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A propos de l'indice céphalique. Lettres de Durand de Gros à Vacher de Lapouge. - article ; n°4 ; vol.35, pg 289-319

De
32 pages
Revue d'histoire des sciences - Année 1982 - Volume 35 - Numéro 4 - Pages 289-319
RÉSUME. — Vacher de Lapouge (1854-1936) est connu comme un des principaux théoriciens de la « doctrine nordique », ou aryanisme. On sait moins que c'est en Languedoc, à partir de 1886, qu'il édifia sa théorie sur les différences d'indice céphalique entre types brachycéphales et types dolichocéphales. Les lettres du médecin et physiologiste aveyronnais Durand de Gros, que nous publions aujourd'hui et qu'il adressa à Lapouge, intéresseront les historiens des sciences anthropologiques et du darwinisme social, tel qu'il se constituait à la fin du siècle dernier. On y trouvera aussi l'écho des querelles d'écoles et de personnes dans les cercles scientifiques de l'époque.
SUMMARY. — Vacher de Lapouge (1854-1936) is remembered as one of the theoricians of the « nordic doctrine » or « aryanism ». Less know is the fact that it is in Languedoc that he started, from 1886, to build up his theory concerning the differences of cephalic index in brachycephalic and dolichocephalic types. We believe that the letters of the doctor and physiologist Durand de Gros (from the Aveyron) to Lapouge, here published, will be of interest to the historians of the anthropological sciences and of social darwinism, as it stood at the end of the last century. Here we also sense the underlying quarrels between the different schools of thought and scientific circles.
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M JEAN BOISSEL
A propos de l'indice céphalique. Lettres de Durand de Gros à
Vacher de Lapouge.
In: Revue d'histoire des sciences. 1982, Tome 35 n°4. pp. 289-319.
Résumé
RÉSUME. — Vacher de Lapouge (1854-1936) est connu comme un des principaux théoriciens de la « doctrine nordique », ou
aryanisme. On sait moins que c'est en Languedoc, à partir de 1886, qu'il édifia sa théorie sur les différences d'indice céphalique
entre types brachycéphales et types dolichocéphales. Les lettres du médecin et physiologiste aveyronnais Durand de Gros, que
nous publions aujourd'hui et qu'il adressa à Lapouge, intéresseront les historiens des sciences anthropologiques et du
darwinisme social, tel qu'il se constituait à la fin du siècle dernier. On y trouvera aussi l'écho des querelles d'écoles et de
personnes dans les cercles scientifiques de l'époque.
Abstract
SUMMARY. — Vacher de Lapouge (1854-1936) is remembered as one of the theoricians of the « nordic doctrine » or « aryanism
». Less know is the fact that it is in Languedoc that he started, from 1886, to build up his theory concerning the differences of
cephalic index in brachycephalic and dolichocephalic types. We believe that the letters of the doctor and physiologist Durand de
Gros (from the Aveyron) to Lapouge, here published, will be of interest to the historians of the anthropological sciences and of
social darwinism, as it stood at the end of the last century. Here we also sense the underlying quarrels between the different
schools of thought and scientific circles.
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BOISSEL JEAN. A propos de l'indice céphalique. Lettres de Durand de Gros à Vacher de Lapouge. In: Revue d'histoire des
sciences. 1982, Tome 35 n°4. pp. 289-319.
doi : 10.3406/rhs.1982.1872
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_1982_num_35_4_1872propos de l'indice céphalique A
Lettres de Durand de Gros à Vacher de Lapouge
RÉSUME. — Vacher de Lapouge (1854-1936) est connu comme un des princi
paux théoriciens de la « doctrine nordique », ou aryanisme. On sait moins que
c'est en Languedoc, à partir de 1886, qu'il édifia sa théorie sur les différences
d'indice céphalique entre types brachycéphales et types dolichocéphales. Les
lettres du médecin et physiologiste aveyronnais Durand de Gros, que nous
publions aujourd'hui et qu'il adressa à Lapouge, intéresseront les historiens
des sciences anthropologiques et du darwinisme social, tel qu'il se constituait
à la fin du siècle dernier. On y trouvera aussi l'écho des querelles d'écoles et de
personnes dans les cercles scientifiques de l'époque.
