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Jules Viard
Philippe VI de Valois. Début du règne (février-juillet 1328)
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1934, tome 95. pp. 259-283.
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Viard Jules. Philippe VI de Valois. Début du règne (février-juillet 1328). In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1934, tome 95.
pp. 259-283.
doi : 10.3406/bec.1934.449067
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1934_num_95_1_449067PHILIPPE VI DE VALOIS
DÉBUT DU RÈGNE (FÉVRIER-JUILLET 1328)
Le jour de Noël, 25 décembre 1327, vers minuit, Charles IV
le Bel tombait malade et, un peu plus d'un mois après, le
1er février 1328, il mourait1, ne laissant qu'une fille2 et sa
veuve, Jeanne d'Évreux, enceinte. Ainsi, en moins de treize
ans, se posait pour la troisième fois la question de la succes
sion au trône. Si nous nous en rapportions à Jean le Bel3,
Charles IV, sur son lit de mort, aurait pris des dispositions
et désigné Philippe de Valois, son cousin germain, pour être
régent du royaume dans le cas où la reine accoucherait d'un
fils. Si elle donnait le jour à une fille, « les xn pers et les
aultres barons de France » auraient conseil entre eux et don
neraient « le royaume à cil qui le debvroit avoir par droit4 ».
Mais, aucune autre chronique ne faisant allusion à cette der
nière volonté de Charles le Bel 5, nous nous en tiendrons à ce
qu'elles rapportent dans l'ensemble.
Après la mort de Charles IV, comme il n'y avait personne
« qui osast à soy appliquier le nom de roy6 », les barons se
1. Les Grandes Chroniques de France, éd. P. Paris, t. V, p. 303. Le cœur de
Charles IV fut porté chez les Dominicains à Paris [Chronique latine de Guillaume
de Nangis, éd. H. Géraud, t. II, p. 82) et ses entrailles furent inhumées, le 7 fé
vrier, en l'abbaye de Maubuisson-les-Pontoise ( J. Viard, Les journaux du Trésor
de Philippe VI de Valois, n° 1).
2. Marie, qui mourut sans alliance en 1341.
3. Chronique de Jean le Bel, éd. Jules Viard et Eugène Déprez, t. I, p. 91.
4. Froissart, éd. Luce, t. I, p. 83-84, qui, dans sa première rédaction, repro
duit le récit de Jean le Bel, ne dit plus, dans ses autres rédactions, que Charles IV
désigna Philippe de Valois pour être régent si la reine avait un fils [ibid., p. 295).
5. Grandes Chroniques, éd. P. Paris, t. V, p. 305-306, et appendice VI ; Con
tinuation de G. de Nangis, éd. Géraud, t. II, p. 82-84 ; Continuation de Géraud
de Frachet [Rec. des hist, de France, t. XXI, p. 70) ; Continuation de Jean de
Saint-Victor [ibid., p. 688) ; Chronique normande, éd. E. et A. Molinier, p. 36 ;
Chrono graphia regum Francorum, éd. Moranvillé, t. I, p. 292, etc.
6. Grandes Chroniques, ibid., p. 305. 260 PHILIPPE VI DE VALOIS
réunirent pour décider entre quelles mains serait remis le
gouvernement du royaume. Déjà, à la suite de la mort de
Louis X, une assemblée composée de nobles, de prélats, de
docteurs de l'Université et de bourgeois, réunie au début de
février 1317, avait délibéré sur le même sujet ; malgré de
fortes oppositions, la fille de Louis X, Jeanne, avait été ex
clue du trône et il fut posé en principe que les femmes
n'avaient pas le droit de succéder à la couronne1. En 1322,
quand Philippe le Long mourut, il laissait plusieurs filles ;
néanmoins, Charles IV, appuyé sur le précédent établi en
1317, hérita de la couronne au détriment de ses nièces, sans
qu'aucune convention soit intervenue pour les écarter du
trône. En 1328, à la mort de Charles le Bel, le fait avait créé
le droit, et l'opinion semblait bien arrêtée, qu'un homme seul
était digne de ceindre la couronne. Aussi nul ne songea à l'of
frir, soit à la fille du roi défunt, soit à l'une des filles de ses
prédécesseurs, Louis X 2 et Philippe V 3, qui auraient pu faire
valoir leurs droits méconnus antérieurement.
