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Données expérimentales récentes sur le développement des perceptions visuelles chez le nourrisson - article ; n°1 ; vol.66, pg 213-230

De
19 pages
L'année psychologique - Année 1966 - Volume 66 - Numéro 1 - Pages 213-230
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Eliane Vurpillot
Données expérimentales récentes sur le développement des
perceptions visuelles chez le nourrisson
In: L'année psychologique. 1966 vol. 66, n°1. pp. 213-230.
Citer ce document / Cite this document :
Vurpillot Eliane. Données expérimentales récentes sur le développement des perceptions visuelles chez le nourrisson. In:
L'année psychologique. 1966 vol. 66, n°1. pp. 213-230.
doi : 10.3406/psy.1966.27887
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1966_num_66_1_27887DONNÉES EXPÉRIMENTALES RÉCENTES
SUR LE DÉVELOPPEMENT DES PERCEPTIONS VISUELLES
CHEZ LE NOURRISSON
par Éliane Vurpillot
Laboratoire de Psychologie expérimentale de la Sorbonne1
Ces dernières années ont vu se multiplier les recherches expériment
âtes sur le nouveau-né et le bébé de quelques mois, grâce à l'utilisation
de nouvelles méthodes. Un des problèmes les plus délicats posés par
ce genre de recherche est le choix d'une réponse adéquate. A première
vue, la gamme de réponses possibles au-dessous de 6 mois apparaît
singulièrement réduite. Le nouveau-né, quand il ne dort pas, suce,
pleure ou se livre à une activité motrice désordonnée ; le sourire orienté
apparaît au cours du second mois et la coordination entre préhension
et vision à un âge moyen de 4 mois et demi, soit entre 3 et 6 mois.
Pendant fort longtemps, on a donc renoncé à mesurer les possibilités
de reconnaissance et de différenciation perceptives avant qu'une réponse
manuelle orientée puisse être obtenue de la part du bébé.
Or, dès la naissance, une coordination perceptivo-motrice existe,
encore imparfaite mais cependant utilisable, c'est celle qui relie le
déplacement du regard à la stimulation visuelle. Grâce à l'utilisation
de la réponse oculo-motrice, les psychologues ont découvert que, dès
sa naissance, le petit d'homme a des capacité perceptives bien supé
rieures à celles qu'on lui avait consenties jusqu'alors. Dès ce moment,
les recherches se sont multipliées, et d'autres réponses se sont révélées
utilisables.
TEGIIiN IQUES EXPÉRIMEN TALES
1. — La réponse oculo-motkice
1) Poursuite
Le déplacement d'une cible, de gauche à droite ou de droite à
gauche dans le champ visuel, peut être suivi par le regard de l'enfant
dès les premiers jours d'existence (Dayton et coll., 1964 b ; Wolff et
1. Actuellement à Cambridge (Mass.) : Center fur cognitive studies. 214 REVUES CRITIQUES
White, 1965). La présence d'une réaction de poursuite permet de conclure
à la discrimination entre la cible et le fond, elle a été utilisée pour
mesurer la perception de la couleur chez le nouveau-né (Chase, 1937).
2) Temps de fixation du stimulus
Le principe de la méthode est très simple : si, toutes choses étant
égales par ailleurs, un bébé regarde systématiquement un stimulus plus
longtemps qu'un autre, on peut conclure qu'il le préfère, donc qu'il
perçoit une différence entre les deux.
a) Présentation simultanée de deux cibles. — Staples (1932) semble
être l'inventeur de la méthode. Il présente simultanément, à une même
distance, deux disques d'égale surface et d'égale brillance, l'un gris et
l'autre coloré, à des bébés de 69 à 143 jours et mesure le temps relatif
de fixation de ces disques. Le mode de présentation varie peu d'un
auteur à l'autre et les progrès ont consisté essentiellement en une
systématisation des conditions expérimentales et en l'élimination de
plus en plus grande du rôle personnel de l'expérimentateur.
