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Mégalithes et traditions populaires. La hache et le marteau de vie et de mort - article ; n°3 ; vol.93, pg 287-297

De
13 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1996 - Volume 93 - Numéro 3 - Pages 287-297
RÉSUMÉ Les traditions populaires se rapportant aux mégalithes sont innombrables, mais comme il est hors de question de les passer ici en revue, le propos sera volontairement limité à un corpus non directement relié aux mégalithes, et néanmoins susceptible de contribuer à la compréhension d'un seul élément de l'art mégalithique : les représentations de haches. Pour ce thème, il semble en effet possible de contourner la difficulté habituellement inhérente à ce genre d'entreprise, qui consiste à combler le hiatus chronologique entre des documents préhistoriques et des traditions essentiellement collectées aux XIXe-XXe siècles. Après un rappel des connaissances acquises à propos des haches figurées sur les monuments, on examinera des traditions bretonnes associant le maillet à la mort et on prouvera leur antiquité, avant de les expliciter par comparaison avec les armes fulgurantes dispensatrices de vie et de mort des dieux du ciel indo-européens ; on montrera ensuite que l'hésitation entre hache, marteau, maillet et massue peut s'expliquer par une dérivation linguistique à partir d'un même réfèrent pré-indo-européen [arme en] pierre, à comprendre dans un contexte néolithique. De ces ex cursus, il résulte qu'une telle arme, capable de faire passer de l'être au non-être et réciproquement, aurait été tout indiquée pour figurer sur les lieux de transition extérieur- intérieur ou couloir-chambre des tombes armoricaines, en raison d'un symbolisme funéraire que corroborent amplement les traditions populaires et les trouvailles archéologiques.
ABSTRACT As countless popular traditions about megaliths could not be reviewed here, the present study is deliberately limited to a corpus not directly related to the monuments; but likely to help the comprehension of only one element of the megalithic art, namely the engraved axes. It seems possible to ger round the main difficulty we encounter whenever we have to make researches into such a question : how to fill the gap between the prehistoric documentation on the one hand, and a number of traditions collected during the XIXth or XXth centuries on the other hand? After a review of the literature about the gallery grave art in Brittany with particular attention to the engraved axes, the Breton traditions associating the holy mawle with death are discussed and their great age is proved; then they are compared to the fulgurating weapons used bu several Indo-European thunder-gods to administer life and death, and the wavering between axe, mallet, maul and club is elucidated by their linguistic derivation from a single Pre- Indo-European lexical item stone [weapon of -], to be understood in a Neolithic context. We may assume that, as an instrument of the passage from existence to nonentity and conversely, such a weapon was the obvious one to be engraved at the transition points (inside-outside, passage-chamber) in the passage graves of Brittany, using a symbolism in accord with very many popular traditions and archaeological finds.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean-Loïc Lequellec
Mégalithes et traditions populaires. La hache et le marteau de
vie et de mort
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1996, tome 93, N. 3. pp. 287-297.
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Lequellec Jean-Loïc. Mégalithes et traditions populaires. La hache et le marteau de vie et de mort. In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1996, tome 93, N. 3. pp. 287-297.
doi : 10.3406/bspf.1996.10169
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1996_num_93_3_10169Résumé
RÉSUMÉ Les traditions populaires se rapportant aux mégalithes sont innombrables, mais comme il est
hors de question de les passer ici en revue, le propos sera volontairement limité à un corpus non
directement relié aux mégalithes, et néanmoins susceptible de contribuer à la compréhension d'un seul
élément de l'art mégalithique : les représentations de haches. Pour ce thème, il semble en effet possible
de contourner la difficulté habituellement inhérente à ce genre d'entreprise, qui consiste à combler le
hiatus chronologique entre des documents préhistoriques et des traditions essentiellement collectées
aux XIXe-XXe siècles. Après un rappel des connaissances acquises à propos des haches figurées sur
les monuments, on examinera des traditions bretonnes associant le maillet à la mort et on prouvera leur
antiquité, avant de les expliciter par comparaison avec les armes fulgurantes dispensatrices de vie et de
mort des dieux du ciel indo-européens ; on montrera ensuite que l'hésitation entre hache, marteau,
maillet et massue peut s'expliquer par une dérivation linguistique à partir d'un même réfèrent pré-indo-
européen "[arme en] pierre", à comprendre dans un contexte néolithique. De ces ex cursus, il résulte
qu'une telle arme, capable de faire passer de l'être au non-être et réciproquement, aurait été tout
indiquée pour figurer sur les lieux de transition extérieur- intérieur ou couloir-chambre des tombes
armoricaines, en raison d'un symbolisme funéraire que corroborent amplement les traditions populaires
et les trouvailles archéologiques.
Abstract
ABSTRACT As countless popular traditions about megaliths could not be reviewed here, the present
study is deliberately limited to a corpus not directly related to the monuments; but likely to help the
comprehension of only one element of the megalithic art, namely the engraved axes. It seems possible
to ger round the main difficulty we encounter whenever we have to make researches into such a
question : how to fill the gap between the prehistoric documentation on the one hand, and a number of
traditions collected during the XIXth or XXth centuries on the other hand? After a review of the literature
about the gallery grave art in Brittany with particular attention to the engraved axes, the Breton traditions
associating the "holy mawle" with death are discussed and their great age is proved; then they are
compared to the fulgurating weapons used bu several Indo-European thunder-gods to administer life
and death, and the wavering between "axe", "mallet", "maul" and "club" is elucidated by their linguistic
derivation from a single Pre- Indo-European lexical item "stone [weapon of -]", to be understood in a
Neolithic context. We may assume that, as an instrument of the passage from existence to nonentity
and conversely, such a weapon was the obvious one to be engraved at the transition points (inside-
outside, passage-chamber) in the passage graves of Brittany, using a symbolism in accord with very
many popular traditions and archaeological finds.;
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de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 /TOME 93, n° 3 287 Bulletin
MEGALITHES ET TRADITIONS POPULAIRES
LA HACHE ET LE MARTEAU DE VIE ET DE MORT
Jean-Loïc LEQUELLEC
RÉSUMÉ main difficulty we encounter whenev chacun de ces signes un coefficient
er we have to make researches into d'associativité par dalles qui révèle
Les traditions populaires se rap such a question : how to fill the gap des facultés d'association tout à fait
portant aux mégalithes sont innomb between the prehistoric documentat inégales. Les tableaux permettent de
rables, mais comme il est hors de ion on the one hand, and a number constater notamment que la hache
question de les passer ici en revue, le of traditions collected during the XIXth emmanchée n'est le plus souvent as
propos sera volontairement limité à or XXth centuries on the other hand? sociée qu'à elle-même ; lorsqu'elle
un corpus non directement relié aux After a review of the literature about l'est à un autre signe, il s'agit en gé
mégalithes, et néanmoins suscept néral de la crosse. Quant à cette derthe gallery grave art in Brittany with
ible de contribuer à la compréhens particular attention to the engraved nière, c'est à la hache qu'elle s'asso
ion d'un seul élément de l'art mégal axes, the Breton traditions associat cie de préférence. Le binôme [hache
ithique : les représentations de mawle" with death are ing the "holy + crosse] est le donc plus fréquent
haches. Pour ce thème, il semble en discussed and their great age is pro de tous, suivi à égalité par les su
effet possible de contourner la diff ivants [jugiforme + hache], [jugi- ved; then they are compared to the
iculté habituellement inhérente à ce fulgurating weapons used bu several forme + crosse] et [serpentiforme +
genre d'entreprise, qui consiste à Indo-European thunder-gods to ad hache]. Le coefficient d'associativité
combler le hiatus chronologique par monuments confirme ces résulminister life and death, and the waver
entre des documents préhistoriques ing between "axe", "mallet", "maul" tats, puisque l'association la plus fr
et des traditions essentiellement col and "club" is elucidated by their li équente concerne la hache et à noulectées aux XIXe-XXe siècles. Après nguistic derivation from a single Pre- veau la crosse. Finalement, haches
un rappel des connaissances ac Indo-European lexical item "stone (trente-neuf exemplaires) et crosses
quises à propos des haches figurées [weapon of -]", to be understood in a (dix-sept sont non seu
sur les monuments, on examinera Neolithic context. We may assume lement les signes les plus fréquents,
des traditions bretonnes associant le that, as an instrument of the passage mais aussi ceux qui présentent le
maillet à la mort et on prouvera leur from existence to nonentity and plus grand nombre d'associations
antiquité, avant de les expliciter par conversely, such a weapon was the avec les autres signes, et surtout
comparaison avec les armes fulgu obvious one to be engraved at the entre eux.
