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Conflit visuo-tactilo-kinesthésique et activité sensorimotrice manuelle - article ; n°1 ; vol.88, pg 7-29

De
25 pages
L'année psychologique - Année 1988 - Volume 88 - Numéro 1 - Pages 7-29
Summary : Visual-haptic conflict and manual sensorimotor activity.
Children aged 6-8 years were presented with a visual-haptic conflict during or after the sucessful achievement of a manual sensorimotor task (bead threading in Experiment I, and block embedding in Experiment II) involving a correct haptic estimation of the conflicting property (the object's size). The aim of these studies was to know if the dominance of vision over touch is modified when haptic perceptions are functionally at work in the sensorimotor loop controlling the motor activity of the hands. « Compromise » responses are observed in conflict situations in both experi-ments, and this shows that visual discordant data biase haptic « declarative » knowledge (verbal judgements) concerning the conflicting property. In Experiment III, haptic resistance to conflict is compared in three conditions: after the successful achievement of the embedding task, after a free haptic perceptual exploration and after a reslrained haptic exploration (with the index finger of the right hand only). During the non-conflict presentation phase, the better performances are observed in the first condition and the lowest ones in the third. Nevertheless, in the conflicting test phase, the three groups manifest identical compromise responses. In discussing these results, the functional relationships between the mechanisms implied in the haptic control of manual practical activities and those regulating the visual-haptic perceptual declarative knowledge are analyzed.
Key words : manual haptic perceptions, perceptual conflict, sensory control of movement.
Résumé
Un conflit visuo-tactilo-kinesthésique a été présenté à des sujets de 6-8 ans au cours (expérience I) ou après (expérience II) la réalisation réussie d'une tâche sensorimotrice manuelle impliquant une évaluation tactile correcte de la propriété conflictuelle (la taille de l'objet). Ces études cherchaient à savoir si le fait que le toucher a un rôle important dans le contrôle moteur des mouvements de saisie et manipulation, modifie les relations habituelles de dominance qu'entretiennent la vision et le toucher. Les résultats montrent que les sujets soumis au conflit donnent généralement des réponses de compromis, ce qui atteste de la persistance du biais introduit par les données visuelles discordantes. Dans l'expérience III, la résistance du toucher au conflit est mesurée après une prise de connaissance des stimuli par une activité sensorimotrice d'encastrement, après une exploration perceptive manuelle libre et après une exploration perceptive limitée à l'index d'une main. Sans conflit, la première condition donne les meilleures performances, et la troisième les moins bonnes. Mais dès que des données visuelles discordantes sont introduites, les trois groupes manifestent les mêmes comportements de compromis. Ces observations sont discutées en fonction des relations pouvant exister entre les mécanismes impliqués dans le contrôle tactile de la motricité manuelle et ceux qui règlent l'unité visuo-tactile à un niveau perceptif de type déclaratif.
Mots clés : perception tactile, conflit perceptif, contrôle sensoriel du mouvement.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Yvette Hatwell
Catherine Cazals
Conflit visuo-tactilo-kinesthésique et activité sensorimotrice
manuelle
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°1. pp. 7-29.
Citer ce document / Cite this document :
Hatwell Yvette, Cazals Catherine. Conflit visuo-tactilo-kinesthésique et activité sensorimotrice manuelle. In: L'année
psychologique. 1988 vol. 88, n°1. pp. 7-29.
doi : 10.3406/psy.1988.29248
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_1_29248Abstract
Summary : Visual-haptic conflict and manual sensorimotor activity.
Children aged 6-8 years were presented with a visual-haptic conflict during or after the sucessful
achievement of a manual sensorimotor task (bead threading in Experiment I, and block embedding in
Experiment II) involving a correct haptic estimation of the conflicting property (the object's size). The aim
of these studies was to know if the dominance of vision over touch is modified when haptic perceptions
are functionally at work in the sensorimotor loop controlling the motor activity of the hands. «
Compromise » responses are observed in conflict situations in both experi-ments, and this shows that
visual discordant data biase haptic « declarative » knowledge (verbal judgements) concerning the
conflicting property. In Experiment III, haptic resistance to conflict is compared in three conditions: after
the successful achievement of the embedding task, after a free haptic perceptual exploration and after a
reslrained haptic exploration (with the index finger of the right hand only). During the non-conflict
presentation phase, the better performances are observed in the first condition and the lowest ones in
the third. Nevertheless, in the conflicting test phase, the three groups manifest identical compromise
responses. In discussing these results, the functional relationships between the mechanisms implied in
the haptic control of manual practical activities and those regulating the visual-haptic perceptual
declarative knowledge are analyzed.
