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Néotectonique, terrasses et niveaux marins de la plaine du Sélé (Italie du Sud) - article ; n°1 ; vol.12, pg 3-11

De
10 pages
Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1975 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 3-11
L'étude morphologique et sédimentologique des terrasses de la Plaine littorale du Sélé (Italie du Sud) permet d'y discerner trois nappes alluviales. Les cortèges de minéraux lourds qu'elles contiennent et leurs rapports avec les paléo-rivages mettent en évidence que les deux plus basses sont tardives et d'origine eustatique (interstade Würm II — III, puis post-Würm). La plus haute est d'origine climatique (Riss ? ). La néotectonique joue un rôle important dans l'élaboration de la terrasse intermédiaire et dans ses rapports avec les autres nappes.
Lo studio morfologico e sedimentologico delle terrazze della Pianura litorale del Sele (Italia Meridionale) permette di distinguervi tre falde alluvionali. I seguiti di minerali pesanti ch'esse contengono ed i loro rapporti con le paleo-rive mettono in evidenza che le due più basse sono tardive e d'origine eustatica (interstadio Würm II — III, poi post-Würm). La più alta è d'origine climatica (Riss ? ). La neotettonica svolge un ruolo importante nell'elaborazione della terrazza intermedia e nei suoi rapporti con le al tre falde.
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Mireille Baggioni
Néotectonique, terrasses et niveaux marins de la plaine du Sélé
(Italie du Sud)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 12 - Numéro 1 - 1975. pp. 3-11.
Résumé
L'étude morphologique et sédimentologique des terrasses de la Plaine littorale du Sélé (Italie du Sud) permet d'y discerner trois
nappes alluviales. Les cortèges de minéraux lourds qu'elles contiennent et leurs rapports avec les paléo-rivages mettent en
évidence que les deux plus basses sont tardives et d'origine eustatique (interstade Würm II — III, puis post-Würm). La plus haute
est d'origine climatique (Riss ? ). La néotectonique joue un rôle important dans l'élaboration de la terrasse intermédiaire et dans
ses rapports avec les autres nappes.
Riassunto
Lo studio morfologico e sedimentologico delle terrazze della Pianura litorale del Sele (Italia Meridionale) permette di distinguervi
tre falde alluvionali. I seguiti di minerali pesanti ch'esse contengono ed i loro rapporti con le paleo-rive mettono in evidenza che le
due più basse sono tardive e d'origine eustatica (interstadio Würm II — III, poi post-Würm). La più alta è d'origine climatica (Riss
? ). La neotettonica svolge un ruolo importante nell'elaborazione della terrazza intermedia e nei suoi rapporti con le al tre falde.
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Baggioni Mireille. Néotectonique, terrasses et niveaux marins de la plaine du Sélé (Italie du Sud). In: Bulletin de l'Association
française pour l'étude du quaternaire - Volume 12 - Numéro 1 - 1975. pp. 3-11.
doi : 10.3406/quate.1975.1252
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1975_num_12_1_1252de l'Association française Bulletin 1975-1, page 3-1 1
pour l'Etude du Quaternaire
NÉOTECTONIQUE,
TERRASSSES ET NIVEAUX MARINS
DE LA PLAINE DU SÉLÉ (ITALIE DU SUD)
par Mireille BAGGIONI
RESUME
L'étude morphologique et sédimentologique des terrasses de la Plaine littorale du Sélé (Italie du Sud) permet d'y discerner trois
nappes alluviales. Les cortèges de minéraux lourds qu'elles contiennent et leurs rapports avec les paléo-rivages mettent en évidence
que les deux plus basses sont tardives et d'origine eustatique (interstade Wurm II — III, puis post-Wurm). La plus haute est
d'origine climatique (Riss ? ). La néotectonique joue un rôle important dans l'élaboration de la terrasse intermédiaire et dans ses
rapports avec les autres nappes.
RIASSUNTO
Lo studio morfologico e sedimentologico délie terrazze délia Pianura litorale del Sele (Italia Méridionale) permette di
distinguervi tre falde alluvionali. I seguiti di minerali pesanti ch'esse contengono ed i loro rapporti con le paleo-nve mettono in
evidenza che le due più basse sono tardive e d'origine eustatica (interstadio Wurm II — III, poi post-Wurm). La più alta è d'origine
climatica (Riss ? ). La neotettonica svolge un ruolo importante nell'elaborazione délia terrazza intermedia e nei suoi rapporti con le
al tre falde.