Les femmes furent-elles alors exclues du trône en vertu de
la loi salique, comme on l'enseigna pendant longtemps. Le
silence gardé sur cette loi dans les chroniques et les textes
de la première moitié du xive siècle est la preuve la plus con
cluante que l'on n'y pensait pas alors 4. Une autre preuve nous
est encore donnée dans la réponse que Philippe de Valois
1. « Tune etiam declaration fuit quod ad coronam regni Francise, mulier non
succedit » {Cont. de G. de Nangis, t. I, p. 434 ; Grandes Chroniques, t. V, p. 231.
Cf. Servois, Documents inédits sur l 'avènement de Philippe le Long, dans An
nuaire-Bulletin de la Soc. de VHist. de France, 1864, 2e partie, p. 44-79; Paul
Viollet, Gomment les femmes ont été exclues en France de la succession à la cou
ronne, dans Mémoires de V Institut. Académie des inscriptions et belles-lettres,
t. XXXIV, 2e partie, p. 125 à 178, et Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le
Long, t. I : Le règne, p. 85 à 93.
2. Louis X avait eu de Marguerite de Bourgogne, sa première femme, Jeanne,
qui, en 1318, épousa Philippe, comte d'Évreux, puis roi de Navarre. Elle mour
ut le 6 octobre 1349. C'est la mère de Charles le Mauvais et de Blanche de Na
varre, dite Belle Sagesse, seconde femme de Philippe de Valois.
3. De son mariage avec Jeanne de Bourgogne, fille d'Othon IV, comte de Bour
gogne, et de Mahaut, comtesse d'Artois, Philippe V eut un fils, mort jeune, et
quatre filles : 1° Jeanne, femme d'Eudes IV, duc de Bourgogne ; 2° Marguerite,
femme de Louis II de Crécy, comte de Flandre ; 3° Isabelle, qui épousa en pre
mières noces Guigues VIII, dauphin de Viennois, puis Jean, baron de Fauco-
gney, en Franche-Comté ; 4° Blanche, religieuse à Longchamp.
4. Voir dans la Genealogia aliquorum regum Francie de Richard Lescot, rédi
gée en 1358 et qui est publiée à la suite de sa Chronique (éd. J. Lemoine. p. 178), PHILIPPE VI DE VALOIS 261
aurait faite en 1337 à Févêque de Lincoln, porteur des lettres
de défi d'Edouard III. Il reconnaissait bien que le roi d'Ang
leterre, comme neveu de Charles IV, devait être roi de
France, car lui n'en était que le cousin ; mais depuis long
temps, ajouta-t-il, la coutume existe dans ce pays que la
femme ne peut avoir le trône 1. Ainsi, Philippe VI lui-même
n'aurait invoqué en sa faveur que la coutume, et non la loi
salique.
Une objection sérieuse pouvait être faite par les partisans
du roi d'Angleterre ; c'est qu'il n'était pas question de mettre
une femme sur le trône de France, mais un homme qui était
le plus proche parent du roi décédé et qui, par conséquent,
avait plus de droits à sa succession que les autres préten
dants. Cette objection dut être faite dans l'assemblée des
nobles réunis pour désigner le futur roi de France 2 ; mais la
fibre du patriotisme, qui sans doute vibra dans leur cœur3,
leur permit d'y répondre. Ne pouvant supporter que le gou
vernement de la France pût passer entre les mains des Ang
lais, ils objectèrent que, la mère d'Edouard III n'ayant au
cun droit au trône, elle ne pouvait transmettre à son fils ce
qu'elle ne possédait pas4. Cette réponse, qui fut considérée
comme la plus raisonnable 5, mit fin aux prétentions du mo
narque anglais, mais ne calma pas sa déception et son ambit
ion. Nous voyons, par des lettres écrites le 28 mars 1328 à
Jean de Haustede, son sénéchal de Gascogne, et à Jean de
la première mention de la loi salique. Cf. Revue critique, 1892, p. 519, et Paul
Viollet, op. cit., p. 125-126.