La première recherche de Fantz (1958) était effectuée dans la pièce
d'habitation normale de l'enfant, l'usage d'une pièce expérimentale
spéciale a été adopté ensuite par l'ensemble des auteurs (Fantz, Ordy
et Udelf, 1962; Saayman, Ames et Mofîett, 1964 ; Spears, 1964;
Stechler, 1964, etc.). Le bébé est couché, ou à demi assis quand son âge
le permet, à l'intérieur d'une petite pièce cubique aux murs nus, et les
mouvements de sa tête sont réduits par la présence de coussins. Les
deux cibles sont disposées sur le plafond de la pièce, à égale distance du
plan médian et dissimulées au bébé par un écran. L'expérimentateur,
qui reste à l'extérieur du dispositif, regarde le bébé par un trou percé
dans le plafond de la pièce expérimentale, entre les deux cibles. Dès qu'il
voit les yeux du bébé dirigés vers ce trou, donc à égale distance des
deux cibles, il enlève l'écran et commence à enregistrer la localisation
et la durée des fixations successives du regard sur les deux cibles
pendant une durée d'observation qui est en général de 30 s. L'expér
imentateur dispose de deux clés correspondant aux cibles, il peut donc
obtenir, à partir de son enregistrement, la durée totale de fixation sur
chaque cible, le nombre de fixations et la moyenne de chacune,
la localisation et la durée de la première fixation.
Afin d'être sûr que la préférence manifestée par le sujet s'exerce
bien en faveur d'un stimulus particulier et non d'une situation spatiale,
la même paire de cibles est présentée deux fois, chaque cible apparais
sant une fois à gauche, une fois adroite.
L'expérimentateur unique des premières recherches a rapidement
été remplacé par deux observateurs : l'un dispose les cibles, l'autre
enregistre les temps de fixation en ignorant quels sont les stimuli
présentés à l'enfant à ce moment.
Enfin Hershenson (1964) substitue à l'observateur un enregistr
ement cinématographique. Il projette un point lumineux infrarouge, donc VURPILLOT. PERCEPTIONS VISUELLES DU NOURRISSON 215 E.
invisible pour le sujet, sur la pupille du bébé et photographie, à l'aide
d'une caméra située derrière la tête de celui-ci et d'un jeu de miroirs,
les déplacements du reflet cornéen de ce point et la localisation du
regard sur l'une ou l'autre cible.
Diverses critiques ont été faites à la méthode de présentation simul
tanée de deux stimuli. Il arrive dans un certain nombre de cas, surtout
chez les plus jeunes sujets, que, pendant la courte période-test, le bébé
regarde une des cibles pendant une partie du temps et pas du tout
l'autre. En ce cas, il est impossible de dire si ce choix a été délibéré ou
non, et s'il ne s'agit pas plutôt d'une absence d'exploration du champ
que d'une préférence.
Elinor Ames (Ames, Silfen, 1965) a étudié l'évolution des structures
de fixations oculaires chez des bébés de différents âges : 7, 11, 16, 20
et 24 semaines. Les plus jeunes font de longues fixations peu nombreuses,
alors que les plus âgés multiplient les fixations courtes. Ames et Silfen
comptent, dans une de leurs recherches, 70,2 fixations d'une durée
moyenne de 3,3 s chez les sujets de 7 semaines contre 105,2 fixations
d'une durée moyenne de 1,5 s chez ceux de 24 semaines. D'autre part,
si les bébés de 11 semaines et au-delà répartissent à peu près également
leurs fixations entre la cible qu'ils viennent de regarder et l'autre, ceux
de 7 semaines ont tendance à revenir sur ce qu'ils viennent de fixer.
Ames et Silfen comptent 33 % de changements de cible à 7 semaines
contre 55 % à 11 semaines. On voit que, avant l'âge de deux mois,
les enfants ne portent attention la plupart du temps qu'à une seule
cible.
Watson (1965) apporte une critique à la méthode de contrebalan-
cement gauche-droite de deux cibles. Il fait l'hypothèse que, lors de
la première période de comparaison des deux cibles, il s'établit un
conditionnement opérant dans lequel le dessin ou la couleur préférés
jouent le rôle de renforcement contingent d'une position spatiale
correcte. Le stimulus A (situé à gauche) est préféré au stimulus B (situé
à droite) ; chaque fois que le bébé regarde à gauche, il se trouve
récompensé par la vue de A, il apprend donc à choisir le côté gauche.