Dans la région campanienne, à 100 km environ au villafranchienne et post-rissienne. Localisés sur les
S de Naples, la plaine du Sélé est, sur la côte Ouest, versants N de la plaine, ces mouvements ont un rôle
la dernière grande plaine littorale. Elle forme un orogénique essentiel, provoquant une érosion intense
triangle dissymétrique de 30 km de long sur 1 5 de le long des plans de faille. Au Sud de la Plaine
large, très peuplé et scrupuleusement cultivé, qui l'orogenèse fut, en revanche, plus précoce et les
grands horsts monoclinaux — dont la direction est s'élève lentement du niveau de la mer à l'W, à
100-120 m d'altitude au N.E. Ce profil en vaste plan d'ailleurs étrangère aux limites actuelles de la
incliné contraste avec les versants raides — voire plaine — n'ont connu au Quaternaire que des rejeux
verticaux — caillouteux et dénudés, qui forment limités.
l'arrière-pays (Baggioni M., 1973). Face à ces données lithologiques et structurales
Les versants qui encadrent la Plaine n'en diffèrent complexes, la plaine ne présente à l'affleurement
pas seulement par leurs paysages, mais aussi par que des dépôts alluviaux : fluviaux ou fluvio-
leurs données géologiques : deux puissantes séries de lacustres en amont, lagunaires avec les travertins de
calcaire du Trias au Miocène, couronnées de nappes Paestum en aval, éoliens avec les 2 dunes, fossile et
de Flysch allochtones constituent les Monts Alburni, actuelle, qui courent parallèlement au rivage. Les
Soprano et Sottano au S et les Mts Picentini au N, alluvions du Sélé et du Calore se disposent en 2 ou
au pied desquels d'épaisses colluvions du quaternaire 3 terrasses dont il fallait élucider les rapports entre
ancien forment des collines de piedmont. Ces der elles, ainsi que la manière dont elles se relient aux
nières sont dues au rôle conjugué des froids du dépôts de la côte d'un côté, à l'arrière-pays de
Pleistocene et de deux phases tectoniques — post- l'autre. L'analyse de ces dépôts peut avoir d'autre
(1) Manuscrit déposé le 12 février 1974.
(2) Assistante de Géographie, Institut de Géographie 29, Avenue Robert Schuman 13100 Aix en Provence. SALERN
3km
Fig. 1. — Croquis morphologique.
Contexte structural : 1 — Massifs calcaires secondaires et tertiaires et coUuvions du quaternaire ancien — 2 Flysch tertiaires.
Les dépôts de la Plaine du Sélê : 3 — Terrasse III (Riss) — 4. Terrasse II amont — 5. Terrasse II aval (Wûrm II ? ) — 6. Terrasse I
— 7. Travertins — 8. Dune fossile post-tyrrhénien II — 9. Tufs gris du Vésuve — 10. Dune subactuelle.
