig. 14. 412
ruban et base annulaire, différent de l'exemplaire de hétérogène mais peut également être attribuée au
Baudinard (Var). En outre les pieds, hauts de 12,5 Chalcolithique et au Bronze ancien : petit bol apode
cm et probablement au nombre de quatre, étaient orné de pastilles au repoussé, tasse carénée à anse
reliés entre eux par de petites bandes de terre cuite unique relevée, de type Polada (Bronze ancien
placées à mi-hauteur (fig. 1). La base, annulaire (et nord-italique, cf. La Polada, Barchè di Solférino,
non pleine comme la plupart des autres exemplaires) etc.), et enfin des fragments d'une (et peut-être
a un diamètre de 16 cm ; la pâte, locale, est à deux) coupe polypode à base annulaire, assez
dégraissant quartzeux micacé, la surface est beige à comparable à celle du dolmen de San-Sébastien.
brun. Plusieurs fragments ayant été égarés depuis, tout
essai de restauration s'est avéré quasi-impossible.
Cette coupe est en poterie micacée (dégraissant et
argile locaux), à surface beige à rouge. La base, 2 — Var — La Garde-Freinet, Baume des Maures ;
annulaire, a un diamètre de 12 cm ; les pieds, au fouilles J. Joubert de 1965 à 1969, dépôt du Fort
nombre de trois, sont hauts de 10 cm (fig. 2). Saint- Jean et collection Joubert à Toulon.
Toujours dans le Massif des Maures ; une petite
cavité sépulcrale a été fouillée et s'est révélée être un
3 — Var — Baudinard, Grotte G2 du canyon de ossuaire contenant des crémations poussées, dépo
sées d'après le fouilleur dans des « tombelles » en Baudinard ; fouilles J. Courtin 1967, dépôt du Fort
Saint- Jean à Marseille. dalles de micaschistes locaux (Joubert, 1967). Le
mobilier, assez mélangé, est attribuable au Chalco- Il s'agit d'un petit boyau exigu à deux ouvertures,
lithique et au Bronze ancien : flèches bifaces folia situé dans les barres supérieures des Moyennes
cées de forme allongée, parfois épaisses et à bords Gorges du Verdon ou Gorges de Baudinard. Les
denticulés (3), pendeloques en cristaux de quartz sédiments, peu épais (0,30 à 0,40 m) étaient
hyalin percés, perle en quartz hyalin, petites perles complètement bouleversés par les animaux fouis
discoïdes en steatite. La céramique est davantage seurs (blaireaux) et aussi des fouilles clandestines.
Vu l'étroitesse de la cavité et son exiguité (hauteur
moyenne : 1 m) elle n'a pu servir d'habitat. La
présence d'ossements humains très fragmentés indi
que par contre une cavité à usage sépulcral. Le
matériel recueilli, très mêlé et disparate, appartient
au Chalcolithique et à l'Age du Bronze.
Au se rattache un ensemble (céra
mique, silex, parure) qui pourrait être funéraire et
accompagner les restes humains.
Lithique : une grosse lame épaisse retouchée en
silex brun zone, cinq lamelles en silex blond, une
flèche biface épaisse à bords denticulés, deux flèches
bifaces allongées et épaisses en chaille locale, une
extrémité distale de flèche foliacée biface large en
silex blond.
Fig. 1 - Dolmen 2 de San-Sébastien, Plan-de-la-Tour (Var). Grande coupe
polypode à base annulaire, essai de reconstitution.
