Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Zooms sur l'économie agricole en Basse-Normandie et sur l'agriculture et le tourisme

De
3 pages
Des exploitations qui se concentrent. De plus en plus de femmes à la tête des exploitations et un recours de plus en plus fréquent à l'emploi salarié. La spécialisation bovins-lait domine dans les exploitations professionnelles. La production bovine toujours en tête. Les chevaux : plusieurs longueurs d'avance. Lin et verger cidricole : deux spécificités régionales. Les industries agroalimentaires, reflet de l'agriculture régionale. Les signes de qualité : Les deux tiers de la production au crédit des filières animales. Un tourisme rural difficile à quantifier. L'agritourisme en repli (à l'exception de la restauration à la ferme). Les facteurs du déclin. Tourisme vert et agriculture : deux mondes distincts.
Voir plus Voir moins

ZOOM > L’économie agricole en Basse-Normandie
Des exploitations qui se concentrent
En 2000, 35 800 exploitations sont réparties pour plus de la rieures à 5 hectares se maintiennent, la plus forte érosion
moitié dans la Manche, tandis que le Calvados et l’Orne affecte celles de 10 à 35 hectares. En revanche, le nombre des
regroupent respectivement les 25 et 23 % restant. C'est moi- structures de plus de 200 hectares a quadruplé au cours
tié moins que trente ans auparavant. Dans le même temps, des douze dernières années (300 en 2000).
leur taille moyenne a doublé, passant de 18 hectares en
1970 à 35 hectares en 2000. Alors que les petites unités infé-
De plus en plus de femmes à la tête des exploitations et un
recours de plus en plus fréquent à l'emploi salarié
Les chefs ou co-exploitants sont au nombre de 40 250. La plu- L ’âge moyen des chefs ou co-exploitants s’élève à 51 ans, soit
riactivité des chefs d’exploitation, dont un sur deux a plus 2 ans de plus que la moyenne nationale. En revanche, la
de 60 ans, se développe. Leur niveau de formation s'est part des moins de 40 ans augmente ; mais la part des plus
élevé. Le travail à temps partiel, même pour les chefs d'ex- de 55 ans diminuant plus vite, on ne peut parler que d’un
ploitation, est de plus en plus fréquent. La part des femmes rajeunissement relatif des chefs d’exploitation.
a plus que doublé, en passant de 15 à 35 % en douze ans. Le recours à l’emploi salarié (6 420 permanents en 2000), encore
Dans les tranches d’âges élevées, les femmes chefs d'ex- peu développé il y a 12 ans, s’est nettement généralisé :
ploitation sont également de plus en plus nombreuses, alors il a été multiplié par deux et plus dans la Manche et dans
que, plus jeunes, elles travaillent de plus en plus souvent à l’Orne, et tend à se rapprocher du niveau du Calvados, où
l’extérieur de l’exploitation, en exerçant un autre métier. il est traditionnellement plus élevé.
La spécialisation bovins-lait domine
dans les exploitations professionnelles
L’agriculture normande, qui contribue à la qualité des pay- l’agriculture bas-normande. La majeure partie de ces exploi-
sages, est en réalité la juxtaposition de deux ensembles tations est spécialisée dans le système bovins-lait, loin
bien distincts : une agriculture professionnelle à fort impact devant la polyculture-élevage.
économique et une agriculture de complément, qui Le second regroupe un grand nombre de petites structures,
concourt surtout au maintien du tissu socio-démogra- le plus souvent dirigées par des retraités, préretraités et des
phique rural. pluriactifs pour lesquels l’exploitation agricole reste une
Si ces deux ensembles sont sensiblement équivalents en activité secondaire. Leur activité agricole est orientée vers
nombre d’exploitations, le premier détient 90 % de la SAU deux pôles d’élevage, les équidés et les bovins-viande, pour
régionale et dégage 95 % du potentiel de production de près de 80 % d’entre elles.