Le Modelé : 11. Escarpement de faille mixte — 12. Escarpement de faille — 13. Gauchissement, flexure - 14. Corniche rocheuse
— 15. Versant convexo-concave — 16. Cône de de'jection ancien — 17. Rebord de terrasse abrupt (supérieur à 45°) - 18. Rebord
de terrasse raide (45-20°) — 19. Rebord de terrasse adouci (20-5°) — 20. Rebord de terrasse estompé (inférieur à 5°) —
21. Micro falaise morte précédée par la plage actuelle
part le mérite de nous renseigner sur la morphologie domine en certains endroits de 30 m la terrasse
climatique quaternaire dans cette région et de intermédiaire et de 60 m la terrasse la plus basse (f
confirmer — ou d'infirmer — les conclusions chrono igure 2 c). Elle atteint 110 m d'altitude au Sud du
logiques que nous avions avancé à propos de l'étude village de Campagna et descend, avec un profil en
des bordures de la plaine. long très raide, jusque vers 35 m à Persano. C'est
elle qui statistiquement contient les plus gros galets,
(43 % d'entre eux ayant une longueur supérieure à
5 cm) ; ceux-ci sont très émoussés et aplatis : l'i
I. - LES TERRASSES ALLUVIALES ET ndice d'aplatissement atteint en moyenne 2,5 pour
les galets d'une longueur de 9 à 5 cm. Mais les LES DEPOTS FLUVIO-LACUSTRES
argiles rouges qui couronnent cette terrasse restent
le meilleur critère pour la distinguer des autres. Leur
épaisseur varie de 15 cm à 1,5 mètre, et elles préIls constituent, en superficie, l'essentiel de la
plaine et se disposent le long du Selé en 3 nappes sentent partout des caractères communs : le contact
distinctes ; en 2 nappes seulement le long du Calore avec les poudingues non altérés est toujours brutal,
marqué seulement par le liseré blanc d'une croûte où manque la terrasse intermédiaire (figure 1 )
calcaire friable. Ces argiles rouges, où ne s'indivi
1) La terrasse la plus élevée (terrasse III). Topogra- dualise aucun horizon, comprennent fréquemment
phiquement elle se distingue nettement des niveaux des galets ou des éclats de galets peu altérés. Enfin,
inférieurs surtout en amont de la plaine où elle au Sud de Campagna par exemple, elles se localisent en poches ravinant la surface de la terrasse, mélan 1) Les colluvions rouges superficielles sont ab
gées à de nombreux éclats calcaires aplatis ou cassés. sentes et les poudingues sont recouverts directement
L'ensemble de ces observations nous incite à en par un sol brun peu épais. Une seule exception, au
faire des colluvions plutôt qu'un sol d'altération en S de Campagna, où des argiles rouges chargées en
place, mais des colluvions issues d'un sol postérieur galets calcaires dessinent une petite poche à la
à la terrasse, puisque celle-ci ne comporte dans sa surface de la terrasse II ; mais à cet endroit l'emboî
masse aucune coloration rouge. Il est toutefois tement morphologique de plus de 30 mètres ne
possible que ces colluvions elles-mêmes aient subi, laisse aucun doute sur la distinction radicale d'avec
après avoir recouvert la haute terrasse, une ultime la haute terrasse.
altération in situ. Elles sont en effet presque total 2) Le ciment des poudingues est caractérisé par
ement décalcifiées, ce qui permet de mieux expliquer de nombreuses traînées orangeâtres et noirâtres : il
l'encroûtement calcaire à leur base ; et elles com s'agit de granules d'oxyde de fer et de manganèse
prennent par endroit, surtout le long du Calore, des issus très vraisemblablement du lessivage de vieux
galets arrondis très altérés, devenus friables s'il s'agit sols situés en amont ; on trouve même de véritables
de grès, ou entourés d'un cortex d'altération s'il lentilles d'argiles rouges dans la terrasse. Il est donc s'agit de calcaires, qui ne peuvent qu'avoir été logique de penser que la terrasse intermédiaire s'est
altérés sur place. Le tout est recouvert par un sol construite au moment où se détruisaient le sol (et
brun plus tardif. les colluvions ? ) postérieurs à la haute terrasse.
La haute terrasse a donc une histoire complexe : Mais cette terrasse II n'est pas homogène sur
mise en place lors d'une période froide si l'on en toute sa longueur :
juge d'après l'indice d'aplatissement de ses galets — d'abord sa position vis à vis de la terrasse III : — surtout par comparaison aux terrasses ulté
l'emboîtement au Sud de la Campagna est considérrieures — elle voit ensuite se succéder altération,
able, mais il s'atténue vers l'Ouest, et à Persano on puis colluvionnement, puis de nouveau une reprise passe insensiblement, le long d'une coupe W-E, de la modérée de la pédogenèse au sein des colluvions. moyenne à la haute terrasse (figure 2, coupes A
etB). 2) La terrasse intermédiaire (n° II) — Alors qu'à l'aval des poudingues sont composés
II en existe des lambeaux en amont, au point où de petits galets arrondis, très homométriques (2 à
le Sélé débouche dans la plaine, vers 60 m d'alti 4 cm de long) et non aplatis, en amont dominent les
tude. Mais elle ne prend toute son ampleur qu'à éléments grossiers souvent supérieurs à 20 cm de
partir de Persano, s'étendant sur 8 à 10 km de large long, peu aplatis mais également peu émoussés mé
du N au S. (figure 1 ). langés à des blocs de brèche remaniés. Le tri de la
fraction sableuse est bon en aval, tandis qu'il indiPartout, elle présente les caractéristiques su
que plutôt un dépôt en vrac en amont. ivantes :
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Fig. 2. — 1. Colluvions d'Eboh (Quaternaire ancien) — 2. Flysch tertiaire — 3. Terrasse III couverte par limons rouges — 4.