Au cours du deuxième essai, les positions de A et B se trouvent inver
sées, le sujet doit donc d'abord éteindre son premier apprentissage de
position et en établir un second : répondre à droite pour voir A. Watson
vérifie expérimentalement son hypothèse sur des bébés de 7 à
26 semaines. Dans une première phase de 30 s, il présente deux cibles,
A étant à gauche de B, et élimine les sujets qui n'ont regardé qu'un des
stimuli ; puis il présente A à droite et B à gauche pendant à nouveau
30 s. Il mesure l'évolution temporelle de la répartition des temps de
fixation de 5 en 5 s pendant les deux sessions. Au début de la première
session, les choix se répartissent également entre A et B niais, à la fin
des 30 s, il y a nettement plus de fixations sur A (à gauche) que sur B.
Au début de la deuxième session, les fixations sont plus nombreuses
sur B (à gauche), la tendance se renverse à peu près à mi-session et, 216 REVUES CRITIQUES
à la fin, A est de nouveau plus fixé que B. Lorsque l'on compte la
répartition des fixations entre A et B sur l'ensemble des deux sessions,
la préférence pour A se trouve en partie masquée par le renversement
de conditionnement intervenu au cours de la deuxième session.
b) Présentation d'une cible à la fois. — Afin d'éviter les inconvénients
signalés ci-dessus, plusieurs auteurs ont donc choisi de ne présenter
qu'une cible à la fois (Fantz, 1963 ; Kagan et Lewis, 1965 ; Ames et
Silfen, 1965 ; Watson, 1966). La technique expérimentale est la même,
mais alors que les 30 s d'une session se trouvaient départ
ies entre les fixations sur A, sur B et en dehors des cibles, elles ne se
divisent plus qu'entre fixations sur et en de la cible.
Que l'on présente les cibles par deux ou l'une après l'autre, la
méthode de mesure des temps de fixation présente une grande faiblesse.
Le fait qu'une cible soit systématiquement plus fixée que l'autre signifie
bien qu'elles sont différenciées perceptivement par le sujet, mais le
contraire n'est pas vrai : si un bébé regarde autant A que B, c'est
peut-être qu'il ne les différencie pas, c'est peut-être qu'il aime autant
l'un que l'autre. La méthode ne fournit donc d'information que dans
le cas où une préférence est manifeste.
D'autre part, si l'on ne se contente pas d'étudier la capacité de
différenciation, le fait de regarder plus longtemps un stimulus peut
répondre à des motivations bien différentes. Une longue fixation
traduire une préférence, en ce sens que le stimulus est agréable à regarder,
ce qui sera le cas de figures familières, celles de la mère par exemple,
ou au contraire être la marque de l'étonnement devant un dessin de
figure en désordre et traduire une tentative de réduction de l'incert
itude (Kagan, Henker, Hen-Tov, Levine et Lewis, 1966).
Lorsqu'un même stimulus est présenté pendant longtemps, l'intérêt
qu'il éveille chez un bébé décroît (Kagan et Lewis, 1965 ; Ames et
Silfen, 1965). L'existence de cette habituation permet d'obtenir une
mesure indirecte d'une différenciation opérée entre stimuli. Si le nombre
de fixations diminue plus lentement avec le temps d'exposition, sur un
stimulus que sur l'autre, on peut penser qu'il intéresse plus longtemps
l'enfant et qu'il est donc perçu différent.
