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Brenda Spencer
Contexte normatif du comportement sexuel et choix des
stratégies de prévention
In: Population, 48e année, n°5, 1993 pp. 1411-1436.
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Spencer Brenda. Contexte normatif du comportement sexuel et choix des stratégies de prévention. In: Population, 48e année,
n°5, 1993 pp. 1411-1436.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1993_num_48_5_4108Résumé
Spencer (Brenda). - Contexte normatif du comportement sexuel et choix des stratégies de prévention
Pour rendre compte de la diversité des comportements sexuels et des de
qu'adoptent (éventuellement) les individus, on ne peut se situer dans une perspective strictement
individualiste. Les pratiques s'inscrivent en effet dans un cadre de représentations sociales, qui n'est,
d'ailleurs, pas toujours en cohérence avec les pratiques elles-mêmes. Le cadre normatif des pratiques
est étudié ici à partir de plusieurs exemples : les normes portant sur l'amour, le couple et la sexualité, la
représentation de la fidélité, l'image du préservatif, la représentation du contenu de l'acte sexuel, les
changements de comportement envisagés en relation avec l'épidémie de Sida, la perception et
l'utilisation du test de dépistage. En matière de représentations, les différences entre hommes et
femmes sont assez marquées : l'infidélité par exemple est jugée beaucoup plus sévèrement par ces
dernières. La prise en compte de l'univers normatif des individus peut contribuer à la définition de la
politique de prévention.
Abstract
Spencer (Brenda). - Normative context of sexual behaviour and choice of prevention strategies Any
attempt to account for the wide range of and of prevention strategies adopted by
individuals must go beyond a purely individualistic perspective. Sexual practices take place within the
wider context of social representation, even if behaviour is not always coherent with associated social
representations. In this paper the normative framework of sexual behaviour is studied in relation to
several examples: norms relating to love and to sexual relationship; the social representation of
faithfulness, of the condom, and of the content of the sexual act; behavioural changes envisaged in
relation to the Aids epidemic, perceptions of and recourse to the HIV screening test. Clear differences in
social representation occur between men and women; for example, the latter are more critical of
infidelity. Consideration of the normative context of individual behaviour can contribute to the definition
of prevention policy.
Resumen
Spencer (Brenda). - Contexte normative del comportamiento sexual y elección de las estrategias de
prevención Para mostrar la diversidad de comportamientos sexuales y las estrategias de prevención
(eventualmente) adoptadas por los individuos, la perspectiva estrictamente individua- lista no es
adecuada. En realidad, las prácticas se inscriben en un marco de representaciones sociales que, por
otra parte, no es siempre cohérente con las mismas prácticas. El articulo estudia el marco normativo de
las prácticas a través de varios ejemplos : las normas concer- nientes al amor, la pareja y la sexualidad,
la representación de la fidelidad, la imagen del preservative, la representación del contenido del acto
sexual, los cambios de comportamiento relacionados con la epidemia del sida, la percepción y la
utilización de la prueba del sida. En cuanto a las representaciones, las diferencias entre hombres y
mujeres son muy marcadas : la infidelidad, por ejemplo, es juzgada de forma mucho más severa por
estas ultimas. La toma en consideración del universo normativo de los individuos puede contribuir a la
definición de la politica de prevención.u \\) f\
CONTEXTE NORMATIF
DU COMPORTEMENT SEXUEL
ET CHOIX DES STRATÉGIES
DE PRÉVENTION*
Brenda SPENCER
En matière sexuelle, plus encore que dans d'autres ac
tivités humaines, les individus ont le sentiment que certains
actes et certains comportements sont normaux, et d'autres
ne le sont pas. Mais les limites que se fixent les uns et les
autres ne sont pas les mêmes. Après avoir analysé les normes
et les représentations concernant la fidélité, les relations entre
sentiments et sexualité, l'homosexualité et le contenu de l'acte
sexuel et montré qu'elles varient selon le sexe et l'âge, Brenda
Spencer** rapproche les normes décrites des comportements
déclarés, et constate un certain nombre de décalages. Elle
montre que l'existence d'un cadre normatif de la sexualité in
flue sur les stratégies de prévention que les individus sont
susceptibles d'adopter.
