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Henri Piéron
H. Laugier
Henri Wallon
a) Études générales.
In: L'année psychologique. 1914 vol. 21. pp. 296-307.
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Piéron Henri, Laugier H., Wallon Henri. a) Études générales. In: L'année psychologique. 1914 vol. 21. pp. 296-307.
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296 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
rongeurs. Le deuxième type de réactions est celui des singes, et d'une
petite imbécile, le troisième celui des enfants. Les deux derniers types
de réaction, très rares chez les enfants, rares chez les singes, se
rencontrent chez les rongeurs surtout, ils sont sous l'influence du
caractère primitif du « reactive equipment », de l'excitabilité, de la
facilité de distraction, et de la faiblesse du pouvoir de répondre à une
situation qui réclame un choix.
H. P.
CARVETH READ. — On the differentiation of the human from the
anthropoid mind (Sur la différenciation de Pesprit humain à partir de
celui des anthropoïdes). — Br. J. of Ps., VIII, 4, 1917, p. 395-422.
L'auteur, qui s'appuie principalement sur l'ouvrage de Keith (The
Antiquity of Man), tente une reconstitution hypothétique des premiers
stades de l'évolution mentale de l'humanité, ce qui comporte néces
sairement une bien grosse part d'arbitraire.
La cause principale de l'évolution de la famille humaine aurait été
l'adoption par quelque anthropoïde d'un mode de vie de chasseur, la
substitution du régime carnivore au frugivore, et la chasse des proies
vivantes; le régime n'explique pas les habitudes sociales, le
développement du cerveau, l'invention des armes, la découverte du
feu, etc., mais tout cela serait cependant une conséquence de ce
nouveau mode de vie, selon une ancienne opinion d'Auguste Comte.
L'auteur cherche à montrer comment ont pu naître l'instinct de
propriété, le langage; examine l'influence dérivante qu'a eue le déve
loppement de l'agriculture, et surtout insiste sur l'action du milieu
« imaginaire » : Dans la vie sociale, alors que le riche patrimoine du
sens commun sur lequel était fondée la vie des anthropoïdes s'adaptait
parfaitement à la vie du chasseur, il s'est développé, — sous l'influence
du désir et de la peur, de généralisations hâtives, et de la séduction du
raisonnement par analogie — , des conceptions imaginatives d'où est
née la magie, et qui ont dévié l'esprit humain, le conduisant à des con
ceptions nuisibles; la sélection a même dû probablement éliminer les
tribus trop imaginatives et superstitieuses.
Toutes ces considérations de Carveth Read sont très intéressantes,
mais ont bien plutôt une valeur artistique, comme quelque roman de
Rosny ou quelque tableau de Cormon, qu'un intérêt scientifique.
H. P.
2° Psychologie zoologique et biologie.
a) Études générales.
J. B. WATSON. — Behavior. An introduction to comparative Psycho
logy (Comportement. Introduction à la psychologie comparée). In-8,
440 pages, 1914, New- York, Henry Holt.
Dans ce volume, Watson a réuni une série de conférences faites à
l'Université Columbia, et destinées à montrer ce qu'est le « behavio-
risme » et sa fécondité. PSYCHOLOGIE COMPARÉE 297
Après une introduction où est exposé le programme du « behavio-
risme », qui fait rentrer dans le comportement objectif l'image et les
processus affectifs, vient une enumeration des problèmes rangés en
trois classes — problèmes sensoriels, fonctions instinctives et apprent
issage — , puis une indication succincte des appareils et des méthodes.
Ensuite on trouve deux chapitres sur l'instinct, quatre sur le« learning»,
un sur la comparaison de l'homme et des animaux et quatre autres sur
les fonctions sensorielles (vision; audition; goût, odorat, et sens
chimique commun; sens cutané, organique, et kinesthésique). Chaque
chapitre est suivi d'une petite bibliographie.
