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NUCLEAIRE: Après Fukushima, il faut de la démocratie pour résoudre l’équation : réponse aux besoins énergétiques et diminution des rejets de CO2
Les événements récents qui ont touché le nord-est du Japon ont rappelé à l’homme que son quotidien pouvait être remis dans la perspective du temps géologique en quelques minutes.
Dans le cas de la catas-trophe de Fukushima, il faut bien discerner ce qui est lié au mouvement de la croûte terrestre ou à la durée de vie des subs-tances radioactives et ce qui est dû à la responsabi-lité humaine.
Depuis quelques mois se multiplient les événe-ments que l’esprit humain avait tendance à considé-rer comme très rare (séismes, inondations, tor-nades, marées noires). Les sciences et les techniques avaient pourtant permis de prévenir ou d’alléger pas mal de ces catas-trophes et non de les rendre impossible.
Dans le cas de bâtiments non conformes, de pétro-liers ou de plates-formes mal entretenus, de cen-trales mal sécurisées… il faut pointer du doigt la responsabilité des acteurs. Il est clair que le retrait de l’État additionné à la cupi-dité marchande des res-ponsables ont accentué les risques.
Oui, il y a une évidente contradiction entre la recherche de réduction des coûts pour augmenter les dividendes des action-naires et la mise en œuvre d’une politique indus-
trielle de long terme au service de l’intérêt géné-ral, garantissant un haut niveau de sécurité pour les salariés et les citoyens.
Si la situation française et européenne n’est pas com-parable aujourd’hui, les politiques de libéralisation des marchés peuvent néanmoins nous amener à ces situations à terme. Le débat qui s’engage montre également qu’il y aura des répercussions : il y aura un a v a n te tu na p r è s Fukushima.
La question immédiate concerne l’inspection de la sûreté des installations nucléaires de base deman-dée à l’Autorité de Sûreté du Nucléaire, dont nous avons toujours souligné l’importance et le rôle. Nous avons réclamé qu’un tel examen de la sûreté ne se limite pas aux seuls aspects techniques. Il doit prendre en compte les conditions d’exploitation des installations, notam-ment en termes de sous-traitance ou d’impact de réduction des coûts, par-ticulièrement sur la forma-tion et les conditions de travail.
Garantir une sûreté de haut niveau, c’est rendre indissociables les aspects
techniques, sociaux, orga-nisationnels et humains. Nous avons obtenu que ces aspects soient inclus dans le cahier des charges de l’audit. Par contre, nous n’avons à ce jour aucune réponse concernant le nucléaire militaire qui pourtant pose exactement les mêmes questions.
La CGT a toujours promu l’idée selon laquelle les options énergétiques impliquent des choix de société. En effet, l’énergie est consubstantielle au développement humain. Chaque être sur la planète doit avoir accès à l’éner-gie, à l’eau, à la santé, à l’éducation, à la commu-nication, à la culture dans l’objectif du développe-ment humain durable.
Les inquiétudes légitimes doivent permettre d’abor-der le débat non pas de manière tronquée, mais de l’organiser grand angle, afin de ne tromper per-sonne etmettre sur la table tous les paramètres de l’équation à laquelle nous devons collective-ment répondre: fournir de l’énergie à tous les habitants de la planète, à un coût abordable tout en réduisant de manière drastique nos émissions de CO2.