Le comportement sexuel, avec ou sans une prise de risque, est dé
terminé par un ensemble de facteurs très divers. Comment peut-on les clas
ser, et à partir de quelle problématique? Peut-on en proposer une
hiérarchie? Quelle est la validité et la reproductibilité des différents mod
èles ? Le débat ne sera jamais clos sur ces questions. Plusieurs enquêtes
par questionnaire ont été menées dans ce domaine, avec une perspective
très individualiste, et ont donné lieu à des analyses qui ne prennent pas
suffisamment en compte l'univers normatif plus large dans lequel l'individu
se situe. Dans cet article, nous essayons de décrire certains aspects de cet
univers et, dans une certaine mesure, de montrer la relation qui existe entre
les représentations sociales et les pratiques. Notre but n'est pas de montrer
des relations significatives entre telle représentation et telle pratique : étant
donné la complexité de la détermination des comportements, nous voulons
écarter la notion de causalité. Nous voudrions plutôt décrire certains él
éments du contexte normatif qui existent comme arrière-plan aux comporte-
* Remerciements à Laurent Gautier, Hélène Bretin, Laurence Masse.
** INSERM, U 292.
Population, 5, 1993, 1411-1436 1412 CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATÉGIE DE PRÉVENTION
ments sexuels et aux stratégies de prévention. Cette mise en relation fait
apparaître la proximité ou le décalage entre les représentations et les pratiques.
Les stratégies de prévention et les représentations sociales
II existe plusieurs stratégies pour éviter la transmission du VIH. Nous
parlons plutôt de stratégies que de moyens, parce que la prévention peut
se faire de diverses façons : l'utilisation d'un produit (comme le préserv
atif), le choix d'un certain mode de vie ou d'environnement social, l'aban
don d'une pratique... Face au risque, chaque individu concerné cherchant
à se prémunir construira son propre ensemble de stratégies de prévention.
Chaque stratégie est à préconiser plus ou moins en fonction des dernières
informations médicales ; elle est également plus ou moins renforcée par
les représentations que l'individu a de la stratégie elle-même, ainsi que
de la sexualité et de l'amour... La réalisation d'une stratégie ne correspond
pas toujours à ce qui a été prévu : elle sera bien sûr modifiée en fonction
des contraintes rencontrées dans des situations différentes. La stratégie
adoptée par un individu sera aussi à négocier avec ses partenaires sexuels.
Par exemple, il a été démontré que les homosexuels prennent des précau
tions en fonction de la nature de la relation et de l'histoire du partenaire :
ce qui donne lieu à une diversité d'adaptations (Schiltz, 1992). La possi
bilité de se prémunir pour un individu donné peut également être limitée
dans certaines situations, par exemple quand il existe un grand déséquilibre
de pouvoir dans la relation (Spencer, 1992a).
Plusieurs critères peuvent intervenir dans le choix d'une stratégie :
son acceptabilité, que ce soit en termes d'esthétique, de plaisir, de valeurs
morales, d'image sociale; sa faisabilité, son efficacité; sa commodité d'uti
lisation...
Nous avons donc cherché à observer les représentations sociales liées
aux stratégies à partir de plusieurs axes :
(1) Changements de comportement prévus pour l'avenir : l'annonce
des stratégies qui seront adoptées à l'avenir. Cette série d'items concerne
donc des choix hypothétiques, et nous considérons les réponses comme
des représentations.
(2) Les sentiments amoureux et les rapports sexuels : quel peut être
le lien entre les deux? quelle place faut-il accorder à la fidélité?...
(3) La représentation sociale du contenu de l'acte sexuel : comment
doit-on le définir? quels en sont les éléments?...
(4) L'image du préservatif : le niveau de concordance avec certaines
idées qui sont parfois exprimées au sujet de ce produit.
