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L'abstention en 2004 en Nord-Pas-de-Calais

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Pour la sixième fois consécutive, l'abstention en Nord-Pas-de-Calais a été supérieure à celle du reste du pays. D'une façon générale, elle est d'autant plus importante que l'âge et le niveau de diplôme sont bas. À ces facteurs s'ajoutent, particulièrement dans la région, l'inactivité et le fait d'habiter une grande ville. Toutefois, en Nord-Pas-de-Calais, les jeunes, plus abstentionnistes que leurs aînés, se sont montrés plus civiques que les jeunes Français. Ceci est particulièrement net pour les très jeunes électeurs, appelés pour la première fois aux urnes, qui ont davantage participé que le reste du corps électoral. La part des abstentionnistes systématiques est en hausse par rapport à 2002 et celle des votants réguliers en baisse.
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L’abstention en 2004 en
Nord-Pas-de-Calais
Les différents scrutins qui se sont succédé
depuis 1998 ont donné lieu, dans la région,Pour la sixième fois consécutive, l’abstention à des taux d’abstention assez divers bien
que globalement élevés (cf. «Un taux inégal
en Nord-Pas-de-Calais a été supérieure à celle d’abstention d’une élection à l’autre»). La
comparaison avec le niveau national
montre une inversion de tendance : ladu reste du pays. D’une façon générale, elle est
région Nord-Pas-de-Calais auparavant
plus participative s’avère désormais plusd’autant plus importante que l’âge et le niveau
abstentionniste que la moyenne nationale.
de diplôme sont bas. À ces facteurs s’ajoutent, Ainsi, les élections européennes du 13 juin
dernier ont constitué le sixième scrutin
consécutif, depuis le second tour departiculièrement dans la région, l’inactivité
l’élection présidentielle de 2002, pour lequel
l’abstention régionale s’est révéléeet le fait d’habiter une grande ville.
supérieure à la moyenne nationale (cf.
graphique 1). De plus, que ce soit en 2002
Toutefois, en Nord-Pas-de-Calais, les jeunes, ou en 2004, le niveau régional de l’absten-
tion se révèle proche du niveau national lors
de la première consultation de l’année,plus abstentionnistes que leurs aînés, se sont
puis s’en éloigne au fil des scrutins de la
même année. Ce phénomène, qui laissemontrés plus civiques que les jeunes Français.
transparaître une lassitude plus rapide
chez l’électorat régional face à la répétition
Ceci est particulièrement net pour les très jeunes des élections, nécessite néanmoins d’être
confirmé à plus long terme.
électeurs, appelés pour la première fois
Les jeunes plus abstentionnistes
aux urnes, qui ont davantage participé que leurs aînés mais plus
civiques que les jeunes
que le reste du corps électoral. Français
La part des abstentionnistes systématiques Les scrutins de 2004 ont été marqués
par des niveaux d’abstention contrastés :
les régionales ont davantage mobiliséest en hausse par rapport à 2002 et celle
que ce que la plupart des observateurs
envisageaient, tandis que les européennesdes votants réguliers en baisse.
se sont caractérisées par une abstention
tous azimuts. Néanmoins, malgré ces
fluctuations, les comportements restent bien
marqués entre différentes composantes
de l’électorat.Ainsi, en 2004, un fossé générationnel celle de leurs aînés. Or, ces anciennes à celui du reste du corps électoral
très net a, une nouvelle fois, pu être générations, en votant davantage (44,5%) (cf. graphique 2). Cet écart est
observé, avec de jeunes électeurs plus qu’au niveau national, contribuaient encore plus net s’agissant des élections
abstentionnistes que leurs aînés. auparavant à la tradition de civisme du régionales seules.