1. Ohronographia regum Francorum, éd. Moranvillé, t. II, p. 39 : « Dixit ei
ordinationes antiquitus factas in Francia quod videlicet mulier non posset suc-
cedere in regnum. »
2. Chronique latine de Guillaume de Nangis, éd. Géraud, t. II, p. 83. Cf. Grandes
Chroniques, éd. P. Paris, t. V, p. 305, note 1, et appendice n° VI.
3. « Uli de regno Francise non sequanimiter ferentes subdi regimini Anglico-
rum » (G. de Nangis, Ibid. Cont. de Géraud de Frachet, dans Rec. des hist, de
France, t. XXI, p. 70). — « Et encore fu argué qu'il n'avoit onques esté veu ne
sceu que le royaulme de France eust esté soubmis au roy d'Angleterre ne à son
gouvernement » [Grandes Chroniques, ibid., appendice n° VI).
4. « Li royaumes de France est de si grant noblèce qu'il ne doit mies par suc
cession aller à fumelle, ne par consequense à fil de fumelle » (Froissart, éd. Luce,
t. I, p. 84). — « Le filz de la femelle ne povoit avoir droit ne succession de par
sa mère, venant là où sa mère n'a point de droit » [Anciennes Chroniques de Fland
re, dans Rec. des hist, de France, t. XXII, p. 419).
5. « Et hac sententia, tanquam saniori accepta, et a baronibus approbata, tra-
ditum est regimen- regni Philippo comiti Valesii » (G. de Nangis, t. II, p. 84). 262 PHILIPPE VI DE VALOIS
Weston, son connétable de Bordeaux, qu'il pense toujours à
« recoverir ses droiz et ses heritages » et que, pour arriver à
ce but, il compte sur l'aide et l'appui des nobles et du peuple
de Guyenne1. Si, pendant les premières années du règne de
Philippe de Valois, il ne put mettre son projet à exécution,
on sent néanmoins qu'il y pense sans cesse 2 et n'attend que
l'occasion pour attaquer celui qu'il considère comme un
usurpateur, « dont puissedi grant guerre et grant désolation
avint au royaume de France 3 ».
Le prétendant anglais, qui représentait la ligne féminine,
écarté, restaient deux prétendants du côté de la ligne masc
uline : Philippe de Valois et Philippe d'Évreux, tous deux
petits-fils, par leur père, de le Hardi. Mais, tandis
que Charles de Valois, père de Philippe de Valois, était le
troisième fils de Philippe le Hardi et d'Isabelle d'Aragon, sa
première femme, Louis, comte d'Évreux, père de Philippe
d'Ëvreux, était le fils de Marie de Brabant, la seconde femme
de Philippe III. Et, sans évoquer la question de la différence
d'âge qui existait entre les deux concurrents 4, question sans
doute bien secondaire en cette circonstance, il est plus pro
bable que celle du droit d'aînesse et le souvenir du rôle joué
par Charles de Valois pendant les derniers règnes pesèrent
d'un grand poids sur la décision prise par l'assemblée de 1328.
Philippe d'Évreux fut donc écarté, et l'administration du
royaume remise entre les mains de Philippe de Valois. Si la
reine, qui était enceinte, donnait le jour à un fils, il en con
servait « la garde et le gouvernement5 » jusqu'à la vingtième
1. Rymer, Fœdera, t. II, 2e partie, p. 736. Cf., p. 737, d'autres lettres de même
date écrites à Bernard d'Albret, à Reymond Durant et, p. 733-734, des lettres
des 9 et 10 mars 1328.
2. Rymer, Ibid., p. 743 : lettres du 16 mai 1328, par lesquelles il établit Adam
de Orlton, évêque de Worcester, et Roger, évêque de Chichester, ses procureurs
pour réclamer « tut le droit... du roiaulme de Fraunce que cheeu nous est...
come à droit hoir ». Cf. Eugène Déprez, Les préliminaires de la guerre de Cent ans.
La Papauté, la France et V Angleterre, p. 35-36.
3. Froissart, éd. Luce, t. I, p. 84.
4. La Chronographia, t. I, p. 292, dit que Philippe de Valois l'emporta sur
Philippe d'Évreux parce qu'il était plus âgé que lui : « eo quod major natu erat
consobrino suo ». Philippe de Valois, né en 1293, avait en effet trente-cinq ans,
tandis que Philippe d'Évreux, né en 1305, n'avait que vingt-trois ans.