Watson se borne absolument à l'étude des vertébrés et n'étudie en
particulier l'instinct que chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles
et les poissons.
On trouvera dans ce volume clair, très au courant des travaux de
l'école expérimentale américaine, d'excellents exposés, qui feront
comprendre l'œuvre capitale du « behaviorisme ».
H. P.
MARGARET FLOY WASBHURN: — The Animal Mind {L'esprit animal).
2e éd. — Pet. in-8 de 386 pages, 1917. New-York, Macmillan Co.
Miss Washburn nous donne une deuxième édition de son précieux
manuel de psychologie comparée, neuf ans après la première. Elle a
suivi le mouvement de cette jeune science en pleine évolution, et,
pour rester au courant, a dû récrire entièrement plus de la moitié du
livre.
La bibliographie, tout en ne prétendant pas être complète, comporte
cette fois 841 travaux.
Tout ce qui concerne les sensations des animaux, la mémoire, est
réellement satisfaisant, mais, pour ce qui est des diverses modalités des
réactions, du déterminisme des instincts, les données font en grande
partie défaut. Le problème de l'affectivité animale n'est pas posé.
Miss Washburn, en effet, a utilisé les travaux des expérimentateurs,
plus que des biologistes observateurs, dont l'œuvre actuellement est
considérable et de première importance. L'utilisation des réflexes con
ditionnels pour l'étude des phénomènes mentaux supérieurs n'est pas
non plus envisagée.
Ce manuel pourrait donc être étendu et complété dans le sens de la
biologie éthologique surtout, mais, tel qu'il est, il fournit une excel
lente documentation et est indispensable à quiconque s'intéresse à la
psychologie comparée.
H. P.
E.-L. BOUVIER. — La Vie psychique des Insectes. — In-16 de
300 pages, 1918. Paris, Flammarion.
On s'appuie beaucoup trop exclusivement à l'heure actuelle sur les
livres de Fabre qui connaissent, tardivement, le grand succès, en
matière de psychologie d'insectes. Le livre que vient de publier le
professeur d'entomologie du Muséum est très utile en ce qu'il pourra •if'
298 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
corriger l'influence de Fabre qui, excellent observateur, mais théori
cien impénitent, a toujours insinué ses théories jusque dans l'exposé
des faits les plus menus.
Bouvier a étayé son livre sur les travaux de tous les biologistes qui,
en France et en Amérique surtout, ont exploré le champ de la psychol
ogie animale.
Les chapitres de son livre traitent de l'action directrice de la
lumière, des divers stimulants externes et des tropismes qu'ils provo
quent, des rythmes vitaux, de la sensibilité différentielle, de la
mémoire, des modifications spontanées des habitudes, de l'évolution
des instincts, enfin de quelques questions spéciales et en particulier
de l'orientation.
La conclusion précise le point de vue général de Bouvier : il distin
gue les réactions tropiques, résultant des propriétés de la matière
vivante, les rythmes, impliquant une mémoire organique c'est-à-dire
un apprentissage élémentaire, la mémoire spécifique — qui joue un .
très grand rôle dans le comportement des articulés — et dont l'origine
doit se trouver un choix qui a été fait à un moment donné entre
les diverses réponses possibles de la sensibilité différentielle, enfin la
mémoire individuelle, apprentissage intelligent, comportant un choix
plus développé, mais pouvant s'automatiser pour engendrer les instincts
supérieurs.
Il est difficile de s'entendre absolument sur ces grands problèmes
évolutifs, et l'on pourrait évidemment discuter certaines de ces concept
ions. Mais il faudrait alors donner à la discussion beaucoup d'ampleur.
En tout cas les nombreux faits, les multiples données sur les passion
nants problèmes du comportement des insectes, leur présentation
scientifique, auront sur le grand public qui lira ce livre une influence
éducative excellente, et dont il faudra être reconnaissant à l'au
teur.
H. P.
E. M. SMITH. — The investigation of mind in animals {La recherche
sur I 'esprit animal). — Pet. in-8 de 194 pages, 1915. Cambridge, Univers
ity Press.
