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Cultures, représentations et valeurs en changement Cultures, représentations et valeurs en changement Etudes de communautés Marta Roca i Escoda Mercredi 18h15-20h Sale MR150 Introduction Séance 1 Le diagnostic et la critique sociale : de la philosophie critique aux 29 mars sociologies critiques. Programmes de recherche Séance 2 La théorie d’Axel Honneth : la lutte pour la reconnaissance Applications sociologiques 05 avril Séance 3 La constitution de problèmes publics ou le public et ses problèmes Joan Stavo-Debauge 12 avril Séance 4 L’action collective. Regard historique et approches méthodologiques 26 avril Séance 5 Etude de cas : le mouvement homosexuel à l’épreuve du sida en Suisse 03 mai Séance 6 Etude de cas : du mépris vécu en première personne à la revendication des droits 10 mai La genèse du mouvement squat : éléments pour une pragmatique de Séance 7 l'ordre urbain 17 mai Luca Pattaroni Les cadres et les formes de l’action collective : comment se Séance 8 concrétise la lutte ? 24 mai Formation des groupes pour l’action et constitution des causes A) Les approches sociologiques du droit Séance 9 B) Etude de cas : La mobilisation du droit par le GREPA 31 mai L’argumentation dans l’arène parlementaire : la compréhension Séance 10 politique de la reconnaissance Les débats parlementaires autour du projet de loi sur le partenariat 07 juin 1Cultures, ...
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C u lt u r e s , r e p s e n t a t io n s et valeu r s e n ch a ngeme n t Et u d e s  d e  c o mm u nau t és Marta Roca i Escoda Mercredi 18h15-20h Sale MR150   Introduction Le diagnostic et la critique sociale : de la philosophie critique aux sociologies critiques. Programmes de recherche   La théorie d’Axel Honneth : la lutte pour la reconnaissance Applications sociologiques   La constitution de problèmes publics ou le public et ses problèmes Joan Stavo-Debauge    L’action collective. Regard historique et approches méthodologiques   Etude de cas : le mouvement homosexuel à l’épreuve du sida en Suisse   Etude de cas : du mépris vécu en première personne à la revendication des droits   La genèse du mouvement squat : éléments pour une pragmatique de l'ordre urbain Luca Pattaroni   Les cadres et les formes de l’action collective : comment se concrétise la lutte ? Formation des groupes pour l’action et constitution des causes  A) Les approches sociologiques du droit  B) Etude de cas : La mobilisation du droit par le GREPA  L’argumentation dans l’arène parlementaire : la compréhension politique de la reconnaissance Les débats parlementaires autour du projet de loi sur le partenariat     
  Séance 1   29 mars   Séance 2   05 avril   Séance 3   12 avril   Séance 4   26 avril   Séance 5   03 mai   Séance 6   10 mai   Séance 7   17 mai   Séance 8   24 mai   Séance 9   31 mai   Séance 10   07 juin  
 
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C u lt u r e s , r e p s e n t a t io n s et valeu r s e n ch a ngeme n t Et u d e s  d e  c o mm u nau t és Marta Roca i Escoda
   Quel est le lien possible entre la philosophie et la sociologie ? C’est sur cette question que le cours proposé démarrera en se penchant sur la reprise du projet de philosophie critique de l’école de Frankfurt par Axel Honneth (successeur d’Habermas), son actuel directeur. Mais nous nous intéresserons également à la « sociologie critique » ainsi qu’à la « sociologie de la critique », laquelle s’est développée en réaction aux défauts de la première qui confisquait, explicitement ou implicitement, les capacités critiques au profit du seul chercheur en sciences sociales française et manquait à reconnaître et à mettre au jour ses appuis normatifs. Il s’agira plus concrètement de se donner quelques bases théoriques qui nous permettront d’enquêter empiriquement le changement social, en prenant comme fil conducteur, et pour commencer, la théorie de « la lutte pour la reconnaissance » disposée par Axel Honneth. Pour ceci, nous allons prendre plusieurs exemples tirés de différents travaux empiriques qui se réfèrent à différentes formes de lutte (i.e. d’action collective), en insistant notamment sur la démarche méthodologique de ces études centrées sur la description de cas particuliers. Si la sociologie critique analyse le plus souvent la domination et la reproduction sociale, elle néglige fortement la capacité dont disposent les personnes et qu’elles engagent pour lutter et contribuer au changement. Ce cours veut donc porter un regard plus optimiste sur la société, sans pour autant tomber dans une naïveté s’aveuglant sur les conflits et les structures sociales existantes.    