Key words : manual haptic perceptions, perceptual conflict, sensory control of movement.
Résumé
Résumé
Un conflit visuo-tactilo-kinesthésique a été présenté à des sujets de 6-8 ans au cours (expérience I) ou
après (expérience II) la réalisation réussie d'une tâche sensorimotrice manuelle impliquant une
évaluation tactile correcte de la propriété conflictuelle (la taille de l'objet). Ces études cherchaient à
savoir si le fait que le toucher a un rôle important dans le contrôle moteur des mouvements de saisie et
manipulation, modifie les relations habituelles de dominance qu'entretiennent la vision et le toucher. Les
résultats montrent que les sujets soumis au conflit donnent généralement des réponses de compromis,
ce qui atteste de la persistance du biais introduit par les données visuelles discordantes. Dans
l'expérience III, la résistance du toucher au conflit est mesurée après une prise de connaissance des
stimuli par une activité sensorimotrice d'encastrement, après une exploration perceptive manuelle libre
et après une exploration perceptive limitée à l'index d'une main. Sans conflit, la première condition
donne les meilleures performances, et la troisième les moins bonnes. Mais dès que des données
visuelles discordantes sont introduites, les trois groupes manifestent les mêmes comportements de
compromis. Ces observations sont discutées en fonction des relations pouvant exister entre les
mécanismes impliqués dans le contrôle tactile de la motricité manuelle et ceux qui règlent l'unité visuo-
tactile à un niveau perceptif de type déclaratif.
Mots clés : perception tactile, conflit perceptif, contrôle sensoriel du mouvement.L'Année Psychologique, 1988, 88, 7-29
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université Grenoble II, UA 665 CNRS1
CONFLIT
VISUO-TACTILO-KINESTHÉSIQUE
ET ACTIVITÉ SENSORIMOTRICE MANUELLE
par Yvette Hatwell et Catherine Cazals
SUMMARY : Visual-haptic conflict and manual sensorimotor activity.
Children aged 6-8 years were presented with a visual-haptic conflict
during or after the sucessful achievement of a manual sensorimotor task
(bead threading in Experiment I, and block embedding in Experiment II)
involving a correct haptic estimation of the conflicting property (the
object's size). The aim of these studies was to know if the dominance of
vision over touch is modified when haptic perceptions are functionally at
work in the sensorimotor loop controlling the motor activity of the hands.
« Compromise » responses are observed in conflict situations in both experi
ments, and this shows that visual discordant data biase haptic « declarative »
knowledge (verbal judgements) concerning the conflicting property. In
Experiment III, haptic resistance to conflict is compared in three conditions:
after the successful achievement of the embedding task, after a free haptic
perceptual exploration and after a restrained haptic exploration (with
the index finger of the right hand only). During the non-conflict present
ation phase, the better performances are observed in the first condition and
the lowest ones in the third. Nevertheless, in the conflicting test phase, the
three groups manifest identical compromise responses. In discussing these
results, the functional relationships between the mechanisms implied in
the haptic control of manual practical activities and those regulating the
visual-haptic perceptual declarative knowledge are analyzed.
Key words : manual haptic perceptions, perceptual conflict, sensory
control of movement.
1. Université des Sciences sociales, Bât. Sciences humaines et mathé
matiques, BP 47 X, 38040 Grenoble Cedex. 8 Y. Halwell el C. Cazals
Lorsqu'on s'interroge sur le rôle des données tactilo-kines-
thésiques dans les comportements spatiaux perceptivo-moteurs,
on dispose de deux séries d'observations. L'une est relative aux
situations dans lesquelles la main fonctionne comme un pur
système perceptif (au sens de Gibson, 1966) explorant l'env
ironnement pour en tirer de l'information. Ces travaux montrent
que, si le sujet reçoit simultanément les mêmes informations à
travers le canal visuel (appréhension bimodale d'un stimulus),
les données tactilo-kinesthésiques sont très peu utilisées, voire
pas du tout. L'autre série de faits concerne l'étude de la main
en tant qu'organe d'exécution des activités motrices de la vie
quotidienne. Ici, l'analyse du rôle de réafïérences sensorielles
dans le contrôle des mouvements met en évidence la place
importante qu'occupe le toucher dans l'acquisition et le fon
ctionnement de ces habiletés. Le présent travail met en relation
ces deux ensembles de résultats pour spécifier les niveaux et
les modes d'intervention de cette modalité dans les activités
perceptivo-cognitives spatiales.
