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Arlette Streri
Sylvie Milhet
Equivalences intermodales de la forme des objets entre la vision
et le toucher chez les bébés de 2 mois
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°3. pp. 329-341.
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Streri Arlette, Milhet Sylvie. Equivalences intermodales de la forme des objets entre la vision et le toucher chez les bébés de 2
mois. In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°3. pp. 329-341.
doi : 10.3406/psy.1988.29279
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_3_29279Abstract
Summary : Intermodal transfer in object's shape between vision and touch in 2-month-old infants.
In a previous experiment, we provided evidence that intermodal transfer between touch and vision is
possible in 2-month-old babies but only from touch to vision and not from vision to touch. This result
does not support the thesis of the newborn's unity of senses. An explanation may be that we have used
a difficult procedure for such young babies. In this experiment, an intermodal matching test is used.
Tactual field and visual field of the baby are separated by a screen. The baby could explore visually an
object and at the same time he touched another object which had the same shape or a different shape.
Thirty-six 2-month-old babies took part in this experiment. 24 infants were in an intermodal matching
situation and 12 infants in an unimodal perception situation (control group). Babies have avoidance
reactions when the two objects are the same shape more often than when the two objects are a
different shape but as often as in the unimodal condition. The difference of behaviors provides evidence
that babies take in the same information when the object has an identical shape in visual and tactual
modalities. Nevertheless, the avoidance reactions are more frequent from touch to vision than from
vision to touch. This result confirms the precedent one obtained in intermodal transfer situation and is
discussed.
Key words : vision, touch, intermodal.
Résumé
Dans une précédente expérience, nous avons montré qu'un transfert intermodal existait entre la vision
et le toucher à 2 mois mais seulement du toucher à la vision et non de la vision au toucher. Ce résultat
va à l'encontre de la thèse d'une unité des sens à la naissance. Une des explications possibles a été
que la procédure utilisée était trop lourde pour des bébés de 2 mois. Dans cette expérience, nous
avons utilisé une procédure d'appariement d'objets afin de montrer qu'il existe un mécanisme central
commun aux deux modalités. On a séparé l'espace tactile et l'espace visuel du bébé par un écran. Il
devait explorer visuellement un objet pendant qu'il en tenait un autre de même forme ou de formes
différentes. 36 bébés âgés de 2 mois ont participé à l'expérience. 24 bébés étaient placés dans une
situation d'appariement intermodal et 12 bébés dans une situation contrôle de perception unimodale.
Les bébés ont des réactions d'évitement plus souvent lorsque les deux objets ont une même forme que
lorsqu'ils ont des formes différentes mais de manière comparable à la condition contrôle. Ainsi, les
bébés sont sensibles à la redondance des informations lorsque les objets présentés sont de même
forme. Néanmoins, ces réactions sont plus fréquentes lorsque la comparaison s'effectue à partir de la
modalité tactile et non à partir de la modalité visuelle. Ce résultat confirme, malgré le changement de
procédure, la dissymétrie obtenue dans les expériences de transfert intermodal. La discussion porte sur
ce résultat.
Mots clés : vision, toucher, intermodalité.L'Année Psychologique, 1988, 88, 329-341
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie du développement
et de Véducalion de l'enfant1
ÉQUIVALENCES INTERMODALES
DE LA FORME DES OBJETS
ENTRE LA VISION ET LE TOUCHER
CHEZ LES BÉBÉS DE 2 MOIS2
Ariette Streri et Sylvie Milhet
SUMMARY : Intermodal transfer in object's shape between vision and
touch in 2-month-old infants.
In a previous experiment, we provided evidence that intermodal transfer
between touch and vision is possible in 2-month-old babies but only from
touch to vision and not from vision to touch. This result does not support the
thesis of the newborn1 s unity of senses. An explanation may be that we
have used a difficult procedure for such young babies. In this experiment,
an intermodal matching test is used. Tactual field and visual field of the
baby are separated by a screen. The baby could explore visually an object
and at the same time he touched another object which had the same shape
or a different shape. Thirty-six 2-month-old babies took part in this expe
riment. 24 infants were in an intermodal matching situation and 12 infants
in an unimodal perception situation (control group). Babies have avoidance
reactions when the two objects are the same shape more often than when
the two objects are a different shape but as often as in the unimodal condition.