Il arrive que deux cibles soient regardées également par le bébé
pendant un essai expérimental, l'habituation permet de voir si ces deux
formes sont cependant discriminables. On présente une des cibles à
l'enfant pendant un temps suffisant (plusieurs minutes) pour qu'il s'en
désintéresse totalement, on lui substitue alors une autre cible. Si celle-ci
n'est pas perçue différente, l'enfant continuera à ne pas regarder ; si,
au contraire, elle est perçue différente, elle représentera un stimulus
nouveau et, de ce fait, attirera l'attention de l'enfant qui la regardera
(Ames et Silfen, 1965 ; Charlesworth, 1965 ; Zaporozhets, 1965). Ce
type de mesure devient d'autant plus sensible que l'enfant est plus
grand, car l'habituation se produit plus rapidement et le goût pour la VURPILLOT. PERCEPTIONS VISUELLES DU NOURRISSON 217 E.
nouveauté est plus fort chez les grands que chez les petits bébés.
Quelle que soit la richesse des données apportées par la méthode
d'enregistrement du temps différentiel de fixation oculaire, il a paru
utile de rechercher d'autres réponses enregistrables chez le bébé.
II. — Le sourire
Le sourire du bébé a, depuis Kaila (1932) et Spitz et Wolf (1946)
été une des réponses les plus étudiées. Un sourire spontané, non relié
à une stimulation définie, est observable dès les premières semaines
de vie de l'enfant. Au cours du deuxième mois, cette activité à vide se
transforme en réponse orientée à divers stimuli auditifs et visuels. On a
recherché quels étaient les objets les plus susceptibles d'éliciter un
sourire. Dans le cas d'objets visuels, il peut s'agir du visage de l'exp
érimentateur ou d'une cible que l'on expose soudain pendant un temps
déterminé. Selon les cas, l'expérimentateur note simplement la présence
ou l'absence de sourire en face d'un objet déterminé ou le nombre de
ceux-ci. Certains auteurs ont utilisé une échelle en trois points : mouve
ment de la bouche pouvant être un sourire, sourire net, grand sourire
accompagné de mouvements et de vocalisations (Watson, 1966), ou
même une échelle en 7 points : sourire net avec mouvements des bras
et des jambes, sourire net, sourire douteux, expression neutre, grimace
possible, grimace nette, grimace accompagnée de des bras
et des jambes (Watson, 1966). Watson mesure aussi la latence d'apparit
ion du sourire et sa durée.
III. — La modification du rythme cardiaque
Les modifications du rythme cardiaque sont lues à partir de l'électro-
cardiogramme. Une stimulation sensorielle tactile (courant d'air sur
l'abdomen), auditive, ou visuelle (flash lumineux), entraîne une accé
lération suivie d'un ralentissement du rythme cardiaque (Lipton,
Steinschneider et Richmond, 1961). Le déroulement de cette réponse
cardiaque se modifie rapidement au cours des deux premiers mois d'exis
tence, l'amplitude de l'accélération décroît, le ralentissement apparaît
plus tôt et se prolonge. A partir de 6 mois, ce devient
le critère le plus important de l'attention prêtée à un stimulus nouveau,
il a été utilisé comme tel chez le bébé de 6 et de 13 mois (Kagan et
Lewis, 1965 ; Kagan, Henker, Hen-Tov et Lewis, 1966 ; Lewis, Kagan,
Campbell et Kalafat, 1966), chez l'enfant de 6 ans (Kagan et
Rosman, 1964) et chez l'adulte (Lacey, 1959). L'accélération primitive
n'est utilisée que chez les plus jeunes sujets, comme indice de perception
d'un changement dans la stimulation (Bower, 1966 a).
Le rythme cardiaque est enregistré sans interruption pendant un
certain laps de temps avant l'expérience, puis tout au long de celle-ci,
aussi bien pendant les essais que pendant les intervalles de repos qui REVUES CRITIQUES 218
les séparent. Kagan (Kagan et Lewis, 1965) divise chaque période
de 30 s de stimulation en trois tranches de 10 s et calcule la durée
moyenne des cinq battements cardiaques les plus lents observés dans
chacune de ces périodes. Ces moyennes sont ensuite soustraites de la des cinq les plus lents observés pendant les 10 s
de repos qui ont immédiatement précédé la période de stimulation en
jeu. La courbe d'évolution temporelle du ralentissement cardiaque à
partir du début de la présentation d'un stimulus nouveau : dessin,
son, etc. permet de mesurer le temps pendant lequel l'intérêt de l'enfant
se maintient, l'amplitude du ralentissement initial donnant une mesure
du degré de cet intérêt.