a I L'abondante littérature sur les perceptions bimodales
visuo-tactiles, surtout si celles-ci sont conflictuelles, est en effet
très cohérente. Elle révèle que l'unité intermodale est général
ement rétablie par une « capture visuelle » attestant que les don
nées tactiles discordantes ont été soit ignorées, soit recalibrées
sur les données visuelles. Cette capture apparaît presque toujours
quand le test mobilise la vision seule, ou quand il est bimodal.
Quand le test est tactilo-kinesthésique, et/ou quand le conflit
est de très forte intensité, on observe plutôt un « compromis »
(moyenne entre les deux valeurs physiques du stimulus) (Rock
et Victor, 1964 ; Rock et Harris, 1967 ; Miller, 1972 ; Power et
Graham, 1976 ; Power, 1980, 1981 ; Hatwell, 1986). Cette dépen
dance du toucher à l'égard de la vision apparaît dès le plus jeune
âge et n'est modifiée ni par des consignes insistant sur l'impor
tance des données tactiles, ni par l'exercice intensif du toucher
chez les potiers, ni par la familiarité des objets sous conflit,
ni par la vue des mains déformées par la lentille (Power et
Graham, 1976 ; Power, 1980, 1981 ; McGurk et Power, 1980 ;
Hatwell, 1986). A l'opposé, un phénomène inverse de « capture
tactile » n'a jamais pu être clairement obtenu, bien qu'indiv
iduellement une certaine proportion de sujets manifestent une
capture tactile. Seul Heller (1983) a obtenu une capture tactile Conßit vision-toucher 9
au niveau du groupe, mais pour y parvenir il a fait porter à ses
sujets des verres dépolis brouillant sensiblement leur vision
centrale.
Ces observations sont compatibles avec l'hypothèse de Pick
(1970, 1974) et Freides (1974) selon laquelle les données spatiales
sont toujours codées ou recodées dans un code visuel, quelle que
soit leur modalité d'accès. La cohérence intermodale paraît donc
être ici le fruit d'une stratégie d'économie qui assigne à une seule
modalité (celle dont l'équipement neurophysiologique permet
les meilleures discriminations dans le secteur considéré) une
fonction directrice dans le traitement de toutes les informations
relatives à ce secteur.
b I Le deuxième groupe de faits concerne l'implication des
perceptions tactilo-kinesthésiques dans le contrôle de la motricité.
Si les mains constituent en effet un système perceptif comparable
aux autres, leur fonction prioritaire est l'exécution d'actions
pratiques transformant l'environnement à des fins utilitaires.
Or ces actions nécessitent, pour être réussies, que la main s'ajuste
très précisément aux propriétés spatiales des objets manipulés.
Quelle est la participation du toucher à ces ajustements ?
En dépit des nombreux travaux qui lui ont été consacrés,
le problème du contrôle moteur demeure controversé. Ainsi,
selon un important courant de recherches (Schmidt, 1975 ;
Paillard, 1980, 1985 ; Beaubaton, 1986, etc.), ce contrôle s'inscrit
dans des modèles à boucles contenant un programme porteur
de certains paramètres du mouvement, et des réafférences per
ceptives spécifiant l'état du système et les transformations résul
tant des actions. La part respective du contrôle proactif du
mouvement (programmation) et du contrôle rétroactif (correc
tion par les réafïérences) varie selon le degré d'expertise du
sujet. Ainsi, au début d'un apprentissage, le contrôle sensoriel
est prédominant ; puis, lorsque le sujet s'est exercé et a constitué
des « schémas moteurs généralisés » adéquats (Schmidt, 1975,
1976), la programmation se substitue de plus en plus au contrôle
par les réafïérences, ce qui abaisse la charge attentionnelle requise
par la tâche (automatisation) et augmente la vitesse d'exécution
(Welford, 1968 ; Kay, 1969 ; Kelso et Stelmach, 1976 ; Schmidt,
1982). Par ailleurs, l'équilibre entre ces deux modes de contrôle
des mouvements évolue au cours du développement, et de façon
non monotone puisqu'on observe dans l'enfance une alternance „
75006 PARIS / 10 Y. Halwell el C. Cazals
de phases dans lesquelles dominent tantôt la programmation,
tantôt les contrôles sensoriels (Hay, 1979 ; Hay, Fleury et
Bard, 1986 ; Mounoud, 1983).