Les différentes représentations sont analysées en comparant d'abord
leur niveau de prédominance dans la population générale, puis leur impor
tance relative pour les hommes et pour les femmes selon l'âge. Ces ré
sultats sont ensuite comparés avec les données concernant les pratiques CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATÉGIE DE PRÉVENTION 1413
correspondantes. Enfin, la synthèse de cette analyse est faite en faisant
ressortir les retombées éventuelles pour les politiques de prévention du Sida.
Un problème de définition
Dans un questionnaire, qu'est-ce qui distingue un item visant une
attitude d'un autre qui sollicite une opinion, une croyance, une norme ou
une valeur? Plusieurs typologies ont été proposées. Les définitions varient
selon la discipline et l'auteur, et l'étude de ces définitions constitue un
sujet de recherche en soi. Au cours du développement du questionnaire
ACSF, certains items inclus pour solliciter une attitude ont fait l'objet d'un
débat parce qu'ils «risquaient de provoquer une réponse normative», ce
qui illustre bien la difficulté de distinguer entre une attitude et une norme.
Nous voudrions dans cet article laisser de côté ces problèmes de dé
finition, qui sont certes importants dans le développement des théories et
des modèles, mais qui ne sont pas décisifs pour notre analyse. Ceci risque
de choquer les puristes, qui tiennent à des définitions plus précises pour
une attitude, une norme, une opinion ou une représentation sociale. Pour
ce qui nous concerne, nous avons choisi dans un premier temps de ne pas
distinguer entre les différents termes qui peuvent être utilisés : ici ils sont
tous regroupés sous l'étiquette «représentation sociale». Nous définissons
ainsi au sens le plus large le concept de « représentation sociale » qui doit
donc comprendre l'image sociale du préservatif, aussi bien que les réponses
concernant certaines valeurs comme la fidélité, et des affirmations concer
nant ce qu'il est «normal» de faire au cours d'un rapport sexuel. Une
distinction est simplement faite entre les représentations sociales et les pratiques.
Nous n'avons pas retenu le terme «norme» utilisé auparavant parce
que, dans la littérature, ce terme est traditionnellement associé à une notion
de sanction en cas de transgression (Morris, 1956). Les sanctions peuvent
dépendre des opinions des proches (Ross and McLaws, 1992), de la per
ception de l'ancienneté et de la légitimité de la norme (Baric, 1982) et
peuvent varier en fonction des acteurs sociaux concernés et de la motivat
ion de la personne à ne pas respecter la norme (Biel et al., 1990).
Changements de comportement prévus pour l'avenir; changements
de comportement déclarés dans le passé
Les intentions de changement
Une série de questions a été posée à tous les enquêtes sur «les
choses» qu'ils pouvaient «éventuellement faire contre les MST et le Sida».
Ils devaient indiquer s'ils avaient «certainement», «peut-être» ou «cer
tainement pas» l'intention de les faire à l'avenir. Qu'il s'agisse des
hommes ou des femmes, des réponses certaines ou bien des «peut-être»,
l'ordre de classement des stratégies proposées était pratiquement identique. 1414 CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATÉGIE DE PRÉVENTION
Dans l'ordre de préférence décroissant, ces stratégies sont : «Je pense res
ter fidèle à une seule personne pendant au moins un an»; «J'aurai des
rapports sexuels uniquement avec des personnes que je connais»; «J'uti
liserai toujours des préservatifs avec des nouveaux partenaires»; «Je ferai
moi-même un test de dépistage si j'ai des «Je po
serai des questions à tout nouveau partenaire sur sa vie sexuelle passée»;
(les résultats des ces deux dernières affirmations sont toujours très proches,
leur ordre de classement étant même inversé en ce qui concerne les r
éponses « certainement » pour les hommes) ; « Je demanderai un test de dé
pistage à tout nouveau partenaire»; «J'abandonnerai la pénétration dans
mes rapports sexuels avec de nouveaux partenaires».