 
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Plan détaillé du cours
   Séance 1 (29 mars) Introduction  Introduction  Le diagnostic et la critique sociale : de la philosophie critique aux sociologies critiques. Programmes de recherche. L’école de Frankfurt La sociologie critique La sociologie de la critique   Horkheimer et son groupe sont restés prisonniers d’un fonctionnalisme marxiste qui les a induits à percevoir, dans le cadre de la réalité sociale, un cycle de la domination capitaliste et de la manipulation culturelle, à tel point fermé qu’il ne restait plus aucune place pour une zone de critique morale exercée de façon pratique. Par la suite, la théorie habermassienne de la communication représentera une opposition aux théories négativistes de la société, précisément dans le sens où elle a rouvert l’accès à une sphère émancipatoire de l’action. Cependant, le processus émancipatoire dans lequel Habermas ancre la perspective normative d’une Théorie critique ne se répercute d’aucune manière dans les expériences morales des sujets intéressés. Pour sortir de ce manque, Honneth, successeur d’Habermas, présente l’idée qui consiste à développer le modèle de la communication élaboré par Habermas dans le sens de ses présuppositions intersubjectivistes, voire sociologiques, en proposant une théorie de la lutte pour la reconnaissance. L’évolution du programme de l’école de Frankfurt s’approche du regard sociologique, plus concrètement des écoles françaises telles que la sociologie critique de Pierre Bourdieu et la sociologie pragmatique développée depuis une quinzaine d'années autour de Bruno Latour et Michel Callon (en sociologie des sciences) et Luc Boltanski et Laurent Thévenot (en sociologie de l'action et de la justification). Nous allons comparer ces deux formes de sociologie en relation avec la philosophie, pour examiner ensuite différentes manières de concevoir les divergences entre ces sociologies et la possibilité, s’il y en a une, de les conjuguer.   Lectures : Honneth, Axel (1996), « La dynamique du mépris. D’où parle une théorie critique de la société ? », in : Habermas, la raison, la critique, Rainer Rochlitz et Christian Bouchindhomme (ed.), coll. « Procope », Paris : Éd. du Cerf, pp. 216-238. * Benatouil, Thomas (1999), « Critique et pragmatique en sociologie. Quelques principes de lecture », Annales (Histoire Sciences Sociales) , vol. 54, n° 2, mars-avril, pp. 281-317.  Lectures complémentaires :  Breviglieri, Marc et Joan Stavo-Debauge (1999), « Le geste pragmatique de la sociologie française. Autour des travaux de Luc Boltanski et Laurent Thévénot », Antropolítica , n°7, pp. 7-22. Voirol, Olivier (2004), « Reconnaissance et méconnaissance : sur la théorie de la violence symbolique », Information sur les sciences sociales , vol. 43, n°3, septembre, pp. 403-443. Document vidéo. Cours donné par Cyril Lémieux : http://semioweb.msh-paris.fr/AAR/343/home.asp     
 
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Séance 2 (05 avril)  La théorie d’Axel Honneth : la lutte pour la reconnaissance Applications sociologiques  La lutte pour la reconnaissance : regard sociologique Les aspirations à la reconnaissance Démarche théorique et méthodologique : le cas de l’institutionnalisation des couples homosexuels à Genève  A. Honneth propose de partir de l’expérience négative du mépris où s’affirme, au travers d’émotions spécifiques, des ressources motivationnelles ouvrant les personnes à s’engager dans une lutte pour la reconnaissance de différentes formes d’identités lésées. L’ambition de A. Honneth est de reprendre à nouveaux frais le projet d’une théorie critique de la société en montrant que les conflits sont réglés par une « grammaire morale » plutôt que par des intérêts. Son postulat méthodologique est qu’une analyse phénoménologique des expériences de l’injustice peut contribuer à la reconstruction de cette « grammaire morale » qui innerve les luttes sociales. A l’origine de la contestation