rantes dispensatrices de vie et de transition points (inside-outside, pas
mort des dieux du ciel indo-euro sage-chamber) in the passage graves Du répertoire des signes gravés péens ; on montrera ensuite que l'hé of Brittany, using a symbolism in ac sur les monuments mégalithiques, sitation entre hache, marteau, maillet cord with very many popular tradi deux seulement ont pu être unanet massue peut s'expliquer par une tions and archaeological finds. imement interprétés comme des figudérivation linguistique à partir d'un rations d'objets réels l'arc accommême réfèrent pré-indo-européen pagné de la flèche (rarissime), et la "[arme en] pierre", à comprendre hache ou herminette. On ajoute pardans un contexte néolithique. De ces fois que les motifs angulaires en "7" ■ INTRODUCTION ex cursus, il résulte qu'une telle pourraient être considérés comme arme, capable de faire passer de des haches emmanchées extrêmel'être au non-être et réciproquement, Rappelons tout d'abord que l'art ment stylisées (Shee Twohig, 1977 aurait été tout indiquée pour figurer mégalithique de l'Europe occidentale p. 23) ; il en va de même pour cersur les lieux de transition extérieur- est présent sur des monuments d'I taines croix à longue hampe, alors intérieur ou couloir-chambre des rlande, Angleterre, France, Espagne que les crosses ont été rapprochées tombes armoricaines, en raison d'un et Portugal cependant, le sujet qui des manches de hache à extrémité symbolisme funéraire que corrobo nous intéresse n'apparaît que dans recourbées. Bien que ce dernier rarent amplement les traditions popul l'ensemble artistique armoricain, par pprochement soit conforté par les staaires et les trouvailles archéolog ailleurs des plus riches et des mieux tistiques, les spécialistes ont préféré iques. étudiés. Les motifs utilisés dans cet comparer la crosse à certains objets
art comprennent essentiellement : en schiste de forme similaire décou
cupules, arceaux emboîtés, jugi- verts au cours des fouilles des ABSTRACT
formes (isolés ou parallèles), crosses grandes tombes à couloir des pro
vinces méridionales du Portugal, As countless popular traditions (isolées ou parallèles), croix, che
vrons, "écussons" {alias "scuti- about megaliths could not be revi dans un cadre culturel du Néoliformes" thique moyen concordant avec celui ewed here, the present study is del ou "idoles"), spirales,
cercles radiaires, quadrillages, pecti- des documents de l'ouest de la iberately limited to a corpus not di
niformes (alias "navires"), serpenti- rectly related to the monuments; but France. Ces deux types d'éléments
formes et haches (emmanchées ou ont été eux-mêmes rapprochés, likely to help the comprehension of
non). A partir d'un corpus de trente- only one element of the megalithic d'une part, d'une série de poteries
(groupes d'Alentejo, Montbolo, Fa- art, namely the engraved axes. It cinq tombes à couloir armoricaines,
B. Maisonneuve (1983) a établi pour guien, Chambon, Matignons, Salz- seems possible to ger round the :
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 996 / TOME 93, n° 3 288
munde) à décor de crosses doubles ments ainsi opérés risquent donc 1982 : fig. 1). Cet ensemble gra
(Cassen et L'Helgouac'h, 1992 : d'être purement formels, ainsi qu'il phique est d'autant plus remar
arrive régulièrement lorsque l'on p. 229) et, d'autre part, des crosses quable que la crosse isolée proche
en feuille d'or et en marbre découv compare des symboles très simples, de la hache emmanchée porte, dans
la partie inférieure, un "œilleton" ertes sur les sites chalcolithiques de et hors de leur contexte sémantique.
Varna et Dolnoslav (Bulgarie), ainsi identique à celui qui se trouve à l'e
On ne saurait trop insister en effet que de la statuette en argile d'une xtrémité du manche de plusieurs
sur la plurivocité des symboles qui, sorte de "dieu à la crosse", trouvée à haches gravées (dalle de couverture par nature, portent toujours plusieurs de la Table des Marchands à Loc- Svegvar-Tuzkôves (Hongrie) et ap significations en interaction : la sur mariaquer, orthostat C1 à Trois- partenant à la culture de la Tisza détermination (plusieurs sens pou(Cassen et L'Helgouac'h, 1992 Squelettes, dalles de couvertures vant s'attacher à chacun d'entre eux) RS4 de Grah Niaul et CS1 de Dissi- p. 227).
et la sur-symbolisation (un même gnac). Dans leur synthèse de ce dossier sens pouvant être porté par plusieurs
complexe, ces deux auteurs symboles) font que leur motivation Si des recherches ultérieures de
concluent que "l'on ne saurait peut justifier après coup n'importe vaient confirmer la relation sémant
confondre deux représentations quel couplage, mais ne permet d'en ique entre la hache et la crosse,
d'objets, hache emmanchée et prédire aucun de façon certaine. voire considérer celle-ci comme une crosse". Or il me semble qu'en réal Pourtant, il paraît souhaitable de dé euphémisation de la première, et si
ité, la confusion ainsi condamnée les signes en "7" étaient bien des passer le constat banal de l'exi
s'opère non entre "deux représenta stence d'un probable symbolisme des haches, ce dernier objet dominerait tions d'objets", mais plutôt entre signes répertoriés bien que, depuis la thématique de l'art armoricain à
deux éléments dont l'un est bien une les attaques portées contre le com une écrasante majorité. Mais en représentation d'un objet effectiv paratisme ethnographique par l'état actuel du savoir, il n'est encore
ement parfaitement connu et reconnu A. Leroi-Gourhan, ce projet passe aucune certitude à ce propos : il
(la hache polie, artefact souvent dé généralement pour irréalisable. Il est faut se contenter d'admettre que la couvert dans les tombes à couloir vrai que, dans la mesure où tout hache est l'objet identifiable le plus
gravées d'Armorique), alors que symbole est médiateur entre des souvent représenté et qu'elle est en
l'autre n'est qu'un symbole dont l'a partenaires se référant à une tradi outre la figuration la plus courante ttestation en tant qu'objet réel est en tion commune, il ne paraît guère de l'art mégalithique. On peut ajou
core discutable (M. Gimbutas y voit possible d'en saisir le sens dans ter que la fréquente représentation
même un "hameçon"). En effet, les l'ignorance de celle-ci, ou en es de la lame isolée (sans indication du
éléments de comparaison de l'E sayant de compenser cette igno manche) permet de penser que la
urope centrale ne remontent qu'au partie lithique de cet objet suffisait à rance par l'accès à d'autres tradiNéolithique récent hongrois dans un tions supposées apparentées ou porter le sens, voire, peut-être, cas, ou au Chalcolithique bulgare comparables. C'est pourtant bien ce qu'elle en était le seul élément signi
dans les deux autres. Pour ce qui fiant. que font les auteurs même les moins est des báculos du Portugal, actue enclins aux rêveries spéculatives, en
llement connus à une quarantaine Tout cela se constate surtout sur évoquant, à propos des báculos et des monuments contenant une ou d'exemplaires datés au plus tôt du des crosses gravées, tantôt la crosse milieu du IIIe millénaire, non seule plusieurs tombes à chambre et couldes pasteurs (et celle des évêques),
ment leur profil généralement épais oir ; leur répartition est centrée sur le tantôt le lituus des augures (Patte, Morbihan (vingt-neuf monuments) les éloigne morphologiquement des 1932 p. 26-27), ou le sceptre des
crosses gravées, mais l'interpréta avec deux extensions dans le Finispharaons (Cassen et L'Helgouac'h tion qu'en proposent les auteurs tère (quatre monuments) et la Loire- 1992 : p. 234), voire des éléments portugais les relie "ao culto do ma- Atlantique (deux monuments). En ce culturels empruntés à la Syrie, à la
chado encabado", c'est-à-dire "au qui concerne la chronologie de ces Crète ou au Badarien (Veiga Ferreira, culte de la hache emmanchée" (Da tombes à couloir armoricaines, on 1985 : p. 90-91). Mais en cette mat
Veiga Ferreira, 1985 : p. 89). Quant distingue habituellement trois phaière, l'accumulation de telles com ses : la première, au IVe millénaire, aux crosses représentées par paires paraisons ne saurait faire office de
symétriquement opposées sur les concerne des tombes à couloir démonstration.