Il existe une différence appréciable entre le premier et le dernier de
ces choix : si on se limite aux réponses «certaines», la fidélité est le choix
de quatre personnes sur cinq, contre l'abandon de la pénétration, choisi
par une personne sur cinq. De façon générale, les femmes se montraient
plus positives à l'égard des différentes stratégies proposées.
Une première remarque à faire est que toutes les personnes qui ont
répondu à ces questions n'étaient pas directement concernées par le pro
blème du risque de transmission : toutes n'avaient pas un comportement
sexuel qui les mettait en situation de risque. Logiquement, les personnes
de cette catégorie auraient pu répondre de façon affirmative à la question
sur la fidélité, en se déclarant «non concernées» par les autres proposit
ions. Cependant, d'après le faible taux de non-réponses et de réponses
«non concernées» (qui pour les hommes ne dépassait pas 5%, et pour les
femmes 13%), il semble que, concernés ou pas, tous les enquêtes aient
cherché à répondre.
Une façon de distinguer ceux qui étaient directement concernés de
ceux qui ne l'étaient pas est d'effectuer une comparaison sur la base d'une
question précédente demandant aux enquêtes s'ils avaient changé leur
comportement sexuel «depuis qu'on parle du Sida». Au total 20% des
femmes et 12% des hommes ont répondu de façon affirmative à cette quest
ion. Les réponses des deux sous-populations sont indiquées sur le t
ableau 1. Dans les deux groupes, aussi bien pour les hommes que pour les
femmes, les stratégies peuvent être regroupées en trois catégories : les plus
populaires (fidélité, préservatif, connaître le partenaire) ; les moyennes (po
ser des questions à chaque nouveau partenaire, faire un test soi-même) ;
et les moins populaires (demander un test au partenaire, abandon de la
pénétration).
De façon générale, le groupe «ayant déjà changé de comportement»
déclare plus souvent avoir l'intention d'adopter des stratégies de prévention
à l'avenir, cet effet étant plus prononcé chez les femmes. La principale
différence entre les deux groupes concerne l'importance attribuée à la f
idélité et au préservatif : pour les hommes, le préservatif est légèrement
plus envisagé que la fidélité par ceux qui ont changé leur comportement ;
ceux qui ne l'ont pas changé (ou qui n'ont pas eu à le changer) citent la CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATÉGIE DE PRÉVENTION 1415
Tableau 1. - Projets de changement de comportement chez les personnes
déclarant avoir déjà changé de comportement depuis qu'on parle du slda et chez
celles déclarant n'avoir rien changé
Déclarant avoir déjà changé Ne déclarant de comportement aucun changement « depuis le Sida »
(hommes : n = 936) (hommes : n = 1 655) HOMMES (18-69 ans)
Degré de certitude Certaine% % Ensemb% Certaine% % Ensemb%
Peut-être Peut-être ment ment le le
Projets
1 Fidélité 66 19 85 85 8 93
2 Préservatif 71 17 88 60 10 70
3 Connaître le partenaire 73 14 87 77 8 85
4 Poser des questions aux
nouveaux partenaires 57 16 73 48 14 62
5 Faire le test soi-même 44 27 71 48 18 66
6 Demander un test au partenaire 21 25 46 33 12 45
7 Abandon de la pénétration 17 11 28 17 8 25
FEMMES (18-69 ans) (femmes : n = 535) (femmes : n = 1 546)
Projets
1 Fidélité 77 13 90 86 4 90
2 Préservatif 75 13 88 65 6 72
3 Connaître le partenaire 77 10 87 72 7 79
4 Poser des questions aux
nouveaux partenaires 74 8 82 56 11 67
5 Faire le test soi-même 63 23 86 59 12 71
6 Demander un test au partenaire 44 26 70 45 13 58
7 Abandon de la pénétration 16 12 28 22 10 32
1 Je pense rester fidèle à une seule personne pendant au moins un an
2 J'utiliserai toujours des préservatifs avec des nouveaux partenaires
3 J'aurai des rapports sexuels uniquement avec des personnes que je connais
4 Je poserai des questions à tout nouveau partenaire sur sa vie sexuelle passée
5 Je ferai moi-même un dépistage si j'ai des nouveaux partenaires
6 Je demanderai un test de à tout nouveau partenaire