sociale qui s’exprime dans un conflit social, il y a une protestation morale face à une situation vécue comme injuste. L’objet de cette protestation, ce sont les schèmes , les représentations et les normes culturellement  ancrées qui ordonnent des pratiques et des institutions sociales produisant des dénis de reconnaissance. Elles sont mises en cause parce qu’elles induisent une reconnaissance inadéquate d’une catégorie sociale, qui, de ce fait, est frappée de mésestime sociale. Le sort des personnes et leur capacité à nourrir positif à eux-mêmes comme à des individus autonomes et responsables dépendra, selon A. Honneth, des normes de reconnaissance socialement établies. Ce qui est mis en cause dans la contestation sociale, c’est le fait que ces normes sont inadéquates parce qu’elles ne prennent pas du tout ou pas assez en compte la valeur de certains besoins , capacités  et pratiques . Les contestations prennent donc la forme de luttes pour la reconnaissance s’opposant à des normes ou des significations sociales qui frappent un groupe de personnes ou une personne de « mésestime sociale » et qui, ce faisant, les affectent négativement dans leur possibilité de développer un rapport positif à elles-mêmes et à autrui. Cependant, la théorie d’A. Honneth pêche par sa difficulté à opérer une contextualisation fine des aspirations et des demandes de reconnaissance. Il s’agira donc pour nous de circonscrire l’émergence de demandes de reconnaissance dans un contexte donné et de voir comment les aspirations à la reconnaissance deviennent légitimes à un moment et pas à un autre.   Lectures :  *  Honneth, Axel (1999), « Intégrité et mépris. Principes d’une morale de la reconnaissance », in :  Recherches sociologiques , 1999/n 2, pp.11-22.  Lectures complémentaires :  Hunyadi, Mark (2003), « La justice distributive au miroir de la reconnaissance », in : Hunyadi, Mark et Marco Giugni (Coor.), Sphères de reconnaissance , Paris : L’harmattan, pp. 23-60. Roca i Escoda, Marta (2005), « Enquêter sur le processus juridico-politique de la reconnaissance des couples homosexuels à Genève », in : Carnets de Bord , n°9, pp. 67-77.     
 
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Séance 3 (12 avril)  La constitution de problèmes publics ou le public et ses problèmes  En suivant la théorie de la lutte pour la reconnaissance d’Axel Honneth, et en regardant du point de vue sociologique les demandes de reconnaissance, nous allons nous centrer sur la constitution des problèmes publics et les formes de l’action collective. En effet, nous pouvons penser que si une demande de reconnaissance devient légitime, c’est parce qu’il y a un public qui a su faire valoir ses problèmes et qui a pu exprimer des aspirations légitimes. Toutefois, rendre compte des contextes dans lesquels un problème est apparu (d’abord à ceux qui étaient affectés par lui) ne suffit pas. Il faut aussi s’enquérir des raisons pour lesquelles les aspirations qu’il a fait naître ont su trouver des ressources politiques ou morales déjà constituées et ont pu donner lieu au dessin d’une solution politique. Pour ce faire, nous allons nous inspirer de l’ouvrage de John Dewey, Le public et ses problèmes , ainsi que de quelques études de cas qui montrent minutieusement les activités destinées à repérer la nature et la portée de conséquences négatives qui ont effectivement donné la naissance d’un public, un public c’est-à-dire l’ensemble des personnes qui sont affectés par un problème et sont intéressés à l’adresser politiquement. Pour Dewey, l’action publique suppose l’action d’un public. D’abord, celui-ci est passif, il constitue l’ensemble des personnes indirectement affectées par des conséquences négatives résultant d’une variétés d’activités produites par la vie en association. Selon Dewey, le sens même de la politique est donc que ce premier public, au sens passif, devienne actif en enquêtant sur la source de ces conséquences négatives et en les articulant en un problème public concernant l’ensemble de la communauté politique.   