SUMMARY. — Vacher de Lapouge (1854-1936) is remembered as one of the
theoricians of the « nordic doctrine » or « aryanism ». Less know is the fact
that it is in Languedoc that he started, from 1886, to build up his theory con
cerning the differences of cephalic index in brachycephalic and dolichocephalic
types. We believe that the letters of the doctor and physiologist Durand de Gros
(from the Aveyron) to Lapouge, here published, will be of interest to the histo
rians of the anthropological sciences and of social darwinism, as it stood at the
end of the last century. Here we also sense the underlying guarrels between the
different schools of thought and scientific circles.
INTRODUCTION
La personnalité de Joseph-Pierre Durand de Gros (1826-1901), n'a
pas encore, et malheureusement, suscité une grande étude d'ensemble,
que son originalité et sa carrière scientifique mériteraient. Cet Avey
ronnais, rude et ferme comme son Rouergue natal, peu soucieux de
plaire, tient pourtant sa place dans l'histoire des sciences biologiques,
dans celle de l'anthropologie historique, dans celle du traitement des
maladies mentales par la thérapeutique hypnotique, enfin dans la
philosophie même des sciences de la vie, telle qu'elle se constitua
au XIXe siècle à partir des hypothèses de Lamarck et de Darwin. Sur
tous ces sujets, le Ruthénois passionné et honnête qu'était Durand
de Gros a mené un combat d'idées et de convictions dans une œuvre
variée et considérable, qui s'étend de YElectrodynamisme vital ou
Rev. Hist. Sei., 1982, xxxv/4 rhs — 10 Jean Boissel 290
relations physiologiques de l'esprit et de la matière, para en 1855,
aux Questions de philosophie morale et sociale, publiées l'année mê
me de sa mort, en 1901.
Passionné de médecine et de physiologie, Durand n'était pas
moins possédé d'un idéal de justice sociale que les penseurs socia
listes français, ses contemporains. Il émigra en 1851, après le coup
d'Etat du Prince-Président, et se réfugia, jusqu'à la loi d'amnistie
de 1860, en Angleterre et aux Etats-Unis.
Dans le concert, fort discordant, des querelles entretenues en
France, au nom du transformisme lamarckien et de l'évolutionnisme
darwinien, après 1860, par les anthropologistes, anatomistes, paléontol
ogistes et physiologistes des sociétés savantes et de l'Université,
Durand de Gros a tenu sa place. Il a défendu ses thèses avec énergie.
Des positions scientifiques respectives des adversaires, on trouvera
un solide exposé dans l'ouvrage d'Yvette Conry, professeur à l'Uni
versité de Nancy, L'introduction du darwinisme en France au XIXe
siècle (Paris, Vrin, 1974) (1). Le rôle de Durand de Gros est rappelé
et précisé par Yvette Conry à plusieurs occasions dans son étude, en
particulier à propos de la discussion qui s'est élevée en 1869 à la
Société d'Anthropologie sur la signification à donner à la torsion de
l'humérus (2) et dont nous trouvons un écho dans les lettres publiées
ci-dessous.
Durand s'était, un des premiers en France, intéressé à l'anthr
opométrie et à l'établissement de statistiques de l'indice céphalique (3)
(1) II n'existe pas d'étude importante sur Durand de Gros. Le Dr Karl-Heinz
MUller lui a consacré un court mémoire : Leben und Werk J.-P. Durand (de
Gros), 1961, 75 p. Outre l'article cité de Dominique Parodi, le livre d'Yvette
Conry fait de précises références à l'œuvre de J.-P. Durand de Gros, p. 43, 53,
93, 307, 310, 312, 391.
(2) Charles Martins, professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier, avait
détecté et analysé en 1868 la torsion de l'humérus de 90 à 180°. Pour Broca, c'est
le type de ce qu'il appelle « un caractère indifférent », qui ne peut pas légitimer
une interprétation darwinienne de « sélection naturelle ». Durand de Gros, dans
Les origines animales de l'homme éclairées par la physiologie et V anatomie com
parées (1871), en dégagera une interprétation transformiste lamarckienne par
accommodation au milieu. Yvette Conry résume bien le nœud des discussions en
écrivant : « II est simpliste et faux, dit-elle, de croire que toute confirmation
du transformisme a, ipso facto, introduit le darwinisme : bien loin que les deux
processus soient en rapport de causalité, ils n'ont été souvent que parallèles,
voire divergents » {op. cit., p. 53, n. 11).