poteries, en particulier dans le n simples et à chambre ronde ; la se
iveau d'habitat antérieur au cairn des La discussion reste donc ouverte, conde, au début du IIIe millénaire,
comprend des tombes quadrangu- Marchands, rien ne prouve qu'il soit et les seuls éléments indiscutables
dont nous disposons actuellement à correct de les rapprocher des laires et compartimentées ; la tro
crosses gravées sur les monu propos de l'art gravé mégalithique isième, qui s'achève avec la fin du
IIIe millénaire, est caractérisée par ments ; ces dernières n'apparaiss concernent l'association récurrente
de la crosse et de la hache. Cette des plans coudés (en T ou en V) et ent, selon cette disposition, qu'au
Mane-er-Hroeg, au Mane-Lud, et sur constatation dépasse d'ailleurs la des sépultures à entrée latérale se
la face principale du menhir de Ker- rgement le cadre armoricain, rapprochant des allées couvertes,
puisqu'on la retrouve à la Grotte de dans la mesure où la chambre funérmarquer ; les exemples de la "stèle
aux crosses" de la Table des Mar la Hache à Buthiers (Seine-et- aire n'y est plus différenciée du coul
oir d'accès (Maisonneuve, 1983 : chands et des dalles de Gavrinis Marne), site exemplaire par l'asso
sont abusivement associés à ce ciation d'une crosse et d'une hache p. 74-75). Aucune corrélation n'a pu
triangulaire à "manche en crosse" thème, puisqu'il ne s'agit plus là de être établie entre ces divers types a
tout à fait comparable aux manches rchitecturaux et le choix des signes paires opposées, mais d'un grand
nombre de figurations organisées découverts dans les gisements néo ou de leur emplacement ; par contre,
il est clair que la répartition spatiale symétriquement. Les lithiques des lacs de Suisse (Beaux, :
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de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 996 / TOME 93, n° 3 289 Bulletin
que le signe en chevron ne se trouve
qu'entre ces deux seuils, individual
ise le statut particulier de cette por
tion du couloir. De plus, aussitôt à
droite du premier seuil, une pierre de
calage surmontant l'orthostat R6
porte la figuration d'une hache em
manchée, alors que les deux ortho-
stats qui lui font exactement face
présentent, l'un la représentation
d'une lame de hache (L6), l'autre
celle d'une crosse (L5) : tout se
passe donc comme si les éléments
constitutifs du signe de droite (hache
à manche en crosse) avaient été dis
sociés sur les deux dalles opposées.
Ces éléments se retrouvent d'ailleurs
sur l'orthostat R8, le plus riche en Illustration non autorisée à la diffusion signes dans ce monument : on y r
econnaît bien la hache emmanchée,
mais aussi la lame seule, et la crosse
seule.
Dans l'ensemble, l'étude des mo
numents gravés confirme que le
choix des dalles portant les signes
ne s'est pratiquement jamais opéré
entre chambre et couloir, mais en
privilégiant d'une part le fond de la
chambre et d'autre part les lieux de
transition extérieur-intérieur ou cou
loir-chambre. Ainsi, par la seule ré
partition des gravures, et sans prêter
à celles-ci de signification particul
ière, B. Maisonneuve (1983 : p. 82)
a-t-elle pu conclure que leurs empla
cements "évoquent des rituels de
passage ou d'aboutissement".
En résumé, nos certitudes se rHaches miniatures en métal. 1 Island Bridge près de Dublin (Irlande), 15 cm éduisent à constater la présence maj4 Burgberg Talsen (Lettonie), 38 mm 5 Hollande, 56 mm 6 Environs de Kiev oritaire du signe de la hache sur ces (Ukraine), 53 mm 10 Ormehoj (Danemark), 41 mm 14 Ormehoj (Danemark),
mégalithes, selon une disposition qui 39 mm 15 Lettonie 16 Ultuna (Suède), 35 mm.
"Marteaux de Thor" découverts dans des sépultures médiévales. 2 Indvik (Nor connote le passage. Comme ces
vège), diamètre 28 mm 3 Gilton (Angleterre), longueur 29 mm 12 Svarta (Suède) monuments sont des tombes, la
diamètre 17 mm. question qui se pose est la suivante :
Haches-marteaux miniatures découvertes dans des sépultures mégalithiques. quel rôle peut bien jouer la hache 7 Ormehoj (Danemark), longueur 50 mm 8-9 : Egby (Suède), longueur 33 et 26 mm. lors du passage par excellence Gravures rupestres de personnages ithyphalliques maniant une hache. 1 1 Simris- qu'est le trépas ? lund (Suède), le personnage tient une hache géante 13 Tanum (Suède), un géant
ithyphallique brandit une hache au-dessus d'un couple in coïtu. (1-6, 12, 15-16, d'après