The difference of behaviors provides evidence that babies lake in the same
information when the object has an identical shape in visual and tactual
modalities. Nevertheless, the avoidance reactions are more frequent from
touch to vision than from vision to touch. This result confirmes the precedent
one obtained in intermodal transfer situation and is discussed.
Key words : vision, touch, intermodal.
1. 46, rue Saint- Jacques, 75005 Paris.
2. Cette recherche a été réalisée avec le concours financier de Tinserm
(contrat n° 859012). 330 A. Sirer i et S. Mühet
La vision et le toucher partagent la capacité d'appréhender
les mêmes propriétés d'un objet telles que la forme, la texture, etc.
Mais comment sont unifiées les perceptions provenant de ces
deux modalités sensorielles ? S'il existe un mécanisme commun à
la vision et au toucher comme le suggère Gibson (1966), l'unité
de l'objet s'en trouvera assurée immédiatement, sinon un prin
cipe médiateur mettant en correspondance les informations
extraites visuellement et tactilement doit être évoqué. Par
exemple, la coordination entre modalités sensorielles s'effectuera
à partir de l'action (Piaget, 1952) ou de l'expérience comme le
suggèrent les empiristes. L'étude de la mise en correspondance
par le bébé d'informations extraites par des mécanismes percept
ifs différents revêt donc un enjeu théorique important (Hat-
well, 1986).
Plusieurs recherches ont tenté de trancher entre ces thèses.
A 6 mois, les bébés sont capables de reconnaître visuellement la
forme d'un objet qu'ils ont préalablement exploré dans leurs
mains sans le voir (Rose, Gottfried et Bridger, 1981 ; Rufî et
Köhler, 1978). Une mise en correspondance entre la modalité
visuelle et la modalité tactile est donc possible dès cet âge. Cepen
dant, ces recherches n'invalident pas l'hypothèse des empiristes
et de Piaget car, à 6 mois, la coordination vision-préhension est
établie et les bébés ont donc la capacité de confronter les info
rmations prises visuellement et tactilement sur les objets.
C'est l'observation de plus jeunes bébés qui pourrait répondre
au problème théorique posé. Or, un transfert intermodal de
certaines propriétés des objets a été mis en évidence chez les
nourrissons âgés de 1 mois (Meltzofî et Borton, 1979 ; Gibson et
Walker, 1984). Les bébés reconnaissent visuellement la texture
ou la substance de l'objet qu'ils ont préalablement exploré oral
ement sans contrôle de la vision. Ces résultats sont intéressants
puisqu'ils montrent qu'une unité des informations est réalisée
à un âge où la confrontation entre la modalité visuelle et la
modalité tactile orale est peu probable. Mais une exploration
orale n'a peut-être pas la même valeur informative qu'une explo
ration manuelle. Or, d'autres recherches ont montré qu'un trans
fert de la forme des objets existe du toucher à la vision à 4 mois
(Streri et Spelke, 1988), et de la vision au toucher à 5 et Pêcheux, 1986 a).
Les relations intermodales entre le toucher et la vision sem
blent également exister chez des enfants qui commencent à Equivalences intermodales, vision, loucher 331
peine à tenir et à explorer tactilement les objets. Streri (1987) a
mis en évidence que des bébés de 2 mois sont capables de recon
naître visuellement un objet tactilement familier. Ainsi, en
l'absence de coordination préhension-vision, il existe une cer
taine unité des perceptions. Mais, dans cette étude, il n'a pas
été possible de montrer un transfert inverse. Les bébés ne sont
pas capables de reconnaître lors de leur exploration tactile la
forme des objets qu'ils ont regardés. Or, si l'unité des info
rmations existe, indépendamment des spécificités sensorielles,
elle doit pouvoir être mise en évidence aussi bien du toucher
à la vision que de la vision au toucher.
Une des raisons évoquées a été la trop grande complexité
de la procédure utilisée. Dans cette expérience, le bébé devait
retrouver, en un seul essai, dans une modalité, la forme d'un
objet à partir d'informations mémorisées dans une autre modali
té. Or, reconnaître tactilement un objet regardé semblerait
plus difficile, compte tenu de la procédure utilisée, que la recon
naissance inverse. La non-réversibilité du transfert n'est pas
une preuve suffisante pour infirmer la thèse selon laquelle il
existe un mécanisme central commun au toucher et à la
vision.