L'auteur a voulu faire connaître les recherches scientifiques modernes
de psychologie comparée, non pas en présentant un exposé complet
des résultats obtenus, mais en intéressant le lecteur à quelques-uns des
problèmes étudiés, et en lui indiquant quelques-uns des principaux
travaux à consulter, et les ouvrages généraux à lire. De fait la présen
tation est séduisante, et l'auteur a bien rempli la tâche qu'il s'était
proposée.
Il consacre un chapitre d'introduction au comportement des Pro
tozoaires, dans lequel on note des phénomènes d'adaptation qui ind
iquent une similitude fondamentale avec le dit « intell
igent » des animaux supérieurs ; puis il passe en revue la retentivité
(formation d'habitudes), la mémoire associative et la discrimination
sensorielle, l'instinct, le « homing », l'imitation, enfin le problème de COMPARÉE 299 PSYCHOLOGIE
l'intelligence et des idées (avec une discussion relative aux chevaux
calcultateurs, un peu trop pris au sérieux).
Ce petit livre donne une idée très juste de l'actuelle psychologie
comparée.
H. P.
JACQUES LOEB. — Forced movements, Tropisms, and Animal Con
duct {Mouvements forcés, tropismes et conduite animale).
G. H. PARKER. — The elementary nervous system [Le système ner
veux élémentaire). — 2 vol. in-8 de 209 et 229 pages. J. B. Lippincott,
Philadelphie et Londres, 1919.
Voici les deux premiers volumes d'une série de « Monographs on
experimental Biology », publiées par J. Lœb, T. H. Morgan et
W. T. V. Osterhout qui, dans leur editorial, nous préviennent que leur
collection embrasse le champ traditionnel de la physiologie générale,
car physiologie générale et biologie expérimentale, nous disent-ils,
sont une seule et même science. Il y a là une réalisation intéres
sante; à côté, et au-dessus des sciences descriptives qui ont achevé
l'essentiel de leur tâche, l'avenir est bien, en effet, à la physiologie
générale. Les deux premiers volumes font bien augurer de cette inté
ressante collection.
On ne peut rester indifférent aux ouvrages originaux de Lœb, pleins
d'expériences ingénieuses et fécondes, alors même qu'on n'admet
pas certaines des conclusions, qui ne découlent pas logiquement des
faits. On trouvera dans son livre sur les tropismes une brève étude des
mouvements forcés (par lésions nerveuses dissymétriques) et du galva-
notropisme, une série de chapitres sur l'héliotropisme, avec rappel des
données anciennes et exposé des dernières recherches, enfin une
revue du géotropisme, du rhéotropisme, du stéréotropisme, du chémo-
tropisme et du thermotropisme. Les pages sont consacrées
aux instincts et aux images mnémoniques qui ont aussi une influence
« tropistique ». A cause de cette action et des modifications ou inhibi
tions de tropismes du fait de la mémoire, le nombre des réactions
possibles chez les animaux supérieurs et chez l'homme devient si grand
que la prédiction en est rendue impossible; cette impossibilité donne
naissance à la doctrine du libre arbitre que Lœb se donne la peine de
combattre, comme conclusion à son ouvrage. Il .paraît ainsi donner
beaucoup d'importance à cette tâche d'enfoncer une porte ouverte.
Le volume de Parker, consacré aux manifestations nerveuses du
comportement chez les invertébrés inférieurs, éponges, hydraires et
actinies, est clair, expérimental, basé sur une littérature très large et
de nombreux travaux personnels relatifs, en particulier, au Metridium.
Notons seulement avec regret que l'auteur n'a pas pris connaissance
de l'excellent petit livre que Beaunis consacra en 1890 à V Évolution du
système nerveux.