P. Paulsen ; 7-10 et 14, d'après M. Herity 11 et 13 d'après O. Almgren).
■ MAILLET, MORT, HACHE des décors n'est pas due au hasard ; de trente figurations de haches, em
en règle générale, ils se trouvent manchées ou non. Or, à l'exception
Ici interviennent les traditions pod'une part à l'entrée ou au fond du de la dalle de chevet C3, toutes sont
gravées entre deux "seuils" qui mar pulaires associant la mort et la couloir, d'autre part à l'entrée ou au
quent d'une part l'entrée dans la part hache, à commencer par le dossier fond de la chambre, ce qui peut s'i
du mel beniguet ou "maillet béni", nterpréter ainsi : l'entrée du couloir ie du couloir la plus décorée, d'autre
est un lieu de transition entre le composé des récits suivants, tous part l'entrée de la chambre il s'agit
monde extérieur et l'intérieur du mo donc là d'un signe du passage et de recueillis dans la zone de plus
nument, le fond du couloir et l'entrée l'aboutissement. La fonction symbol grande densité des tombes à
de la chambre indiquent le passage chambre et couloir. Aveneau de la ique du couloir, déjà supposée dans
entre ces deux parties, et le fond de plusieurs monuments mégalithiques Grancière rapporte qu'en 1830, un
paralytique du village de Poulharff la chambre marque l'endroit à partir de France et d'Irlande (Joussaume,
duquel la progression doit s'arrêter. 1985 p. 101 Masset, 1993 p. 123), (commune de Malguénac), demanda
Cela se constate tout particulièr est ici confirmée par l'analyse dét à un voisin d'aller emprunter au be
ement à Gavrinis, où se comptent plus aillée du décor : par exemple, le fait deau du village de Saint-Maltro, qui :
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"marteau" et les frappât de sa massue sacrée" en était le dépositaire, un pliquer comment, dès 1893, une
de pierre sphérique conservé dans (Sébillot, 1892). tradition connue des érudits locaux
un placard de la chapelle. Cet objet depuis une dizaine d'années à
Dans le dernier texte, l'allusion obtenu, une vieille femme l'éleva au- peine s'était déjà folklorisée au
aux "druides" fait évidemment sondessus de la tête du moribond, et point qu'un marguillier de village af
ger à quelque pseudo tradition cel- l'abaissa sur son front, en priant que firmait à Le Rouzic que le mel beni-
tomane comme il en a tant fleuri au guet était "autrefois" très utilisé. le vieil homme repose en paix par la
siècle dernier ; avant toute discussainte Trinité, au nom du Père, et du Aveneau de la Grancière écrit plus
sion, il faudrait s'assurer que l'e de cinquante ans avant la publicaFils et du Saint-Esprit ; aussitôt, il
nsemble de ce petit dossier correndit l'âme (Le Rouzic, 1939 : tion posthume du texte de John Au
respond bien à une tradition p. 27-29). En 1892, E. Enaud signale brey et neuf ans avant celle de
profondément populaire, et non à la que, dans le pays de Caurel, on Thoms, toutes deux supposées
folklorisation de propos érudits. conservait "dans le creux d'un if près faire connaître cette tradition ; par
Pour ce faire, il conviendrait de de la porte de l'église, où les clients ailleurs Le Rouzic dit en avoir été
posséder un témoignage antérieur à venaient le prendre pour leurs be également témoin "tout enfant", en
l'importante vague de "druidisme" soins", un objet localement appelé compagnie de son maître Miln, "mât" que suscitèrent les enquêtes de ; ce gros marteau en bois ser mort sept ans avant la publication
l'Académie Celtique fondée en vait à abréger l'agonie des anciens, du livre d'Aubrey. La cause est
1804. À ma connaissance, un tel d'où le dicton parfois prononcé dans donc entendue de ce côté, et l'all
document n'existe malheureusela région à propos des personnes usion aux druides, dans le texte de
ment ni en Bretagne ni en France, âgées et infirmes : "pauvre vieux, il a Cayot-Delandre, ne correspond
mais la solution du problème est l qu'à une greffe érudite tardive acété oublié ; si cela continue, il faudra
ivrée par un passage des Remaines bien aller chercher le mât bénit de tualisant une tradition véritablement
Caurel" (Enaud, 1892 ; Bonnemère, of Gentilisme and Judaisme, de ancienne en sacrifiant aux modes
1892 a). Ce dire est très proche John Aubrey (1626-1697) il cite du jour.
"The Holy-mawle Wich [they] hung d'autres, cités en breton par Z. Le Au tout début de ce siècle, une Rouzic : "Re vou kemiret er mel bé- behind the Church dore, Wich when folkloriste anglaise, Miss Ella Leatniguet ei vet i achiú". "II faudra the father was seaventie, the sonne her, s'interrogea sur le sens à donprendre le marteau béni pour le finir" might fetch, to knock his father in ner à une inscription gravée dans the head, as effaete, and of no et par G. Le Menn (1983 : p. 94) : une maison de retraite de Leomins- more use", c'est-à-dire "le marteau "Re Vo mont da vennigo an horzh da ter, juste sous la représentation Gorel". "Il faudra aller faire bénir le sacré qu'ils suspendent derrière la grossière d'un homme portant une porte de l'église, et que le fils peut maillet à Caurel". Selon une autre hache. Cette inscription disait "He aller chercher, lorsque son père atdéposition, cet objet appelé maël au that gives away all before he is dead rait été brûlé par une vieille femme teint soixante-dix ans, pour le frap I Let'em take this hatchet and per à la tête, puisque arrivé à bout, du bourg de Saint-Aignan (Bonne- knock him on ye head", "Celui qui et devenu inutile" {Oxford English mère, 1892 b). Enfin, au début du donne tout avant sa mort, qu'on le siècle, F. Loth rapporte qu'à Quel- Dictionary, s. v. "aul"). On ignore la frappe sur la tête avec cette hache" date de composition du livre d'Au- ven-en-Guern, il y avait "un mel beni- l'opinion populaire la reliait à la lbrey, dont le manuscrit fut déposé guet, sorte de boule en pierre de gra égende de fondation cette maison au British Museum en 1688 il fut nit que l'on place sur la tête du de retraite aurait été fondée en utilisé par Thoms en 1839 et publié malade dont on veut abréger l'ago 1736 par une veuve qui, ruinée par nie" intégralement en 1881 ; il n'a jamais (Loth, 1903-1904). Selon Z. Le cette action, aurait été obligée d'y été traduit en français (Dorson, Rouzic, les habitants de plusieurs vi finir le reste de ses jours. A tort ou 1968 : p. 9-10). Ainsi, à moins de llages possédaient de tels "mart à raison, Miss Leather rapprocha croire, contre toute vraisemblance, eaux", et il examina particulièrement ces faits du conte intitulé The Man que Sébillot, Enaud et Bonnemère, celui du Notério et les deux de la with the Hatchet, en se référant à qui écrivirent onze ans après cette chapelle de Saint-Germain dans la l'étude de G. L. Gomme, autre folkdate sans connaître, apparemment, commune de Brech : c'étaient des loriste qui concluait, en 1908, que les travaux des anglophones, aient boules de pierre de 12 cm de dia ce récit devait remonter à l'époque tous eu accès à ce texte, il faut bien mètre environ, conservées dans un où l'on utilisait un maillet pour tuer vieux buffet de la sacristie ; le ma- admettre que la tradition mention les personnes âgées (Leather, née par ces auteurs pour le Morbiguillier du lieu, interrogé en 1893, affi 1912 : p. 171-172). han de cette époque avait un horma qu'ils étaient très demandés autre
mologue dans l'Angleterre du XVIIe fois (Le Rouzic, 1939 : p. 29-30). Ainsi, en France comme en Anglet
siècle, qui échappa à la vague cel- On peut rapprocher ces documents erre, les premiers folkloristes ont
tomaniaque. Si le texte cité prouve d'une citation de Cayot-Delandre, pris cette tradition au pied de la
bien qu'elle remonte au XVIIe siècle rapportant que "sur le versant orient lettre, et n'ont pas douté un instant
et si, d'autre part, les folkloristes al de la montagne de Mané-Guen, du fait qu'autrefois, des vieillards au
français n'ont pu l'emprunter aux en Gesnin, se trouve une chapelle de raient été achevés de cette manière.