IV. — Conditionnements
Le conditionnement de la réponse de succion a été obtenu et utilisé
pour mesurer des seuils de discrimination sensorielle : hauteur d'un
son, intensité lumineuse, etc. Bronshtein et coll. (1958) choisissent une
période pendant laquelle le bébé est en train de sucer et enregistrent
son rythme de succion, puis ils lui font entendre un son de 512 Hz,
ce qui arrête immédiatement la succion ; celle-ci reprend à l'interrup
tion du son. Après un certain nombre de^présentations du son, celui-ci
n'interrompt plus la succion, il y a eu habituation. Si, alors on présente
un nouveau son, de 1 024 Hz par exemple, un arrêt de la succion
signifiera que ce son est perçu comme nouveau par l'enfant et est donc
discriminé du premier.
Znamenskaia (1963) conditionne des bébés de 3 à 4 mois à tendre la
main vers un petit carré proche et à ne pas donner de réponse à un
grand carré lointain ; le renforcement consiste à mettre le carré dans
la main de l'enfant. Le conditionnement apparaît vers le 10e essai,
est consolidé après 20 à 60 essais, la différenciation est fixée après 70
à 95 essais.
Bower (1964, 1965 a, 1966 b) conditionne à divers stimuli visuels
la réponse spontanée de détournement de la tête. La tête du bébé
est placée entre deux coussinets, celui de gauche est relié à un enregis
treur, de telle sorte que, lorsque l'enfant tourne la tête du côté gauche
et presse sur le coussinet correspondant, un circuit électrique se trouve
fermé. Le renforcement de cette réponse est fourni par l'apparition
soudaine, devant le bébé, d'un expérimentateur disant : « Coucou. »
Le stimulus positif est la présence d'un objet : un cube par exemple,
sur une table, à une distance donnée ; le stimulus négatif est l'absence
de l'objet. L'expérience se déroule de la façon suivante. Chaque jour,
l'enfant fait 30 mn d'apprentissage ; dans une première phase, l'objet
est constamment présent et chaque réponse de détournement de la tête
à gauche est renforcée. Une fois atteint le critère d'une réponse toutes
les 2 s environ, pendant 15 mn, on passe à la deuxième phase. L'objet est
tantôt présent, tantôt absent, et seules les réponses données en sa pré- VURPILLOT. PERCEPTIONS VISUELLES DU NOURRISSON 219 E.
sence sont renforcées. Quand quatre présentations du stimulus négatif
(absence de l'objet) ne déclenchent plus de réponses, on passe à la
troisième phase. Le stimulus positif (présence de l'objet) ne reçoit plus
qu'un renforcement intermittent, une fois sur deux, puis une fois sur
cinq en moyenne, ceci pendant un total de 1 heure. Enfin, au cours du
test, aucun renforcement n'est donné, les stimuli de généralisation sont
présentés l'un après l'autre, chacun 4 fois pendant 30 s et l'on compte
le nombre total de réponses recueillies par chacun.
DONNÉES RECUEILLIES
I. — Seuils perceptifs et dimensions simples de différenciation
Avant d'aborder l'étude de problèmes complexes comme la diff
érenciation ou la reconnaissance des formes, la perception de l'espace, etc.,
il est bon de savoir quelles sont les potentialités du système récepteur
du sujet : sa capacité d'accommodation, de fixation, de convergence,
son acuité visuelle, et à quelles dimensions simples de stimulation le
bébé est capable de répondre de façon différenciée et systématique.
1) La sensibilité à V intensité lumineuse : perception de la brillance. —
En prenant comme critère la première fixation sur une des deux cibles
de brillances différentes, présentées simultanément, Berlyne (1958) ne
trouve aucune préférence pour l'un des trois degrés d'albédo : noir, gris
et blanc, chez des bébés de 3 à 9 mois. En revanche, le temps total de
fixation de chaque cible permet à Hershenson (1964) de mettre en évi
dence, chez des nouveau-nés de moins de 5 jours, une discrimination
entre trois degrés de brillance : 3,56 ; 35,6 et 356 ft.c. offerts par des
cibles unies. Mais l'ordre de préférence marqué par les enfants ne suit
pas celui des brillances physiques, la brillance moyenne est préférée aux
deux autres et la brillance forte à la faible.
