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L'ajustement moteur - article ; n°2 ; vol.57, pg 375-397

De
24 pages
L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 2 - Pages 375-397
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Geneviève Oléron
L'ajustement moteur
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp. 375-397.
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Oléron Geneviève. L'ajustement moteur. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp. 375-397.
doi : 10.3406/psy.1957.26615
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_2_26615REVUES CRITIQUES
L'AJUSTEMENT MOTEUR
par Geneviève Oléron
Nous entendons par ajustement moteur la précision avec laquelle
l'individu parvient à accomplir une tâche qui exige une coordination
sensori-motrice plus ou moins complexe dans l'espace et dans le temps.
Cet ajustement dépend de l'utilisation d'indices visuels, auditifs, symbol
iques et d'autre part d'indices proprioceptifs.
L'individu est limité par ses possibilités sensorielles, musculaires,
neurophysiologiques. On ne peut cependant tout expliquer par le jeu
de ces régulations indispensables. Des limites psychologiques inter
viennent. Ce sont elles, en relation avec les processus physiologiques,
que nous étudions.
Il ne sera pas question des problèmes d'apprentissage, mais des
processus de régulations de l'activité motrice lorsqu'un certain apprent
issage est déjà atteint. Nous réservons également l'ensemble des tr
avaux qui sont issus directement de la théorie de l'Information. Les
travaux que nous allons présenter se rapportent d'une part aux réactions
motrices discontinues, réponses coup par coup à une série de stimula
tions ; la rapidité dans la réaction et l'exactitude de la direction et de
l'amplitude sont ce cas les déterminants essentiels de l'efficacité
de l'ajustement. D'autre part, nous avons examiné les épreuves qui
exigent une activité continue ; telles sont la poursuite de mobile ou de
tracé directement ou par l'intermédiaire de dispositifs de commande,
et l'activité de compensation qui est le maintien à un point fixe d'un
mobile qui tend à s'en déplacer. Ces dernières épreuves exigent des
régulations beaucoup plus complexes des mouvements et demandent un
contrôle constant de la rapidité et de la précision de l'ajustement. La
théorie des feed-back permet de mieux comprendre ces processus de
régulations. Les feed-back proprioceptifs ou visuels principalement
permettent à chaque instant de pouvoir réduire l'erreur de l'ajustement.
Nous verrons comment néanmoins leur utilisation se trouve limitée.
Dans le premier type d'épreuves (réactions discontinues), les feed-back REVUES CRITIQUES 376
issus de la réponse existent également, mais, comme le souligne Gibbs (14),
ne sont pas indispensables puisque les réponses sont indépendantes
les unes des autres.
I. — Étude des facteurs déterminant la rapidité
ET LA PRÉCISION DE RÉPONSES MOTRICES DISCONTINUES
A) La « période réfractaire »
Ce phénomène a été mis en évidence dans diverses épreuves d'aju
stement quand il s'agit de faire correspondre une réaction motrice à une
stimulation lorsque les stimulations arrivent les unes après les autres.
A la limite, ce type d'ajustement peut être considéré comme étant sur
le même continuum que les réactions de poursuite dans la mesure où
celles-ci révèlent qu'elles se font par intermittence.
Telford, Hick, Craik, Vince ont constaté dans des épreuves sensori-
motrices diverses que lorsqu'une stimulation S2 suit trop rapidement
une stimulation S1( la réaction R2 à S2 se fait avec retard. La valeur de
ce retard dépend de la tâche et peut varier de 0,12 environ à 0,30 s.
Il serait dû à l'existence d'une « période réfractaire » pendant laquelle
le sujet ne peut réagir. Or on connaît les limites de discrimination tempor
elle des signaux visuels et auditifs ; on connaît également les valeurs
limites de l'écart temporel de deux gestes successifs rapides (tapping).