Terrasse III - faciès latéral — 5. Terrasse II amont — 6. Terrasse II aval — 7. Terrasse I — 1 1. Flexure. — La stratification est régulière en aval présen Pour conclure, nous avons affaire à trois nappes
tent des lits finement entrecroisés, et de nombreuses alluviales, de granulométrie décroissante de la plus
lentilles marneuses ; le pendage est de 1 à 2 % vers ancienne à la plus récente, et nettement distinctes
l'Ouest. Ces données sont plus difficilement lisibles dans leur faciès, leur altération, leur altitude. Leurs
en amont. pentes longitudinales enfin permettent aussi de les
distinguer, puisqu'elles ont des valeurs décroissantes — La séparation des minéraux lourds a montré
de la haute à la basse terrasse. que la terrasse en aval en comportait 4 à 5 fois plus
qu'en amont. Dans le premier cas, ils sont en
majorité d'origine pyroclastique alors que dans le
second, le cortège est très varié, souvent proche de
IL - LES DEPOTS LE LONG DE LA COTE celui des roches sédimentaires locales. En outre, le
(figure 4) ciment de la terrasse en amont comprend plus de
30 % de dolomie, qui est pratiquement absente en
aval. Force est donc de conclure pour l'instant que Nous laisserons de côté les travertins, encore mal si la terrasse II a une existence morphologique
connus malgré l'abondante flore qu'ils contiennent. réelle et quelques caractères communs d'amont en
Ils ne prennent vraiment leur extension que dans la aval, elle ne s'est pas mise en place partout de la
partie Sud de la plaine, tardivement émergée, relamême manière, ni peut être au même moment.
yant à leur manière les nappes alluviales du Sélé. Reste enfin à signaler qu'entre Matinella et Bat-
Plus riche d'enseignements est la dune fossile tipaglia, elle offre des faciès différents : constituée
située 3 ou 4 km en arrière du rivage actuel (fde poudingues fluviatiles à proximité du Sélé, elle
igure 1). Culminant vers 25 m d'altitude, elle est ne présente plus que des sables dans les coupes au
composée de sables avec une stratification entreNW de Persano, puis fait transition avec des vastes
croisée typiquement éolienne. A sa base on relève cônes d'épandages locaux du versant N de la plaine.
une abondante faune marine remaniée non encore Mais ce ne sont là que les variations granulométri-
identifiée. L'ensemble dunaire repose sur des sables ques normales de dépôts fluviaux lorsqu'on s'éloigne
rouges non stratifiés, mais très bien triés dont la du lit majeur.
morphoscopie montre une usure faible et due succes
sivement à l'eau, puis au vent (grains de quartz 3) La terrasse la plus basse (I)
subémoussés luisants picotés), faisant nettement On la retrouve tout le long des deux rivières penser à une usure sur une plage ou un haut de principales, depuis Campagna jusqu'à la mer. plage.
— Morphologiquement elle reste très individualis
ée, emboîtée de 30 m dans la terrasse II en amont 1. ou CAP PALINURO 2. b GROMOLA
et de 5 à 10 m encore en aval de Ponte Barizzo. ( ITALIE du SUD) (plaine du SELE)
-20m Elle garde dans le paysage un cachet particulier : -9m plus humide, voire encore marécageuse, elle est la
plus boisée et souvent encore consacrée au pâturage
des buffles.
— Elle subsiste seule en aval du cordon dunaire
fossile de Gromola, qui marque la limite de l'exten , _o .-—10
sion aval de la Terrasse II.
— Granulométriquement, elle est moins chargée
en galets que les terrasses précédentes : entièrement
sableuse le long du Calore, elle présente le long du
Sélé en aval, une alternance de lits sableux à
stratification entrecroisée et de lits de petits galets Fig. 3. — La dune fossile. 1. Sables dunaires — 2. Sables bien arrondis. rouges sans stratification — 3. littoraux — 4. Conglo
La coloration générale est grise, mis à part quel mérats littoraux tyrrhénien II — 5. Lit pyroclastique —
ques bancs de sables rougeâtres. 6. Coquillages marins.