La production bovine toujours en tête
La vocation d’élevage demeure dominante dans la région. dénombre trois fois plus d’animaux dans les premiers que
Le troupeau bovin est le plus important en effectifs ; il compte dans les seconds.
en 2000 près de 1,7 million de têtes. En diminution régulière Dans cette évolution, la race Normande, fierté régionale
d’année en année, il est maintenant marqué tant par le recul tant pour ses qualités laitières que gustatives qui en ont fait
du troupeau laitier que des races à viande, même si 12 % du une race mixte, cède du terrain à la race Prim’Holstein, au
cheptel laitier national est élevé dans la région. Les élevages rendement quantitatif laitier plus affirmé.
spécialisés sont en nombre équivalent pour les élevages Cette production est concentrée dans la moitié ouest de la
laitiers et les élevages à viande, mais en moyenne on région et dans le Pays d’Auge.
Les chevaux : plusieurs longueurs d’avance
12 %, c’est aussi la part des effectifs équins dans les exploi- troupeau équin bas-normand (77 % des effectifs) dont une
tations agricoles de la région par rapport à l’ensemble natio- forte proportion de juments poulinières (elles sont plus de
nal, ce qui place la Basse-Normandie au premier rang des 16 000), ce qui constitue avec la présence significative de che-
régions françaises dans ce domaine. Les trois départements vaux de races lourdes (Cob normand, Percheron…) les deux
bas-normands, qui occupent les trois premières marches spécificités de l’activité équine de la région.
du podium national, comptent chacun plus de 16 000 têtes Géographiquement, les principaux bassins de production se
(20 000 dans la Manche), tous équidés confondus : chevaux situent dans le sud-Manche, le Pays d’Auge et la moitié Est
(y compris races lourdes), poneys et ânes. du département de l’Orne.
Les chevaux de selle et course constituent l’essentiel du
62
La Basse-Normandie entre villes et campagnesLin et verger cidricole : deux spécificités régionales
La production régionale de cultures industrielles reste rela- tion rurale, les primes à l’abattage, les tempêtes successives
tivement modeste. Ceci est surtout vrai pour les betteraves (1987 et 1999 pour les plus significatives), la disparition du droit
sucrières qui s’étendent sur 6 400 hectares dont 85 % dans de production d’alcool, les modifications des habitudes ali-
la plaine de Caen. Après une période faste dans les années mentaires, ou encore le retournement de nombreuses prai-
75-85, et l’introduction de quotas, les assolements sont en ries au profit des cultures. Le rythme de régression tend
diminution lente mais régulière. toutefois à se ralentir puisque le taux annuel, qui était de 5 %
En revanche, et sur de petites surfaces également, 8 200 en 80-86, après avoir connu un pic à 7 % en 86-90, est repassé
hectares en 2003, le lin textile est bien présent surtout dans sous le seuil de 4 % sur la période 1990-2003.
le Calvados, mais aussi à un degré moindre et de façon plus Cette évolution s’est accompagnée depuis quelques décennies
récente dans l’Orne. Il bénéficie de conditions climatiques par le développement d’un second verger, beaucoup plus inten-
favorables, mais du fait de rendements capricieux et de sif, composé d’arbres de basse tige, dont la production, à 80 %
conditions économiques de sa transformation particulière- sous contrat, tend au fil des ans à se substituer à celle du ver-
ment irrégulières, sa production reste en dents de scie. Elle ger traditionnel.
se situe cependant à un niveau inférieur à celui de la Haute- L ’Orne apparaît aujourd’hui comme le premier terroir régional
Normandie. Les deux régions normandes abondent plus des pommiers à cidre avec plus d’un million d’arbres, devan-
de la moitié du lin français. Seule la première transforma- çant le Calvados (moins d’un million) et la Manche (760 000).
tion (teillage) est assurée localement, alors qu’il n’existe Il l’est aussi en ce qui concerne les poiriers à poiré, qui appar-
plus de filature depuis longtemps et que cette deuxième tiennent également au verger cidricole. Bien que présents sur
transformation est aujourd’hui délocalisée à l’étranger. l’ensemble de la région, ces poiriers sont principalement
Le verger cidricole concourt lui aussi dans une large mesure concentrés dans le Domfrontais et une partie du Mortainais qui
à l’image traditionnelle de la région ; mais comme le reste de regroupent 60 % des poiriers de la région (190 700 unités), le
l’agriculture, il est aujourd’hui en pleine mutation. Alors qu’il reste étant localisé dans le Pays d’Auge.