A partir de ces données, on ne peut expliquer ce retard qui n'est d'ori
gine ni uniquement sensorielle, ni uniquement motrice, mais qui se
place au niveau de l'élaboration de la réponse. Pour expliquer ces faits,
Welford, en s'appuyant sur les résultats expérimentaux des auteurs
précédemment cités, a développé une théorie fonctionnelle de l'établi
ssement de la période réfractaire. Cette qu'il présente sous forme
d'équations repose sur le principe suivant. « Si les mécanismes centraux
de l'individu tiennent compte, de la même manière, des feed-back émis
par la réponse du sujet et des stimuli donnés par l'expérimentateur, on
peut penser que ces feed-back issus de la réponse captent les mécanismes
centraux pendant une brève période et que c'est seulement lorsque cette
période s'est écoulée que l'on peut être attentif à quelque nouveau st
imulus, issu de la réponse ou donné par l'expérimentateur. »
Cette hypothèse se complète par une estimation en durée de la valeur
temporelle du feed-back issu de la première réponse, de l'ordre
de 0,15 s. Ainsi se trouve expliqués le retard et également une certaine
discontinuité dans un ajustement de poursuite où les corrections
dépendent d'une certaine prise de conscience de l'erreur.
C'est en faisant la critique de cette discontinuité dans la manifes
tation de l'inhibition centrale que Elithorn et Lawrence (12) reprennent
l'étude de la période réfractaire. Ils utilisent une épreuve de temps de
réaction de choix à stimulations visuelles. Le sujet appuie avec la main
gauche sur une clé si le signal est à gauche, et avec la main droite sur
une autre clé s'il est à droite. Les signaux sont, placés sur un panneau OLÉRON. L'AJUSTEMENT MOTEUR 377 G.
vertical et entre eux se trouve un point que le sujet doit regarder dès
que retentit le signal « attention ». Ce signal est toujours donné avec le
même écart temporel par rapport aux stimulations. Ce détail est impor
tant car il peut expliquer certains résultats, comme l'a indiqué Davis
par la suite. Les intervalles entre les deux stimuli, droite et gauche,
ou gauche et droite, varient au hasard et prennent pour valeurs : 0, 20,
50, 100, 250, 370, 500, 600, 750, 950 ms. Ces conditions ont été établies
pour tourner les difficultés que présente la mesure de la période réfrac-
taire. En effet, dans ce cas : a) Le sujet est averti à chaque fois de
l'apparition des deux signaux successifs ; b) II connaît exactement la
nature de la réponse à faire au second signal ; c) II ne peut y avoir
d'inhibition due à l'activité de l'effecteur puisque les effecteurs sont
distincts pour chacune des stimulations.
Les auteurs obtiennent sur trois sujets des valeurs du second temps
de réaction ; les courbes, exprimant la valeur de celui-ci par rapport à
la valeur de l'intervalle entre les stimuli, sont identiques quant à leur
forme chez les trois sujets. Elles partent d'un niveau significativement
supérieur à celui du temps de réaction normal, passent par un maximum
différent selon les sujets (pour les intervalles de 50, 100 ou 250 ms) ;
elles décroissent ensuite et passent toutes les trois par un minimum pour
une valeur de l'intervalle entre les stimuli de 600 ms.
Pour expliquer ces faits, les auteurs présentent essentiellement
trois hypothèses :
1° Le signal « attention » provoquerait une certaine excitabilité
centrale identique pour les deux systèmes de réponse droite et gauche
puisque le sujet est dans l'alternative. A l'apparition du signal, une
inhibition se développe vis-à-vis de la réponse à écarter. Si le second
signal arrive très près du premier, cette inhibition n'a pas eu le temps de
se diffuser, et la réponse au deuxième signal serait alors un peu plus
rapide qu'un peu plus tard, d'où le maximum.
2° Les auteurs font appel à la théorie de 1' « attente » (expectancy),
c'est-à-dire à cette influence de l'attitude de préparation du sujet vis-à-
vis de l'arrivée de chacun des stimuli. C'est ainsi que dans l'interpré
tation du retard de la deuxième réponse, il pose que la probabilité
d'apparition de ce second signal passe de 0,5, avant que le premier
signal soit donné, à 1 lorsque celui-ci apparaît. Cette hypothèse paraît
sans intérêt.