5. Continuation de la Chronique de Jean de Saint- Victor, dans Rec. des hist, de
France, t. XXI, p. 688. PHILIPPE VI DE VALOIS 263
année de ce fils ; mais, si elle avait une fille, la royauté lui
revenait de plein droit. Cette décision, que l'influence de Ro
bert d'Artois contribua sans doute beaucoup à faire prendre 1,
donna à Philippe, comte de Valois et d'Anjou, le titre de
régent des royaumes de France et de Navarre, titre qu'il
porta jusqu'au 1er avril 1328.
Presque au lendemain du jour où Philippe de Valois fut dé
signé par l'assemblée des nobles pour gouverner le royaume,
soit le 9 février 2, il fit arrêter Pierre Rémi, trésorier du roi
défunt. Pour comprendre cette mesure, il sera nécessaire de
faire connaître, au moins brièvement, l'état du trésor à la
mort de Charles IV le Bel. La guerre de Gascogne, qui avait
duré près de trois ans et n'était terminée que depuis le
31 mars 1327 3, l'avait fortement obéré et le roi, pour arriver
à équilibrer son budget, avait dû recourir à des expédients
financiers, tel que l'affaiblissement des monnaies. Les per
turbations successives apportées dans les fortunes depuis
moins de trente ans4, les charges nouvelles qui frappèrent le
commerce et les transactions agitèrent les dernières années
de ce règne et suscitèrent des réclamations et des plaintes
adressées au roi par les habitants d'un grand nombre de
villes 5. On dut donc être étrangement surpris, en face de la
1. Grandes Chroniques, éd. P. Paris, t. V, appendice VI ; Ghronographia, t. II,
p. 1 ; Récits d'un bourgeois de Valenciennes, éd. Kervyn de Lettenhove, p. 147.
2. Ge fut le 7 février 1328 (n. st.) que les entrailles de Charles IV le Bel furent
enterrées en l'abbaye de Maubuisson, et c'est de cette date que partent les Jour
naux du Trésor de Philippe VI de Valois (éd. Jules Viard, n° 1). Or, nous voyons
par ces mêmes Journaux (n° 96), qui nous donnent le montant des frais payés
pour l'entretien et la garde de Pierre Rémi au Châtelet, et de sa mère et de sa
femme, détenues dans sa maison de la place de Grève, qu'ils furent tous arrêtés
le 9 février. Sa mère et sa femme durent être mises en liberté le 11 mai suivant.
Sur Pierre Rémi, voir Borrelli de Serres, Recherches sur divers services publics,
t. III, p. 294-311, et Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'arron
dissement de Provins, 1934, A. Gatel, Pierre Remy, trésorier de France, seigneur
de Montigny-Lencoup.
3. Rymer, Fœdera, t. II, lre partie, p. 700. Cf. Jules Viard, Les Journaux du
Trésor de Charles IV le Bel, p. lxxv, chap. xvn.
4. N. de Wailly, Mémoire sur les variations de la livre tournois depuis le règne
de saint Louis..., dans Mémoires de l'Institut. Académie des inscriptions et belles-
lettres, t. XXI, p. 177-420. Cf. Vuitry, Études sur le régime financier de la France
avant 1789, t. I, p. 224 et 227.
5. Hist, de Languedoc, nouv. éd., t. IX, p. 445-446, note 6. Cf. Arch, nat.,
JJ 65a, fol. 24, n° 41 des lettres du 17 février 1325 par lesquelles Charles IV 264 PHILIPPE VI DE VALOIS
détresse de l'ensemble de la population, de voir, au contraire,
la fortune de Pierre Rémi s'accroître dans d'énormes propor
tions et devenir une des plus grandes du royaume.