— Elle est très riche en minéraux lourds d'origine
Dans la dune, s'intercale un niveau non remanié pyroclastique (cf. tableaux ci-dessous)
de cendres volcaniques jaunes, caractérisées par l'a
ssociation suivante de minéraux lourds : Magnetites Valeurs extrêmes de la pente dans la plaine — Pyroxenes (augites) — Sphène — Zircon, aux fo
rmes cristallines fraîches. Une telle association est à ,7 Terrasse III 1,3 % 0 %
typique d'un volcanisme basique (1); sa situation 0,48 % 0 II à ,3 %
stratigraphique nous permet de l'assimiler sans con0,45 % 0 % Terrasse I à ,12
teste au dépôt volcanique de la dune de Palinuro
Pente actuelle du Sélé : 0,18 %, dans la plaine — dépôt que l'on suit par ailleurs tout le long du III. - LE VOLCANISME REGIONAL PERMET de la Calabre au Cilento — daté par Lirer L., littoral,
D'ENRICHIR L'ANALYSE MORPHOLOGIQUE Pescatore L, Scandone P. du post-tyrrhénien II. (Lirer
L., Pescatore I., Scandone P., 1967). Ces auteurs le
rattachent à l'explosion unique d'un volcan situé en
mer tyrrhénienne. La dune correspondait donc, après Le volcan tyrrhénien cité plus haut n'est pas seul
la transgression du Tyrrhénien II dont témoignent les à avoir dispersé ses cendres sur la plaine du Sélé. En
coquillages marins à sa base - les sables rouges effet, toute la partie N de notre région est à portée
du volcanisme campanien, dont le Vésuve, après l'île relevant, eux, peut-être d'un léger mouvement oscil
latoire régressif — à la régression du Wûrm II, qui d'Ischia et les champs phlegréens, est la dernière et
fut la plus importante de la dernière glaciation puissante manifestation. Il a laissé, dans les vallées
(— 100 m au-dessous de l'actuel). L'existence et la du Picentino et du Tusciano — petits fleuves du N.
de la plaine — un épais dépôt de cendres, constitué situation chronologique précise de cette dune vont
être d'une aide précieuse pour l'analyse des terrasse par la superposition sur plusieurs mètres de haut, de
du Sélé (cf. figure 3). tufs jaunes (dits tufs jaunes campaniens) et de tufs
gris généralement rapportés à la période terminale
du Wùrm.
— L'étude des minéraux lourds permet de différencier les différents apports volcaniques, chacun
possédant une association minéralogique originale :
Mélanite Reste Magnetites Augites Sphènes Zircons Biotite Spinelles
Niveau pyroclastique 32% 10,6% 55% 1% 1,4% de !a dune Wûrm Iï
8% 3 % 11% 15% 5 % Tufs jaunes 58%
nisme campan 5 % Tufs gris 47% 38% 10%
ien
résitants sont les magnetites et les augites. Biotite, Les tufs jaunes s'individualisent par l'absence
d'augite et la présence importante de spinelles et de mélanites, etc. sont plus fragiles et disparaissent rap
mélanites, les tufs gris eux, par la fréquence des idement lors de la construction des terrasses, qui
vont donc présenter une monotonie certaine dans biotites (*) et l'absence, peut être due à leur fragi
lité ou aux hasards de l'échantillonnage, des sphènes leurs cortèges minéralogiques.
et des zircons. La biotite n'existe qu'à l'état de Notons pour terminer que dans les dépôts de
traces dans le pyroclastique de la dune. cendres volcaniques, les cristaux sont frais, de forte
Il n'en reste pas moins que ces différentes associa taille (de 400 à 500 microns), et souvent encore
tions se rattachent toutes à un volcanisme basique, associés entre eux. Les couches de cendres observées
fondé sur une association de minéraux dont les plus sont donc en place, sans que soit intervenu un
remaniement postérieur à leur dépôt.
— La haute terrasse III et la terrasse II amont
sont antérieures au volcanisme Wùrmien.