Nord-Pas-de-Calais. Par une abstention
En Nord-Pas-de-Calais, avec plus de 48% plus forte en 2004, elles alimentent Dans la région, le différentiel de partici-
d’abstention aux élections régionales, les désormais en partie le recul de la région. pation de ces très jeunes électeurs s’élève
18-34 ans se situent à 11 points au-dessus à 11 points par rapport aux 18-24 ans,
de la moyenne régionale, alors que les classe à laquelle ces primo-votants
Les primo-électeurs
55-74 ans ne se sont abstenus qu’à appartiennent, et à 14 points par rapport
s’abstiennent moinshauteur de 28%. De même, l’abstention aux 25-34 ans. Le renouvellement du
que les 18-24 ansaux européennes s’élève à 71% chez ces corps électoral en Nord-Pas-de-Calais
jeunes électeurs contre 49% chez leur s’est donc effectué par intégration d’une
aînés, la moyenne régionale se situant génération moins abstentionniste que laUn autre phénomène, qui rompt avec les
à 58,6%. moyenne, ce qui constitue une nouveautétendances passées, s’observe chez les
dont la durabilité devra être confirméetrès jeunes électeurs. Depuis des
Au niveau national, ce contraste apparaît lors des prochaines consultations.années, de consultation en consultation,
encore plus marqué. Malgré une absten- le corps électoral se renouvelait en
tion tous âges confondus inférieure à celle intégrant de jeunes générations plutôt Un niveau de diplôme peu
du Nord-Pas-de-Calais, les 18-34 ans se abstentionnistes, qui remplaçaient des
élevé favorise l’abstentionsont moins mobilisés que leurs homo- générations anciennes plutôt participa-
logues nordistes (50% d’abstention aux tives, contribuant ainsi à l’augmentation
régionales et 71% aux européennes), Outre l’âge, d’autres facteurs influent surtendancielle de l’abstention. Certes, les
les comportements électoraux. En règlependant que leurs aînés se rendaient aux jeunes électeurs appelés pour la première
générale, en 2004, l’abstention a étéurnes plus massivement que dans la fois aux urnes avaient tendance à voter
région (27% d’abstention aux régionales d’autant plus forte que le niveau d’étudesun peu plus que leurs aînés immédiats
des électeurs était bas. Chez les diplôméset 47% aux européennes). mais ils restaient généralement en deçà
du second cycle, elle a ainsi avoisiné lesde l’ensemble de l’électorat. Au niveau
Dès lors, les scrutins de 2004 mettent 34% contre 40% à 45% chez les titulairesnational, ce phénomène a d’ailleurs pu de
d’un CAP ou d’un BEP. Il est à noteren exergue un constat inverse de celui nouveau être observé en 2004. Or, dans
cependant qu’en Nord-Pas-de-Calais, leobservé en 2002 : dans la région, l’abs- la région, sur l’ensemble de ces scrutins,
taux d’abstention des diplômés Bac+2tention des jeunes s’est révélée moindre le niveau d’abstention des primo-électeurs
s’est révélé très élevé (44%) compara-qu’au niveau national, contrairement à (43,5%) (cf. Définition) s’est révélé inférieur
tivement à celui observé au niveau
national (34,3%).
Un taux d’abstention inégal d’une élection à l’autre
La comparaison des niveaux entre deux élections consécutives, qu’elles soient ou non de même L’influence du diplôme sur l’abstention
nature, se heurte à plusieurs difficultés d’analyse. constitue un phénomène pérenne, qui
D’abord, deux scrutins de nature différente ne sont pas ressentis comme d’importance égale par l’électorat. C’est s’observe plus nettement de scrutin en
pourquoi l’abstention est généralement plus faible à l’élection présidentielle qu’aux élections régionales par
scrutin. Toutefois, selon les consultations,exemple.
l’ampleur de ce lien peut varier. Ainsi,Ensuite, deux scrutins de même nature, n’interviennent pas dans le même contexte politique ni le même calendrier
électoral : les régionales de 2004, élections de mi-mandat, sont intervenues deux ans après la dernière en Nord-Pas-de-Calais, entre les deux
consultation, tandis que les régionales de 1998 étaient organisées moins d’un an après les législatives de 1997.