Lectures :  Zask, Joëlle (2003), « La politique comme expérimentation ». Préface de l’ouvrage de John Dewey , Le public et ses problèmes (1984), France, Publications de l’Université de Pau, Ed : Léo Scheer, pp. 7-43. * Breviglieri, Marc et Dany Trom (2003), Troubles et tensions en milieu urbain. Les épreuves citadines et habitantes de la ville, in : Cefaï, Daniel et Dominique Pasquier (Dir.), Le sens du public. Publics politiques, publics médiatiques , Paris : PUF, CURRAP-CEMS, 399-416.   Lectures complémentaires :  Stavo-Debauge, Joan et Danny Trom (2004), « Le pragmatisme et son public à l’épreuve du terrain. Penser avec Dewey contre Dewey », in : Karsenti, Bruno et Louis Quéré (dir.), La croyance et l’enquête. Aux sources du pragmatisme , Raisons Pratiques n° 15, Paris : EHESS, pp. 195-226.  Quéré, Louis (2003), « Le public comme forme et comme modalité d’expérience », in : Cefaï, Daniel et Dominique Pasquier (Dir.), Le sens du public. Publics politiques, publics médiatiques , Paris : PUF, CURRAP-CEMS, pp. 113-134.   
  
 
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Séance 4 (26 avril)  L’action collective. Regard historique et approches méthodologiques  Suite à la constitution des problèmes publics, nous devons nous intéresser au public qui a su faire valoir ses problèmes et aux mécanismes déployés pour rendre légitimes leurs traitements et prises en charge politiques. Ceci implique une lecture minutieuse des formes de dénonciation publiques ainsi qu’un relevé de l’appareillage qui va avec et qui soutient des dénonciations, regardant le passé, ou des alertes, regardant le futur. On s’inquiétera alors de la constitution de preuves tangibles, de la mis en forme de tableaux critiques du monde, etc. Si nous regarderons le travail de Chateauraynaud et Torny c’est afin de doubler une enquête sur les dénonciations par une enquête sur les alertes, lesquelles ne concernent pas une action échue mais visent mobiliser les personnes afin qu’elles agissent au présent pour éviter la réalisation de menaces à venir. Les alertes sont des mobilisations contre un risque, soit un mal non encore pleinement advenu mais qui se rend calculable, elles apparaissent comme de véritables mises à l’épreuve des dispositifs et des catégories de l’action publique. A travers de quelques études de cas, nous porterons un regard méthodologique sur l’étude de l’action en train de se faire dans un passé lointain ou proche. En effet, l’étude des actions collectives sont souvent rétrospectives, et nécessitent ainsi un regard historique. Notre orientation vis-à-vis de l’histoire sera généalogique sans pour autant sacrifier à la compréhension que les acteurs eux-mêmes ont de l’histoire à laquelle ils participent et aux mouvements de laquelle ils contribuent. Pour bien faire, nous allons privilégier des périodes (ou situations) critiques. Selon Dodier, « une période critique peut être définie comme une période qui est caractérisée par l’activation soutenue du sens critique des acteurs autour d’un objet problématique » (Dodier, 2003 : 334). Toutefois, comme le souligne Zimmermann, l’analyse de l’action publique depuis un point de vue pragmatique – c’est-à-dire en empruntant une perspective qui tente de rester fidèle aux préoccupations situées d’acteurs en mouvement  – ne va pas de soi lorsque cette action publique se tient dans le passé car « la boite à outil sociologique rencontre les résistances du matériau historique dès lors qu’il s’agit de se pencher sur les interactions en situation. Le caractère préconstruit des sources, l’impossibilité d’observer l’action en train de se faire constituent autant de limites à une sociologie de l’action située prenant le passé pour terrain d’enquête, mais n’affectent pas pour autant la pertinence d’un projet de socio-histoire des catégories de l’action publique » (Zimmermann, 2003 : 142). En outre pour s’enquérir de la consolidation des « catégories de l’action », il ne suffit pas de circonscrire une « période critique » ou une situation historique, il faut se donner une agence ou une « instance » (institutions, personnes morales, organisations, associations) de référence sur laquelle focaliser l’enquête, une agence dont il soit possible de suivre l’évolution, les transformations et les interventions durant la « période critique » choisie.   