Elle sont très pauvres en minéraux lourds et (1) Sauf le Zircon — Mais sa constante association avec
particulièrement en minéraux lourds d'origine pyroles minéraux précédents en fait un minéral accessoire du
volcanisme local, dont il est très vraisemblablement issu. clastique :
% moyen des mi dont ML d'origine néraux lourds sur pyroclastique le poids total
Haute terrasse 0,144 26%
Terrasse II amont 0,1 30%
Cette pauvreté différencie fondamentalement ces 2 niveaux des terrasses d'aval (II aval et III).
La composition minéralogique est la suivante : .
Zircons Dolomie Magnetites Augites Sphènes Reste
4% Haute terrasse 18% 6% 2% 70%
Terrasse II amont 20% 9% 1% 30% 40%
Dans la catégorie "reste" on trouve surtout des crons) et se rapprochent beaucoup plus de ceux que
grenats (25 %), des micas, épidotes, glaucophanes, l'on trouve dans les Flyschs que de ceux des cendres
amphiboles, qui sont tous des minéraux lourds volcaniques citées ci-dessus. Nous pouvons donc
typiques de la couverture des Flyschs, et qui prou légitimement penser que les 2 terrasses, ne sont pas
influencées par le volcanisme Wûrmien, leur stock vent que ces derniers occupaient encore une partie
importante du bassin versant lors de la construction de minéraux lourds étant hérité de roches sédimen-
des premières terrasses. Leur présence ira en décrois taires locales.
sant rapidement dans les terrasses aval.
- La Terrasse II aval et la Terrasse I sont postéLes cristaux de magnetite et d'augites, par ail
rieures au volcanisme wùrmien. leurs, sont de taille minuscule (inférieurs à 1 50
dont MX. d'origine % moyen de MX. pyroclastique
Terrasse II aval 0,36 55%
1,7 90% Basse terrasse
Biotite Dolomie Reste Augites Sphènes Zircons Magnetites
7% 38% Terrasse II aval 3% 1% 31% 19%
2,5% 10,5 Terrasse I 23% 64%
La proportion plus élevée de ML, et surtout de — la terrasse I est postérieure aux tufs gris et,
ML d'origine pyroclastique caractérise ces 2 ter dernière venue, c'est elle qui est la plus riche en
rasses, ainsi d'ailleurs que les magnetites, toujours de minéraux lourds. Des coupes, le long du Picentino
forte taille, semblables à celles des cendres volca et du Tusciano, nous montrent d'ailleurs la terrasse
niques, si ce n'est qu'elles sont ici émoussées et la plus basse de ces rivières, assimilables sans aucun
cassées. Une phase de remaniement est donc nécess doute à la terrasse I du Sélé, emboîtée dans les
aire entre épisodes volcaniques et construction des formations volcaniques (coupe F, figure 4).
terrasses. Les 2 terrasses se différencient cependant
entre elles par S. CECILIA TORRE BARRIATA
— la présence de la biotite dans la terrasse I qui
autorise un rapprochement avec les tufs gris campa-
niens.
— la présence écrasante des ML volcaniques dans
mer MICRO- FALAISE MORTE la terrasse I.
W | E — la forme des augites, constituées dans la Ter
rasse II par un mélange d'augites aciculaires et 0 1 km d'augites en baguettes, alors que dans la terrasse I
E. dominent seules les augites en baguette.
PICENTINO 80-1 L'étude des minéraux lourds de ces 2 terrasses ESE
nous conduit donc aux conclusions suivantes :
— la terrasse II serait immédiatement postérieure
40J à la dune, dont la rapproche sa composition miné-
ralogique, mais antérieure aux tufs gris.
Fig. 4. — Coupes D E F. Même légende que figure 2 complét(*) La biotite est ici un minéral d'origine pyroclastique,
par l'épaisseur et la fraîcheur des formes de ses cristaux. ée par 10. Tufs gris du Vésuve. — 9. Sables dunaires — 8.