tours des élections régionales, lesLes premières ont donc davantage mobilisé l’électorat. De même, l’abstention s’est révélée moindre aux
européennes de 1999, seule consultation de l’année, qu’aux européennes de 2004, troisième scrutin de l’année. diplômés de niveau Bac et Bac+2 ont
connu un recul de 8 points de leur tauxEnfin, les contextes politiques, économiques et sociaux, tout comme les modes de scrutins, varient d’une
consultation à l’autre. d’abstention qui s’explique en partie
Ceci étant, sur l’ensemble de ces scrutins, l’abstention moyenne s’élève dans la région à 39,6%, un niveau jamais par le niveau élevé de l’abstention au
observé au cours des précédentes décennies.
premier tour.
Taux d’abstention en Nord-Pas-de-Calais lors de précédents scrutins
Dans la région, l’inactivité
et l’urbanité en augmentent
l’ampleur
Dans la région, des facteurs spécifiques
comptent également parmi les détermi-
nants du vote. En effet, les écarts
d’abstention entre jeunes et anciennes
générations ou entre diplômés et
non-diplômés étant moindres qu’au
niveau national, d’autres effets, mesurés
toutes choses égales par ailleurs, inter-
viennent dans la différenciation entre
Source : Ministère de l’Intérieur votants et abstentionnistes.Ainsi, les inactifs autres que les retraités Les votants systématiques ont repré- de 2002 constituaient des scrutins de
ont connu une probabilité d’abstention senté en 2004 un peu plus du tiers de premier plan, force est de constater la
accrue de 70% par rapport aux actifs de l’électorat (34,7% en Nord-Pas-de-Calais croissance rapide et conséquente de
la région, à âge et diplôme fixés. De contre 35,9% en France). Pour mémoire, cette frange de l’électorat, composée de
même, avec une propension à l’abstention en 2002, ils occupaient une place plus personnes jeunes, âgées de 20 à 35
accrue de moitié par rapport aux électeurs importante dans le corps électoral (47% ans, peu diplômées, vivant dans les
ruraux, les habitants des unités urbaines en Nord-Pas-de-Calais et 55% en France). grandes villes, ne bénéficiant pas
de plus de 200 000 habitants se distinguent L’intermittence et la volatilité du vote d’emploi stable et évoluant au sein d’un
beaucoup plus nettement dans la région s’accroissent donc. Toutefois, des taux cercle relationnel et social restreint.
qu’au niveau national. Sur l’ensemble des similaires à 2002 auraient été obtenus en
scrutins de 2004, dans la région, un ne tenant pas compte du scrutin européen, Tout comme en 2002, le Nord-Pas-de-Calais
électeur des grandes villes sur deux qui a fortement érodé le socle de votants dispose donc d’un noyau dur de votants
s’est abstenu en moyenne, soit 10 points systématiques. Celui-ci est principalement moins important qu’au niveau national,
de plus que les électeurs ruraux. constitué de personnes dont l’âge est et connaît une part d’abstentionnistes
compris entre 55 et 75 ans, plutôt diplô- systématiques plus élevée. La supériorité
mées, occupant ou ayant occupé un emploi de l’abstention régionale s’explique donc
Un tiers d’électeurs
stable, vivant en couple, bien intégrées en partie par ces différences de structure.
réguliers en 2004 : un socle dans leur commune et évoluant au sein d’un De plus, chez les intermittents du vote,
qui se réduit cercle relationnel et social assez large. frange de l’électorat désormais majoritaire,
l’évolution des comportements entre 2002
À l’inverse, les abstentionnistes systé- et 2004 met en lumière un retour aux urnesEn définitive, sur l’ensemble des scrutins
matiques ont constitué 28,4% de l’élec- des abstentionnistes moins conséquentde 2004, deux franges de l’électorat, aux
torat du Nord-Pas-de-Calais en 2004 dans la région qu’au niveau national. Encaractéristiques assez opposées, peu-
contre 26 % en France, alors qu’en effet, suite au 21 avril 2002, où l’abstentionvent être distinguées : les votants et les
2002, ils n’étaient que respectivement particulièrement élevée pour une électionabstentionnistes systématiques.