3° Restant dans la perspective d'une théorie de 1' « attente », ils
s'appuient sur les travaux de Merkel, Wowrer et Woodworth. Ces
auteurs ont montré comment la valeur du temps de réaction dépend
de la durée de la période préparatoire qui le précède. Le temps de réac
tion est d'autant plus court que la probabilité « conditionnelle » d'appar
ition du stimulus est forte. Elithorn et Lawrence pensent que le temps
de réaction doit décroître comme l'état de préparation, et celui-ci dépend
de l'état d'excitabilité du système de réponse et de la probabilité d'appar
ition du stimulus qui détermine l'attente. Cette dépend
,\. PSYCHOT.. "j7 25 REVUES CRITIQUES 378
pour chaque intervalle entre les deux stimuli de la dispersion des inter
valles utilisés dans l'épreuve.
Les auteurs trouvent bien un accroissement du temps de réponse,
mais non une valeur définie de la « période réfractaire ». Ils soulignent
l'existence d'une inhibition centrale qui évolue dans le temps en
fonction des facteurs précédents. L'exercice diminue la valeur de la
période réfractaire.
Davis (10) à la même époque reprenait l'étude de la période réfrac
taire en acceptant l'hypothèse théorique de Welford. Il a eu connais
sance des travaux d'Elithorn et Lawrence et réfute certaines de leurs
hypothèses. Il reprendra plus tard ses objections dans une note brève
qu'accompagnent les remarques de Welford et de Hick. Nous présentons
tout d'abord ses résultats. Davis utilise également une épreuve de
temps de réaction à des stimulations visuelles (points vus à travers une
fente à droite ou à gauche, réponse en appuyant sur deux clés). Il utilise
deux modes de réponse. Dans un cas, un sujet répond avec chacune de
ses deux mains ; dans l'autre, un autre sujet en appuyant avec
le pouce et l'ensemble des deux doigts index et médius. Un signal d'aver
tissement précède le couple des signaux, mais à des intervalles variables.
Les sujets sont entraînés avant de passer l'expérience réelle qui com
porte cinq séances distinctes, où sont présentées 128 paires de stimuli.
Les courbes représentent la valeur de l'écart entre la durée du temps
de réaction au deuxième signal et celle du temps de réaction normal en
fonction de l'intervalle entre les deux signaux (ceux-ci vont de 0,05
à 0,60 s, avec des écarts de 0,05 entre eux, et jusqu'à 1 s avec des écarts
de 0,10 s). Ces courbes décroissent régulièrement de 0,17 s à — 0,02 s
ou — 0,06 s (selon les sujets), et croissent à nouveau jusqu'à 0 pour la
valeur d'intervalle de 1 s.
Davis retrouve ainsi l'existence d'une période réfractaire jusqu'à
une valeur de 0,20 s entre les deux stimulations. La période
réfractaire correspond pour lui à la durée d'un temps de réaction simple.
Il n'y a pas de maximum pour cette période comme l'ont trouvé Elithorn
et Lawrence. Pour Davis, les valeurs inférieures trouvées par eux pour les
intervalles très courts entre les stimuli successifs seraient dues à un effet de
groupement d«s stimulations. Welford a également présenté cette critique.
Pour expliquer le minimum, Davis pense que l'on peut faire appel à
une théorie de 1' « attente » proche de celle de Mowrer. Pour cet auteur,
si l'on prend la valeur du temps de réaction établi pour une durée fixe
de préparation entre le signal « attention » et le stimulus pendant un
certain temps, puis si l'on fait varier cet intervalle, le temps de réaction
sera d'autant plus lent que l'intervalle sera plus différent de celui pour
lequel on a été entraîné. Pour les valeurs de temps de réaction au second
stimulus où la période réfractaire ne paraît pas en cause, Davis pose
les hypothèses suivantes : a) Le temps de réaction est plus court pour
un intervalle fréquemment présenté ; b) II est minimum pour l'inter
valle médian d'une série, ce qui est Je cas de l'expérience. OLÉRON. — L'AJUSTEMENT MOTEUR 379 G.