D'autres auteurs cependant, influencés par le courant « écolo
gique » dans l'étude de la perception (Gibson, 1979), critiquent
la notion de programme moteur qui n'explique pas assez bien la
variabilité et la création de nouveauté (par exemple, Reed,
1982, 1987). Dans cette optique, c'est l'information « écolo
gique » dans sa totalité, telle qu'elle est saisie et évaluée par le
sujet en fonction de ses buts immédiats (notion « d'afïordances »
de Gibson, 1979), qui contrôle et module au fur et à mesure la
dynamique de l'action. Cette régulation repose alors principal
ement sur la connaissance de l'environnement apportée par les
systèmes perceptifs, ce qui donne à ces derniers un rôle encore
plus important que celui que leur attribuent les théories de la
programmation.
Quoi qu'il en soit, la question qui nous concerne est celle de la
participation relative des différentes modalités à ce contrôle.
Divers travaux ont montré que la vision a une fonction directrice
au début de l'acquisition alors que chez les sujets entraînés son
intervention s'amenuise et devient épisodique. Le contrôle
moteur repose surtout alors sur des feed-backs proprioceptifs
et tactilo-kinesthésiques (Woodworth, 1938 ; Fleishman et Rich,
1963 ; Welford, 1968 ; Schmidt, 1975, 1976). La libération de
l'attention visuelle au profit d'une prise en charge tactilo-
kinesthésique constitue d'ailleurs une des caractéristiques prin
cipales des habiletés sensorimotrices des sujets experts. Ceci
apparaît aussi dans les désorganisations motrices observées si,
après la déafférentation somesthésique d'un membre, le sujet
est empêché de contrôler visuellement les mouvements de ce
membre (Taub, Perella et Barro, 1973).
En résumé, quand le sujet procède à une simple exploration
manuelle d'un objet pour en évaluer une propriété et en tirer
une connaissance « déclarative », la participation de la modalité
tactilo-kinesthésique est mineure, voire nulle si des données
visuelles correspondantes sont disponibles. Au contraire, dans
les activités sensorimotrices bien exercées de saisie et manipul
ation utilitaire des objets, c'est-à-dire dans les savoir-faire
« procéduraux » asservis à un but pratique immédiat, le toucher
a un rôle important, voire directeur, dans le contrôle en temps
réel de ces activités (Freides, 1974). Conflit vision-toucher 11
Les expériences qui suivent mettent en relation ces deux
niveaux de traitement en étudiant les effets d'un conflit visuo-
tactile (relatif à la taille des objets) survenant pendant ou après
l'exécution réussie d'une tâche sensorimotrice pratique. Leur
but est double : 1 / vérifier que chez les sujets contrôle certaines
connaissances tactiles acquises par l'exercice d'un savoir-faire
manuel sont transférables au niveau purement déclaratif verbal ;
2 / voir si, chez les sujets expérimentaux recevant des données
visuelles discordantes, les connaissances tactiles issues de ce
fonctionnement sensorimoteur résistent au conflit mieux que
celles issues d'une exploration manuelle à visée uniquement
perceptive.