« Venu de povre gent », disent les contemporains1, nous le
voyons déjà, à la date du 9 septembre 1314, occuper auprès
de Louis, fils aîné de Philippe le Bel, alors roi de Navarre et
comte palatin de Champagne et de Brie, la place de maître de
son hôtel et de sa Chambre aux deniers 2. Quand Louis monta
sur le trône, il conserva ces fonctions et, le 9 janvier 1316,
sans abandonner la direction de la Chambre aux deniers, fut
nommé trésorier du roi3. Il conserva ces charges jusqu'à la
mort de Louis X ; mais, à la date du 31 juillet 1316, il fut
remplacé tant dans ses fonctions de maître de la Chambre
aux deniers que dans celles de trésorier4; il devint alors tré
sorier de Charles, comte de la Marche, frère de Philippe V. Si
ce dernier semble l'avoir tenu à l'écart pendant son règne,
Charles IV, au contraire, le combla de faveurs. Dès son avè
nement au trône, le 8 janvier 1322, il lui rend son office de
trésorier5, l'anoblit au mois de novembre 1325 6, lui fait de
nombreux dons tels que la seigneurie de Montigny-Lencoup 7
en 1323 8; 500 livres de terre à Riom et à Montferrand au
mois de janvier 1324 9 ; un domaine en Agenais, le 6 novembre
1325 10, etc.
nomme Thomas de Reims enquêteur-réformateur et dit que le peuple se plaint
d'être dévoré et épuisé par les sergents ; « et ab ipsis canibus corroduntur ».
1. Fragment d'une chronique anonyme finissant en 1328, dans Rec. des hist, de
France, t. XXI, p. 154.
« Actrait de petit lieu et de moult povres gens
or, n'argent, n'avoit, ne maison. »
(G.. Raynaud et H. Lemaître, Le roman de Renart le contrefait, vers 2925).
2. Bibl. nat., coll. Clairambault, vol. 17, n° 181.
3. Bibl. nat., ms. fr. 20683, fol. 15 r°. Cf. Borrelli de Serres, op. cit., p. 296.
4. Borrelli de Serres, Ibid. ; Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, t. II : Le
mécanisme du gouvernement, p. 57 et 216.
5. Jules Viard, Les Journaux du Trésor de Charles IV le Bel, n° 1.
6. Arch, nat., JJ 62, n° 508.
7. Montigny-Lencoup, Seine-et-Marne, arr. de Provins, cant, de Donnema-
rie-en-Montois.
8. Arch, nat., JJ 61, n° 303. — Cette seigneurie fut donnée, au mois de juillet
1328, au grand échanson, Gilles de Soyecourt, pour lui et ses héritiers (Arch,
nat., JJ 65a, n°' 134 et 194).
9. Arch, nat., JJ 62, n°8 222, 227, 353.
10.nat., JJ 65b, n° 106. — Voir, dans Borrelli de Serres, op. cit., t. III, PHILIPPE VI DE VALOIS 265
Par un second mariage, Pierre Rémi entra dans une famille
déjà en bonne situation sous les rois précédents1; il épousa
Blanche Chauchat, fille d'Huguette Chauchat et de Géraud
Chauchat, qui avait été panetier de Philippe le Bel, puis rece
veur d'Auvergne2. L'un des fils de Géraud Chauchat, Louis fut anobli par Philippe V le Long, au mois d'oc
tobre 1319 3, et il était receveur d'Auvergne au mois d'avril
1322, poste qu'il occupait encore au mois de février 1326 4.
Un autre de ses fils, Gérard ou Giraud Chauchat, est qualifié
valet du roi le 12 novembre 1326 5. Parmi les enfants de
Pierre Rémi, on peut signaler en particulier Jean Rémi,
échanson du roi6, receveur de Champagne, de la Madeleine
1322 à l'année 1324 7, puis trésorier de la guerre de Gascogne
dès le mois de juillet 1324 8, charge qu'on lui voit remplir
encore en 1327 9. Une fille de Pierre Rémi avait épousé Pierre
de Patras, bourgeois de Coulommiers 10. On peut voir ainsi
que, tant par sa fortune, par ses fonctions, que par la situa
tion de sa famille, Pierre Rémi fut un des personnages im
portants du règne de Charles IV.
Comme il arrive souvent à beaucoup de financiers et
d'hommes politiques de tous temps, il dut profiter de ses
fonctions pour réaliser des profits illicites, se livrer à des mal
versations et employer « art de Renart11 », pour amasser
p. 304 à 307, l'énumération de ses nombreux domaines et immeubles confisqués.