II repousse l'hypothèse de la « probabilité » d'apparition d'Elïthorn
et Lawrence, selon laquelle le second temps de réaction serait d'autant
plus court que l'apparition du signal serait plus probable. Cette probab
ilité d'apparition du signal devrait croître avec la valeur de l'intervalle
entre les stimulations successives ; or leurs résultats ne montrent rien
de tel.
La période réfractaire apparaît ainsi comme un fait clairement
démontré et explicable par le développement de l'inhibition centrale due
à la résolution de la réponse au premier signal. Il s'agit plus vraisembla
blement d'une inhibition qui se lève progressivement, plutôt que d'un
blocage durée limitée comme le laisse supposer l'hypothèse de
Welford. Ce dernier a d'ailleurs précisé lui-même (12) qu'il n'y a qu'une
activité continue du système nerveux central intégrateur, donc qu'il y a
un développement continu de l'inhibition. C'est seulement le processus
de décision qui serait discontinu (décision à répondre). Une question
reste soulevée par la théorie de Welford, comme le souligne Hick. Est-il
nécessaire de faire intervenir le feed-back de la réponse ? C'est seulement
s'il est utile pour un ajustement ultérieur qu'on doit le prendre en consi
dération comme intervenant dans l'élaboration de la nouvelle réponse,
II paraît aussi vraisemblable de penser que l'exécution même de
la réponse crée une inhibition d'origine centrale résultant d'une polari
sation des énergies et que celle-ci se dissipe peu à peu. L'utilisation dû
feed-back pour l'ajustement de la seconde réponse, comme c'est le cas
dans l'expérience de Vince, allonge la période réfractaire d'une façon
artificielle. Il s'agit en fait d'une activité de contrôle surajoutée qui
n'existe pas quand les deux réactions sont indépendantes l'une de
l'autre.
Les auteurs rencontrent, semble-t-il, une certaine difficulté à expliquer
l'existence de la valeur minimum du temps de réaction pour 0,60 s.
L'hypothèse qui paraît la plus vraisemblable est celle de Davis que nous
avons déjà citée.
B) Rapidité et précision de réactions discontinues
La rapidité des réactions simples n'est pas seule intéressante, et
Poulton (26) remarque que l'on a souvent négligé d'étudier sa relation
avec la précision. Il recherche donc quelles sont la rapidité des réactions
et la précision de celles-ci quand il y a un choix à faire (choix de direc
tion) dans une série de réactions. Secondairement, il s'intéresse à l'i
nfluence de l'intervalle entre les stimuli indicateurs de la réaction de
choix. La tâche consiste à aller, à un signal donné qui indique la direc
tion du geste, d'une ligne centrale vers la droite ou vers la gauche le plus
près possible ligne tracée parallèlement à elle, et d'y revenir
(aller et retour de 1 pouce à droite et de 2 pouces à gauche) .
En comparant les réactions à 1 choix (le sujet sait dans quelle direc
tion il doit répondre) à celles à 2 (le est devant une alterna
tive avant que le signal sonore ne soit donné), Poulton trouve que dans 380 REVUES CRITIQUES
ce dernier cas la rapidité est moindre ainsi que la précision. 11 y a 50 %
de réponses dites précises en tenant compte du critère adopté pour les
réactions à 1 choix, 27 % ou 9 % pour les réactions à deux choix, selon
que celles-ci sont exécutées avant ou après la situation de la réaction à
un choix (soit 1-2 exprimant la succession un choix-deux choix, et 2-1 la
succession inverse). Dans la condition 1-2, les réactions de choix sont à
la fois moins précises et plus rapides que dans celle 2-1. Les sujets restent
influencés par la situation 1 et font plus d'erreurs en allant plus vite.
Dans la condition 2-1, les sujets n'ont pas expérimenté la rapidité avec
laquelle ils pouvaient répondre et ils prennent le temps de résoudre
correctement l'alternative, évitant ainsi les erreurs.
La longueur du geste à accomplir n'intervient que secondairement
dans la rapidité du temps de réaction de choix. Ce temps est signifi-
cativement plus court pour la correspondant au parcours de
2 pouces. Dans ce cas, l'erreur absolue est plus grande que pour 1 pouce,
mais elle est relativement beaucoup plus faible.