Sables rouges sans stratification. — Elle correspond vraisemblablement à l'inter- - ESQUISSE CHRONOLOGIQUE IV.
stade qui suivit la construction de la dune car
1) l'état des minéraux lourds indique un rema
niement des cendres volcaniques et non un dépôt 1) La terrasse III est peut-être rissienne
interstratifié dans les poudingues Les deux terrasses aval, portant les traces du
2) les galets sont petits et arrondis, très différents volcanisme Wùrmien, il serait vraisemblable de faire
de ceux de la terrasse III : ils ne se sont donc pas de la haute terrasse, dans laquelle elles s'emboîtent
déposés lors d'une période froide. et qui présente les caractéristiques morphométriques
d'un dépôt de période froide, une terrasse Riss. 3) la terrasse ne présente aucune altération supé
L'altération supérieure, effectuée lors de l'inter- rieure. Nous en faisons donc un dépôt eustatique,
de l'interstade Wûrm II — Wûrm III, immédiatement glaciaire Riss-Wùrm, aurait été entraînée en collu-
postérieur aux colluvions argileuses qui couronnent vions avec du petit matériel gélifracté, lors des
la haute terrasse et dont on retrouve les traces différentes pulsations froides du Wûrm, puis aurait
remaniées dans et non sur la terrasse II. subi de nouveau, lors d'un interstade, une légère
altération (au moins la décalcification) in situ. Cette
4) La terrasse I phase wurmienne de colluvions, dont nous avions
déjà signalé de nombreuses manifestations dans un De nombreux arguments permettent d'en faire un
article précédent (Baggioni M. 1973), est confirmée dépôt postérieur au Wùrm III. Non seulement elle
par l'analyse d'une poche d'argiles rouges de la est bien postérieure à la dune Wùrm II sur laquelle
terrasse III à l'Ouest d'Eboli. Elle a livré sur 100 g elle s'appuie en amont et en aval mais la coupe F
d'argiles 10,7% de minéraux lourds, répartis ainsi figure 3 et les minéraux lourds montrent aussi que
pour l'essentiel = 49 % de grosses magnetites (beau son édification se fait après le dépôt des tufs gris.
coup plus grosses que celles du ciment des pou- Sa granulométrie et la morphométrie de ses galets
dingues de la terrasse III), 40 % d'augites, 2 % de tendraient à en faire une terrasse eustatique (cor
sphènes. C'est donc au Wûrm II, ou au Wùrm III, respondant à la transgression versilienne). Il faut
que sont remaniées — et mélangées aux apports cependant signaler qu'au Sud de Salerne, la basse
volcaniques — les argiles rouges héritées du précé terrasse du Picentino forme le long du rivage une
dent interglaciaire. micro-falaise et que le prolongement de sa surface
supérieure plonge sous les eaux marines. Sa cons2) La terrasse II amont truction serait donc plutôt immédiatement anté
Emboîtée dans la terrasse III, elle ne présente, rieure à la dernière transgression (Coupe E. figure 4).
cependant aucune continuité avec la terrasse II aval, Pour conclure, les terrasses du Selé se sont cons
dont au contraire la séparent la granulométrie, l'a truites dans des conditions très variées. A une
llure de la stratification, les minéraux lourds etc. construction d'origine climatique liée probablement
La rareté et la taille des lourds d'origine aux froids rissiens (III), succède une terrasse eusta
pyroclastique en font une terrasse antérieure aux tique (II) beaucoup plus tardive, après d'ailleurs un
apports volcaniques de la fin du Wûrm. Mais la recul substantiel du rivage. Le dernier niveau (I)
grossièreté du matériel, son litage désordonné, certainement holocène, doit être légèrement anté
l'abondance de la dolomie — pourtant soluble — rieur au maximum de la remontée des eaux post
glaciaires. témoignent un dépôt en période de crise dont nous
reparlerons plus loin.
3) La terrasse II aval
Les minéraux lourds la situent après les apports V. - L'INTERVENTION D'UNE NEO-
du volcan tyrrhénien, donc après le Wûrm II, ce que TECTONIQUE PERMET DE COMPLETER
confirment encore les rapports morphologiques en L'ETUDE MORPHOLOGIQUE
tre cette terrasse et la dune fossile (coupe D. f
igure 4).