(3) Ce type particulier d'armature est connu en Provence dans plusieurs
contextes Bronze ancien, par ex. l'Aven sépulcral de Gage, à Allauch Fig. 2 - Baume des Maures, La Garde-Freinet (Var). Fragments d'une coupe (Bouches-du-Rhônc). polypode à base annulaire, très semblable à la précédente. 413
Parure : cinquante Cardium retaillés et biforés, fragments importants. La coupe elle-même, d'un
dont plusieurs enduits de matière rouge (bauxite ou diamètre de 15 cm, peu profonde (2,5 cm) est
hématite), un Cardium percé au crochet, une cérithe supportée par trois larges pieds soudés à une base
percée, deux pendeloques tirées de défenses de pleine sub-circulaire, ou sole, de 10, 5 à 11 cm de
sanglier, une grosse perle globuleuse en calcite diamètre. L'ensemble a une hauteur totale variant
ambrée. entre 9,5 et 10 cm. La pâte, brune et bien cuite,
contient un dégraissant de calcité pilée ; les surfaces La céramique attribuable au Chalcolithique est peu sont sombres (grisâtre à noir), lissées mais mal typique : portion importante d'un bol ouvert portant conservées. une préhension biforée verticalement, fragments de
4 — Bouches-du-Rhône — Fontvielle, station de La grands récipients à cordon lisse horizontal placé sous
le bord, vases apodes de formes primaires, etc. Calade ; fouilles L. Poumeyrol de 1950 à 1965 ;
Musée Réattu, Arles. 200 m à l'Est des célèbres L'Age du Bronze est représenté par des fonds hypogées de La Source et de Bounias, une petite plats, des récipients ornés d'impressions digitées sur butte de molasse tertiaire abritait un habitat occupé cordon et sur la lèvre, deux perles en ambre et
depuis le Chalcolithique jusqu'à la fin de l'Age du surtout un écarteur de collier en pâte de verre bleu,
Bronze (Courtin, 1974). Le Chalcolithique bien long de 3 cm, percé de quatre trous cylindriques. représenté, comprend des éléments « couronniens » C'est là un objet exceptionnel, déjà connu à de rares mêlés à des décors de style languedocien (sillons en exemplaires dans le Midi, dans des contextes du
chevrons imbriqués, pastilles, au repoussé, poinçonBronze moyen : Grotte du Château-du-Diable à nage, etc.) connus par ailleurs dans les Alpilles, dans Ollioules (Var), du Hasard à Tharaux (Gard), la Nerthe (Fortin-du-Saut à Chateauneuf-les- Grotte de la Treille à Mailhac (Aude) etc. Martigues), à La Balance en Avignon. Y sont
également associés des fragments de vases campani-
formes de styles divers, une alêne en cuivre à section Le Polypode : par la texture de sa pâte, et surtout
par comparaison avec les exemplaires bien datés du
Languedoc et de Provence, le curieux trépied en
céramique brune se rattache au Chalcolithique (fig.
4). Il a été possible de le reconstituer à partir de
Fig. 3 - Grandes coupes polypodes à base annulaire du littoral varois, essai de
reconstitution ; 1, La Garde-Freinet ; 2, Plan-de-la-Tour. Fig. 4 - Grotte G2, Baudinard (Var). Coupe polypode à sole basilaire. 414
carrée, de grandes lames épaisses en silex lacustre Cet habitat perché comportant un mur d'enclos en
(faucilles). Dans ce contexte a été trouvé un pierre sèche est daté du Chalcolithique (plusieurs
polypode aux trois-quarts intact. La base est une sole datations de la fin du 3e millénaire). En 1981 on y a
circulaire pleine {cf. Baudinard et exemplaires gar découvert un fragment de coupe à pieds à sole
dois) d'où partent quatre pieds larges dont deux sont circulaire pleine, trop petit pour que l'on puisse en
ajourés à mi-hauteur (fig. 5). Ces pieds supportent calculer le diamètre.