La valeur de la période d'attente avant l'apparition du stimulus
n'intervient pas dans la mesure du temps de réaction. L'incertitude
qu'elle provoque est secondaire par rapport à celle créée par l'alternative
entre les réponses à donner.
C) La distribution temporelle des stimulations et V anticipation
L1 'anticipation possible de la direction de la réponse accélère la réac
tion. Léonard (20) étudie particulièrement le rôle de l'anticipation spat
iale, la prévision de la direction à prendre, sur la précision et la rapidité
de l'ajustement de réponses successives. Poulton avait entrepris cette
étude dans le cas d'une activité continue de poursuite, mais cette conti
nuité même du geste est combinée aux corrections brusques, et rend
l'analyse des résultats ainsi que les conclusions difficiles.
Le problème posé par Léonard est le suivant. Quelle est l'influence de
la connaissance de la stimulation S2, à laquelle on doit répondre par R2,
lorsqu'elle est fournie pendant que l'on exécute Ri ? La tâche utilisée
est simple. Elle consiste à aller d'un point situé au centre d'un hexagone
à l'un des sommets de celui-ci et à revenir au centre. Un signal lumineux
placé à chacun de ces sommets indique quelle doit être la réponse à
donner. Dans une condition I, le sujet voit le signal s'allumer lorsqu'il
est revenu au centre après avoir accompli totalement la première réponse.
Dans la condition II, bien que le sujet doive toujours revenir au centre,
il voit le signal à l'un des sommets au moment où il a atteint le précédent.
Le sujet doit répondre à toute une série de stimulations successives. Les
résultats tiennent compte à la fois des erreurs commises dans les réponses
et de leur durée : durée globale d'un aller et retour, et durée de statio
nnement sur le disque central.
L'auteur trouve sur 100 ajustements que le temps global de l'activité
est moindre dans la condition II lorsqu'il y a anticipation. L'analyse des
durées des mouvements partiels montre que c'est l'arrêt sur le disque ol.KKON. -— I. A.ltiSTKM EINT MOTE UK ."S 8 I (..
central qui est plus bref. En effet, dans cette condition, il y a recouvre
ment de deux activités, exécution de la tâche actuelle et prise de connais
sance de la réponse à donner après. Dans la condition I, les mouvements
d'aller de retour et au centre sont rapides. Dans la condition II, le retour
au centre est lent, mais l'aller vers le signal anticipé est rapide.
Au cours d'une autre épreuve similaire qui consiste à parcourir les
côtés d'un triangle dans les deux sens selon l'indication du signal (soit
une succession de trajets AB, BA, AC, CB, etc., sur un triangle ABC),
les conditions I et II sont réalisées comme précédemment. L'analyes
des temps montre que la distribution des durées d'arrêt aux sommets
du triangle et de celles nécessaires au parcours ne sont pas les mêmes dans
les situations I et II ; cette seconde situation est plus efficace en rapidité.
Dans la vie courante, nous recevons le plus souvent de manière
aléatoire les informations nécessaires à une anticipation correcte de la
tâche à réaliser. Léonard (21) étudie ce problème à l'aide de l'épreuve
simple présentée plus haut, celle de l'hexagone. Il place les sujets dans,
une situation analogue à celle créée par la condition II ; cependant le
sujet ne sait pas quand il sera informé ou non par anticipation. Les résul
tats font apparaître un ralentissement dans l'exécution de la tâche.
Si l'on compare (pour des groupes de sujets équivalents), les temps
moyens d'une série de réactions en condition I et II pour les essais 7 et 8,
on trouve respectivement 46,2 ef 38,6 s. Lorsque les sujets travaillent
en situation d'incertitude, les temps moyens de réponse pour les essais 9,
10, 11, 12 sont de 53,9, 49,2, 46,4, 48 s. Les essais-contrôle, après cette
situation, donnent les temps moyens de 44,9 s (condition I) et 36,2 s
(condition II). Deux facteurs déterminent ce ralentissement : 1° Le
changement de situation ; 2° L'incertitude générale qui retentit sur
toute l'activité et provoque un temps de réponse supérieur même à celui
de la condition I.