Une tâche manuelle a donc été proposée aux sujets. Dans
l'expérience I, il s'agit d'enfiler quatre perles identiques pour
former un « collier » ; cet enfilage se fait derrière un écran, mais
une perle témoin est visible pendant l'exécution et informe le
sujet sur la taille visuelle des perles manipulées. Cette information
est correcte pour les groupes contrôles (GC) et discordante pour
les groupes expérimentaux (GE). Quand le collier est terminé,
le sujet reconnaît visuellement et/ou tactilement, parmi des
perles de taille variable, celle qui a servi à faire le collier (passage
à une connaissance déclarative). Dans l'expérience II, l'enca
strement d'une plaquette est entièrement réalisée sans voir et
sans conflit. Ensuite, tout en regardant une plaquette témoin
visible présentée comme étant encastrable, le sujet doit retrouver
tactilement, derrière un écran et parmi des plaquettes de taille
variable, celle qui peut être encastrée. L'information donnée
par la plaquette visible est exacte pour les GG et conflictuelle
pour les GE. Enfin, l'expérience III compare la résistance au
conflit selon que le sujet prend connaissance des plaquettes et
de l'alvéole, en phase de présentation, par une activité d'encas
trement, ou par une activité d'exploration perceptive libre, ou
enfin par une exploration perceptive limitée à l'index de la
main droite.
La taille est une propriété qui doit être correctement traitée
tactilement pour assurer la saisie, le maintien et le déplacement
des perles à enfiler, et pour sélectionner, saisir, transporter et
encastrer la plaquette. Si les GC reconnaissent en phase test
l'objet manipulé sans voir pendant l'action, c'est que la connais
sance tactile ainsi acquise a pu être transformée en connaissance
déclarative. La question est de savoir si, chez les GE, le fait Y. Halwell et C. Cazals 12
que le toucher a eu un rôle important dans le guidage sensoriel
des mouvements ayant assuré la réussite de la tâche pratique
a donné aux perceptions tactiles un poids tel qu'elles résistent
en phase test aux données visuelles discordantes. Si tel est le cas,
un phénomène de capture tactile pourrait être observé.
Les sujets de ces expériences ont 6-8 ans. Ce choix est motivé
par le fait que nous disposions des résultats d'une recherche
(Hatwell, 1981, 1986) dans laquelle des enfants de cet âge avaient
été soumis à un conflit visuo-tactile de longueurs appréhendées
par une activité manuelle uniquement exploratoire. La présente
étude a donc porté sur des sujets de même niveau de développe
ment pour permettre une comparaison des résultats.
EXPÉRIENCE I
1. MÉTHODE
1 / Sujets : 64 enfants de 6 ans à 7 ans 11 mois (âge moyen = 7 ans 2),
choisis dans les écoles grenobloises (cours préparatoire et cours él
émentaire 1) parmi ceux fréquentant la classe normale de leur âge. Ils
sont divisés en 8 groupes de 8 sujets (4 garçons et 4 filles).
2 / Matériel : il se compose de 9 perles cubiques en bois, de 20 à
28 mm de côté (échelons de 2 mm) et percées d'un trou de 2 mm de
diamètre, d'un lacet en plastique semi-rigide, et d'une grande boîte
rectangulaire qui, munie d'un rideau, sert de dispositif de présentation.
3 / Procédure et plan d'expérience : il y a 2 groupes expérimentaux
bimodaux, 2 groupes contrôle bimodaux et 4 contrôle uni-
modaux. Les bimodaux reçoivent des données à la fois visuelles
et tactilo-kinesthésiques pendant la phase de présentation du stimulus ;
les groupes unimodaux reçoivent soit des données visuelles seulement,
soit des données tactilo-kinesthésiques seulement pendant cette phase.
a j Groupes expérimentaux (GE)
— Phase de présentation (bimodale et conflictuelle) : sous l'écran,
le sujet reçoit le lacet et 3 perles identiques de 26 mm, destinées à former
un collier. En même temps, l'expérimentateur dispose, sur la partie
supérieure de la boîte de présentation, une quatrième perle témoin
qui est visible et le restera durant toute la phase de présentation. Le
sujet, qui n'a pas le droit de la toucher, est informé que cette perle est
rigoureusement identique à celles qu'il manipule sans voir. En réalité Conflit vision-loucher 13
cependant, elle est plus petite (22 mm de côté). Avec les 3 perles dis
ponibles sous l'écran, le sujet réalise un collier, puis passe un test de
reconnaissance.