une coupe peu profonde dont seule subsiste une 6 — Bouches-du-Rhône — Vauvenargues, station partie du fond. La pâte est sombre, à dégraissant de la Citadelle ; fouilles A. d'Anna, en collaboration calcaire, la surface terne lissée. Les dimensions sont avec M. Cheylan et J. Courtin, depuis 1978, les suivantes : diamètre de la base, 11 cm ; nombre laboratoire du L.A.P.M.O. à Aix. Toujours en de pieds, 4 ; hauteur des pieds : 7,5 cm ; largeur des contexte chalcolithique et sur un habitat perché pieds : 3,5 cm ; épaisseur 1 à 2 cm. limité par un mur de pierre sèche, a été trouvé en
5 — Vaucluse — Lourmarin, station des Lau- 1981 un fragment de sole circulaire (diamètre
zières ; fouilles R. Coutel, A. d'Anna, J. Courtin, approximatif 10 à 12 cm) avec départ d'un pied large
depuis 1976, dépôt de fouilles de Cucuron (84). de 3 cm.
LES COUPES POLYPODES A SOCLE EN LAN
GUEDOC
7 — Gard — Sainte- Anastasie, Grotte des Frères ;
fouilles des Frères des Écoles Chrétiennes à la fin du
XIXe, Société Archéologique de Montpellier (4).
La grotte des Frères est constituée en fait par la
partie terminale du réseau de la Baume Saint-Joseph,
qui communique elle-même avec la Baume Latrone,
célèbre pour ses peintures rupestres. Elle a été
découverte par les Frères des Écoles Chrétiennes
d'Uzès, qui, au siècle dernier, débouchèrent un
passage bâti dans l'éboulis terminal de Saint-Joseph.
De nombreux chercheurs s'y sont succédé depuis, y
pratiquant des fouilles plus ou moins anarchiques.
De cette cavité provient un abondant mobilier
conservé au Muséum d'Histoire Naturelle de Nîmes
et à la Société Archéologique de Montpellier. Toutes
les périodes du Néolithique et du Chalcolithique y
sont représentées, la plus grande partie du matériel
se rapportant cependant au groupe de Fontbouïsse,
(Gutherz, 1975) ; quelques fragments de poterie se
rattachent à l'Age du Bronze. Il faut noter la
présence d'un fond plat de gobelet campaniforme à
décor de bandes hachurées en peigne (style interna
tional) (Arnal et Blanc, 1959). La présence d'osse
ments humains indique que la cavité a abrité, à une
période non précisée, des sépultures à inhumations.
De cette grotte provient une coupe polypode à sole
basilaire, trouvée lors des fouilles du Frère Sallustien
et conservée à la Société Archéologique de Montpell
ier. Cette coupe possède une sole circulaire d'où
\ partent trois pieds, supportant un fond de coupe
hémisphérique dont les bords n'ont pas été conservés
Pied (fig. 6). Elle est en céramique grise à lissage
Fig. 5 - Station de La Calade, Fontvieille (Bouches-du-Rhône). Coupe (4) La coupe provient plus précisément des fouilles du Frère Sallustien
polypode à sole basilaire ; deux des pieds sont ajourés. Joseph. :
415
irrégulier. Diamètre de la sole : 10,5 cm ; épaisseur : La stratigraphie observée est la suivante :
0,8 cm ; hauteur des pieds : 5 cm ; largeur des pieds : — Couche 1 : important remplissage de terre
4 cm ; épaisseur des : 0,8 cm. meuble remaniée colmatant tout l'abri jusqu'au
plafond et contenant des céramiques gallo-romaines 8 — Gard — Vallabrix, Abri n° 7 de Brugas ;
et médiévales. fouilles J. Coularou et J. Vaton, 1980 ; dépôt de
— Couche 2 : niveau archéologique en place Montpellier (Coularou et ai, 1981).