Lectures :  * Dodier, Nicolas (2003b), « Agir dans l’histoire. Réflexions issues d’une recherche sur le Sida », in : Laborier, Pascale et Danny Trom (dir.), Historicités de l’action publique , Paris : PUF, pp. 329- 345. * Chateauraynaud, Francis et Didier Torny (1999), Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque , Paris : EHESS, Introduction, pp. 9-22.   Lectures complémentaires :  Zimmermann, Bénédicte (2003), « Eléments pour une socio-histoire des catégories de l’action publique », in : Laborier, Pascale et Dany Trom D. (dir.), Historicités de l’action publique , Paris : PUF, pp. 241-258. Chateauraynaud, Francis (2004), « L’épreuve du tangible. Expérience de l’enquête et surgissements de la preuve », in : Karsenti Bruno et Louis Quéré, La croyance et l’enquête. Aux sources du pragmatisme , Paris : EHESS, col. Raisons pratiques, 15, pp. 167-194.     
 
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Séance 5 (03 mai)   Etude de cas : le mouvement homosexuel à l’épreuve du sida en Suisse  Afin de poursuivre la réflexion autour de l’historicité de l’action collective, en lien avec les luttes pour la reconnaissance, nous allons nous arrêter sur une étude de cas qui prend une période critique tout particulière : l’événement du Sida. D’une part, nous allons tenter de décrire comment et pourquoi les associations homosexuelles ont participé, voire même pris en charge leur presque totalité, aux campagnes de prévention et d’action de lutte contre cette épidémie. Cela est nécessaire puisqu’on a fait l’hypothèse que c’est dans ce contexte de lutte contre le Sida que les associations homosexuelles genevoises vont acquérir une légitimité, tant face aux pouvoirs publics que face à l’opinion publique, et qu’elles vont se soumettre à un processus d’institutionnalisation et de professionnalisation. La compréhension de ces éléments importe, puisque c’est cette institutionnalisation et cette professionnalisation qui vont permettre d’accueillir l’émergence de nouvelles aspirations à la reconnaissance, des aspirations qui, de gré à gré, seront consolidées dans la formulation d’une proposition inédite d’institutionnalisation des couples homosexuels. Si on se rapporte à cette longue période critique, antérieure à l’entrée sur l’espace public des revendications relatives à la question des couples de même sexe, c’est qu’il nous faut rendre compte du contexte public objectif dans lequel les aspirations à la reconnaissance ont émergées puis se sont formées. Mais avant de voir comment et pourquoi cette période historique génère et porte l’épanouissement d’une telle aspiration, puis rend disponible des conditions propices à l’accueil de cette revendication, il est important de commencer par comprendre, brièvement, comment le Sida devient un « problème public » qui suscitera une mobilisation sans précédents de forces, de domaines et de ressources ordinairement disjoints. On essayera ainsi de voir quel a été le rôle des associations homosexuelles dans ce processus d’invention et de conduites de politiques publiques nouvelles, et l’on regardera également quelles furent les conséquences, pour les revendications des personnes homosexuelles, d’une prise en compte politique de l’épidémie du Sida.   Lectures : cf. lectures séance n°4    Lectures complémentaires :  Extraits de la brochure « Sortez Couverts ! 20 ans de lutte contre le sida en Suisse », OFSP – ASS – Musé National Suisse, Lausanne : Ed. Payot. Boltanski, Luc (2003), « La gauche après mai 1968 et l’aspiration à la Révolution totale », Cosmopolitiques n°3, 19-39.      