(3) Les types « nordiques » approchaient de l'indice 75 et les types « latins »,
méditerranéens et alpins, de l'indice 83. Les études sur l'indice céphalique des
différents groupes sociaux étaient menées en Allemagne, à la même époque,
par Otto Ammon sur les conscrits du pays de Bade, en 1890, et la synthèse pré
sentée en 1893 dans son ouvrage Die natiirliche Auslese beim Menschen, Iena,
326 p., ouvrage traduit en français en 1900 par H. Muffang, professeur agrégé
d'allemand au lycée de Saint-Brieuc, sous le titre : L'ordre social et ses bases
naturelles. Esquisse d'une anthroposociologie, Paris, Fontemoing, 1900, 512 p. l'indice céphalique. Durand de Gros, Vacher de Lapouge 291 Sur
concernant les populations urbaines et rurales de l'Aveyron. Il avait
effectué les mensurations sur des conscrits et sur des crânes exhumés
de sépultures et nécropoles anciennes et modernes. C'est d'après ces
chiffres de l'indice céphalique que les ethno-anthropologistes, depuis
une quarantaine d'années, avaient réparti les races humaines en
brachycéphales et en dolichocéphales. Pénétrant hardiment, et im
prudemment, sur le « territoire de l'historien », certains de ces
mesureurs de crânes émirent l'hypothèse, puis acquirent la certitude,
qu'il y avait un rapport entre le rôle tenu dans l'histoire (et la place
occupée dans la hiérarchie sociale) par certains groupes humains et
la forme de leur boîte crânienne. On soutenait la prééminence, dans
l'action civilisatrice, des races dolichocéphales, les peuples du Nord,
blonds, aux yeux bleus, sur les races brunes, brachycéphales. Tout
semblait dans l'histoire politique et sociale s'être joué sur des diff
érences d'indice céphalique. Lapouge tenait en particulier à cette
théorie, qu'il exposa dans Les sélections sociales (1896) et dans
L'Aryen. Son rôle social (1899). C'est certainement pour étayer son
hypothèse qu'il sollicita de Durand de Gros statistiques et matériaux
anthropologiques.
En 1878, dans sa communication Sur les races nobles de l'Aveyron,
Durand de Gros avait montré que de l'époque préhistorique à nos
jours l'indice céphalique moyen de l'Aveyron s'élevait régulièrement
— c'est-à-dire indiquait une disparition progressive des groupes dol
ichocéphales du passé :
« Je suis porté à croire, écrit Durand, que les individus dont nous
trouvons les restes dans les sépultures anciennes appartenaient à une
catégorie sociale privilégiée ayant une origine ethnique autre que celle
de la multitude » (Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1878, p. 423).
Dans une série de tableaux de l'indice céphalique des Rouergats
et des Ségalais, urbains et ruraux, qu'il présenta avec un mémoire
à la Société d'Anthropologie le 18 mars 1869, il apportait, pensait-il
la preuve mathématique, chiffrée, d'une loi anthroposociologique :
les brachycéphales ruraux émigrés dans les villes ont un indice
céphalique inférieur, donc plus proche de celui des dolichocéphal
es (4). Le milieu, la culture, les professions, la nourriture de la ville
Muffang l'indice céphalique est lui-même des l'auteur lycéens d'une et des enquête ruraux du menée département dans les Côtes-du-Nord : Ecoliers et paysur
sans de Saint-Brieuc, Paris, Giard & Brière, 1898.
(4) Voir Durand de Gros, Excursion anthropologique dans l'Aveyron. in
Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1868, IV, 193. Jean Boissel 292
exerçaient donc une influence sur les caractères physio-anatomiques
de la population concernée. Bref, Durand y voyait la confirmation du
transformisme, l'évolution par action du milieu. Alors que Lapouge
y voyait une confirmation de la loi, fondamentale pour lui, de l'évolu
tion moderne : l'influence de la sélection artificielle et sociale, fatale
aux mieux doués biologiquement.