documents anglais, c'est que, dans la Vierge, sous le nom de N.-D. du Sans les suivre sur ce point, on peut
les deux cas, cette tradition est héMané-Guen. Les habitants du pays résumer le dossier ainsi : en Angle
prétendent que dans les temps recu ritée de conceptions antérieures. terre au XVIIe siècle, dans le Morbi
On ne peut supposer, pour un en han au XIXs une tradition aslés les vieillards lassés de la vie se
semble aussi complexe, l'effet d'un rendaient sur le sommet du mont, sociait la mort des anciens à l'action
afin que l'un des druides qui y fa phénomène de convergence. Dans d'un maillet généralement en pierre,
l'hypothèse contraire, il faudrait isaient leur séjour les en débarrassât quelquefois en bois. ;
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On ne manquera pas d'objecter homer, hamer, hamyr, hamur, ha- clume", "ciel" mais dans glosant le sanskrit aussi ouranos, ásman, que, dans toutes ces références, il mere, hamour, hemmir, à comparer d'Indra" au vieux-saxon hamur, au moyen- n'est pratiquement jamais question "pierre, projectile [en pierre]
"ciel" ; dans le prde hache, et que nous semblons hollandais et à l'hollandais hamer, au mais également
nous éloigner dangereusement de vieux haut-allemand hamar, à l'al égermanique *ahmon, "hache [de
pierre] fulgurante" mais encore notre sujet. Pour répondre à cela, il lemand Hammer, et au vieux norvégien "ciel" convient de procéder à quelques r hamarr. L'un des sens du mot norvé ; dans l'avestique asman,
"pierre, ciel" dans le gotique himins, emarques linguistiques. gien étant "pierre", cela renforce
l'apparentement avec le slave kamy "ciel", et dans le vieil islandais himin,
Premièrement, l'objet mentionné et le russe КаМеНб, "pierre", en sug "ciel". Cette association du ciel et du
dans les traditions bretonnes est ap gérant qu'à l'origine le mot signifiait projectile (marteau, hache) en pierre
pelé mel ou maël (francisé en mât), bien "marteau de pierre" {Oxford En s'explique par la principale caractér
mot dont le mawle ou maul anglais glish Dictionary, 1991, s. v. "Hamm istique des dieux fulgurants, qui est
paraît fort proche. Ces termes sont er"). de lancer la foudre sous la forme
tous apparentés au latin malleus, d'une arme de pierre ainsi de Thor
"marteau, maillet", également à l'or envoyant son hamarr, d'Indra lançant
igine des mots français mail, "gros Vàçman, "foudre", et de Perkunas
marteau de carrier ou de forgeron, lançant la hache akmuô, "éclair", ■ HACHES DE PIERRE, maillet", malh au XIIe siècle, таи, comme l'indique l'appellation de CÉLESTES "marteau de forge" au XVe siècle, et Perkuno akmuô où le second terme,
de leurs dérivés mailleau, mailloche, emprunté au germanique, désigne Voici pour la pierre. Mais commaillochon, mailler, "frapper dur", "la pierre de Perkunas", mais aussi le ment passer du marteau à la hache ? maillocher, "battre, broyer le lin", mall dieu lui-même. Le dossier linguistique doit ici s'enriéable, chamailler, chamailleur, etc.
chir d'éléments mythologiques : le Ces apparentements remontant à
On peut rapprocher de ces termes marteau de Thor, appelé tantôt ha un héritage pré-indo-européen, il faut
le vieux slavon mlatû, dérivé du russe marr et tantôt Mjollnir, est lui-même considérer *Haek'mon dans le
mólot, "marteau" à la même famille parent du russe mólnija, du vieux- contexte culturel du Néolithique : il
appartiennent aussi le roumain maiu, prussien mealde, et du gallois mellt, s'agit d'une nominalisation de l'ad
l'italien maglio, le frioulan mai, le pro qui tous trois signifient "éclair", ainsi jectif *Haek'- {*ak'~ sans laryngales,
vençal malh, le catalan mail, le portu que du vieil-islandais mylln, qui veut d'où par exemple le latin acus), dire "feu" gais malho, le basque mailu, le dans le Nord, la foudre "hache, chose pointue", ayant forcé
moyen anglais meallen, l'anglais mal- est encore souvent appelée mjôln ment pour réfèrent un instrument de
let/mail et le hollandais malie (Paulsen, 1939 : p. 192). Nous pierre. Par neutralisation des traits
"maillet", ainsi que les dérivés italien sommes donc en présence d'un cas onomasiologiques "aigu" ou "pierre",
magliare, français mailler, provençal où l'objet caractérisant ce dieu est ce terme en est venu à désigner tan
malhar, catalan mallar, espagnol désigné par deux termes dont l'un tôt la pierre en général — et il a été
majar, portugais malhar "marteler" appartient à la série hammer, et alors utilisé pour désigner par méta
(Meyer-Lùbcke, 1935, s. v. malleus ; l'autre, mel-lmal-, réunit les sens de phore les effets sonores et destruc
"marteau en pierre" et de "éclair". Ernout-Meillet, 1951 p. 677). teurs du tonnerre sur les arbres — et
Or, le linguiste J.-P. Maher a montré tantôt la hache, d'où la connotation Le breton mel est à apparenté que le vieil-islandais hamarr, "mar fulgurante de celle-ci. Par métonymplus étroitement à l'irlandais moyen teau [en pierre] de Thor", remonte à ie, cet aspect particulier du ciel mell et à l'irlandais moderne meall, un radical pré-indo-européen qu'est la foudre a servi pour désigner "balle, ballon, petite colline" le bre Haek'm-n/r- qui avait deux sens : le firmament en général, d'où le sens ton vannetais mell, "pilon, marteau aiguisée" (voir le litu"chose aiguë, de "ciel" dans une autre série de déde forgeron", a un dérivé irlandais anien asmens, "tranchant", d'où un rivés de *Haek'mon comprenant l'anmaoilin, "marteau de forgeron" ; tous développement en "hache [de glais heaven, l'allemand Himmel, le ces rapprochements suggèrent pierre]" : le sanskrit açman, "project vieux norrois himenn (gotique hil'existence d'un radical celtique ile [arme en pierre] d'Indra", le pr mins), ainsi que le sanskrit açman, commun désignant "un objet de égermanique *ahmon I *akmon, "ha l'avestique asman et le grec aK/xcov, forme arrondie sans saillie ni pointe, che [de pierre] fulgurante", le déjà mentionnés (Hamp, 1967 : de plus ou moins grande dimension" vieil-islandais hamarr déjà ment p. 85; Maher, 1973 : p. 449). (Loth, 1927), description qui convient ionné, et l'emprunt lituanien akmuô,
bien aux boules mentionnées dans Cette constellation lexicale et my"hache [en pierre] de Perkunas", les récits bretons, et dites mel beni- thologique est à l'origine des tradiainsi que le slave kamen- "pierre" et
guet. Or les boules en question sont tions populaires qui considèrent la "pierre à affûter" en Carinthie, se ra
en pierre, ce qui se retrouve dans le foudre comme une hache de pierre ttachent tous à ce radical (Maher,
sens de "gros caillou, rocher, falaise lancée par le dieu de l'orage, d'où 1973). rocheuse" attesté en zone pyré les noms donnés en Europe à la
néenne pour mail, mailloque, maillas, Il est remarquable qu'en german hache polie : "pierre de foudre" en
malheda, mallarrou, mallo (Wartburg, ique, indo-iranien, grec, balte et français et les variantes occitanes
1969, 6/I p. 119-120). L'hypothèse slave, tous ces mots signifiant Peyres de toun, Peiro de troun, Pei-
"pierre" et par extension "hache, d'un sens originel "marteau de ros de Trouneire, etc., men gurun en
pierre" est confortée par l'étude du marteau, hache-marteau", désignent breton, piedras de rayo, "pierres
mot anglais hammer ; donné en l'an aussi le ciel, et parfois les dieux fu d'éclair" en espagnol, ascia de raju
mil comme synonyme de malleus, lgurants. Cette polysémie est mani en italien, Donnerstein, Donnerbeile,
ses formes anciennes sont hamor, feste dans le grec aK/xwv, "pilon, Donneraxt et Donnerkeil en allemand, :