7 J'abandonnerai la pénétration dans mes rapports sexuels avec de nouveaux partenaires
fidélité plus fréquemment et avec plus de certitude. Dans les deux groupes
de femmes, la fidélité est la stratégie la plus envisagée. Celles qui ont
changé leur comportement depuis le Sida sont moins sûres de ce choix,
mais elles envisagent davantage l'utilisation du préservatif. Les résultats
sur la pratique du dépistage, pour soi-même ou bien pour le partenaire,
sont marqués par un haut niveau d'incertitude (mesurée par le pourcentage
de réponses «peut-être» par rapport au «certainement») dans le groupe
le plus concerné. 1416 CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATÉGIE DE PRÉVENTION
Comparaison entre le changement de comportement prévu et le changement
déclaré au passé
Un certain nombre de questions a été posé aux personnes ayant dé
claré avoir changé leur comportement depuis qu'on parle du Sida, afin de
préciser de quel type de il s'agissait. Nous avons voulu
comparer les changements de comportement déclarés au passé avec ceux
prévus pour l'avenir. Pour quatre des questions posées sur l'avenir, nous
disposons d'une question équivalente par rapport au passé : «Je n'ai des
rapports sexuels qu'avec des personnes que je connais; Je demande un
test de dépistage à chaque nouveau partenaire; Je pose des questions à
mon partenaire sur sa vie sexuelle passée; J'ai abandonné les rapports
sexuels avec pénétration». Pour les trois autres - l'utilisation du préserv
atif, la fidélité, et la pratique du test - nous sommes obligés de repérer
cette information de manière indirecte à partir des questions sur les pra
tiques posées ailleurs dans le questionnaire.
Le tableau 2 indique les changements de comportement déclarés par
les enquêtes. Pour les trois questions où une comparaison directe n'est pas
possible, nous avons utilisé : l'utilisation du préservatif au moins une fois
au cours des 12 derniers mois; le nombre de partenaires sexuels au cours
des 12 derniers mois (fidélité); et la pratique d'un test de dépistage au
cours de la vie. Nous avons donc cherché à sélectionner des items qui
correspondent le mieux aux questions «absentes». Bien évidemment, ces
comparaisons ne peuvent être qu'indicatives, dans la mesure où les ques
tions n'ont pas été posées de la même façon que les autres.
Tableau 2. - Proportion de personnes déclarant avoir changé de comportement :
stratégie utilisée
Ont déclaré la pratique (%)
Stratégie utilisée
Hommes Femmes
Rester fidèle (pas plus d'un partenaire sur les
71 12 derniers mois) 84
Utilisation du préservatif
(> 1 fois au cours des 12 derniers mois) 54 46
Rapports seulement avec des personnes connues* 76 76
Poser questions aux nouveaux partenaires* 54 71
Ayant fait au moins 1 test VIH au cours de la vie 30 38
Demander test VIH au partenaire* 9 14
Abandon de la pénétration* 8 13
* Changement de comportement déclaré « depuis qu'on parle du Sida».
En comparant les pratiques déclarées avec les intentions (cette compar
aison étant de toute évidence limitée à la sous-population pour laquelle
nous disposons des deux informations), nous retrouvons le même type de
regroupement des stratégies. La hiérarchisation reste très semblable, à CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATÉGIE DE PRÉVENTION 1417
l'exception de l'utilisation du préservatif, qui devient moins importante
que la connaissance du partenaire, et les questions posées au partenaire
- surtout en ce qui concerne les femmes. Ceci n'est peut-être pas très sur
prenant, puisque les deux dernières stratégies sont plus «floues» et donc
les personnes peuvent plus facilement se les approprier. Néanmoins, le cri
tère d'utilisation du préservatif adopté ici n'est pas très sévère. La demande
d'un test de dépistage faite au partenaire perd également de l'importance,
et rejoint dans le classement l'abandon de la pénétration. Rappelons que
pour cette stratégie la comparaison a pu se faire de façon «directe».