1. Annuaire- Bulletin de la Soc. de VHist. de France, t. XLV (1908), p. 101.
2. Géraud Chauchat mourut entre le mois de février et le 13 novembre 1311.
Voir, sur lui et sur sa famille, Marcellin Boudet, Élude sur les sociétés marchandes
et financières au moyen âge. Les Gay te et les Chauchat, dans Revue cT Auvergne
(1911), p. 1, 146, 239 et suiv., 379.
3. Arch, nat., JJ 59, n° 136.
4. J. Viard, Journaux du Trésor de Charles IV le Bel, noa 425 et 9679.
5. Ibid., n° 10205. Voir n° 7461, don de 3,000 1. p. fait par le roi Charles IV à
Huguette Chauchat et à ses fils.
6. J. Viard, Journaux du Trésor de Charles IV le Bel, n° 1495 (26 août 1322).
Le roi lui donne alors 2,000 1. p. à l'occasion de son mariage.
7. Ch.-V. Langlois, Inventaire de Robert Mignon, p. 29.
8. Journaux du Trésor de Charles IV, n° 5602.
9. Ibid., n° 10368.
10. Arch, nat., JJ 61, n° 230.
11. Le roi avait reçu « complaintes... comment il avoit fait par le royaume la
chierté en toutes denrées et mesmement par les foires de Champaigne, et com
ment il avoit receu les gages des povres gentix hommes qui le roy avoient servi
en sez guerres et à soi les retenoit ; et s'aucune chose en paoit il prenoit des cré
diteurs lettres de quittance du tout et leur en paoit le tiers ou le quart de leurs 266 PHILIPPE VI DE VALOIS
l'énorme fortune qui tomba entre les mains du roi après son
supplice 1. Si son évaluation exacte ne nous a pas été trans
mise, nous trouvons cependant dans les Journaux du Trésor
de Philippe VI de Valois 2 des indications qui permettent de
se rendre compte que la fortune du trésorier de Charles IV
était réellement considérable pour cette époque. Le chiffre
des espèces monnayées et des biens confisqués dans ses mai
sons à Paris, à Villeneuve -la- Guy ard 3, à Sens, en Auvergne,
s'élève à la somme de 82,547 1. 14 s. 6 d., sans compter les
pierreries, les bijoux, les meubles, les étoffes, les objets du
culte4, les créances que l'on fit rentrer. A tous ces biens
meubles, on peut encore ajouter, outre les seigneuries et les
terres de Montigny-Lencoup, de Riom5, de Montf errand 6 et
de l'Agenais, que nous avons déjà signalées, des maisons à
Paris, rue Vieille-du-Temple, rue du Bourg-Thibout, rue du
Franc-Murier, place de Grève, au cimetière Saint- Jean ; des
maisons et des terres à Goulommiers et dans les environs, à
Closfontaine 7, à Rueil, au Moulinet8, près de Troyes, et à
Troyes, à Meaux, à Ghillac, à Ablon9, à Villeneuve-la-Guyard,
à Chigy10, en Bourbonnais; des vignes à Saint-Pourçain u,
des bois à Bray-sur-Seine 12 et à Vimeux ; des revenus et des
domaines à Coucy13, à Châteauneuf-sur-Loire 14, à Jouy-sur-
debtes » (Continuation de la chronique de Jean de Saint- Victor, dans Rec. des hist,
de France, t. XXI, p. 689).
1. Les continuations de G. de Nangis, t. II, p. 85, et de Géraud de Frachet
(Rec. des hist, de France, t. XXI, p. 70) l'estiment à plus de 1,200,000 livres. Une
chronique anonyme (Ibid., t. XXI, p. 157-158) dit : « On trouva bien d'argent
monnoyé par v foiz cm livres, avec les autres biens, desquelz nul ne pourroit
estimer la value. » Cf. Continuation de la chronique de Jean de Saint- Victor (ibid.,
p. 689). — Le roman de Renart le contrefait, t. I, p. 297, § 164, dit qu'il fut trouvé
750,000 livres en argent monnayé, sans compter la vaisselle d'or et d'argent, les
pierres précieuses, etc.