constitué de sable induré. Cette couche, de faible L'abri 7 de Brugas fait partie d'un ensemble d'abris épaisseur, repose directement sur le substratum. Très sous-roche détruits par une carrière qui exploite les riche en céramique, elle a livré en outre une perle en bancs de quartzite locaux. La plupart de ces abris, roche verte, des céréales et glands carbonisés, ainsi découverts par L. Lafaye, ont fait l'objet de fouilles que de nombreux charbons de bois. Il n'y avait ni de sauvetage partielles conduites par J. Vaton, J.-L. industrie lithique, ni faune, ni restes humains. Il faut Roudil, puis J. Coularou et L. Meignen. On y a noter que cette couche n'occupait qu'une surface rencontré des vestiges appartenant aussi bien au restreinte et non toute la superficie de l'abri. Paléolithique moyen (Moustérien), qu'au Mésoli
thique, au Néolithique ancien et moyen, au Chalco- La céramique est représentée par de très nomlithique, au Bronze et au Moyen Age, la breux fragments, mais aucun vase n'est complet ; on plupart des abris ayant servi d'habitat. L'un d'entre trouve cependant plusieurs formes reconstituables eux a abrité successivement un habitat chalcolithique graphiquement, ainsi que de nombreux décors. Les et des sépultures du Bronze ancien. décors sont essentiellement représentés par des
L'abri 7, découvert plus récemment par J. Vaton, a cannelures horizontales ou en métopes, des pastilles
livré un ensemble homogène appartenant à la culture au repoussé, des cordons lisses ou incisés. Les formes
de Fontbouïsse, et a fait l'objet d'une fouille de carénées sont fréquentes et correspondent souvent à
sauvetage conduite par J. Coularou et J. Vaton. de grands vases à col. Cet ensemble est très
Relativement vaste (10 m sur 8 m), il ne possède caractéristique du faciès gardois de la civilisation de
toutefois qu'une faible hauteur de plafond (1,50 m en Fontbouïsse. Il faut souligner la présence d'un objet
moyenne). exceptionnel : il s'agit d'une trompe en terre cuite
(Coularou et Vaton, 1980). C'est le deuxième
instrument à vent de ce type, en céramique, signalé
dans le groupe de Fontbouïsse (5).
Enfin, les fragments de quatre coupes polypodes à
sole basillaire renforcent l'originalité de ce dépôt, qui
ne peut être assimilé ni à un habitat, ni à une
sépulture. Description des coupes polypodes :
— 8 A — Exemplaire très incomplet ; on possède
un pied de 3,5 cm de hauteur, légèrement incliné vers
l'extérieur. Son épaisseur est de 0,8 cm. Seule
l'amorce de la sole est conservée ; au sommet on voit
le départ de la coupe à fond convexe. Un décor de
cannelures horizontales jointives couvre toute la
surface externe du pied et de la partie conservée de la
coupe. Le contact entre le pied et la sole est orné
d'impressions verticales dégageant des mamelons
peu marqués. Surface gris-clair (fig. 7, n° 1).
— 8 В — Partie inférieure d'un récipient tronco-
nique à fond faiblement convexe supporté par trois
pieds. La base des pieds s'incurve pour former une
sole qui n'est pas conservée. Hauteur des pieds :
3,8 cm ; largeur : 4,5 cm- ; épaisseur : 1 cm. Cérami
que n» 2). à surface noire, à dégraissant calcaire (fig. 7,
(5) Une autre trompe, de forme identique, mais plus petite, a été
découverte par P. Vincent dans la Grotte sépulcrale des Trois Chênes.