Parker montre que la première forme du système nerveux est
réalisée par un appareil neuro-musculaire indépendant, le muscle
lisse des Spongiaires (muscle osculaire, sphincter des pores) qui
répond directement aux excitations ; cette forme primitive se retrouve ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
dans les muscles des aconties chez les Coelentérés, dans le coeur
embryonnaire des Vertébrés.
Le second stade de l'évolution est représenté par l'addition, à ces
« effecteurs » indépendants, des récepteurs sensoriels qui leur sont
directement reliés (tentacules des actinies); au troisième stade, il
s'intercale des cellules ganglionnaires entre éléments récepteurs et
effecteurs, chez les actinies. Mais ce système nerveux central est diffus;
il y a autonomie des diverses régions. Puis, progressivement, il se pro
duit une concentration des activités diffuses; et le passage est continu
jusque vers les formes les plus évoluées du système nerveux chez les
animaux supérieurs.
On consultera avec profit le livre de Parker.
H. P.
ETIENNE RABAUD — La lumière et le comportement des orga
nismes. — Bulletin biologique, LU, 1919, p. 325-343.
Il est tout à fait inexact de séparer les organismes en deux catégories,
l'une à phototropisme positif, l'autre à phototropisme négatif, car,
ainsi que l'avait signalé Paul Bert dès 1878, il n'y a pas d'animaux
lucifuges, « tous vont à la lumière et tous fuient la lumière, c'est une
question d'intensité » [Revue scientifique, t. II, 1881). Les lucifuges
sont en réalité des « sténophotes » qui, par analogie avec les
sténothermes, sont des animaux ne pouvant vivre qu'à une lumière
atténuée; les « euryphotes » au contraire, vivent en pleine
solaire et supportent sans dommage les éclairements des intensités
les plus diverses.
Il existe aussi des plantes euryphotes et sténophotes.
La lumière provoque des mouvements (tactismes); quant à la
direction des mouvements, elle est régie par des facteurs multiples, par
des excitations sensitives et sensorielles. « L'activité normale des
animaux résulte d'un ensemble complexe d'influences qui se combinent
de toutes les manières, sans que l'on puisse dire que la lumière les
domine ou ne les domine pas à un moment ou à l'autre. » Dès lors
a l'observateur doit faire appel à une analyse rigoureuse s'il veut
éviter de prendre la résultante de ces interactions pour l'effet direct
d'une seule excitation ».
H. P.
ET. RABAUD. — Étude expérimentale de l'instinct. — J. de Ps., XI, 4,
1916, p. 316-332.
La grande difficulté qui fait échec à l'analyse des phénomènes
complexes d'instinct ne tient pas à leur nature — qu'on ne connaît pas"
mieux parce qu'on habille son ignorance de verbalisme en faisant appel
à un principe vital — mais à leur complexité. En s'adressant à des cas
relativement simples, l'analyse peut aboutir.
Par exemple le comportement de la chenille de Myeloïs cribrella, qui
mange le réceptacle de capitules de chardon pour pénétrer au moment
de sa maturité dans la tige où. elle hiverne et se chrysalide, pose un PSYCHOLOGIE COMPAREE 301
double problème, celui de l'abandon des capitules, et celui de l'entrée
dans la tige, à côté de celui de l'adoption générale du mode de vie
mineuse.
Ce n'est pas une interprétation finaliste ou darwinienne qui rendra
compte du déterminisme des faits.
Ce qui se passe, c'est que la chenille mûre, subissant une modification
physiologique, manifeste une répulsion pour sa plante nourricière,
phénomène fréquent dont on a de multiples exemples.
Si la chenille, d'autre part, ne continue pas son même genre de vie,
si elle n'émigre pas sur d'autres plantes comme les chenilles de
Zygènes, si elle s'enfonce dans la tige, ce n'est pas qu'elle soit attirée
par celle-ci, mais c'est qu'elle fuit la lumière ; elle recherche simplement
l'obscurité : maintenue à l'abri de la lumière, elle ne pénètre null
ement dans une tige.