comptait encore 8,4 millions d’arbres de haute tige en 1980, En 2003, l’ensemble du verger cidricole, en voie de stabili-
que l’on trouvait pratiquement dans les herbages avoisinant sation, se caractérise par un fort taux de rajeunissement des
chaque ferme et produisant la boisson quotidienne, il se limite plantations, conséquence positive probable de la dernière
seulement à 2,8 millions de pommiers en 2003. De multiples tempête de 1999.
causes expliquent cette baisse : la diminution de la popula-
Les industries agroalimentaires, reflet de l’agriculture régionale
Deux secteurs dominent l’activité des industries agroali- région. Constitué majoritairement de Petites et Moyennes
mentaires (IAA) régionales. Ils sont liés très étroitement aux Entreprises, l’agroalimentaire bas-normand génère un chiffre
productions d’élevage, puisque plus de 70 % des salariés et d’affaires supérieur à 4 milliards d’euros, dont une part rela-
plus de 75 % du chiffre d’affaires global des IAA régionales tivement faible à l’exportation (480 millions), ce qui s’ex-
sont à rattacher à l’industrie laitière et à celle de la trans- plique par la taille et la spécialisation des unités de
formation de la viande. production. La valeur ajoutée atteint 565 millions d’euros,
Avec 115 000 emplois, soit 19 % des emplois salariés indus- soit 2,5 % du résultat national.
triels, les IAA sont le premier employeur industriel de la
Les signes de qualité
Les initiatives vers des productions sous signe de qualité se duits cidricoles et distillés (pommeau, calvados) pour les
développent : près de 5 000 agriculteurs bas-normands (soit plus anciennes ou des productions de viande bovine pour
13 %) se sont engagés vers une production qui répond à un les plus récentes. En 2000, ce sont ces dernières qui atti-
besoin de plus en plus affirmé du consommateur, qu’il s’agisse rent la majorité des agriculteurs tournés vers les labels de
des productions laitières (fromage, beurre, crème) ou de pro- qualité “officielle. ”
Les deux tiers de la production au crédit des filières animales
En 2000, la ferme bas-normande a dégagé une production au de services divers pour 135 millions d’euros.
prix de base de plus de 2,6 milliards d’euros, dont 1,65 milliard Comme pour toutes les régions à forte dominante d’éle-
provient des différentes filières animales, au premier rang vage, les consommations intermédiaires pèsent lourde-
desquelles la production laitière et ses dérivés, devançant les ment sur le bilan (1,60 milliard d’euros) et réduisent la valeur
gros bovins et les autres catégories d’animaux. Les productions ajoutée globale(735 millions d’euros en valeur nette).
végétales comptent pour 860 millions d’euros et les produits
63
La Basse-Normandie entre villes et campagnesZOOM > L’agriculture et le tourisme
Un tourisme rural difficile à quantifier
La Basse-Normandie présente indéniablement de nombreux Il est cependant difficile, dans les bilans de ce secteur écono-
atouts en matière touristique. Bien que concurrencée par les mique, de faire la part exacte de ce qui, dans l’ensemble des dif-
régions plus méridionales au climat plus attrayant, elle se classe férentes facettes qui le composent, revient plus spécifiquement
dans la première moitié des régions françaises. Balnéaire au à l’une ou l’autre de ses composantes. Les activités exercées
èmemilieu du XIX siècle, l’activité touristique s’est diversifiée au par les exploitants agricoles peuvent être identifiées assez pré-
fil du temps et présente aujourd’hui un visage multiple, au milieu cisément, et les activités à la ferme, qu’il s’agisse d’héberge-
duquel le tourisme en milieu rural est bien présent. ment ou de restauration constituent un bon exemple.