C'est cet aspect des recherches de Durand sur l'« analyse ethni
que » qui attira sur ses travaux l'attention de Georges Vacher de
Lapouge et donna l'occasion de la correspondance dont nous ne pré
sentons que quelques lettres, ou extraits de lettres, qui concernent
le critère, alors à la mode, de l'indice céphalique. Séduit par les
longues colonnes de chiffres indiciaires, Lapouge reconnut en Durand
un devancier et un émule en « anthroposociologie ». Il rendit hom
mage à ce rôle et à ce mérite à deux reprises, en 1897 et en 1903,
dans deux textes, aujourd'hui oubliés et difficiles à trouver. Les voici :
« Le premier, écrit Lapouge, qui ait vu éclore sous sa plume une
démonstration mathématique de l'inégale aptitude des races dans un
même milieu est Durand de Gros, dont le nom se retrouve au commence
ment de l'historique de hypnotisme et de beaucoup d'autres découvertes.
Dans un mémoire (Excursion anthropologique dans l'Aveyron, Bulletin de
la Société d'Anthropologie, 1868, p. 193) Durand mit en évidence la diff
érence de l'indice céphalique des urbains et des ruraux dans les arrondisse
ments aveyronnais de Rodez, Villefranche, Millau, Saint-Affrique. Il montra
de même celle des lettrés et des illettrés de la population urbaine de Rodez.
L'auteur de cette découverte importante commit une erreur en cherchant
l'explication du phénomène dans une influence dolichocéphalisante de la
vie urbaine, mais, continuant à méditer dans sa retraite, il arriva en
même temps à peu près qu'Ammon (6) et moi-même à découvrir la cause
véritable, c'est-à-dire la sélection (7).
(5) Ces documents figurent dans le fonds des Archives Vacher de Lapouge
dont le EK Geoffroy de Lapouge a fait don à la Bibliothèque universitaire de
Montpellier, section des lettres. Le fonds est en cours d'inventaire et de classe
ment. La consultation ne sera auorisée qu'après achèvement de ce travail.
(6) Otto Ammon, anthropologiste allemand du pays de Bade, mort en 1916.
Voir supra, n. 3 et G. Vacher de Lapouge, Race et milieu social, p. 169 sq., où
sont présentés les tableaux d'indice céphalique établis par Ammon sur les
conscrits badois, p. 202. Muffang a aussi traduit un mémoire ď Ammon, Geschichte
finer Idee, 1896, sous le titre : Histoire d'une idée. L'anthroposociologie, Revue
internationale de Sociologie, mars 1898, 145-181. Ammon y rapproche les thèses
de Gobineau et celles de Nietzsche sur la « fatale décadence » et la disparition
progressive des types « héroïques » et « énergiques ». Cette élimination serait
l'effet de la « démocratisation » progressive de l'humanité. Voir aussi O. Ammon,
Der Darwinismus gegen die Sozial-demokratie, Hambourg, 1890, où il prétend
que la social-démocratie est une erreur politique, parce qu'elle contredit les lois
de l'évolution de l'espèce établies par Darwin.
(7) Lapouge expose sa théorie de la sélection dans son ouvrage Les sélections
sociales, 1896. Mais il fait dire ici à Durand de Gros un peu plus que celui-ci l'indice céphalique. Durand de Gros, Vacher de Lapouge 293 Sur
« C'est ce qui résulte de matériaux manuscrits que l'auteur a bien
voulu mettre naguère à ma disposition (8).
« Si Durand de Gros avait été mis à même de compléter sa découverte
aussitôt, il aurait assurément rendu un grand service à la science politique,
en faisant table rase de préjugés qui depuis un demi-siècle ont fait un
mal infini. [...] En butte à toutes sortes d'attaques, il fut obligé à cette
époque même de renoncer à toute carrière scientifique et retourna en
philosophe cultiver le champ paternel » (9).
Le « mal infini », c'était pour Lapouge l'absence de toute « sélec
tion » dans la tendance moderne à l'égalitarisme.