Et c'est cette action répulsive de la lumière qui conditionne le mode
de vie mineuse : la chenille s'enfonce dans le capitule dont elle se
nourrit pour y trouver l'obscurité, elle émigrera dans la tige quand
le capitule la repoussera, pour ne pas aller à la lumière.
On atteint ainsi le déterminisme général des actes principaux de
cet instinct, dans les lignes essentielles, ce qui est d'une réelle impor
tance théorique.
H. P.
ETIENNE RABAUD. — Ethologie et comportement de diverses larves
endophytes. II, Myeloïs cribrella et quelques autres chenilles des
capitules de Carduacées. — Bulletin Scientifique, XLVIII, 1914, p. 28-
106. — Nouvelles observations sur le des de
Thaumatopœa pityocampa. — Annales de la Société entomologique,
LXXXIV, 1915, p. 165-172. —Notes sur l'instinct de Mellinus arvensis
t., et ses rapports avec celui des autres Sphégiens. — Bulletin biolo
gique (ex-Bulletin scientifique), LI, 1917, p. 331-346. — L'instinct
paralyseur des Hyménoptères vulnérants. — C. R.,CLXV, 1917, p. 680.
— Ethologie et comportement de diverses larves endophytes. —
III. Bulletin biologique, LU, 1918, p. 303-323. — Observations et
expériences sur Ammophila Heydeni. — Bulletin de la Société Zoolo
gique de France, XLIV, 1919, p. 52-63.
Voici toute une série de notes et mémoires de psychologie éthologique
tendant à préciser le déterminisme immédiat des divers actes
constitutifs des instincts.
Et. Rabaud avait dans son étude sur l'instinct de l'isolement chez les
insectes (An. Ps., XIX, p. 194), cité des faits relatifs à Myelloïs cribrella
et aux chenilles des Carduacées. Une étude complète de leur compor
tement est donnée dans un mémoire important, qui comporte une
analyse expérimentale d'un instinct complexe. Les chenilles vont
chrysalider dans les tiges de Carduacées dont elles mangent les
capitules; leur pénétration est régie par un facteur simple, la lumière.
A l'obscurité, sauf au moment exact de la sortie du capitule, où persiste
une tendance héréditaire, il n'y a pas pénétration ; il suffit de faire
agir la lumière pour que la pénétration se fasse. Quelques expériences 302 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ont montré qu'en dehors de l'extrême rouge, les diverses radiations
agissaient comme la lumière atténuée (la lumière étant atténuée en
effet par filtration à travers les écrans).
Quelques observations sur la chenille processionnaire du pin
(Thaumaopœa) ont confirmé l'orientation des nids au Midi, par attrac
tion vers les régions les plus chaudes, la chenille étant thermophile, en
même temps que lucifuge. Le jeûne émousse la sensibilité à la lumière,
en sorte que l'activité peut reprendre, même à une certaine
lorsque la température est suffisante. Le retour au nid ne se fait
pas grâce à un fil conducteur comme le pensait Fabre ; contrairement
aux assertions de Fabre aussi, les dégâts du nid sont réparés, du moins
en saison froide.
Mellinus arvensis est un Sphégien qui paralyse des mouches, mais
parfois s'en nourrit; la piqûre se produit sans aucune précision
nécessaire; elle est régie, dans les conditions normales, par des
dispositions morphologiques; quand les de préhension de la
mouche se trouvent modifiées, le Sphégien pique au hasard jusqu'à ce
que l'aiguillon pénètre. La précision de la piqûre n'est nullement
nécessaire, à rencontre des affirmations de Fabre : le venin des
Pompiles paralyse les araignées quand la piqûre a lieu en un point
quelconque, il n'est donc nullement nécessaire que le dard attaque la
masse ganglionnaire. Et ceci peut être généralisé : « Où que
l'aiguillon pénètre, le venin produit un effet rapide, quel que soit le
paralyseur, et quelle que soit la victime. »
Une étude d'un Hyménoptèretenthrédinien (Pontania proximo, Lepel.),
qui provoque la galle de la feuille de Saule, montre que le percement
d'un orifice de sortie rangé dans les « instincts prophétiques », répond
à un déterminisme immédiat et n'a aucune utilité. L'insecte parfait
sort très bien en perçant un trou, quand le trou larvaire est bouché.