2) La séparation figure-fond. — Fantz (1963) compte, chez des
nouveau-nés de 10 heures à 5 jours, le temps total de fixation sur 6 cibles
circulaires dont 3 sont unies : blanche, jaune et rouge, et 3 variées :
un visage humain schématique, des cercles concentriques et du papier
journal. Les dessins sont systématiquement regardés plus longtemps
que les disques unis. L'ordre de préférence est le suivant : visage,
cercles, journal, puis cibles unies; il diffère du classement de ces mômes
cibles par degrés décroissants de brillance : disque jaune, disque blanc,
journal, visage, cercles, disque rouge. Fantz en conclut que les préfé
rences observées sont bien on faveur des formes par rapport aux cibles
unies et que les nouveau-nés distinguent une ligure d'un fond. Si l'on
rapproche ces résultats de ceux d'Hershenson (1964), ils apparaissent
beaucoup moins nets : les nouveau-nés de Hershenson préfèrent la
cible de brillance moyenne, ceux de Fantz préfèrent le visage, Je journal
et les cercles qui se trouvent être aussi les cibles de brillance moyenne
de la série. REVUES CRITIQUES 220
Dans une autre expérience, Hershenson (1964) montre que les
nouveau-nés préfèrent un damier à 4 carreaux à des damiers à 16 et
à 144 carreaux. Les cibles sont de même surface et comportent la
même quantité de noir et de blanc, elles ont donc la même brillance,
à condition que l'enfant les explore sur une assez grande surface, ce
qui n'est en général pas le cas.
Kessen, Slapatek et Haith (1965) ont enregistré les mouvements
des yeux de nouveau-nés en suivant sur un film le déplacement d'un
point lumineux infrarouge reflété sur la cornée. Ils ont observé que,
lors de la présentation du dessin d'un triangle, le regard de l'enfant
se dirige vers un des angles et s'y maintient. Lorsque la cible est une
grande surface composée de deux parties, une totalement noire et
l'autre totalement blanche, le regard du bébé se dirige vers cette fron
tière et tend à se déplacer de façon préférentielle le long de zone à
fort contraste.
L'ensemble de ces données fournit de fortes présomptions en faveur
de l'existence d'une ségrégation entre la figure et le fond chez le
nouveau-né et une quasi-certitude pour le bébé de 15 jours. En effet,
les bébés de plus de 2 semaines regardent nettement plus longtemps
un damier rouge et blanc qu'un carré contenant la même quantité
de rouge (Fantz, 1958).
3) L'accommodation. — Haynes, White et Held (1965) ont mesuré
l'évolution de la capacité d'accommodation chez des bébés de 6 jours
à 4 mois, grâce à la méthode de rétinoscopie dynamique. Au-dessous
d'un l'enfant n'ajuste pas ses réponses accommodatives à des
changements d'éloignement de la cible fixée. Ce n'est pas que le système
optique soit incapable de changement, car les auteurs ont observé une
différence de 5 dioptries dans la courbure du système lenticulaire entre
des périodes de sommeil et d'éveil, simplement ce système se bloque
autour d'une distance focale de 19 cm. Tout objet présenté plus près
ou plus loin apparaît donc flou à l'enfant nouveau-né. Au cours du
second mois, l'accommodation devient plus flexible et à 3 mois, elle
atteint le niveau d'efficacité de l'adulte.