Rouet (Hérault). Elle a été figurée sommairement par J. Arnal. dans son étude sur le Lébous (ARNAL J.. 1973 Le Lébous à St-Mathicu-dc- Fig. 6 - Grotte des Frères, Sainte-Anastasie (Gard). Coupe polypode à pieds
larges et sole basilaire. Trévicrs. Gallia Préhistoire, t. 16. 1. p. 163. fig. 43). 416
— 8 С — Coupe tronconique à fond faiblement Les abris en pied de falaise de Sagriès ont été jadis
signalés par P. Raymond dans « L'arrondissement convexe reposant sur quatre pieds de hauteur
indéterminable. La coupe est ornée d'une série de d'Uzès avant l'Histoire » (Raymond, 1900). Depuis
quatre cannelures horizontales, profondes et join- lors, aucune autre mention n'en a été faite dans la
tives, couvrant toute la surface externe. Ces cannel littérature. En 1975, X. Gutherz et E. Vigneron
ures sont recoupées par des impressions verticales entreprirent un sondage au pied d'un des nombreux
(fig. 8, n° 1). Diamètre de l'ouverture de la coupe : surplombs de cette barre de molasse miocène. Ce
16 cm ; hauteur de la coupe : 5,3 cm ; largeur des sondage révéla la présence d'une épaisse couche
pieds : 4 cm ; épaisseur : 1 cm. Surface jaune-beige à d'habitat (Chalcolithique fontbuxien) comportant
lissage soigné. une fosse remplie de rejets d'occupation (Gutherz et
Vigneron, 1980). Indépendamment de ces travaux, — 8 D — Sole circulaire d'où partent deux pieds à
nous avons pu étudier une coupe à sole basilaire profil externe légèrement concave. A la partie conservée au Muséum d'Histoire Naturelle de Nîmes supérieure des pieds, subsiste le fond convexe d'une et portant l'inscription « Sagriès, Bayol. Brise- coupe. Les pieds sont ornés de cannelures légères,
Roche ». Ce lieu-dit, inconnu au cadastre de Sagriès, verticales (fig. 8, n° 2). Diamètre de la sole : 6,8 cm ; nous semble correspondre à la traduction approximatépaisseur : 0,6 cm. Hauteur des pieds : 3,5 cm ; ive de l'occitan « Ro-di-Bolo » qui désigne locallargeur : 5,5 cm ; épaisseur des pieds : 0,5 cm. ement la falaise molassique sur laquelle est édifié
9 — Gard — Sanilhac-et-Sagriès, abri de Brise- l'actuel hameau de Sagriès. Or, c'est au pied de cette
Roche ; fouilles abbé Bayol, 19... ?, Muséum falaise qu'a été effectué le sondage en 1975 mention-
d'Histoire Naturelle de Nîmes.
Fig. 7 - Abri 7, Vallabrix (Gard). 1, fragment de coupe polypode ornée de Fig. 8 - Abri 7, Vallabrix. 1, coupe polypode décorée de cannelures larges et
cannelures horizontales ; 2, coupe polypode inornée ; 3, perles en roche d'impressions verticales ; 2, partie inférieure d'une coupe à sole basilaire
verte trouvée à proximité. munie de deux pieds larges ornés de sillons verticaux. :
417
né plus haut. Il est donc fort vraisemblable que la pieds subsiste le départ du fond convexe d'un
coupe polypode recueillie par l'Abbé Bayol pro récipient peu profond. Le décor ne semble pas se
vienne du même endroit. Il est toutefois impossible prolonger sur ce récipient (fig. 12). Diamètre de la
de préciser davantage l'emplacement exact de la sole : 11 cm ; épaisseur : 1 cm ; hauteur des pieds :
découverte, la falaise se développant sur environ 4 cm ; largeur : 4 cm ; épaisseur des pieds : 1 cm.
300 m de long avec de nombreux abris sous-roche. Céramique gris-sombre ; la surface de la sole est
irrégulière. La coupe comporte une sole circulaire d'où partent
trois pieds légèrement inclinés vers l'extérieur. Ces Nous avons résumé en un tableau les dimensions
pieds sont ornés de cannelures jointives horizontales des coupes polypodes à sole basilaire (ou base
sur toute leur hauteur. A la partie supérieure des annulaire) du Sud-Est de la France :
Provenance Diamètre de la base Nombre de pieds Hauteur des pieds
Fontvieille 11 cm 4 7.5 cm
10,5 3 6
Baudinard Diamètre à l'ouverture
15
Garde-Freinet 12 3 10
PROVENCE
Plan-de-la-Tour 16 ? 4 12,5
9 9 Vauvenargues 12 ?