Le décalage entre pratique et intention est difficile à apprécier, non
seulement à cause des comparaisons «indirectes», mais aussi à cause de
la différenciation entre «certainement» et «peut-être» qui peut être faite
pour l'avenir mais non pour le passé. Le décalage entre la pratique et
l'intention est plus marqué pour les femmes que pour les hommes en ce
qui concerne les stratégies les plus concrètes : c'est-à-dire l'utilisation du
préservatif et la pratique du test pour soi-même ou pour son partenaire.
Même en se limitant à une comparaison avec les réponses «certaines»,
c'est encore une fois le fait de demander un test au partenaire qui semble
poser le plus de difficulté.
Sentiments amoureux, fidélité Une série de questions explore les re-
et rapports sexuels présentations sociales de la relation
entre l'amour et les rapports sexuels :
la fidélité est-elle essentielle au bonheur du couple, ou bien trouve-t-on
normal qu'un homme ou une femme ait quelques aventures ? Peut-on avoir
des rapports sans aimer? Est-ce que l'amour peut exister sans désir sexuel
réciproque ?
Les réponses aux différentes questions posées sont représentées au
graphique 1. Quatre des affirmations proposées sont majoritairement ap
prouvées tant par les hommes que par les femmes. La croyance que les
rapports sexuels sont plus satisfaisants quand on s'aime est partagée par
la quasi-totalité de la population et ne varie pas selon le sexe ou l'âge;
l'accord sur ce point atteint même 100% pour les femmes de 55 ans et
plus. Neuf personnes enquêtées sur dix sont également d'accord avec l'idée
que l'amour se construit lentement jour après jour, que faire l'amour c'est
«faire un avec l'autre», et que la fidélité est essentielle au bonheur du
couple. Les deux tiers des personnes interrogées sont, enfin, d'accord avec
l'idée que dans la société actuelle, on provoque trop les désirs sexuels.
Acceptabilité et «pratique» de l'infidélité
Au niveau général donc, certaines représentations sont partagées par
les deux sexes. Cependant, quand nous passons aux questions un peu plus
précises, nous retrouvons une différence relativement constante entre les
opinions des hommes et celles des femmes : les femmes trouvent les actes CONTEXTE NORMATIF ET CHOIX DE STRATEGIE DE PREVENTION 1418
100 % d'accord
In rapport sexuel est
plus satisfaisant quand
on s'aime
L'amour se construit
lentement jour après jour
Faire l'amour c'est
faire un avec l'autre
La fidélité est essentielle
pour le bonheur du couple
Dans la société actuelle, on
provoque trop les désirs sexuels
On peut avoir des rapports
avec quelqu'un sans l'aimer
L'attirance sexuelle conduit
forcément à faire l'amour avec quelqu'un
L'amour se révèle subitement
par un coup de foudre
Dans un couple l'amour peut
exister sans désir sexuel réciproque
II peut y avoir amour sans fidélité Hommes
Femmes Au cours de son mariage un homme peut avoir
quelques aventures avec quelqu'un d'autre
Au cours de son mariage une femme peut avoir quelques
aventures avec quelqu'un d'autre
Les infidélités passagères renforcent l'amour
Quand on est vraiment amoureux on ne
risque rien en matière de Sida
INEO "Personnes se déclarant "tout à fait" ou "plutôt" d'accord 173 93
Graphique 1. - Représentations de l'amour, de la fidélité
et des rapports sexuels
d'infidélité moins acceptables, et elles sont moins nombreuses à penser
qu'une attirance sexuelle conduit forcément à faire l'amour avec quelqu'un.
La différence la plus nette entre les sexes concerne l'acceptabilité sociale
des rapports sexuels avec un partenaire dont on n'est pas amoureux. Ce
comportement, estimé normal par deux hommes sur trois, n'est approuvé
que par une femme sur trois.
Même si l'infidélité est acceptée par plus d'hommes que de femmes,
il faut néanmoins rappeler que, quelle que soit la question, moins d'un

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