www.cgt.fr
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Les scientifiques peuventconstater que la posses-compte le problème du permettre d’éclairer ceréchauffement climatiquesion de ces énergies fos-d é b a t ,d em a n i è r equi oblige à réduire nossiles est source de conflits objective. émissionsde CO2.sur la planète. Il serait donc nécessaire de gérer Le débat sur la politiqueCompte tenu des techno-ces ressources collective-énergétique concernelogies de recherche géolo-ment comme biens publics donc chaque citoyen etgique, les ressourcesde l’humanité. d o i ts ’ e f f e c t u e rd efossiles sont en quantité manière démocratique, enlimitée, sauf pour le char-Pour une transition donnant à chacun les élé-bon, qui reste l’énergie laénergétique ments nécessaires pour seplus utilisée dans lequi permette forger son opinion.monde.d’atteindre les objectifs de La situation que crée l’ac-Il est nécessaire de rappe-réduction de rejet cident de Fukushima poseler que 1,6 milliard d’hu-de CO2 plus largement la questionmains n’ont pas accès à de la technologie et dul’électricité et que 80 % deLa CGT réaffirme en pre-progrès. La gestion desl’énergie est consomméemier lieu son choix d’un risques est à la fois un pro-par 20 % de la populationmix énergétique diversifié blème industriel et un pro-mondiale. àfaible niveau d’émission blème plus large dede CO2 en s’appuyant à la protection civile face auxMême dans notre pays, lefois : catastrophes. Ainsi les syn-droit à l’énergie n’est pas dicalistes japonais nousgagné avec 3,4 millions desur un plan ambitieux ont indiqué les difficultésfoyers en précarité éner-d’économies d’éner-des premiers secours avecgétique et 100 000 cou-gie ; les diminutions des ser-pures électricité et autant vices publics principale-en gaz par an.sur le développement ment hospitaliers etdes énergies renou-pompiers.La question du prix develables ; l’énergie qui étrangle Elle questionne nos modesaujourd’hui nombre desur l’atout que consti-de développement et nostue un parc nucléaireménages et des pays modes de vies dans unentiers doit donc être exa-qu’il faut aujourd’hui contexte ou les destins desminée sérieusement etmoderniser et exploiter hommes de la planète sontnon de façon démago-de façon sécurisée en de plus en plus liés. Lesgique. Les choix énergé-respectant toutes les rejets de CO² par exemplecatégories de salariéstiques ont aussi des sont produits par les paysqui y travaillent.dimensions économiques. développés mais ont des conséquences sur l’en-Il va donc être nécessaireLes économies d’énergies semble des peuples de lade produire plus d’énergiesont possibles dans les planète avec notammentau niveau mondial, mêmebâtiments qui consom-les effets du réchauffe-avec un scénario d’écono-ment 40 % de l’énergie ment climatique.mies d’énergie et d’effica-totale, les transports cité énergétique néces-(30 %) et l’industrie (30 %). Elle nous oblige à mieuxIl faut engager une poli-saires. Il faudra donc la définir le contenu d’uneproduire différemment.tique d’isolation de l’habi-transition énergétiquetat et de relocalisation de vers une économie à basla production (70 % duLes pays développés ont carbone.assis leur développementt r a n s p o r tm o n d i a l sur les énergies fossiles quiconcerne des produits Nous devons répondre auxd’une part sont en quan-industriels). besoins énergétiques detité limitées et d’autre tous les êtres humains surpart sont émettrices deL’urbanisme est également la planète en prenant enC02. Nous ne pouvons quequestionné afin de per-
mettre d’habiter près de son lieu de travail, ainsi que l’importance des transports collectifs.
Les énergies renouvelables doivent être développées en prenant en compte leurs caractéristiques d’intermittence.
Il est nécessaire de donner un rôle central à la recherche, en particulier sur le solaire qui a des marges de progression importantes, ainsi que sur le stockage de l’électricité qui bouleverserait le pay-sage énergétique.
La recherche doit égale-ment s’accentuer sur les questions de captage et de stockage de CO2, sur les déchets, ainsi que sur le nucléaire quatrième géné-ration et la fusion, qui serait un changement de paradigme.
L’abaissement régulier du niveau d’émissions de CO2 et des autres impacts néga-tifs sur l’environnement doivent être des priorités.
Pour la CGT le maintien ou la baisse de la part du nucléaire dans la produc-tion d’électricité ne sont pas des objectifs en soi. C’est une longue transition énergétique qu’il faut bâtir pour s’affranchir pro-gressivement des sources d’énergies fossiles.
Ainsi la répartition par activité des émissions de CO2 en France est de 34 % pour les transports, 23 % pour le résidentiel et le tertiaire, 24 % pour l’in-dustrie manufacturière, 16 % pour la transforma-tion d’énergie.
Les scénarios qui prévoient de se priver du nucléaire s’appuient sur une com-pensation d’électricité produite à partir du gaz, ce qui augmenterait nos émissions de CO2. De sur-croît notre fourniture en gaz est liée majoritaire-ment à l’importation, sauf à trouver des techniques permettant d’exploiter proprement les gaz de schistes qui peuvent se t r o u v e rd a n sn o s sous-sols.