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thunderstone et Thenderbolt en an pour tuer, mais aussi pour ressuscit cipe". Il a pour homologue en Gaulle
er, par exemple ses boucs Tann- glais, donderkeil et dondersteen en le Jupiter indigène appelé Taranis,
hollandais, Tordensten en danois, gniost et Tanngrisnir dans la Gylfa- "le Tonnant", ou Sucellos, "Le Bon
Thornkilen, Thorkil, Thorensten et ginning (Sturluson, 1991 : p. 77). Frappeur", également ouranien, ith
Thorsten, "Pierre de Thor", en sué Mjollnir sert aussi à consacrer le bû yphallique, et doté de la Massue
dois, ukonnuoli, "trait d'Ukko" en fi cher funèbre de Baldr c'est encore (Duval, 1976 p. 29, 62-64 Sterckx,
nnois, Perkúno Akmuô en lituanien, lui qui évoque dans les inscriptions 1986 p. 55). Le nom de Taranis, à
kámen hromový, "pierre de tonnerre" rapprocher du gallois taran et du vieil runiques du type de celle de la stèle
irlandais torann, "tonnerre" (Lambert, en Moravie, Bajan-gœ ge en lapon, de Virring Randers au Jutland : Thur
astropeleki, "hache du ciel", en grec, uiki thisi kuml, "Que Thor consacre 1994 : p. 60), évoque une altération
tela louis, "projectiles de Jupiter" en ce tumulus". Dans ce contexte, le par métathèse du théonyme Tanaros
latin, etc. (Blinkenberg, 1911 Sain- verbe vfgja signifie à la fois "consa attesté sur une inscription de 154
crer" et "tuer" la puissance ma après J.-C. (Renauld-Krantz, 1972 : tyves, 1934 et 1939 ; Patte, 1954
Haussig, 1973 ; Maher, 1973 : gique de Mjollnir, qui est aussi celle p. 111, n° 2) ; il est semblable au
p. 446). L'ancienneté de ce type de la foudre, consacre tout ce qu'il germanique commun *Thunraz d'où
d'appellation ressort de l'expression touche, que cela soit en ressuscitant proviennent les noms de Thunor en
asmadidyu, attestée dans le Rg-Veda (par exemple les boucs) ou en tuant vieil anglais, Thunœr en vieux saxon,
Donar en vieux haut allemand et bien et formée avec didyut, "éclair", sur le (par exemple le roi des géants, dans
terme asman dont les connotations la formule Thur uigi thik trutin, "Que sûr Thor, ou Thorr en vieux norrois
lithiques ont déjà été citées (Lommel, Thor te consacre, roi des géants"). Thorr. Tous ces noms sont construits
1955 : p. 264-sq.). Quant au nom de Sur la stèle de Lundbo en Norvège, sur une racine indo-européenne dé
střela donné à l'arme du dieu Perun, une variante de la représentation du signant le tonnerre. Par ailleurs, du
il signifie ordinairement "flèche" en côté gallois, le Mabinogi (*Ma- marteau est accompagnée d'une ins
poniaca : "Histoires relatives à Ma- cription qui dit : "Que Thor, le dieu slave commun, mais les střely sont
aussi les haches polies encore appe très puissant, prenne avec lui le ponos") rapporte que ce Dieu-Père
corps qui gît sous cette pierre" (Paul- lées piorunowy klin, "traits de de la mythologie celtique eut un fils
Perun", en Pologne et gromovye sen, 1939: p. 129-130). Pryderi, alias Mabon, qui correspond
střely, "projectiles du tonnerre", en à l'Apollon Maponos gaulois, théo
Dans l'Inde ancienne, Indra est nyme construit sur le terme *mapos Ukraine (Gimbutas, 1973 b). muni d'une arme rituelle comparable "fils" à l'aide du suffixe -onos (Gruf-
à celle de Thor et appelée vajra, "la Donc, et en quelques mots, le fyd, 1912). Certains textes l'appellent
nom de l'arme divine fulgurante s brûlante arme de pierre", c'est-à-dire aussi Mabon ab Mellt, c'est-à-dire
"la foudre", imaginée sous la forme ignifiait simplement au départ "arme "fils de Mellt" (Lambert, 1993 de pierre" ; il a été d'une part élargi d'une massue ou d'une hache de p. 1 57). Mellt étant le nom gallois de
aux sens de "ciel" et de "foudre", et pierre lorsque Indra l'utilise contre l'éclair, ce "Mabon fils de l'Éclair" est
Vrtra, le Rg-Veda compare le dieu à d'autre part spécialisé dans ceux de comparable au dieu gaulois Taranuc-
"marteau" et de "hache". Par usure un bûcheron frappant un arbre de sa nos, "fils de Taranis" ou "Fils du Ton
hache. Ce vajra correspond au vazra sémantique, la motivation première nerre" (Sterckx, 1989). Or ce nom de
avestique (la "massue" de ViBra), de ces différentes acceptions fut ou Mellt se rattache à la même racine
bliée, les développements de la dont le nom a donné le persan gurz indo-européenne que Mjollnir et que "massue" (Dumézil, 1948 : p. 138 ; technologie ont rendu impossible mel beniguet, à savoir *mel- dont le
l'appellation de la hache et du mar Lommel, 1955 p. 269-270). On premier sens est "écraser", mais qui
peut trouver une confirmation de ce teau par un seul et même mot... Thor comporte également des connotat
manie donc un objet appelé "mar qui a été dit plus haut à propos de la ions liées à la puissance génésique teau" (hammarr) et non "hache" (vieil parenté originelle entre hache et (Sadovszky, 1973 : p. 88) se retrou
marteau, dans le fait que ce mot perislandais ox, ox, apparenté au latin vant par exemple dans le breton mel-
ascia pour *acsia et au gotique aqizi san gurz est lui-même devenu en lek, "viril", et renvoyant au motif de la
voir l'allemand Axt et l'anglais axe), morve uzer, vizir signifiant "hache", foudre brandie par un dieu ithypahl-
alors qu'en finnois, il devenait vasara mais qui n'est autre que la foudre lique. Cette même racine se reconqui veut dire "marteau" (voir le lapon qui, elle, est justement appelée naît d'ailleurs dans le nom de la
vœcer, qui a le même sens). Ainsi, le "hache". milna, arme du dieu foudroyant des
mot qui, dans l'Inde ancienne, dési Baltes Perkunas (letton Perkons) trgnait la "massue" ou la "hache" aversant le ciel dans un chariot tiré
d'Indra en est venu à désigner le par un bouc : comme celle de Thor, "marteau" de Thor (Renauld-Krantz, ■ LA HACHE QUI TUE elle revient dans sa main d'elle-
1972: p. 128). ET RESSUSCITE même après qu'il l'ait lancée (Gimbut
as, 1973 a). Thor et Indra ont un correspon
Voici donc éclairci le rapport mar dant au sein du panthéon des Celtes La massue du Dàghdha possède
teau/hache. Mais il nous faut mainte insulaires, en la personne du "un bout violent et un bout aimable",
nant boucler la boucle, en élucidant Dàghdha Ollathair, "Père Universel" et placer le premier sur la tête de
celles des connotations de cet objet ithyphallique armé d'une massue neuf hommes les tuait en un clin
qui le prédisposaient, dès le Néoli merveilleuse et tonnante, qui lui per d'œil, alors qu'y poser l'autre les res
thique, à en faire un symbole funér met de tuer les vivants et de ressusc suscitait immédiatement (Le Roux,
aire. Il convient tout d'abord de se iter les morts, c'est-à-dire, selon la 1960 p. 361-363 ; Guyonvarc'h,
souvenir que, dans la mythologie 1961 : p. 345). Mais cet aspect formulation de Cl. Sterckx (1986),
nordique, le "marteau" de Thor est "de régler les passages de la virtual double de l'arme du dieu, dispensat
utilisé par ce dernier non seulement ité à l'existence et de l'être au rice de mort et de vie, n'est pas :
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propre à la mythologie celtique, par le dieu fulgurant Perun. Sous p. 22-33). Le bruit que fait la vrillette
puisque le Mjollnir que Thor utilise forme d'une hache polie, on la place en rongeant le bois est un intersigne
de mort en Ecosse, au Pays-de- contre Hrungnir, le serpent ou les sous le lit des parturientes afin d'aider
géants, lui permet aussi de ressuscit les naissances, ou bien on la réduit en Galles et en Bretagne, où on appelle
er ses boucs, et qu'il est également une poudre qu'on leur fait boire diluée cet insecte morzholig an Ankoù,
"petit marteau de la mort" (Even, lancé dans le giron de la fiancée de manière à faciliter l'accouchement.