Afin de mettre en évidence un tel mécanisme chez des bébés
de 2 mois, nous avons adopté une situation d'appariement inte
rmodal semblable, dans son principe, à celle utilisée par Davenp
ort, Rogers et Rüssel (1973) sur les primates supérieurs. Dans
cette situation, le singe voit au travers d'une lucarne un objet
qu'il ne peut toucher et on lui présente dans ses mains, sans qu'il
puisse les voir, deux objets dont l'un a une forme identique à
celui qu'il voit et l'autre non. On apprend au singe à désigner
quel est parmi les deux objets qu'il tient celui qui est semblable
à l'objet visuel.
Nous avons adapté cette situation de telle sorte que le bébé
puisse extraire simultanément dans les deux modalités des info
rmations sur des objets de forme semblable ou différente. La
tâche apparaît ainsi plus simple que la situation dans laquelle
il reconstruit cette équivalence.
Le but de expérience est double. Tout d'abord, il s'agit
de savoir si l'enfant est capable de maintenir son attention
simultanément, en regardant un objet tandis qu'il en manipule
un autre et, d'autre part, s'il réagit différemment selon que les
objets visuels et tactiles sont de même forme ou de formes difîé- 332 A. Sireri el S. Mühet
rentes. Dans ce cas, il est plausible de conclure qu'il a extrait
les informations pertinentes dans les deux modalités et a traité
les objets comme équivalents ou différents.
MÉTHODE
SUJETS
36 bébés, 15 filles et 21 garçons ont participé à l'expérience. Les
bébés étaient âgés de 2 mois à 3 mois 2 jours (âge moyen : 2 mois
16 jours). Cinq bébés supplémentaires ont été retirés de l'échantillon
pour des raisons d'erreur dans la procédure. 24 bébés ont participé à
l'expérience d'appariement intermodal entre deux objets et 12 bébés,
dans une condition contrôle, n'ont reçu qu'un seul objet à explorer dans
l'une ou l'autre modalité.
MATÉRIEL
La situation expérimentale a été longuement décrite dans Streri
et Pêcheux (1986 b), nous la résumerons simplement ci-dessous.
Le bébé était assis dans un transat face à un écran blanc situé à
50 cm de lui. Au centre de l'écran, un trou permettait à la caméra de
filmer à la fois les mains du bébé et la direction de son regard.
On séparait l'espace tactile et l'espace visuel du bébé par un très
grand tissu blanc dont les extrémités étaient attachées, d'une part, au
cou du bébé et, d'autre part, au panneau. Ainsi le bébé pouvait mani
puler librement les objets sans possibilité de les voir ou de voir ses mains.
Lorsque les objets étaient présentés tactilement, un expérimentateur
El, à la droite du bébé et caché sous le tissu, mettait un objet dans la
main droite du bébé. Lorsque les objets étaient présentés visuellement,
un expérimentateur E2, situé derrière l'écran, montait et descendait par
un système de poulie les objets. Ceux-ci étaient présentés à 30 cm du
regard de l'enfant et se balançaient modérément au bout d'un fil invi
sible de au milieu de l'écran à 52 cm du sol.
STIMULI
Six objets de formes différentes ont été utilisés. Ces objets ont été
choisis car ils sont aisément manipulables et discriminables tactilement
et visuellement par des bébés de 2 mois. On présentait, selon les essais,
des objets en bois rouge de 40 mm de diamètre et de 7 mm d'épaisseur :
des formes pleines (un disque, une fleur à six pétales, une étoile à six
branches) et des formes percées d'un trou de 4 mm de diamètre (une
fleur, un carré, un anneau) dans lesquelles le bébé pouvait introduire et
ôter un doigt très aisément. Equivalences inlermodales , vision, loucher 333
PROCEDURE EXPERIMENTALE
Avant l'expérience proprement dite, un expérimentateur testait
l'absence de coordination préhension-vision des bébés. Un jouet de
4 cm de haut était tenu à 10 cm du regard du bébé. On s'assurait que
la vue du jouet ne déclenchait aucune tentative de préhension. Inver
sement, en plaçant l'objet dans la main du bébé, on s'assurait qu'il ne
le portait pas à sa vue. Tous les bébés observés ont répondu à cette
condition.
