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Le savoir philosophique partons à présent à la recherche du

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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Le savoir philosophique
Partons à présent à la recherche du savoir philosophi-que. Nous avons quelques éléments. Nous savons que nous savons. Nous avons déjà saisi la nature de ce que nous cherchons, nous en avons même, sans doute, déjà survolé le contenu. Nous avons tous dû faire, quelque jour, une reconnaissance aérienne du pays de la philosophie. Savoir que nous pouvons nous y poser, et comment, est peut-être ce qui reste à comprendre. Le savoir philosophique est donc de nature singulière. Il nest pas fait de contenus à assimiler, de notions nouvelles à découvrir, mais dun ter -rain à investir, dun lieu à atteindre pour sy allonger de tout son long. Cest par ailleurs un savoir discret. Il nous habite sans se faire remarquer, ce qui peut paraître haute-ment paradoxal. Il sagit en fait dun savoir qui ne sactive pas facilement comme savoir ; il reste dans une pénombre et on ne songe guère à len déloger. Nous sommes aux abords dune possibilité et nous ne savons pas en faire usage, nous disposons dune chance
  
et il ne nous vient pas à lesprit de la saisir. Soit dit en passant, cette discrétion du savoir philosophique a permis dinstaurer le règne du secret en philosophie. Les philo -sophes ont pu cacher la source qui les inspirait parce que lidée ne venait à personne quil y eût une source, quil eût cette source en tout cas. Ils allaient donc sy abreuver en catimini. Ils buvaient en vrais alcooliques, cest-à-dire en cachette. Titubants, fiévreux, ils revenaient pour noircir des pages. Ils tentaient de cacher leur ivresse, de donner le change, de donner lillusion dune haute et sérieuse activité intellectuelle. Mais leur ivresse même les trahissait. Ils ne pouvaient éviter de parler à mots couverts, et à mots décou-verts parfois, de leur équipée divrognes au pays de la philosophie. Nous avons un autre élément : nous savons que le savoir philosophique brille. Cette brillance explique le désir quest la philosophie. Nous éprouvons le désir den savoir un peu plus sur un savoir susceptible de briller au cur de toute nuit. Nous savons aussi que la philosophie est une destina-tion, au bout de laquelle surgit un pays à visiter. Nous avons compris, enfin, l’importance fondamentale de la perplexité. Le savoir philosophique gît au cur de la perplexité. Il ne sagit pas dêtre perpétuellement perplexe, ou de lêtre de manière atone ou paralysante. Il sagit de trou-ver la porte de sortie. Sortir de la perplexité avec juste une idée solide, juste un grain de savoir assuré. Pas de bous-sole qui nous donnerait une orientation, plutôt un point qui nous servira daxe. Pas de nouveaux territoires, plutôt un lieu familier, ancien, un lieu que lon découvre soudain
  
habitable et explorable. Et si ce que lon recueille dans la perplexité redouble la perplexité ? Peu importe : on la recueilli, on a trouvé quelque chose. Une énigme nest pas à résoudre, mais à concentrer, à tenir au creux de la main. On ne peut pas la défaire : on peut juste la faire briller. Trouver la façon de la faire briller : cest la philosophie. Lorsque Socrate aborde Alcibiade, il lui annonce quil peut laider à devenir un homme politique accompli. Il est clair que son aide ne peut consister dans la seule per-plexité quil provoque chez lui. Il lui fait pressentir quil y a une réponse à la question : comment devient-on un bon conseiller et un bon guide du peuple ? Il y a une porte de sortie. Sinon Socrate ne serait pas Socrate, et il ny aurait pas de philosophie. Pourtant, dans beaucoup de dialogues où Platon met en scène Socrate, un blanc apparaît à un certain moment. Quand linterlocuteur est plongé dans lembarras, on observe quil ne va jamais plus loin. Platon ne nous fait pas assister au savoir quil pourrait produire au sein de sa perplexité. De même, Socrate, celui qui a produit cet état par ses questions renouvelées, ne va pas plus loin non plus. Il se retranche derrière le fameux : « Je ne sais quune chose, cest que je ne sais rien. » Lau-delà de la perplexité, Platon lindique par un blanc. Cest un point de fuite, une zone trouée, qui apparaît. Cest la notice manquante du guide. Quel vieux savoir est ici dissimulé ? La philosophie des livres et des auteurs est une vieille demeure. Ambiance bourgeoise, non dépourvue dun cachet aristocratique. Mais quelle vieille poussière cache-
  
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