— La terrasse est limitée à l'aval par la dune, Nous avions signalé déjà (Baggioni 1973) que la
au-delà de laquelle ne subsiste plus que la terras haute terrasse était dénivelée par une faille de 50 m
se I. de rejet environ sur le bord NE de la plaine, au Sud
— Les coupes montrent que la terrasse II, si on d'Eboli (Coupe C). Dans la plaine elle-même, la
la prolonge, vient s'appuyer sur la partie inférieure comparaison de la pente des trois terrasses est
de la dune, qui a servi de niveau de base à son instructive (cf. tableau page 5). La pente forte de la
édification. L'accumulation est caillouteuse dans terrasse III ne peut pas s'expliquer seulement par
l'axe du Sélé, lagunaire et lacustre de part et son caractère de dépôt froid, l'intersection des prof
d'autre, ce qui est normal derrière un barrage du- ils des terrasses III et II (coupe A) suppose l'inte
naire. rvention d'une flexure post-rissienne relevant la zone 10
orientale de la plaine. Nous retrouvons là des con CONCLUSION
clusions antérieurement formulées et qui nous per
mettent de mieux expliquer la terrasse II amont.
C'est donc un faisceau complexe de différents La néotectonique probablement post-rissienne, en facteurs qui préside à la construction des Terrasses effet, accroît brusquement la pente du Sélé et lui du Sélé : livre quantité de matériel ; la dolomie est abondante
— Facteur climatique, lors d'une période froide le long des plans de faille des rebords de la plaine,
où elle est broyée en poudre fine ; elle va s'accu- que nous tendrions à rattacher au Riss ; les dépôts
mulet avec un matériel en vrac, qui mêle gros galets du fleuve sont encore sous l'étroite dépendance des
et petits blocs de brèches arrachés aux versants, massifs de l'arrière pays, la plaine littorale n'étant
pour former la terrasse II amont. encore qu'à l'état d'ébauche. C'est aussi l'époque où
s'élaborent les grands cônes piémont au pied des C'est donc bien à une crise, mais à une crise
versants N, dont certains se rattachent latéralement tectonique que correspond la terrasse II amont, qui — pour autant que cela soit visible sur le terrain — à s'emboîte dans la terrasse III soulevée. Elle se dif la haute terrasse. férencie par là de la terrasse II aval due surtout à
— Facteur tectonique ensuite aboutissant à 2 l'eustatisme.
types d'accumulation : la terrasse II amont d'une Cette vaste flexure qui relève toute la zone N et
part, au pied même des versants soulevés et à E explique bien les rapports morphologiques des
proximité des miroirs de faille ; le delta à l'aval, terrasses entre elles : à l'Est, zone le plus soulevée,
d'autre part, dont la partie supérieure correspond à les dépôts s'emboîtent ; à l'Ouest, au contraire, leur
une troisième catégorie de facteur : le facteur eusta- superposition est issue d'un mouvement de subsi
tique. Il est possible d'ailleurs que ces 2 derniers dence. Ces conclusions, issues de l'analyse morphol
facteurs se soient conjugués pour aboutir à la consogique, ont été récemment confirmées par des
truction de la terrasse II aval. L'eustatisme domine sondages : on a trouvé sous le Sélé 3 000 m de
enfin pour la 3e terrasse, issue du début de la sédiments deltaïques quaternaires ; une telle accu
remontée des eaux marines post-glaciaires. La plaine mulation ne peut se faire qu'en régime de sub
littorale est donc une construction très récente, ce sidence et il est possible que cette dernière nous
que confirme encore l'absence totale de sols d'altécache aujourd'hui des niveaux intermédiaires entre
ration au sommet des terrasses II et I, dans cette la terrasse III et la terrasse II aval. Une crise tec
région pourtant très humide (il y tombe annuelletonique importante, dont la terrasse II amont est
ment entre 1 500 et 2000 mm d'eau) et située déjà à un bon témoin, intervient donc vraisemblablement
une latitude assez méridionale. Son étude aura eu le après le Riss. Elle a suscité d'importantes accumulat mérite de souligner que dans une zone pourtant ions en aval, qui provoquent, conjointement peut restrainte, des données morphologiques similaires être avec la régression wiirmienne, le très ample (ici les terrasses) ne relèvent pas des mêmes facteurs recul du rivage vers l'Ouest. et qu'en Italie méridionale, il faut sans cesse avoir à
Si les mouvements se poursuivent peut-être l'esprit les influences réciproques, au quaternaire, — mais beaucoup plus modérément — pendant la entre crises climatiques et néo-tectonique.
dernière glaciation (cf la pente de la Terrasse II aval
beaucoup plus forte que celle du Sélé actuel), ils
cessent ensuite pour permettre l'emboîtement, et
non la superposition, de la terrasse I dans la terras
se II. 11
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di Piroclastici nei depositi continentali post-
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