9 9 Lourmarin 7
Ste-Anastasie 10,5 3 5
9 9 Vallabrix 7 A 3,5
LANGUEDOC Vallabrix 7 В 6,5 3 3,8
ORIENTAL 9 ? 4 7
Diamètre à l'ouverture Vallabrix 7 С
16
Vallabrix 7 D 6.8 2 3,5
Sanilhac-et-Sagriès 11 3 4
Remarques : 1 — Les exemplaires provençaux possèdent des pieds plus élevés que ceux du Languedoc. Quatre sur six ont une sole
basilaire pleine, les deux autres une base annulaire ; le diamètre de cette base varie de 11 à 16 cm. Aucun exemplaire n'est décoré ;
celui de Fontvieille (La Calade) possède des pieds ajourés. Le nombre de pieds est de trois et quatre.
2 — En Languedoc oriental, la hauteur des pieds est faible 3,5 à 3,8 cm ou 4 cm, avec un maximum de seulement 5 cm pour
l'exemplaire de Sainte-Anastasie (Grotte des Frères). La sole basilaire est toujours pleine, avec un diamètre de 6,5 à 11 cm. Quatre
coupes sur six sont décorées de cannelures dans le style de Fontbouïsse. Le nombre des pieds est de deux (un cas), trois (trois cas),
quatre (un cas), inconnu pour le sixième exemplaire.
Les divers vases à pied connus dans la Préhistoire PROBLÈMES DE TERMINOLOGIE européenne sont trop polymorphes et ubiquistes
pour que l'on puisse retenir cette dénomination.
Vases à pied creux du Néolithique breton, coupes à II paraît avant tout indispensables de définir d'un pied creux du campaniforme ibérique ou portugais, terme commode, aussi précis et explicite que pos vases à pied creux ajouré du Bronze ancien corse, sible, ces curieux récipients de terre cuite. A notre à pied du Bronze ancien centre-européen avis, et dans le souci d'éviter toute confusion, le (Unéticien de Tchécoslovaquie par ex.), vases à pied terme de « vase-support » doit être délibérément creux du Bronze final, la liste en serait trop longue et écarté. Malgré son impropriété, puisque la plupart disparate culturellement autant que chronologiquemdes auteurs s'accordent pour y voir en fait des ent... brûle-parfums, il est aujourd'hui encore largement
On ne peut non plus les assimiler aux « vases consacré par l'usage et généralement associé au
polypodes » connus notamment dans le Néolithique complexe chasséen. Il suffira de rappeler les travaux
de Bailloud (Bailloud, 1974, 1976), L'Helgouach (6) Pour sa part. J. Vaquer préfère le terme de « coupes à socle ». qui (L'Helgouach, 1963), Thévenot (Thévenot, 1969), paraît le mieux adapté à ces objets, étant donné que l'on risque fort
d'ignorer à jamais leur véritable fonction. Vaquer (Vaquer, 1975) (6). 418
récent sarde (civilisation d'Ozieri), divers groupes
campaniformes (groupe campaniforme de Sardaigne,
groupes centre-européens) ou le Bronze moyen
pyrénéen (Guilaine, 1972). Les vases qui font l'objet
de la présente note sont caractérisés en effet par la
présence de trois à quatre pieds soudés à leur base à
une sole circulaire, particularité que n'offrent ni les
« vases-supports » ou « coupes-à-socle » chasséens,
ni les vases à pied creux ni les polypodes, cités plus
haut.
Hors d'Europe, les meilleurs parallèles morpholog
iques sont à notre connaissance les « polypodes à
plaque » décrits et figurés par notre collègue R.
Joussaume et provenant de ses fouilles dans les
monts du Harrar, en Ethiopie (Joussaume, 1974).
Les convergences étonnantes entre les exemplaires
éthiopiens (cf. fig. 15) et ceux du Midi français se
limitent bien évidemment à la stricte morphologie, à
Fig. 9 - Abri 7, Vallabrix. Vase complet à décor plastique : pastillages au l'exclusion de tout rapprochement culturel ou chro repoussé et cordon ondulé. nologique.