L'efficacité de l'anticipation est d'autant plus grande que la connais
sance de la réponse à donner dans l'avenir ne perturbe pas la réponse
à donner présentement. Conrad, dans une série d'expériences, déve
loppe et précise les limites temporelles des intervalles qui séparent les
stimuli successifs d'une même tâche. Il étudie la distribution temporelle,
le « timing », comme l'appelle Bartlett. Cette étude a été menée à la suite
des résultats d'une épreuve où Conrad (6) recherchait les limites de la
prévisibilité sur la précision des réponses. La précision exigée est d'ordre
temporel. L'épreuve consiste à appuyer sur une clé chaque fois que l'i
ndex de l'un des quatre cadrans parvient, dans son mouvement de rota
tion, à certains repères. Les index tournent en même temps, mais à des
vitesses différentes sur les cadrans. On peut faire varier simultanément
la vitesse de tous les index ; ainsi le sujet peut avoir à donner 40, 60, 80,
100, 120, 140 ou 160 réponses à la minute. Les résultats obtenus après
que les sujets aient subi un entraînement, font apparaître un nombre
d'omission qui croît avec la fréquence des signaux. Cette augmentation
des omissions va de pair avec celle du nombre absolu des réponses, bien 382 REVUES CRITIQUES
que le nombre relatif des omissions décroisse. Conrad signale comme
facteurs déterminants de ce comportement : a) Une baisse d'attention
aux vitesses lentes ; b) Des blocages aux vitesses rapides (blocage dont
la durée peut atteindre 3 s) ; c) Un rétrécissement du champ
aux vitesses rapides.
Les omissions n'apparaissent pas au hasard, mais selon la proximité
relative du nouveau signal avec la réponse à donner préalablement.
Avant et après cette réponse, il y a une activité moindre, expliquable
en partie par la période réfractaire.
L'auteur (7) poursuit son étude en se demandant : 1° Pourquoi,
dans des conditions, dites favorables, les réponses sont apparemment
imprécises ; 2° Pourquoi la précision temporelle n'est pas modifiée quand
les signaux sont présentés plus rapidement. Il analyse les résultats en
partant de certaines hypothèses. Soit une série de signaux S1; S2, S3 à
chacun desquels correspondent les réponses successives R1; R2 et R3. On
peut penser que :
1° La réponse Rx est liée à la stimulation S2, de telle sorte que R2 est
d'autant plus rapide que l'intervalle temporel entre Rx et S2 est grand ;
2° S3 arrive tandis que la réponse R2 s'élabore ; plus l'intervalle S2 S3
sera grand, plus R2 apparaîtra tardivement.
L'examen de 3 minutes de travail confirme les hypothèses précé
dentes : 1° Si l'intervalle Rx S2 est inférieur ou égal à 0,25 s la réponse R2
arrive dans 100 % des cas trop tard (l'index a dépassé le repère). Le
nombre de ces réponses tardives décroît progressivement quand Rx S2
croît ; 2° La seconde hypothèse proposée est également vérifiée ; cepen
dant dans ce cas il y a une interaction entre ce facteur, valeur de l'i
ntervalle temporel S2 S3, et la vitesse des signaux. Pour les vitesses rapides,
il y a pour les mêmes valeurs de S2 S3 beaucoup plus de réponses tardives ;
3° On peut examiner l'effet simultané dû aux proximités temporelles
Rt S2 et S2 S3. En classant ces valeurs d'intervalles en trois classes (inf
érieure à 0,5 s, comprise entre 0,5 et 1 s, supérieure à 1 s), on trouve que
si Ri S2 et S2 S3 sont simultanément très brefs, il y a beaucoup de réponses
retardées. Si Rx S2 est bref et S2 S3 long, les effets sont inverses.