L'agritourisme en repli, à l'exception de la restauration à la ferme
Malgré les nombreuses incitations que les agriculteurs ont En revanche, l’hébergement connaît une évolution contrastée.
reçues, la diversification ne semble plus faire recette. La mise en Les différentes formules spécifiques au milieu agricole (ferme de
place de la Politique Agricole Commune avait vu se développer séjour, camping à la ferme, chambre d’hôtes ou gîte à la ferme)
différentes formes d’agritourisme : aujourd’hui elles sont toutes sont le fait de quelque 670 exploitants. Mais il semble se confir-
en repli, sauf la restauration à la ferme. En particulier la vente mer que si la part des agriculteurs impliqués dans ces activités
directe de produits agricoles accuse un véritable effondrement. diminue, à l’inverse celle de non agriculteurs augmente. Plu-
Entre 1 et 2 % seulement des agriculteurs de la région exercent sieurs labels concourent à garantir des prestations de qualité
une activité d’agritourisme. Mais l’offre proposée indique clai- aux touristes séjournant dans la région, mais parallèlement, de
rement, en particulier dans le domaine de l’hébergement, un nombreuses structures indépendantes, offrent parfois sans agré-
potentiel nettement supérieur aux seules capacités offertes par ment des services comparables, échappant ainsi aux recense-
les exploitations agricoles. ments. Globalement, l’arrière pays du littoral concentre à lui seul
S’ils ne sont qu’une centaine d’exploitants à proposer la res- une grande partie des capacités d’accueil.
tauration à la ferme (ferme auberge, table d’hôtes), il s’agit du Le troisième volet de l’agritourisme ayant le plus souffert depuis
seul secteur en croissance durant les douze dernières années douze ans est bien celui de la vente directe de produits fermiers,
(+ 14 %). Deux pôles géographiques (Pays d’Auge et Bessin lit- bruts ou transformés. De 11 000 en 1988, les agriculteurs qui se
toral) dominent une distribution néanmoins relativement bien livrent à cette activité ne sont plus que 2 000 aujourd’hui.
répartie sur l’ensemble de la région.
Les facteurs du déclin
Plusieurs phénomènes ont marqué cette évolution, qui peuvent petites structures pratiquant ces activités de complément;
expliquer le déclin du tourisme “agricole” : - la montée du célibat des exploitants : 17 % aujourd’hui
- l’évolution générale de l’agriculture française et bas-normande pour 12 % en 1988. Alors que l’installation d’un gîte à la ferme
en particulier, marquée par la disparition de nombreuses exploi- ou d’une table d’hôte est plus facilement réalisable en couple,
tations, et parmi elles de nombreux petits ateliers d’élevages les conjoints ne représentent plus que 23 % des actifs familiaux,
pratiquant en particulier la vente de produits de basse-cour, ou contre encore 32 % en 1988 ;
encore d’élevages de caprins ou d’ovins ; - la part des femmes conjointes de chefs d’exploitation exerçant
- la fermeté croissante des règles sanitaires induisant des dif- une activité hors de l’agriculture est passée de 15 à 35 % d’un
ficultés réelles d’adaptation, voire même de survie pour de recensement agricole à l’autre.
Tourisme vert et agriculture : deux mondes distincts
S’il se développe, le tourisme vert le fait essentiellement Et en réalité, l’ensemble des activités qui lui sont liées sont
en dehors des exploitations agricoles. de plus en plus le fait de ruraux non agriculteurs.
Gîtes Chambres Gîtes de Gîtes d’enfants Campings
ruraux d’hôtes groupes
Calvados 703 751 31 6 8
Manche 641 699 38 9 15
Orne 255 238 29 2 8
Basse-Normandie 1 599 1 688 98 17 31
Source : Comité Régional de Tourisme de Normandie, année 2002Unité : nombre de structures
La région possède des atouts importants dans le domaine D’autres activités se sont également développées plus récem-
touristique, qu’il s’agisse du littoral offrant une grande ment, telles la randonnée pédestre, à cheval ou en vélo, ou
variété de côtes, ou des ressources halieutiques (rivières encore des activités plus sportives. Mais le monde agricole
de grande qualité riches en saumons ou truites de mer), ou semble surtout concentré sur sa problématique économique
des paysages préservés en particulier dans les trois Parcs qu’il décline principalement en termes de production, même
Naturels Régionaux, ou encore du patrimoine historique et s’il est bien conscient de jouer un rôle de premier plan dans
architectural disséminé sur l’ensemble du territoire régional. l’entretien du paysage.
64
La Basse-Normandie entre villes et campagnes