Sans être véritablement nuisible, le percement n'a pour effet que
d'augmenter les risques de destruction. « 11 y a donc des fonctionne
ments comme il y a des dispositions anatomiques, pour lesquels on
ne peut invoquer d'autre raison d'exister ou de persister que de n'être
pas absolument nuisibles », constatation fondamentale au point de
vue de l'évolution.
Quelques observations sur une Ammophile ont montré que l'orien
tation et la reconnaissance des lieux dérivaient d'un processus
complexe comprenant à la fois la mémoire sensorielle (aspect exté
rieur) et la mémoire motrice ramenant l'animal sur ses pas en
refaisant automatiquement le même trajet jusqu'aux alentours imméd
iats du terrier. D'autre part, les chenilles paralysées meurent parfois,
mais cela ne gêne pas la larve, pour qui le maintien de la vie de
la proie n'est donc pas une nécessité, comme Fabre l'a soutenu à tort.
On voit que l'œuvre continue de Rabaud apporte des matériaux
de plus en plus nombreux pour une théorie réellement scientifique de
l'instinct. H. P.
ETIENNE RABAUD. — Le phénomène de la simulation de la mort. —
Immobilisation réflexe et immobilité simple chez les Arthropodes. COMPARÉE 303 PSYCHOLOGIE
— B. B., LXXIX, 1916, p. 74-77, et p. 930-934. — La simulation de la
mort chez lés Vertébrés. — Bulletin de la Société zoologique de
France, XLI, 1916, p. 117-124. — L'immobilisation réflexe des
Arthropodes et des Vertébrés. — Revue générale des Sciences,
30 mars 1917. - L'immobilisation réflexe et l'activité normale des
Arthropodes. — Bulletin biologique, LUI, 1919, p. 1-149. — Réflexes
des Orthoptères. — B. B., LXXVIII, 1915, p. 668.
Rabaud a fait toute une série de recherches sur des réflexes d'insectes,
en particulier les réflexes du jabot (dégorgement ou déglutition des
liquides du jabot) et le réflexe du saut chez des Orthoptères, et surtout
sur les réflexes d'immobilisation régissant ces attitudes désignées autre
fois sous le nom de « simulation de la mort ».
A cet égard, l'auteur met à part les faits d'immobilité simple (immob
ilisation « volontaire » de Piéron) de l'immobilisation réflexe dont il a
étudié à fond les modalités et conditions.
Il s'agit d'une hypertonie réflexe, d'une contracture immobilisante,
qui est provoquée, chez un très grand nombre d'animaux, d'arthro
podes en particulier, par des excitations, de localisation et de nature
parfaitement définies. Cette hypertonie cesse brusquement sous
l'influence d'autres excitations, bien définies également, et qui pro
voquent un réflexe mobilisant; en général il s'agit d'un réflexe des
muscles antagonistes, qui fait cesser la contraction tonique immobil
isante ; par exemple le Stilbum splendidum, plié en deux dans son
attitude d'immobilisation par hypertonie des fléchisseurs, est mobilisé
par redressement actif, directement provoqué par la contraction des
extenseurs qui brise la résistance des fléchisseurs.
Dans son mémoire du Bulletin biologique, qui comporte une impor
tante bibliographie, Rabaud se livre à une intéressante discussion de
la signification biologique des réflexes d'immobilisation; la conception
des moyens de défense lui paraît sans valeur, il s'agit d'un réflexe
semblable aux autres, qui n'est pas vraiment nuisible, mais n'est pas
utile non plus à la conservation de l'espèce. Cette discussion conduit
au déterminisme de l'activité normale des arthropodes, conditionnée
par des excitations sensitives et sensorielles, d'influence motrice ou
inhibitrice ; l'alternance de ces influences opposées commande l'alte
rnance de l'activité et du repos. L'immobilisation ne serait qu'un
cas particulier du mécanisme qui régit le sommeil.