15% et 11%. Même si les consultations présidentielle avait été au centre des
Abstention moyenne par tranche d’âge aux scrutins de 2004
Source : Insee - Enquête sur la participation électorale 2004
Différence de participation entre le Nord-Pas-de-Calais et la France métropolitaine au cours de précédents scrutins
Source : Ministère de l’Intérieurdébats, un quart des abstentionnistes
d’alors sont revenus aux urnes lors des POUR COMPRENDRE CES RÉSULTATS
régionales de 2004 dans la région.
Cette proportion se monte à un tiers en Depuis les élections présidentielles de 1988, l’Insee procède, avec l‘autori-
France métropolitaine. Par suite, l’élec- sation de la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL) et le
torat de la région affiche un potentiel de concours du Ministère de l’Intérieur, à un recueil d’informations sur la partici-
remobilisation moindre et ce phénomène pation aux grandes consultations électorales. Selon un protocole bien
n’est pas sans influence sur les niveaux éprouvé, les données individuelles sur la participation aux scrutins sont rele-
d’abstention. vées par les agents de l’Insee sur les listes d’émargement, durant la période
légale pendant laquelle elles sont consultables en préfecture.
Compte tenu de ces éléments, on pourrait
craindre que la région s’inscrive durable- En 2004, on est ainsi en mesure d’étudier la participation effective d’un
ment dans une abstention plus élevée échantillon de près de 42 000 personnes représentatives des électeurs ins-
que la moyenne nationale. Cependant, crits dans une commune de France métropolitaine. Un peu plus de 80% de
les scrutins de 2004 ont été porteurs cet échantillon correspond en fait à des personnes déjà présentes dans
d’enseignements de nature à tempérer l’échantillon constitué pour les présidentielles et les législatives de 2002. Il
quelque peu ce scénario. D’une part, est donc possible de suivre le comportement de ces électeurs à l’occasion
les comportements électoraux sont des de scrutins de nature différente. Les données sociales (niveau de diplôme,
phénomènes réversibles, comme en catégorie socioprofessionnelle, etc.) utilisées dans cette étude proviennent
témoigne la remobilisation lors des de « l’échantillon démographique permanent », qui résulte de la compilation,
régionales des abstentionnistes aux pour 1% de la population, des données d’état civil et des recensements, en
présidentielles. D’autre part, la forte parti- l’occurrence ici, les données du recensement de 1999.
cipation des primo-votants pourrait, si
elle se confirmait, être le signe précurseur L’échantillon n’inclut pas de personne de nationalité étrangère. L’étude de la
d’une nouvelle dynamique participative participation aux Européennes ne porte donc que sur les inscrits de nationa-
dans la région. lité française.
Définition
Le terme de « primo-électeurs » désigne ici les électeurs de 18 et 19 ans
ayant pour la première fois eu l’occasion de voter lors des scrutins de 2004.
Il ne comprend pas les personnes plus âgées s’étant, par exemple, inscrites
pour la première fois sur les listes électorales ou s’étant toujours abstenues
jusqu’ici.
Directeur de la publication : Jean-Jacques MALPOT - Service Administration des Ressources : Brigitte RABIN -
Service Études Diffusion : Anne FLIPO - Service statistique : Karim MOUSSALLAM - Rédacteur en chef :
Jean-Luc VAN GHELUWE - Maquettistes : Fabrice CARLIER, Annick CEUGNIEZ, Laurent DELESALLE -
Responsable de fabrication : Christian DE RUYCK - Vente : Bureau de vente - 130, avenue J.F. Kennedy -
BP 769 - 59034 LILLE CEDEX - Tél : 03 20 62 86 66 - CPPAD en cours - ISSN 1269-0260 - Dépôt légal décembre 2004 -
© Insee 2004 - Code Sage PRO041020 - LA MONSOISE Tél : 03 20 61 98 44

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