Cependant, il n'y a pas de limites strictes pour les valeurs « opt
imum » des intervalles Rx S2 et S2 S3. Celles-ci dépendent de la fréquence
des signaux. Il y aurait des états d'équilibre des réponses en fonction
de la proximité des stimuli.
La poursuite logique de l'étude de la distribution temporelle de
signaux successifs conduit Conrad (8) à reprendre l'expérience en don
nant au sujet la possibilité de régler lui-même la vitesse générale de
l'apparition des signaux, par une accélération positive ou négative
momentanée. Il compare les résultats dans cette situation à ceux obte
nus dans la suivante. Après avoir calculé la vitesse moyenne que le
sujet a utilisé pendant l'expérience à vitesse réglable, on lui demande de
travailler de nouveau avec cette vitesse moyenne. Les résultats montrent
que la « distribution temporelle » (« temporalisation », pourrait-on dire OLÉRON. L'AJUSTEMENT MOTEUR 383 G.
pour « timing ») établie par l'individu est plus efficace que celle qu'on lui
impose pour une fréquence identique de signaux. Il y a 98 réussites en
vitesse libre, contre 83 en vitesse imposée et la corrélation est de .92
entre le nombre des interventions de réglage du sujet et le nombre de
ses réussites. La « temporalisation » normalise la valeur des intervalles
entre les signaux en réduisant les longs et en augmentant les courts.
Les résultats de Conrad confirment d'une manière très intéressante
et plus analytique les résultats présentés par Craig (9) à partir d'une
épreuve simple. Le problème qu'il se pose est le suivant : est-il préférable,
quand il y a plusieurs réponses successives à donner à des stimuli, de
présenter ceux-ci simultanément ou au contraire de les présenter les
uns à la suite des autres. La tâche consiste à toucher avec un stylet un
certain nombre de cibles distribuées sur une surface circulaire. Les cibles
sont présentées toutes ensemble (condition II pendant 10 s), ou succes
sivement pendant 2,5 s (condition I). Le nombre de cibles varie, et
par là même la complexité du pattern. Les résultats font apparaître que
la présentation successive des stimuli est plus efficace que la présentation
simultanée, bien qu'elle soit moins agréable aux individus. L'impression
de maîtriser la tâche est à l'origine de la satisfaction des sujets, et non
leur réussite réelle. Cette épreuve fait intervenir, nous semble-t-il, le
facteur « champ d'appréhension ».
Poulton (26) s'est intéressé à ce problème en étudiant le champ
d'appréhension œil-main. Il entend par éléments du champ d'appréhens
ion œil-main, l'ensemble des stimuli et des réponses à fournir, pendant
une période donnée. L'auteur utilise plusieurs épreuves de deux types.
L'une de réactions de chaîne en série, consiste à déplacer leviers
l'un avec la main droite et l'autre avec la main gauche du centre d'une
croix vers l'une des branches N, E, S, O (il y a 16 combinaisons possibles
dans le maniement simultané des deux leviers) ; les stimuli sont présentés deux cercles en face du sujet N-S ou O-N, etc. Ce dispositif peut
être modifié. Le sujet répond avec un seul levier à l'une des 8 positions
possibles N, N-E, E, etc. L'autre épreuve est une épreuve de poursuite
de tracés, courbe ou chicanes, avec un stylet.
L'auteur fait varier pour ces épreuves : a) D'une part la durée de
présentation des stimuli et leur vitesse de succession ; b) D'autre part
l'étendue où ils sont visibles (répétition dans l'espace des indications N-S
ou N, etc., et étendue visible plus ou moins grande du tracé ; c) En tro
isième lieu, il fait répondre avec retard au stimulus dans le cas de l'épreuve
de réactions de choix (le sujet répond au quand il disparaît,
quand le suivant apparaît, ou quand c'est le second après lui qui appar
aît). Dans cette dernière condition, il étudie l'influence de la mémoire
sur l'extension du champ d'appréhension en situation de coordination
visuo-motrice.
Les résultats que nous ne pouvons présenter conduisent l'auteur à
donner les conclusions suivantes. Le champ d'appréhension œil-main
est plus étroit aux vitesses rapides pour une épreuve de réactions de