H. P.
J. S. SZYMANSKI. — Einige Bemerkungen über die biologische Bedeu
tung akustischer Reize {Quelques remarques sur la signification biolo
gique des excitations acoustiques). — Pf. A., vol. CLXXI, 28 septem
bre 1918, p. 363-374.
Aussi bien chez les rats (olfactifs) que chez les poulets (visuels), les
excitations acoustiques provoquent une inhibition des mouvements :
il se produit d'abord un sursaut brusque de tout le corps, sursaut
auquel fait suite l'immobilité. La même expérience peut être répétée
un grand nombre de fois chez le rat ; chez le poulet au contraire, s'établit 304 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
très rapidement une accoutumance aux excitations acoustiques. Les
excitations lumineuses à l'inverse, tant chez le rat que chez le poulet,
ne modifient en rien l'état de mouvement ou de repos dans lequel
elles surprennent l'animal, au moment où elles se produisent. D'après
l'auteur les excitations visuelles (pour les animaux visuels) et les
excitations olfactives (pour les animaux olfactifs) auraient une signif
ication beaucoup plus essentielle que les excitations acoustiques : ces
dernières se borneraient à signaler aux animaux une modification du
monde extérieur, tandis que c'est seulement par les excitations
visuelles ou olfactives que les animaux reconnaîtraient la nature de
cette modification.
Henri Laugier.
J. S. SZYMANSKI. — Die Verteilung der Ruhe-und Aktivitätsperioden
bei weissen Ratten und Tanzmaüsen [Répartition des périodes de repos
et d'activité chez les rats blancs et les souris). — Pf. A., vol. CLXXI,
28 septembre 1918, p. 324-341.
Description de divers « Actographes », appareils qui permettent
d'enregistrer nuit et jour les mouvements des animaux en expérience.
Les rats blancs présentent, au cours d'une période de 24 heures,
une moyenne de 10 périodes d'activité et de 10 périodes de repos :
le total des périodes d'activité représente environ 10 heures; celui des
périodes de repos environ 14 heures. Le jeune augmente le nombre
des périodes qui alternent dans la journée, mais ne modifie pas sen
siblement l'activité totale. L'obscurité augmente le nombre des périodes
et augmente totale. Au cours d'une période de 24 heures, les
rats blancs ont manifesté un phototropisme négatif pendant 22
et un phototropisme positif pendant 2 heures. Le phototropisme
positif tombe pendant les heures d'activité. Les souris sont également
des animaux polyphasiques (9 périodes par 24 heures) avec activité
prédominante les heures de nuit.
Henri Laugier.
J. S. SZYMANSKI. — Die Verteilung von Ruhe und Aktivitätsperioden
bei einigen Tierarten [La répartition des périodes de repos et d'activité
chez quelques espèces animales). — Pf. A., vol. CLXXII, 30 novemb
re 1918, p. 430-448.
Description de divers actographes, permettant d'enregistrer les
mouvements des animaux étudiés (mouches à viande, écrivisse, vers
de terre, escargots, lapins, chats domestiques, jeune chien). Les
mouches sont des monophasiques typiques : elles ne présentent
au cours d'une période de 24 heures qu'une seule période de repos
et une seule d'activité : elles se reposent la nuit, et sont en
mouvement le jour; leur repos nocturne est ininterrompu; leur
activité diurne est analogue à celle que l'on observe chez tous les
animaux à sensations visuelles prépondérantes. Les écrevisses ont
essentiellement une période de repos, diurne, et une période d'activité,
nocturne. Les vers de terre ont en moyenne 4 périodes de repos et