pour la "consacrer" et la féconder, En Pologne, on utilise des "pierres de 1951 p. 168 ; Le Braz, 1994
tonnerre" aux mêmes fins (Blinken- selon une conception qui fut chris p. 1184). Du reste, l'intersigne de
tianisée, ainsi qu'en témoignent les berg, 1911 p. 100 ; Saintyves, 1934 mort (spermant) le plus fréquent en
paroles prêtées à la Vierge Marie par p. 230) ; en Suède, on place une Bretagne et au Pays-de-Galles est
un texte médiéval allemand Der hache polie dans le lit des femmes en un bruit de marteau (Cadic, 1914 :
smit ûz Oberlande warf sînen hamer couches (Sébillot, 1990 p. 23), alors n° p. 24). 288 Chez Le Braz, les Russes 1994 de p. la région 1185, in mîne schôz, "Le forgeron de là- qu'en Ukraine, les accouchées doi
haut jeta son marteau dans mon vent s'asseoir sur une hache polie de Kerensk, lors des inhumations,
sein" (Renauld-Krantz, 1972 p. (Gimbutas, 1973 b : p. 476). En Hesse une vieille femme frappait avec une
131). Et le dorje qui, au Tibet, dé et en Lituanie, on en place une sous le hache l'endroit où le corps avait r
signe le vàjra dérobé à Indra par lit nuptial pour avoir des enfants r eposé (Gimbutas, 1973 b p. 477).
obustes (Patte, 1954 p. 13). En Dans l'Irlande du XXe siècle, on a justBouddha, possède des connotations
similaires, puisqu'un coït est mimé France, des coutumes similaires sont ifié par un argument chrétien la cou
lors de son usage rituel (Blinkeberg, signalées : en Gironde comme en Al tume de mettre un marteau dans les
1911 :p. 45). sace, on frotte le ventre des partu cercueils, en affirmant que c'était
rientes avec une hache polie (Harmois, "pour frapper à la porte du Purgat
Finalement, il faut admettre un ap oire" (De Vries, 1975 p. 101). Dans 1928 : p. 142 Sébillot, 1990 p. 23),
parentement profond entre les mas la Lituanie du XIXe siècle, les morts tandis qu'à Geay (Deux-Sèvres) on fait
sues de vie et de mort de Sucellos prendre leur poudre aux femmes en étaient pourvus d'une hache afin de
ou du Dághadha et le mjollnir de gésine (Archives départementales de pouvoir se défendre contre les es
Thor, eux-mêmes à rapprocher de la la Vendée 59-J-25-5). prits mauvais (Gimbutas, 1953
milna de Perkûnas, de la střela de p. 53) ; un texte du XVIIe siècle t
Perun, de la bipenne de Jupiter Doli- Selon la Thrymskvida, texte de émoigne d'une coutume similaire prachenus et du vajra d'Indra (Gimbu- VEdda poétique, la fécondité des tiquée par les Lapons (Scheffer,
tas, 1973 a : p. 475 ; Sterckx, 1986 unions nouvelles était obtenue en les 1667 : p. 100). En France, notam
consacrant avec Mjolnir, selon un p. 61). ment en Vendée, on déposait en
thème illustré au moins deux millé core, au début de ce siècle, une
naires plus tôt non seulement sur hache polie dans les cercueils ou
des gravures rupestres de Scandinav dans la bouche des défunts, en affiie — à Tanum un homme brandit rmant que "le mort s'en servait [...] ■ RESUMONS : LA HACHE une hache au-dessus d'un couple pour reconnaître sa route quand il reET LE GRAND PASSAGE (fig. 13) — mais aussi sur celles du venait parmi ses proches", ou bien
cours supérieur de l'Irtych dans qu'elle l'empêcherait de "discuter Résumons à nouveau : la concept l'Altaï (Tchernikov, 1947). A Simris avec trop de vivacité devant ses ion indo-européenne du dieu fulgu (Schonen), l'ithyphallisme du porteur juges souverains" (La Chesnaye, rant associe des connotations géné- de hache (fig. 11, 13) rappelle celui 1906). En Bretagne, un homme de siques et mortifères, cet être du dieu, et montre bien qu'il s'agit Corseul demanda lui-même à être ithyphallique et/ou Dieu-Père universel d'une représentation en rapport avec enterré avec, dans les mains, son maniant une arme de pierre tonnante un rite de fécondité. Du reste, au chapelet et une hache polie ; un et fulgurante (massue, hache, maillet siècle dernier encore, en Norvège et autre habitant du même village tenait ou marteau) susceptible à la fois de en Suède, une hache véritable était de ses ancêtres une hache polie qu'il faire passer de vie à trépas et de r remise au fiancé juste après le mar prêtait régulièrement à ses voisins amener les morts à la vie. Là se trouve iage. pour que les agonisants puissent apparemment la clé du problème l'embrasser (Harmois, 1928 p. 124- Dans les pays celtiques, la mort posé tout au début. Dans la mesure 125). est personnifiée par YAnkou en Breoù cette arme est l'instrument de la
tagne, VAncow en Cornouailles ou La dernière tradition citée rappelle consécration et du passage par ex
VAnghau au Pays-de-Galles. Ces fortement celle du mel beniguet : cellence, elle est prédestinée à deven
noms supposent un vieux-celtique ir un symbole de ce grand passage l'erreur de la plupart des folkloristes
*ankauos, où -л/с- représente l'état qui en ont parlé est d'avoir cru que qu'est la mort conçue comme la nai
ce "marteau béni" servait réellement ssance à une vie dans l'au-delà. Les réduit de la racine *nek-, qu'on re
trouve dans le grec vskpos, et le latin à achever les agonisants. Il suffit de multiples concordances évoquées
plus haut démontrent le caractère hé nex, necare (Even, 1951 : p. 168). Or relire les témoignages pour s'apercev
l'Ankou était, à l'origine, armé non rité d'une telle conception, qui a oir qu'une telle pratique est incon
pas d'une faux, mais bien d'une cevable ; l'usage de cet instrument laissé, dans les langues et les tradi
tions européennes, des traces dont massue (Le Roux, 1951 p. 166 ; Le était intégré à un cadre de
Menn, 1979 : p. 8-23) visible encore les exemples sont si nombreux qu'on croyances ; en réalité, il ne servait
sur les rares sculptures ayant pas à donner la mort, mais à perne peut en livrer ici qu'un échantillon
échappé au travestissement médiév mettre la "bonne mort" à laquelle asnage.
