Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'analyse des représentations sociales par questionnaires - article ; n°3 ; vol.42, pg 537-561

De
27 pages
Revue française de sociologie - Année 2001 - Volume 42 - Numéro 3 - Pages 537-561
Pierre Vergès : Die Analyse der sozialen Vorstellungen durch Fragebogen.
Zur Analyse der sozialen Vorstellungen ist eine passende Methodologie notwendig. Das Gespräch ist nicht das einzige Werkzeug des Soziologen ; es ist möglich, qualitative Untersuchungen mit Fragebogen und zahlreichen Auswahlen durchzuführen. Hier werden einige passende Frageformen zur strukturalen Näherung und den ihnen zugeordneten Behandlungsmethoden vorgeschlagen. Diese Fragebogen suchen nicht nur nach der Meinung der Befragten sondern auch zur Organisation ihrer Vorstellungen. Sie gestatten, die kognitive und soziale Dimension zu berücksichtigen. Die Fragebogen werden mit Beispielen und einer kritischen Analyse ihrer Grenzen vorgestellt.
Pierre Vergés : El análisis de las representaciones sociales por cuestionarios.
El análisis de las representaciones sociales hace un llamado a una metodología apropiada. La entrevista no es el único instrumento del sociólogo, es posible realizar encuestas cualitativas con los cuestionarios y con las muestras importantes. Se propone algunas formas de problemáticas adoptadas del acercamiento estructural y de los métodos de tratamiento que le son asociados. Estos cuestionarios no solamente investigan la opinión de los encuestados, sino la organización de sus representaciones. Permitiendo abordar sus dimensiones cognitivas y sociales. Estos cuestionarios están presentados con sus ejemplos y con un análisis crítico de sus límites.
Pierre Verges : Analysis of social representation through questionnaires.
The analysis of social representations requires an appropriate methodology. The interview is not the only tool used by the sociologist ; it is also possible to carry out qualitative surveys with questionnaires and large sampling. In this article several questions are put forward adapted to the structural approach and associated processing methods. These questionnaires are not simply looking for the opinion of those surveyed but also the organization of their representation. They allow access to cognitive and social dimensions of those questioned. These questionnaires are presented with examples and a critical analysis of their limits.
L'analyse des représentations sociales appelle une méthodologie appropriée. L'entretien n'est pas le seul outil du sociologue, il est possible d'effectuer des enquêtes qualitatives avec des questionnaires et des échantillons importants. Ici, on propose quelques formes de questions adaptées à l'approche structurale et les méthodes de traitement qui leur sont associées. Ces questionnaires ne recherchent pas seulement l'opinion des enquêtes mais l'organisation de leur représentation. Ils permettent d'aborder leurs dimensions cognitives et sociales. Ces questionnaires sont présentés avec des exemples et une analyse critique de leurs limites.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Voir plus Voir moins

Pierre Vergès
L'analyse des représentations sociales par questionnaires
In: Revue française de sociologie. 2001, 42-3. pp. 537-561.
Citer ce document / Cite this document :
Vergès Pierre. L'analyse des représentations sociales par questionnaires. In: Revue française de sociologie. 2001, 42-3. pp.
537-561.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_2001_num_42_3_5373Zusammenfassung
Pierre Vergès : Die Analyse der sozialen Vorstellungen durch Fragebogen.
Zur Analyse der sozialen Vorstellungen ist eine passende Methodologie notwendig. Das Gespräch ist
nicht das einzige Werkzeug des Soziologen ; es ist möglich, qualitative Untersuchungen mit
Fragebogen und zahlreichen Auswahlen durchzuführen. Hier werden einige passende Frageformen zur
strukturalen Näherung und den ihnen zugeordneten Behandlungsmethoden vorgeschlagen. Diese
Fragebogen suchen nicht nur nach der Meinung der Befragten sondern auch zur Organisation ihrer
Vorstellungen. Sie gestatten, die kognitive und soziale Dimension zu berücksichtigen. Die Fragebogen
werden mit Beispielen und einer kritischen Analyse ihrer Grenzen vorgestellt.
Resumen
Pierre Vergés : El análisis de las representaciones sociales por cuestionarios.
El análisis de las representaciones sociales hace un llamado a una metodología apropiada. La
entrevista no es el único instrumento del sociólogo, es posible realizar encuestas cualitativas con los
cuestionarios y con las muestras importantes. Se propone algunas formas de problemáticas adoptadas
del acercamiento estructural y de los métodos de tratamiento que le son asociados. Estos cuestionarios
no solamente investigan la opinión de los encuestados, sino la organización de sus representaciones.
Permitiendo abordar sus dimensiones cognitivas y sociales. Estos cuestionarios están presentados con
sus ejemplos y con un análisis crítico de sus límites.
Abstract
Pierre Verges : Analysis of social representation through questionnaires.