— Test de reconnaissance : celui-ci est unimodal et mobilise la vision
seule pour la moitié des sujets, le toucher seul pour l'autre moitié. Quand
le test est visuel (V), l'expérimentateur présente, à la place de la perle
témoin qui a été retirée, quatre perles (alignées mais non ordonnées par
la taille) dont la taille varie soit de 20 à 26 mm (série 1 de choix), soit
de 22 à 28 mm (série 2). Le sujet désigne, sans la toucher, la perle iden
tique à celles ayant formé le collier. Quand le test est tactilo-kinesthé-
sique (T), le sujet introduit ses mains sous l'écran et désigne, sans la
voir, celle des quatre perles qui a été utilisée pour le collier. Un seul essai
test est passé, après chaque enfilage. Chaque sujet reçoit 4 essais,
comprenant chacun une phase d'enfilage et une phase test. Cette phase
test utilise alternativement la série 1 et la série 2.
b I Groupes contrôles bimodaux (GCB)
La phase de présentation de ces groupes est identique à celle des
GE, sauf qu'ici la perle témoin visible est effectivement identique aux
perles manipulées sans voir. La phase test est la même que celle des
GE (quatre essais en alternant les séries 1 et 2).
c I Groupes contrôles unimodaux (GCU)
Ils sont destinés à évaluer l'intensité du biais introduit chez les
sujets expérimentaux. Le GCU visuel reçoit une présentation unique
ment visuelle du stimulus, sous une forme analogue à la présentation
visuelle reçue par le GE. Le GCU tactile reçoit une unique
ment tactile du stimulus, sous une forme analogue à la
tactile du stimulus reçue par le GE.
— GCU à présentation visuelle (GCU.V) : l'expérimentateur place
une perle étalon de 22 mm de côté (taille qui correspond à la valeur
visuelle de la perle en situation conflictuelle) sur la partie supérieure de
la boîte et demande au sujet de bien la regarder sans la toucher « pour
bien la connaître ». Le test de reconnaissance a lieu ensuite soit en V
soit en T, avec une procédure identique à celle des GC bimodaux.
Chaque sujet passe 4 essais dans lesquels les séries 1 et 2 de choix sont
alternées. Si une capture visuelle s'est produite chez les GE, les réponses
de ces derniers ne seront pas différentes de celles des GCU à présen
tation visuelle.
— GCU à présentation tactile (GCU.T) : en phase de présentation,
le sujet effectue un collier avec 3 perles de 26 mm (taille de la perle
tactile en situation conflictuelle), mais sans perle témoin visible. Le
test de reconnaissance a lieu comme précédemment (4 essais en alternant
les séries 1 et 2). Si une capture tactile s'est produite chez les GE, les
réponses de ces derniers ne seront pas différentes de celles des GCU à
présentation tactile.
Si les estimations des GE diffèrent significativement à la fois de celles
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\ 28, rue Serpente
\ 75006 PARIS ' 14 Y. Hatwell et C. Cazals
des GCU à présentation visuelle et des GCU à présentation tactile, c'est
qu'un phénomène de compromis s'est manifesté dans leurs réponses.
Le tableau I résume les conditions de passation des 8 groupes indé
pendants de sujets.
Tableau I. — Expérience I : conditions de passation de
l'épreuve, moyennes (en mm) et écarts types en fonction de
la condition, de la modalité de présentation et de la modalité
de la réponse
Experiment I : Experimental procedure, response means
(in mm) and standard deviations as a function of condition,
presentation modality and response modality
Modalité Mod. de Valeurs de Moyennes (et
1 ' étalon de réponse écarts-types)
present. des réponses
V + T GE V V=22, T=26 23,4 (1,81)
V + T bimodaux T V=22, T=26 24,6 (1,41)
GC V + T V V=26, T=26 25,7 (0,65)
V + T bimodaux T V=26, T=26 25,5 (0,56)
V V V=22 22,4 (0,58)
GC
V T V=22 22,6 (0,98)
unimodaux
T V T=26 25,5 (1,19)
T T T=26 25,8 (1,16)
V = visuel, T = tactilo-kinesthésique, GE = groupe expérimental,
GC = groupe contrôle.
V = visual, T = haptic, GE = experimental group, GC = control
group (bimodal or unimodal).
2. RESULTATS
1 / Comparaison des GE et des GC
Une analyse de la variance à deux facteurs indépendants
(4 conditions de présentation x 2 modalités de test) a été effec
tuée sur la réponse moyenne donnée par chaque sujet aux
4 essais (taille de la perle jugée identique à celles ayant servi
à faire les colliers) (tableau I et fig. 1). Le facteur condition s'avère
très significatif (F3,56 = 34,16, p < .0001), tandis que ni

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