Deux ans après la mort de Durand de Gros, Lapouge publia dans
la Revue scientifique (1903, II, p. 203) un article intitulé : « Durand
(de Gros) et l'analyse ethnique » (repris dans Race et milieu social,
1909). En fait, c'est principalement à une justification de l'anthropo-
sociologie telle qu'il l'entendait lui-même que Lapouge s'attache,
quand il déclare :
« II serait long d'énumérer les découvertes récentes dont Durand de
Gros fut le précurseur méconnu. [...] Dépositaire des matériaux recueillis
sur l'anthropologie de l'Aveyron, [...] je voudrais, comme un dernier hom
mage au vieil ami qui n'est plus, faire connaître son rôle dans la création
des méthodes de l'analyse ethnique et dans la fondation de l'anthropo-
sociologie, science nouvelle au nom rébarbatif et bizarre et au parrainage
mystérieux, qui est celle des réactions réciproques des races et du milieu
social. »
En réalité, Durand de Gros ne partage pas sans réserve les pos
tulats et les conclusions de Lapouge en anthroposociologie. On verra,
par exemple, dans la lettre V que les conséquences tirées des faits
par Lapouge lui paraissent « un peu raides » et qu'en ce domaine
le premier écueil du théoricien c'est d'« être simpliste » (10).
n'a explicitement exprimé. On le verra dans la suite de la correspondance.
Durand est aussi gêné du fait que sa théorie, si elle est exacte, n'est pas conforme
à son idéal humanitaire. Lapouge forge son idéal sur sa théorie.
(8) « Matériaux » qui seront repris dans l'article écrit par Lapouge, en colla
boration avec Durand de Gros, dans : Matériaux pour l'Anthropologie de l'Avey
ron, p. 285-315, Bulletin p. 461476. de la Société languedocienne de Géographie, Montpellier, 1897,
sous (9)le Ce titre texte : The de Georges fundamental de Lapouge laws se of trouve Anthroposociology, dans un article Journal publié of en Political anglais
Economy Race Le 1897, Leggi p. et 303-331. milieu fondamentali of University social. L'article Essais of de paraîtra Chicago, l'Antroposociologia, d 'anthroposociologie, en VI, français 1897, p. en Rivista 54-92, 1909 Paris, dans et italiana en Rivière, l'ouvrage italien di p. Sociologia, sous de 169-214. celui Lapouge, de I,
(10) Sur l'histoire de l'idée de race en Europe, sur les recherches concernant
ЙчйРЗЙ&ч41 crâne des Afférentes races depuis Camper (1722-1789), Blumenbach
(1752-1840), Gall (1758-1828), etc., et les corrélations que les théoriciens et histo- Jean Boissel 294
*• #
Qui était Georges Vacher de Lapouge ? Nous le dirons briève
ment (11).
Lapouge est né le 12 décembre 1854 à Neuville-de-Poitou et mort
à Poitiers le 20 février 1936. Orphelin de bonne heure, boursier au
lycée de Poitiers, premier prix du Concours général, travailleur achar
né, docteur en droit en 1879 tout en suivant les cours de la Faculté
de Médecine, Lapouge commence à vingt-cinq ans une carrière de
magistrat. N'acceptant pas dans ses fonctions les pressions politiques,
il démissionne en 1883 et poursuit à Paris des études en anthropologie
et en langues orientales anciennes et modernes. En 1886, il obtient
la première place au concours des bibliothèques universitaires et
se retrouve bibliothécaire adjoint de la Bibliothèque de l'Université
de Montpellier. Il a trente-deux ans.
C'est un curieux aussi de bien autre chose que de
fichiers bibliographiques. Il donne, en effet, dès 1887, un « cours
libre de science politique » à la Faculté des Lettres. La première
leçon s'intitulait : « L'anthropologie et la science politique ». Puis
ce sera une suite de cours sur « L'inégalité existant entre les races »,
en 1888, date à laquelle il entre en relation avec Durand de Gros ;
une étude sur « Le darwinisme social » et, en 1889, un cours sur
« Les caractères des races aryennes ». Il fouille les nécropoles
anciennes autour de Montpellier, mesure des crânes, établit des
tableaux d'indices céphaliques. Il est aidé dans son travail par un
de ses — très peu nombreux — étudiants, qui ne fera pas carrière
dans l'anthropologie sociale, puisqu'il s'agit du jeune Paul Valéry,
alors étudiant à la Faculté de Droit de Montpellier.
