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Histoire et «psychologie». Quelques réflexions sur la spécificité de l'histoire au XIXe siècle - article ; n°104 ; vol.29, pg 69-83

De
17 pages
Romantisme - Année 1999 - Volume 29 - Numéro 104 - Pages 69-83
During the last century, history was confronted with other fields of knowledge which also claimed to analyse mankind. Up against these competing fields of knowledge, which sprang from natural science, philosophy and the newly developing social sciences, French historians realised the necessity of defining precisely what made their discipline unique. Several overarching concepts ran through the diverse arguments they developed. Taking Francois Mignet and Charles Seignobos, two authors from distinctly different schools of thought, as examples allows us to highlight one of these concepts. In opposition to the simple determinism of the natural sciences and Durkheimian sociology, they define history as the science of complexity, capable of taking into account both material and spiritual phenomena. In so doing, they draw attention to the psychological dimension of any act of «historical under standing» which aims to grasp the intentions of the players behind the actions observed. Through a combination of the observation methods of the natural sciences and the interpretative skills of psychology, history can not be reduced to either the one or the other of those two fields. But the price of this autonomy is the discipline 's attachment to the political sphere, because it is based on the postulate of the existence of a universal human psychology, which alone can allow today's historians to understand the motivations of yesterday 's historical figures. Yet this postulate in and of itself takes a stand in favour of humanism and solidarity and makes history a de facto moral science. Thus, and contrary to what certain historiography texts claim, in the 19th century, history did not progressively distance itself from politics in order to be established as a «pure science».
Au siècle dernier l'histoire se confronte à d'autres discours savants qui prétendent comme elle parler de l'homme. Face à ces savoirs concurrents, issus des sciences naturelles, de la philosophie et des sciences sociales naissantes, les historiens français s'efforcent de définir la spécificité de leur discipline. Par delà la diversité des arguments qu'ils formulent, se dessinent quelques lignes de forces. Les exemples de François Mignet et de Charles Seignobos, auteurs inscrits dans des traditions intellectuelles bien distinctes, permettent de mettre en lumière l'une de ces continuités. Contre le déterminisme simple des sciences de la nature ou de la sociologie durkheimienne, ils définissent en effet l'histoire comme une science du complexe, étudiant des phénomènes d'ordre tout à la fois matériel et spirituel. Ce faisant, ils insistent sur la dimension psychologique d'une opération de «compréhension historique» qui a pour objet de saisir les intentions des acteurs derrière les faits observés. Combinant la méthode d'observation des sciences naturelles et la démarche interprétative de la psychologie, l'histoire ne serait réductible ni aux premières ni à la seconde. Mais cette autonomie a pour prix le rattachement de la discipline à la sphère du politique. Car elle est fondée sur le postulat de l'existence d'une psychologie humaine universelle, qui seule peut rendre transparentes à l'historien présent les intentions des acteurs du passé. Or ce postulat est en lui même une prise de position, du côté de l'humanisme et de la solidarité, et instaure de facto l'histoire en science morale. Aussi, contrairement à ce qu'affirment parfois les manuels d'historiographie, l'histoire du XIXe siècle ne s'est-elle pas progressivement dégagée du politique pour s'ériger en «science pure».
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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