 
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Séance 6 (10 mai)  Etude de cas : du mépris vécu en première personne à la revendication des droits  En prenant comme fil conducteur l’étude des aspirations à la reconnaissance des couples homosexuels, que nous avons commencé à traiter indirectement lors de la séance sur le mouvement homosexuel face au Sida, nous allons porter notre regard sur la constitution d’une action collective qui a abouti avec le dépôt d’une proposition de loi sur les couples homosexuels au Parlement genevois. Cette fois-ci, nous allons porter notre regard au plus près des acteurs et de leurs actions, afin de reconstituer une mobilisation collective dans ses plus petits détails. L’entrée en militance et la découverte de l’action publique des personnes impliquées se laissent décrire en recourrant à la perspective et aux outils élaborés par A. Honneth. Des outils qui permettent de saisir l’engagement à sa racine, en étant attentifs à la texture émotionnelle et morale d’une expérience conduisant à la lutte. Pour expliquer le passage du singulier au collectif, soit le passage du sentiment d’injustice à la revendication, la « grammaire morale des conflits sociaux » développés par Honneth doit être prise dans un sens à la fois descriptif et normatif. Descriptif, dans la mesure où cette théorie de la reconnaissance tente de décrire les motivations qui président à l’engagement dans l’action collective. Normatif, dans la mesure où elle tente de fonder moralement ces attentes déçues qui se transforment en attentes relatives à une éthique de la reconnaissance.    Lectures : cf. lectures séance n°7   +  * Cefaï, Daniel et Claudette Lafaye (2001), « Lieux et moments d’une mobilisation collective. Le cas d’une association de quartier », in : Cefaï, Daniel et Danny Trom (dir.), Les formes de l’action collective. Mobilisations dans les arènes publiques , Paris : EHESS, col. Raisons pratiques, 12, pp. 195-228. Contamin, J.G (2004), « Genre et modes d’entrée dans l’action collective » : L’exemple du mouvement pétitionnaire contre le projet de loi Debré », actes du colloque international « Genre et militantisme », Lausanne, 2004. Voir aussi d’autres textes avec une perspective genre : http://www2.unil.ch/liege/actus/pointfort2.html#GMprog         
  
 
 
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Séance 8 (24 mai)   Les cadres et les formes de l’action collective : comment se concrétise la lutte ? Formation des groupes pour l’action et constitution des causes  Cette séance prolongera les réflexions sur la constitution des problèmes publics en se centrant sur les formes concrètes de l’action collective. Nous allons continuer à essayer de prolonger l’entreprise d’Axel Honneth en insistant sur les manques de sa théorie. En effet, lorsque A. Honneth s’intéresse à la lutte, il ne nous dit pas grande chose sur les formes concrètes et effectives de l’action collective, car il ne prête pas attention à la dimension stratégique et logistique de la lutte. Il oublie donc les formes de réalisation pratique et politique de la lutte pour la reconnaissance. C’est pour surseoir à ce manque que nous allons porter un regard sur les cadres et les formes de l’action collective. Un groupe formé par des personnes affectées par les mêmes problèmes ou qui partagent un même intérêt, ne constituent pas un public, pour qu’il devienne un public (en tant que sujet de passions et d’actions) il faut qu’il se structure et s’organise. Il doit se constituer en sujet pratique et se donner une identité pratique, il lui faut déterminer une ligne de conduite à partir de jugements et d’objectifs, les uns et les autres ayant une portée pratique (pas de simples opinions subjectives…) en cela qu’ils pèsent sur la s tructuration du collectif et sur son répertoire d’actions.   Lectures :  * Vilain, Jean-Pierre et Cyril Lemieux (1998), « La mobilisation des victimes d'accidents collectifs. Vers la notion de « Groupe circonstanciel » », Politix n°44, pp. 135-160.  Lectures complémentaires :  Cefaï, Daniel (2001), « Les cadres d’action collective », in : Daniel Cefaï et Danny Trom, Les formes de l’action collective. Mobilisations dans les arènes publiques , Raisons Pratiques , n°12, Paris, Ed. EHESS, pp. 52-98.  Boltanski, Luc (1984), « La dénonciation », avec Yann Darré et Marie-Ange Schiltz, Actes de la recherche en sciences sociales, n. 51, pp. 3-40.   