Vacher de Lapouge, qui, comme Durand, se souciait peu de plaire
et qui, militant socialiste, était inscrit à la section montpelliéraine du
premier parti marxiste de l'époque, le « Parti ouvrier français »,
riens ont établies, tout au long du siècle, entre races et cultures, consulter Jean
Boissel, Victor Courtet (1813-1867), premier théoricien de la hiérarchie des races.
Contribution à une histoire de la philosophie romantique, Paris, puf, 1972. Voir
aussi L. Poliakov, Le mythe aryen, Calman-Lévy, 1971.
(11) Sur Vacher de Lapouge, voir Guy Thuillier, « Un anarchiste positiviste »,
communication au colloque sur L'idée de race dans la pensée politique française
avant 1914, Université d'Aix-en-Provence, mars 1975, Ed. cnrs, 1977. Bonne antho
logie (polémique) de Vacher de Lapouge par Jean Colombat, La fin du monde
civilisé. Les prophéties de Vacher de Lapouge, Paris, J. Vrin, 1946, 220 p. Voir
aussi G. Nagel, Georges de Lapouge. [...] Sozialdarwinismus in Frankreich,
Freiburg, Schulz Verlag, 1975. l'indice céphalique. Durand de Gros, Vacher de Lapouge 295 Sur
s'était créé de solides inimitiés dans la capitale languedocienne. Par
contre, il était au mieux avec les animateurs de l'Association langue
docienne, d'inspiration purement occitane. Son départ, fin 1893, pour
la Bibliothèque universitaire de Rennes, sera célébré avec regret
et sympathie, en vers et en langue occitane, par le félibre Roque-
Ferrier. Il occupa la deuxième moitié de sa vie à l'étude du genre
Carabu, tant du point phylogénique que paléontologique. Jean Ros
tand lui reconnaissait une valeur de premier plan comme entomolog
iste. Sur le plan idéologique, il rejoignit assez vite le courant d'une
droite révolutionnaire, anticapitaliste, anticléricale, anti-chrétienne
d'abord, anti-égalitariste, mais sans contact avec le nationalisme
maurrassien. Partisan de méthodes eugéniques et sélectionnistes
pour assurer la santé publique, Lapouge ne reçut de consécration
de son vivant que dans les pays nordiques, en Allemagne (12) et dans
certains états d'Amérique du Nord (13), où il fut reçu avec éclat
en 1921 et en 1925.
Nous n'avons pas retrouvé les lettres de Lapouge à Durand de
Gros. Un chercheur ou un curieux, à la lecture de ces pages, nous
permettra peut-être d'en découvrir la trace.
Jean Boissel,
professeur à l'Université de Montpellier.
(12) Lapouge a entretenu avec Ludwig Schemann, premier biographe allemand
de Gobineau, une correspondance importante que nous avons publiée dans les
Annales du CESERE, Université Paris XIII, n° 4, année 1981, « Autour du gobi-
nisme », p. 91-120. Voir aussi Jean Boissel, Gobineau, Hachette, 1981. Lapouge
n'avait pas lu Gobineau quand il commença à échafauder sa théorie de
l'aryanisme.
(13) Lapouge embarqua au Havre le 10 septembre 1921 pour New York. Il
note, en débarquant, parmi ses premières impressions reçues du « milieu »
américain quelques motifs de satisfaction inattendus : « Je suis heureux. On ne
voit dans les rues de New York ni chiens, ni prêtres, ni cafés, ni urinoirs »
(Archives Lapouge, Journal de voyage, 1921, septembre). DE DURAND DE GROS A VACHER DE LAPOUGE LETTRES
Arsac par Rodez (Aveyron)
le 8 juin 1888.
Monsieur et honoré confrère,
Je m'empresse de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'adresser à la date du 2 juin, mais qui ne m'est parvenue qu'avec
un assez grand retard ; je rentre d'un voyage.
Il me serait très agréable de vous procurer les crânes aveyronnais que
vous me demandez, si je le pouvais ; mais j'ai donné mon entière collec
tion à la Société d'Anthropologie. Cependant la mine n'en est pas épuisée,
et dès que je pourrai faire quelques nouvelles exhumations, je penserai
à vous, vous pouvez y compter.