2. N°e 54 à 60.
3. Villeneuve-la-Guyard, Yonne, arr. de Sens, cant, de Pont-sur- Yonne.
4. Journaux du Trésor de Philippe VI de Valois, nos 64 à 69.
5. Riom, Puy-de-Dôme.
6. Montferrand, Puy-de-Dôme, comm. de Clermont-Ferrand.
7. Closfontaine, Seine-et-Marne, arr. de Melun, cant, de Mormant.
8. Le Moulinet, Aube, arr. et cant, de Troyes, comm. de Pont-Sainte-Marei.
9. Ablon, Seine-et-Oise, arr. de Corbeil, cant, de Longjumeau.
10. Chigy, Yonne, arr. de Sens, cant, de Villeneuve-1' Archevêque.
11. Saint-Pourçain, Allier, arr. de Gannat, ch.-l. de cant.
12. Bray-sur-Seine, Seine-et-Marne, arr. de Provins, ch.-l. de cant.
13. Coucy, Aisne, arr. de Laon, ch.-l. de cant.
14. Châteauneuf-sur-Loire, Loiret, arr. d'Orléans, ch.-l. de cant. PHILIPPE VI DE VALOIS 267
Morin1, à Crocq2 et à Saint-Agnant 3, près de Bray, à Pro
vins, près de Châteauvilain, dans les bailliages de Sens, de
Troyes, de Meaux, en Auvergne et dans la sénéchaussée de
Carcassonne, des rentes sur le Trésor, etc.
Toutes ces possessions et ces richesses purent certainement
attiser bien des jalousies et des rancœurs ; mais, d'un autre
côté, lorsque, après une longue enquête, des informations
prises et des perquisitions faites à Paris et à Clermont en Au
vergne, on interrogea Rémi en la Chambre du Parlement, en
présence du roi et d'un grand nombre de seigneurs4, il fut
convaincu d'avoir volé le roi. A Clermont, il avait détourné
à son profit des sommes contenues dans des sacs, sous pré
texte que le roi devait 150,000 livres à sa belle-mère, Hu-
guette Chauchat, et à ses enfants. Or, lorsque cette dernière
fut interrogée à ce sujet, le 13 avril 1328, elle avoua que le
roi ne lui avait jamais rien dû. Il fut également reconnu qu'il
avait remis différentes sommes à plusieurs personnes, telles
que Cocatrix, Jean Piot d'Auxerre, les Roux de Plaisance 5 ;
et, à la suite de poursuites exercées contre ses beaux-frères,
Louis et Géraud Chauchat, accusés d'avoir recelé des monn
aies et des joyaux, qu'il avait fait faire une lettre contenant
que Charles IV devait 50,000 livres auxdits frères, ainsi qu'à
leur mère, tandis qu'après enquête, on trouva qu'ils lui
avaient prêté seulement 15,000 livres. Ils avouèrent en outre
que, sur ces 50,000 livres, ils en avaient déjà reçu 30,000 6.
En face de ces détournements et de ces malversations, Phi-
1. Jouy-sur-Morin, Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers, cant, de la Ferté-
Gaucher.
2. Grocq, Creuse, arr. d'Aubusson, ch.-l. de cant.
3. Saint-Agnant, Creuse, arr. d'Aubusson, cant, de Crocq.
4. Les rapporteurs de ce procès furent : Pierre de Villebresme, Jean du Chas-
telier, Thomas de Reims, Regnault de Jouy et Jean Mallet d'Auxerre. Parmi
les juges de Pierre Rémi, on peut citer le prévôt de Paris, Guillaume Courte-
heuse, Guillaume Flote, Érart Lallemand, Martin des Bssars, Jean d'Arrablay,
le maréchal de Trie et le maréchal Bertrand, le comte de Montfort, Jean de
Mailly, Robert de Dreux sire de Beu, Ferri de Picquigny, Jean de Beaumont,
grand maître de l'hôtel du roi, le vicomte de Melun, les sires de Beaujeu et de
Craon, les comtes de Roucy, de Soissons, d'Évreux, de Savoie, Robert d'Artois
comte de Beaumont, les ducs de Bretagne et de Bourgogne, Pierre de Cugnières
(Bibl. nat., mss. fr. 7583, p. 29 à 32 ; 18420, fol. 353 v° à 355 ; 19784, fol. 1 à 4).
5. Bibl. nat., mss. fr. 7583, p. 32 à 34 ; 18420, fol. 355 à 356 v° ; fol. 4 V
à 5 v°.
6. Arch, nat., JJ 65a, n° 212.