al commun il en frappait la tête pire tout chrétien, ce qui ne préjuge
des morts de l'année à venir (Gri- L'arme pourvoyeuse de vie se re en rien d'une motivation différente à
trouve en Lituanie, où on la dit lancée court, 1955 p. 158, Cadic, 1922 haute époque. Nous avons assez vu :
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 3 294
que la propriété essentielle du *mel- berg, 1911 p. 83, n° 73) un fra grès décorée de cinq "cup marks",
est de permettre le passage de vie à gment de hache polie en amphibolite de deux poignards et de deux
était soigneusement rangé dans une haches typologiquement proches de trépas et vice-versa donc, dans une
optique chrétienne, de permettre escarcelle au sein d'une sépulture celles de Ri Cruin, toutes gravures à
qu'à la mort sur terre succède immé mérovingienne de Meurthe-et-Mos propos desquelles on a parlé de
"sub-megalithic tradition" diatement la naissance au Ciel. En elle (Salin et France-Lanord, 1946 (Pigott,
douterait-on, qu'il suffirait de citer le p. 225 et fig. 32) des haches plates 1939). En Suède, la tombe de Kivik
rituel bien connu qui suit la mort du évoluées figurent en nombre dans porte deux haches gravées qui ont
les tombes Wessex du groupe Bush- pape, et qui a encore été pratiqué été rapprochées des deux paires de
pour Pie XI et Pie XII : dès le décès, Barrow ; dans la tombe de Moot Low haches, du Bronze récent provenant
le cardinal camerlingue frappe trois (Derbyshire) une hache à bords fins de Brondsted Skov près de Vejle au
et décor en "rainpattern" fut découvfois le front du pontife avec un petit Danemark, et d'Eskilstuna en
marteau d'argent en l'appelant par Suède celles-ci étaient parfaitement erte à la tête d'un défunt, avec le
son nom de baptême, puis, se tour tranchant disposé vers le haut inutilisables à des fins pratiques,
nant vers les assistants, il dit : "// (Schmidt, 1980 p. 312), etc. Les puisque se composant d'un cœur de
papa è realmente morto" ; après quoi documents, trop nombreux pour être terre cuite recouvert de bronze et
on brise le sceau qu'il utilisait pour tous mentionnés, n'ont sans doute d'or, avec incrustations d'ambre
sceller ses documents officiels... On pas toujours assez retenu l'attention (Jankuhn, 1973). Enfin, le thème de
ne saurait trouver plus belle christia- des observateurs, et aucun argument Yascia, en tant que symbole funér
nisation du *mel- pourvoyeur de vie n'est jamais utilisé pour justifier l'a aire, ne fut peut-être pas indemne
et de mort, d'autant plus que Tertul- ffirmation selon laquelle il s'agit bien de l'influence d'une telle imagerie,
lien (ad Nation. 1.10.47) rapporte de marques de prestige ou de la pro qu'on pourrait dire "de la hache ins
qu'en Gaulle, on l'utilisait déjà à la priété personnelle du défunt. A pro crite sur la tombe".
mort des gladiateurs vaincus, pos de ce type de coutume, on peut L'habitude de placer dans les puisqu'on les frappait semblable- encore rappeler les quatre hachettes tombes des amulettes en forme de ment d'un petit maillet. en fibrolithe découvertes à Gavrinis, haches minuscules et non fonctiondont une déposée sous le seuil de la nelles (fig. 1, 4-6, 14-16) est attestée Des confirmations archéologiques chambre du couloir et une autre à dans les Passage Graves d'Irlande et de tout ce qui précède seraient à r l'entrée de ce dernier, lieux dont du Danemark, où l'on a trouvé de echercher dans trois directions per nous avons déjà remarqué qu'ils minuscules imitations de hache- sistance de la tradition du dépôt de connotent le passage. marteau (fig. 7-10) mesurant en gémarteaux ou de haches en viatique
La persistance de la coutume de néral de un à trois centimètres de dans les sépultures persistance de
figurer des haches sur les tombes long et du même type que les vérla coutume de figurer des haches sur
est illustrée par les sépultures armor itables haches : elles sont très sembdes tombes et enfin, de
icaines, mais aussi par de nombreux lables entre elles, bien que l'ambre l'habitude de placer dans les tombes utilisé pour les exemplaires danois exemples plus récents. Les plus des amulettes en forme de haches.
connus sont, pour le Néolithique final ait permis une meilleure finition de
Durant plusieurs millénaires et du Bassin parisien, les allées cou ceux-ci. Cette similitude est un des
jusqu'au XIXe siècle en France, en I vertes de Marly-le-Roi (Peek, 1975 : arguments avancés par M. Herity
rlande et en Lituanie, des haches po p. 108) et surtout d'Aubergenville pour supposer une influence bre
lies ont été déposées en viatique (Peek, 1975 p. 34) dans ce dernier tonne transmise avant ou après "the
dans les sépultures, comme gage de monument, deux haches, dont une fashion of depicting axes in the mural
art of Brittany" (Herity, 1973 : p. 134, survie. Rappelons simplement qu'on emmanchée, sont gravées sur la
fig. 2). Par ailleurs, à la fin du Néolien a retrouvé à Phaistos, dans des dalle marquant la transition entre
thique, des "maquettes" de haches tombes mycéniennes, (Blinkenberg, l'antichambre et la chambre, selon
1911 p. 22-23, 108), mais aussi une disposition qui rappelle celle du en calcaire, qui n'avaient sûrement
dans des sépultures gallo-romaines décor des tombes morbihannaises. aucune fonction pratique, ont été dé
posées dans les "henges" de Llan- (Patte, 1954 p. 3) ; des haches de En Allemagne, une dalle d'une tombe
bronze à bords fins ont été décou à Schnurkeramik (céramique cordée) degai, Woodhenge et Stonehenge
vertes dans les tombes de Wood- de la région de Merseburg était gra (Schmidt, 1980). Une minuscule
henge à Mount Pleasant (Dorset) ; la vée d'une hache (Pigott, 1939 hache-marteau de pierre crayeuse
hache plate en bronze de Carrowlis- évoquant un type du Néolithique rép. 296). En Ecosse, sur une dalle de
dooaun, dans le comté irlandais de la tombe centrale de Ri Cruin, une cent provient d'une tombe de l'Age
gravure "pectiniforme" interprétée Mayo, a été trouvée au fond d'une du Fer récent du Gotland (Paulsen,
tombe (Schmidt, 1980 : p. 312) ; à comme un bateau voisinait avec au 1939 fig. 100-1). En Allemagne,
Syracuse, une hache polie était moins six figurations de haches mét des haches miniatures se trouvent
posée sur la poitrine du squelette encore sporadiquement dans des alliques à rapprocher du type irla
d'une femme chrétienne du nom ndais de Killha (Craw, 1930 fig. 16). sépultures hallstattiennes et, pour la
période romaine, on peut citer les d'Epiphania, dont la tombe était A Nether Largie, la dalle de couver
datée de 350 après J.-C. (Blinken ture d'une autre tombe portait les pendentifs d'or et d'argent en forme
de hache dans les tombes de Hass- berg, 1911 : p. 101) dans des gravures de quatorze haches plates
leben et du cimetière de Marosszen- tombes du Danemark, des haches typologiquement comparables aux
polies sont souvent accompagnées haches de cuivre du type de Lough tanna (Jankuhn, 1973 : p. 565,
de pierres rubéfiées, ce qui a été Ravel (Craw, 1931 : fig. 4). En An fig. 125). En Suède, Danemark, All
rapproché du passage de VEdda où emagne, de nombreux pendentifs de gleterre, on connaît le cas du tumul
Thor utilise Mjollnir pour consacrer le us de Badbury (Dorset) au bord du petite taille en forme de "marteaux
de Thor", parfois en ambre et fixés à bûcher funéraire de Baldr quel on a découvert une dalle de