Les Bulletins de la Société d'Anthropologie de Paris (années 1868 ou
1869, je crois) contiennent des communications (1)* où je signale le fait
si intéressant de la grande prédominance, du règne exclusif pour ainsi
dire, du type blond chez la vieille noblesse rurale du Rouergue contrastant
avec cet autre fait d'observation que la population aveyronnaise prise en
masse ne fournit que 2 blonds sur 15 individus pris indistinctement dans
le tas. Dans le temps, j'ai passé en revue toutes nos vieilles familles nobi
liaires campagnardes avec M. de Barrau, vice-président de la Société des
lettres, sciences et arts de l'Aveyron, et auteur d'un ouvrage sur la noblesse
du Rouergue. Nous sommes tombés d'accord que toutes ces familles se
distinguent de la masse plébéienne par les caractères physiques qui leur
sont communs, et dont le plus remarquable, ainsi que le plus constant,
est d'avoir les cheveux blonds, des yeux bleus et une carnation particul
ière, peau blanche, teint rosé, et très souvent jaspé de la même nuance (2).
J'avais dernièrement l'occasion de parler à notre préfet de ces parti
cularités offertes par la population du département : il confirma toutes
mes assertions à ce sujet, et il me dit qu'il avait été frappé par le type
extraordinaire et tout germain des hobereaux du pays. Ce type, comme
il me le fit observer, s'exagère même d'une manière étrange dans certaines
familles.
Je dois ajouter que les individus de cette catégorie ne sont pas moins
* Les notes se trouvent à la fin de chaque lettre.
Bev. НШ. Sel., 1982, xxxv/4 Lettres de Durand de Gros à Vacher de Lapouge 297
brachycéphales que le reste de la population, parmi laquelle un dolicho
céphale n'est guère moins rare qu'un nègre.
Ma statistique anthropologique de la population aveyronnaise a été
résumée en une série de tableaux qui se trouvent — en manuscrit et tracés
sur toile — dans une armoire de la Bibliothèque de la Société d'Anthrop
ologie. Je me propose d'en demander la publication dans les recueils
de la Société.
Depuis plusieurs années je ne reçois plus la Revue d'Anthropologie ;
je vous serais fort reconnaissant de me faire tenir vos articles ainsi que
vous avez bien voulu me l'offrir.
Vous pouvez compter sur mon empressement à vous fournir tous les
documents et renseignements en mon pouvoir que pourriez désirer.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma sympathie scientifique et de ma
considération très distinguée.
J.-P. Durand.
(1) II s'agit des articles : Sur l'action des milieux géologiques de l'Aveyron,
Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1868, III, p. 135, 147, 228-259, et Excursion
anthropologique dans l'Aveyron, ibid., t. IV, p. 193-218.
(2) A propos de Barrau, Durand fait allusion à son ouvrage : Documents
historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du
Rouergue, Rodez, 1853-1860, 400 p.
II
Arsac par Rodez le 19 Xbre 1891.
Cher Monsieur,
Une longue et pénible maladie dont je commence à peine à me remettre
m'a empêché de répondre jusqu'ici à votre aimable lettre.
Je tiens à votre disposition la minute de mes observations (1) anthro
pologiques aveyronnaises portant non sur 300 ou 400 sujets, comme vous
le dites, mais sur plus de 1000. J'ai résumé ces en des
tableaux et des dessins qui dorment dans un des tiroirs de la Société
d'Anthropologie de Paris ; ils mériteraient d'être publiés (2). La dite
Société possède en outre une collection de plus de 100 crânes aveyronnais
de divers âges. Le musée de Toulouse a aussi quelques crânes aveyronn
ais de l'époque des cavernes. Le musée de Rodez en a aussi quelques
autres et enfin le Dr Albespy père, de Rodez, en a également une petite
collection (3).
M. Cartailhac (4), qui a beaucoup exploré les vieilles sépultures avey
ronnaises, n'est pas non plus sans posséder des squelettes du pays. Je ne
vois plus personne à qui vous adresser.
Je vais assez souvent à Montpellier pour affaires, à mon prochain
voyage chez vous je vous apporterai toutes mes feuilles d'observation
d'anthropologie aveyronnaise.
Le type céphalique aveyronnais présente une incroyable unité ; je puis

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