4) L'acuité perceptive. — Gorman, Gogan et Gellis (1957, 1959) ont
mesuré l'acuité perceptive de nouveau-nés de 0 à 5 jours à l'aide du
nystagmus optico-kinétique : une bande rayée noir et blanc se déroule
devant l'enfant, si l'angle sous-tendu est suffisant pour que les raies
soient perçues, l'œil de l'enfant suit leur déplacement ; 93 % des
nouveau-nés examinés répondent à des raies qui sous-tendent un
angle visuel de 33,5 rnn, l'acuité moyenne se situant donc entre 20/350
et 20/450 Snellen. Dayton et coll. (1964 a) trouvent une meilleure
acuité : 20/290 Snellen chez 14 sur 18 sujets. L'emploi du nystagmus
optico-kinétique a été critiqué par plusieurs auteurs (Riesen, 1960 ;
Fantz et coll., 1959, 1962). Cependant, Fantz (Fantz, Ordy et Udelf, 1962)
obtient des résultats concordants en employant successivement deux
méthodes chez les merries bébés : h; nystagmus optico-kinétique et Je VURPILLOT. — PERCEPTIONS VISUELLES DU NOURRISSON 221 F..
temps relatif de fixation. Il utilise des cibles rayées de plus en plus
finement et mesure l'angle visuel minimum pour lequel une cible rayée
est regardée plus longtemps qu'une cible unie. Cet angle est de 36 mn
chez les bébés de moins d'un mois, 20 mn à 2 mois, 10 mn à 4 mois,
5 mn à 6 mois. Le degré d'acuité ne paraît pas modifié par la distance
à laquelle se trouvent les cibles : 12,5, 25 ou 50 cm.
5) Fixation et poursuite. — Dès sa naissance, le nouveau-né apparaît
capable de fixer un même stimulus avec les deux yeux et de suivre le
déplacement de celui-ci avec des mouvements conjugués des deux
yeux (Hershenson, 1964 ; Dayton, Jones, Steele et Rose, 1964 b). Ces
mouvements sont saccadés, lents, mal coordonnés au début, mais
l'activité oculo-motrice s'améliore rapidement.
6) Perception du mouvement. — Ames et Silfen (1965) mesurent la
possibilité, pour des bébés de 7 à 24 semaines, de distinguer entre une
cible fixe et une cible en déplacement. Les deux cibles présentées
simultanément sont constituées par des fenêtres carrées, à travers
lesquelles apparaissent des damiers identiques noir et blanc ; l'un d'eux
est immobile, alors que l'autre est sur une bande qui se déplace à des
vitesses variables : 1 cm/s, 2,75 cm/s, 4,75 cm/s et 6,25 cm/s. On note
le temps relatif de fixation sur la cible mobile et sur la stationnaire-
Dès l'âge de 7 semaines, les bébés ont tendance à regarder plus long
temps le stimulus en mouvement, mais cette discrimination s'affine
avec l'âge. A 24 semaines même, le déplacement le plus lent est diffé
rencié de l'immobilité, alors qu'à 11 semaines, seuls les déplacements
les plus rapides sont perçus.
7) Perception de la couleur. — La perception de la couleur chez le
nouveau-né a fait très tôt l'objet de recherches (Peiper, 1926) et de
controverses. Si, comme cela semble admis à l'heure actuelle, la brillance
relative des différentes couleurs est la même chez l'adulte et le bébé,
celui-ci perçoit des différences de couleur dès l'âge de 15 jours, puisqu'il
est capable de suivre le déplacement d'un spot lumineux coloré sur un
fond d'une autre couleur, mais de brillance égale (Chase, 1937). A 3 mois,
l'enfant fixe de façon préférentielle une cible colorée par rapport à une
grise (Staples, 1932 ; Spears, 1964 ; Saayman, Ames et Moffett, 1964).
IL — Perception des formes et des objets
1) Permanence de V objet. — La recherche active de l'objet caché
n'apparaît de façon régulière que chez les bébés de plusieurs mois
(Piaget, 1947). Avant 9 mois, le bébé se conduit comme si l'objet cessait
d'exister à partir du moment où il n'est plus visible. Partant de l'hypo
thèse qu'un tel comportement découlerait plus d'une incapacité à exé
cuter un acte dirigé que d'une insuffisance conceptuelle, Bower (1966 a)
reprend l'étude de ce problème avec une technique applicable à des
enfants de 20 à 100 jours (3 semaines à 3 mois). Un objet est posé sur
une table devant l'enfant, un écran, entraîné par un moteur, se déplace