 
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Séance 9 A (31 mai)  Les approches sociologiques du droit  Si l’on suit la théorie d’A. Honneth, on ne peut pas négliger le développement normatif de la sphère juridique qui a subi un processus de transformation tendant vers plus d’universalité, générant la reconnaissance d’une nouvelle forme de réciprocité due au caractère universalisable et égalitaire des droits ainsi que celle de la capacité des sujets des normes juridiques à intervenir, via un débat, sur la confection du droit et sur la compréhension des droits. De ce fait, la lutte pour la reconnaissance regarde très souvent la sphère juridique, en réclamant l’application de principes juridiques tels que l’égalité des droits, en proposant des changements de lois ou appelant à la confection de nouvelles lois. C’est pourquoi nous allons porter un regard sur le droit en passant en revue les approches sociologiques du droit pour proposer un regard nouveau sur le juridique. Pour ce faire, nous ne nous contenterons pas de comprendre le « droit » uniquement comme un « produit fini » dont il serait possible de saisir la genèse sans considérer ce qui s’est passé en amont de sa constitution et lors de sa lente confection. Si le droit apparaît, si une loi est confectionnée, c’est bien parce qu’elle a été réclamée et parce que le besoin de disposer de règles nouvelles s’est fait sentir, d’abord, puis entendre, ensuite. Et enfin parce que d’aucuns se sont saisis du problème porté à l’attention publique afin d’offrir des solutions législatives, appelant à la fabrication de nouveaux dispositifs ou de nouvelles dispositions juridiques.    Lectures :  Bourdieu, Pierre (1986), « La force du droit », Actes de la recherche en sciences sociales , n°64, pp. 3-19. Favereau, Olivier (1999), « L’économie du sociologue ou penser (l’orthodoxie) à partir de Pierre Bourdieu », in : Lahire, Bernard (dir.), Le travail sociologique de Pierre Bourdieu. Dettes et critiques , Paris : La Découverte, pp. 255-311.   Lectures complémentaires :  Serverin, Evelyne (2002), « Préface : La part du droit dans l’observation sociale », in : Didry Calude, Naissance de la convention collective. Débats juridiques et luttes sociales en France au début du Xxe siècle , Paris : EHESS, col. Recherche, histoire, sciences sociales n°94, pp. 5-10. Thévénot, Laurent (2006), « L’action à bon droit : jugements ordinaires et jugements de droit », in : Thévénot Laurent, L’action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement , Paris : La Découverte, col. Politiques et société, pp. 57-83.   
  
 
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Séance 9 (31 mai)  Etude de cas : La mobilisation du droit par le GREPA   Comme nous l’avons vu, les études sociologiques sur le droit se réfèrent le plus souvent à un ensemble de règles déjà inscrites dans les codes juridiques. Ainsi, elles ne tiennent pas compte de la dynamique de la confection et de l’écriture des lois. Lorsque ces études prennent en compte les législations et s’inquiètent des objectifs qui ont présidé à leur dessin, elles ne regardent que rarement les intentions des auteurs desdites lois, et s’en tiennent le plus souvent aux « intérêts », voire aux « arrières-pensées », de l’instance législative qui approuvera et fera appliquer la loi. Toutefois, elles négligent alors : ·  ce qui motive la création d’une loi, ·  les échanges qui s’engagent autour de la délimitation de l’objet de la loi et des buts que doit poursuivre ladite loi, ·  et enfin le travail d’écriture du texte de la loi. Pour le cas qui nous occupe, nous allons d’abord essayer de rendre compte des motivations des concepteurs d’un projet de loi lorsqu’ils ont décidé de proposer, en dehors de la scène proprement législative et en ouvrant un « nouveau » domaine, un dispositif juridique inédit. De ce fait, il convient de rendre compte des motivations et des intentions des personnes qui l’ont proposé. Pour ce faire, il nous faudra aussi suivre les « échanges », « négociations » et « compromis » qui se sont déroulés entre les concepteurs de la loi et les députés qui ont décidé de soutenir puis de mener ledit projet devant le Parlement.   Lectures : cf. lectures séance n°8     
 
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