La durée de vie des cen-trales nucléaires doit être le résultat d’une analyse de sûreté et de l’évalua-tion de l’intérêt de rem-p l a c e rl e st r a n c h e s a n c i e n n e sp a rd e s tranches dotées d’une sûreté renforcée, voire intrinsèque, plutôt que d’un simple calcul écono-mique. De ce point de vue, la prise en compte de ce qui s’est passé à Fukushima est indispen-sable, aussi bien sur les installations existantes que sur les nouveaux projets.
Les comparaisons écono-miques entre les filières de production doivent correctement intégrer les coûts d’investissement et d’exploitation, en pre-nant en compte dans tous l e sc a sl e sc o û t s complets.
En matière nucléaire il faut bien entendu inclure le retraitement des com-bustibles, le stockage des déchets, le démantèle-ment et les coûts résul-tants des améliorations de la sûreté exigées par le retour d’expérience de Fukushima.
Là encore nous ne pouvons que constater le rôle cen-tral de la recherche. Aujourd’hui le coût de l’éolien ou du solaire est supérieur d’un facteur 5 à 10 au coût du nucléaire.
Une maîtrise publique pour investir et maîtriser les prix
De nombreux facteurs se conjuguent pour pousser les prix de l’énergie à la hausse. Certains s’en réjouissent en considérant que cela constitue un élé-ment de régulation. La CGT considère au contraire qu’il faut agir pour maîtri-ser les prix afin ne pas aggraver les phénomènes de rationnement et d’ex-clusion d’une partie de la population.
Il faut en même temps consacrer les efforts finan-ciers importants pour réa-liser les investissements nécessaires aux transitions indispensables vers une économie à faible teneur en carbone.
Ainsi des propositions apparaissent avec une tarification différente en fonction des consomma-tions. Si celles-ci appa-raissent intéressantes en première analyse, elles comportent le risque de remettre en cause le fon-dement du service public.
La CGT est renforcée dans sa conviction que la priorité est la maîtrise publique du secteur de l’énergie qui seule peut permettre de relever simultanément les défis de la transition vers une économie bas carbone et
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de la satisfaction desgarantir ainsi aux salariés,Il est indispensable de besoins d’accès à l’éner-à leurs familles et auxprendre collectivement à gie à un prix abordablepopulations environnantesbras le corps les questions pour tous.une sécurité maximale.laca ré n e rgé t iqu e s, réponse donnée structure De plus, nous ne pouvonsCela peut éviter cetteles choix de société dans que constater que les inté-dérive financière à laquellelaquelle nous vivrons et rêts des actionnaires sontf o r t e m e n te n g a g ese livrent les grands antagoniques aux investis-acteurs de l’énergie,l’avenir. sements nécessaires pourcomme par exemple, la assurer une politiqueconstruction de centralesIl nous appartient de industrielle au service denucléaires low cost, quiprendre toute notre place tous. La maîtrise publique,préfigurent aussi unedans ce débat pour sortir avec des réels droits d’in-approche à bas coût et dedu schéma suivant : tervention pour les sala-mise en concurrence des riés et les citoyens est undroits des salariés.d’un côté, la dégrada-élément nécessaire à lation accélérée de la transparence et la sûreté.Tout au contraire, un hautplanète bouleverse le niveau de sécurité néces-climat, conduira rapi-Au plan international, ilsite de hautes garantiesdement à des tensions n’existe aucune conven-sociales, de grands inves-très fortes pour la pos-tion ou recommandationtissements technolo-session des ressources garantissant aux travail-giques, en matière defossiles et produira des leurs les meilleures condi-recherche, en formation,migrations massives de tions de travail et deen emplois qualifiés.population consécu-sécurité dans le nucléairetives à la question de ou dans les secteurs indus-Dans un premier temps, lesl’eau ; triels à risques.accords cadres mondiaux au sein de ces groupesde l’autre, le maintien Nous demandons à l’OIT,mondiaux doivent prendred’une large partie de la avec la Confédératione nc o m p t et o u sc e spopulation en dehors Syndicale Internationale,aspects. Nos fédérationsdu progrès permis par de se pencher sur cettesyndicales internationalesl’accès et le droit à question en mettant gou-et nationales ont un grandl’énergie. vernements, employeursrôle à jouer pour faire et travailleurs autouravancer ces sujets très d’une même table pourrapidement.
Il existe une voix d’avenir que nous défendons : définir le contenu d’une transition énergétique, dans le cadre d’une maîtrise publique, dans l’objec-tif du développement humain durable en France, en Europe et dans le monde.C’est par le débat démocratique que les choix doivent être fait !
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