L'expérience d'appariement intermodal consistait en quatre essais
d'une durée de 60 s. Chaque essai était divisé en deux séquences. Pen
dant les 10 premières secondes, on sollicitait l'attention du bébé en lui
présentant un objet soit visuellement, soit dans sa main. A la fin des
10 s, on introduisait un second objet dans la modalité qui n'avait pas
déjà été sollicitée. Les bébés avaient donc la possibilité d'explorer deux
objets, l'un tactilement l'autre visuellement pendant une durée de 50 s.
Pour deux des quatre essais, c'est la modalité tactile qui a été sol
licitée en premier (Tv) ; pour les deux autres essais, nous présentions
d'abord l'objet visuellement (Vt). D'autre part, pour deux des quatre
essais, nous présentions des objets de forme identique dans les deux
modalités et, pour les deux autres, les objets étaient de formes différentes.
La durée d'un essai était déterminée de la façon suivante : lorsque la
modalité tactile était sollicitée en premier (Tv), l'essai commençait
lorsque le bébé tenait l'objet dans sa main. E2 déclenchait le chrono
mètre et, au bout de 10 s, présentait à la vue du bébé le second objet,
de même forme ou de forme différente. La séquence en présentation
simultanée se terminait à la fin des 50 s. Lorsque la modalité visuelle
était sollicitée en premier (Vt), l'essai commençait lorsque le regard
de l'enfant était sur l'objet et, à la fin des 10 s d'exploration, El mettait
un objet dans la main du bébé. La seconde séquence était également
interrompue à 50 s d'enregistrement.
Il arrivait que, pendant les 10 premières secondes, l'enfant détourne
son regard de l'objet ou lâche l'objet. Son attention visuelle ou tactile
était immédiatement sollicitée à nouveau. La présentation du second
objet ne se faisait que lorsque :
— les bébés avaient exploré pendant 10 s l'objet dans une modalité ;
— ils étaient en cours d'exploration dans cette modalité.
Si, pendant l'exploration simultanée, le bébé lâchait l'objet, on lui
remettait aussitôt dans la main et, s'il détournait son regard de l'objet,
on attirait de nouveau son attention sur le stimulus. De ce point de vue,
les situations n'étaient pas comparables. Dans la modalité tactile, c'est
l'expérimentateur qui intervenait, alors qu'en visuel le bébé pouvait
ne pas revenir immédiatement sur l'objet. 334 A. Slreri et S. Mühet
L'ordre des essais était contrebalancé entre les sujets. L'observation
durait environ 5 mn pour chaque bébé.
Dans la condition contrôle, les bébés n'étaient sollicités que dans
une seule modalité pendant 6 essais d'une durée de 50 s. (3 essais en
tactile et 3 essais en visuel). On présentait à chaque essai un objet
différent.
Ainsi, l'ensemble des 6 formes présentées a été exploré dans les
deux modalités de manière comparable à celle de la condition d'appa-
riement intermodal. L'ordre des essais tactiles et des essais visuels ainsi
que l'ordre de présentation des objets étaient contrebalancés entre les
sujets.
INDICES OBSERVÉS
Dans la condition d'appariement intermodal, nous avons retenu
trois indices comportementaux permettant d'attester un recueil d'info
rmations sur les objets dans les deux modalités :
1. réaction du bébé à l'introduction du second objet dans la seconde
modalité ; la présence d'une réaction témoignait que le bébé était
en cours d'exploration de l'objet et qu'on le perturbait dans cette
exploration ;
2. durée simultanée dans les deux modalités pendant
50 s. Cette durée témoignait de la capacité du bébé de maintenir son
attention simultanément visuellement et tactilement ;
3. fréquences de détournements du regard et de lâchers de l'objet
pendant l'exploration simultanée. Une différence de réactions lors
de présentation d'objets de même forme et de formes différentes
témoignait que le bébé discriminait entre les deux situations.
Pour la condition contrôle, on enregistrait la durée d'exploration
visuelle et tactile et les fréquences de détournement du regard et de
lâchers de l'objet.
RÉSULTATS
Nous voulions savoir si les bébés de 2 mois réagissaient diff
éremment lorsqu'on leur présentait simultanément des objets de
même forme ou des objets de formes différentes.