Dans un souci de précision, nous proposons pour
désigner les exemplaires languedociens et proven
çaux le terme de « coupes polypodes à sole basi-
laire », qui, à notre avis, traduit bien la profonde
originalité de ces récipients tout en ne prêtant pas à
confusion.
APPAR TEN ANCE CUL TURELLE, DA TA TION
Comme on l'a déjà vu à propos de leur inventaire,
les polypodes à sole (ou à socle ?) de Provence/
Languedoc oriental proviennent soit de milieux
mélangés ou imprécis (fouilles anciennes notam
ment), soit, dans la majorité des cas, de contextes
chalcolithiques (neuf sur douze exemplaires).
La découverte la plus marquante, celle de l'abri
n° 7 de Brugas à Vallabrix (Gard), totalise quatre
polypodes, dont trois sont ornés de cannelures,
comme d'ailleurs l'exemplaire isolé de Sagriès, et
sont associés à un riche ensemble céramique typique
ment fontbuxien (fig. 9 à 11).
Les exemplaires provençaux, par contre, sont tous
inornés, mais deux sont morphologiquement très
comparables au polypode de la Grotte des Frères à
Sainte- Anastasie (Gard). Toutefois, aucun ne peut
2 0 Sçm prétendre avec quelque vraisemblance provenir d'un
contexte fontbuxien ou à affinités fontbuxiennes, les Fig. 10 - Abri 7, Vallabrix. Céramique fontbuxienne associée aux polypodes. influences de cette civilisation se limitant à l'Est du
Rhône à une étroite zone dans la partie occidentale (Gutherz, 1975, op. cit.). D'autre part plusieurs des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse (Courtin, polypodes provençaux proviennent de contextes 1974 ; Gutherz, 1975). chalcolithiques sûrs (Plan-de-la-Tour, Vauvenar-
En chronologie, on sait le groupe de Fontbouïsse gues, Lourmarin, Font vieille). Ces polypodes du
bien situé à la fin du 3e millénaire et à la charnière Sud-Est français sont donc bien d'âge chalcolithique.
3e/2e par de nombreuses datations isotopiques En Languedoc ils s'ajoutent à la riche gamme de 419
Fig. 12 - Abri de Brise-Roche, Sanilhac-et-Sagriès (Gard). Coupe à sole
basilaire et pieds larges ornés de cannelures. Fig. 11 - Abri 7, Vallabrix. Céramique fontbuxienne associée aux polypodes.
l'éventail des productions céramiques fontbuxiennes. Mieux vaut donc pour l'instant s'en tenir prudem
Toutefois, et il faut le souligner, si l'on peut dater ment aux seules conclusions suivantes :
sensiblement de la même époque les polypodes
provençaux, rien ne permet d'assimiler ces derniers à
— il existe dans le Chalcolithique du Sud de la des importations ou des influences du groupe de
France des vases polypodes à sole basilaire, de faibles Fontbouïsse. Parmi les exemplaires provençaux il
dimensions ; faut également distinguer deux sous-groupes :
— plusieurs proviennent de milieux sépulcraux, — des polypodes à sole basilaire pleine (Font-
mais aussi d'habitats ; vieille, Baudinard, Lourmarin, Vauvenargues) que
— certains exemplaires gardois décorés appartienl'on retrouve en Languedoc ;
nent au Groupe de Fontbouïsse ; — les exemplaires moins « orthodoxes » de la côte
— les exemplaires provençaux sont plus diversivaroise (La Garde-Freinet, Le Plan-de-la-Tour) ,
dont la base est annulaire (et les pieds sensiblement fiés : certains présentent des pieds ajourés, d'autres
plus élevés). Celui du dolmen 2 de San-Sébastien une base annulaire au lieu d'une sole pleine, parfois
les pieds sont reliés par de petites bandes de (Plan-de-la-Tour) présente en outre de curieuses
« pattes » reliant entre eux les pieds (fig. 1 et 3). céramique.

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