1. Réactions du bébé à l'introduction du second objet dans
la seconde modalité. — Les résultats montrent que les bébés ne
réagissent pas de manière systématique lorsqu'on les perturbe
dans leur exploration tactile ou visuelle. Les réactions observées
(détournement du regard ou lâchers de l'objet) sont de 48 % en Equivalences intermodales, vision, toucher 335
moyenne sur l'ensemble des essais. Des analyses partielles ne
montrent pas d'effet significatif entre la présentation d'objets de
forme identique ou différente ni entre les conditions Vt et Tv.
L'absence de réactions systématiques ne peut être interprétée
comme une séparation entre modalités. Il est possible que le bébé
engagé dans son exploration ne soit plus surpris au cours des
essais successifs par la présentation d'un autre objet.
2. Durée d'exploration simultanée dans les deux modalités
pendant 50 s. — Les bébés regardent et maintiennent simulta
nément les objets, sur l'ensemble des essais, en moyenne pendant
35 s soit 70 % de la durée disponible. Nous n'avons pas observé
de différences selon les essais Vt et Tv ni selon qu'on présentait
des objets de forme identique ou de forme différente. La durée
de fixation visuelle est en moyenne de 40 s et la durée de tenue
de l'objet est de 43 s. Une comparaison entre ces deux durées
n'a révélé aucun effet significatif dû à la modalité. Ainsi, l'inte
rvention rapide de l'expérimentateur en tactile après un lâcher
d'objet, comparée à la situation visuelle dans laquelle le bébé
mettait plus de temps à revenir sur le stimulus n'a pas eu d'effet.
Nous avons comparé ces durées à celles obtenues dans la
condition contrôle (cf. tableau I). La durée d'exploration simul
tanée des objets est significativement inférieure à la moyenne
des durées d'exploration visuelle et tactile dans la condition
unimodale (t cor. (28) = 4,92, p < .01). On observe surtout une
diminution des fixations visuelles en condition bimodale com-
Tableau I. — Moyenne des durées d'exploration tactile et
visuelle dans les conditions d'exploration bimodale et uni-
modale
Mean of tactual and visual exploration times in bimodal
and unimodal situations
Exploration Exploration
bimodale unimodale t cor.
Exploration
simultanée (s) 35 45,5 (*■) 4,92*
Fixation visuelle (s) 40 46 3,05*
Tenue tactile (s) 43 45 ns
(*) * p Moyenne < .01 (two-iailed). de V + T. 336 A. Sirer i ei S. Mühet
parée à la situation unimodale (t cor. (32) = 3,05, p< .01). Par
contre, la durée des maintiens tactiles diffère peu.
L'observation d'un bébé de 2 mois montre qu'il peut tenir
un objet tout en regardant ailleurs. Par contre, nous ne savions
pas s'il est capable de maintenir simultanément son attention
sur des objets présentés dans deux modalités et d'en extraire des
informations. Les résultats indiquent que cela lui est possible.
La situation se révèle plus contraignante pour le bébé que celle
d'explorer unimodalement un objet. C'est au niveau de l'attention
visuelle que s'exprime cette difficulté.
3. La durée d'exploration simultanée est un indice qui,
considéré isolément, ne peut rendre compte d'une relation inte
rmodale entre la vision et le toucher. L'analyse des réactions
d'évitement du bébé permettra de donner une signification à
cette durée, à savoir qu'elle est suffisante pour extraire des
informations et les comparer dans les deux modalités.
Nous avons calculé la fréquence des lâchers d'objets et des
détournements du regard pendant la seconde séquence des
essais (cf. tableau II).
Tableau II. — Moyenne des réactions en fonction de h
similarité de l'objet dans les deux modalités
Means of reactions as a function of the objects' similarity
in the two modalities
Objets Objets
de même de formes
forme différentes t (23)
Détournements du regard 2,9 2,1 p < 1
Lâchers 4,5 2,8 2,38*
Réactions d'évitement 7,4 4,9 2,17*
* p < .05 (two-tailed).
D'une façon générale, la fréquence de l'ensemble des réactions
d'évitement des objets (lâchers d'objet + détournements du
regard) est plus élevée lorsque les objets sont de forme iden
tique que de formes différentes (t (23) = 2,17, p < .05). Le bébé
détourne plus souvent son regard lorsque les objets sont de forme
identique que lorsqu'ils sont de formes différentes. Cependant, la