The analysis of social representations requires an appropriate methodology. The interview is not the
only tool used by the sociologist ; it is also possible to carry out qualitative surveys with questionnaires
and large sampling. In this article several questions are put forward adapted to the structural approach
and associated processing methods. These questionnaires are not simply looking for the opinion of
those surveyed but also the organization of their representation. They allow access to cognitive and
social dimensions of those questioned. These are presented with examples and a critical
analysis of their limits.
Résumé
L'analyse des représentations sociales appelle une méthodologie appropriée. L'entretien n'est pas le
seul outil du sociologue, il est possible d'effectuer des enquêtes qualitatives avec des questionnaires et
des échantillons importants. Ici, on propose quelques formes de questions adaptées à l'approche
structurale et les méthodes de traitement qui leur sont associées. Ces questionnaires ne recherchent
pas seulement l'opinion des enquêtes mais l'organisation de leur représentation. Ils permettent
d'aborder leurs dimensions cognitives et sociales. Ces questionnaires sont présentés avec des
exemples et une analyse critique de leurs limites.R. franc, sociol., 42-3, 2001, 537-561
Pierre VERGES
L'analyse des représentations sociales
par questionnaires
RÉSUMÉ
L'analyse des représentations sociales appelle une méthodologie appropriée. L'entretien
n'est pas le seul outil du sociologue, il est possible d'effectuer des enquêtes qualitatives
avec des questionnaires et des échantillons importants. Ici, on propose quelques formes de
questions adaptées à l'approche structurale et les méthodes de traitement qui leur sont asso
ciées. Ces ne recherchent pas seulement l'opinion des enquêtes mais l'orga
nisation de leur représentation. Ils permettent d'aborder leurs dimensions cognitives et
sociales. Ces questionnaires sont présentés avec des exemples et une analyse critique de
leurs limites.
Les représentations sociales font de plus en plus l'objet d'enquêtes sociolo
giques. Elles permettent l'approche du domaine symbolique et l'analyse des
significations que les acteurs donnent à leur pratique. Plusieurs modes de
recueil et de traitement font référence à ce champ d'étude. Ainsi l'examen
d'entretiens ou de textes permet une analyse fine et stimulante. On propose,
ici, une approche plus extensive permettant la mise en évidence des significa
tions et leur hiérarchisation. Pour cela, il faut définir un recueil par question
naire et un traitement qui ne sacrifient pas l'analyse de l'organisation des
représentations sociales au profit des seuls contenus. On vise à prolonger les
études qualitatives par l'interrogation d'une population suffisamment
nombreuse pour atteindre une saturation des représentations et une mise en
rapport avec des variables sociologiques.
Certains questionnaires sont considérés comme standards pour approcher
les représentations sociales. C'est ainsi que les chercheurs utilisent souvent
une échelle de degré d'accord (de «pas du tout d'accord» à «totalement
d'accord») pour évaluer une phrase exprimant un aspect d'une représentation
sociale. Il se pose alors la question de la pertinence de la phrase : sous quel
angle permet-elle de voir la représentation ? Quelle importance lui accordent
les sujets? On peut légitimement se demander dans quelle mesure la phrase a
un rapport de sens avec l'objet représenté. Ce rapport est postulé même si les
phrases proposées ont été testées par une pré-enquête (entretiens par
exemple). En outre, avec un tel questionnaire, on n'observe que les opinions
sans mettre en évidence l'organisation de la représentation. On en trouve une
537 Revue française de sociologie
excellente présentation dans le livre de l'équipe genevoise de Willem Doise
(Doise, Clémence et Lorenzi-Cioldi, 1992). Ce livre montre comment
l'analyse factorielle de correspondance permet de formaliser la notion de
champs de représentation empruntée à Pierre Bourdieu. Nous reviendrons
plus loin sur les similitudes et les différences entre cette approche et la nôtre.
Nous voulons développer ici les deux idées suivantes :
- Il faut construire des questionnaires qui permettent non seulement de dé
crire les représentations sociales, mais aussi de situer chaque objet de repré
sentation et chaque thème abordé par rapport aux hypothèses théoriques prises
en charge.
- Il faut que le traitement de ces questionnaires permette d'indiquer l'intérêt
de chaque question pour définir l'objet de la représentation sociale.
Les questionnaires que nous allons présenter envisagent les représentations
sociales sous leur double aspect cognitif et social. Toute représentation est
cognitive en ce qu'elle suppose une tâche de connaissance pour traiter une
information reçue, l'interprétation d'un objet donné et les argumentations
auxquelles cet objet ou ces informations donnent lieu. Mais cet acte de
connaissance est activé par une pratique et influencé par le discours circulant
dans la société. En ce sens toute représentation est sociale et, par là même,
dépendante des cultures, des idéologies et des pratiques (Guimelli, 1994).
Tenir compte de cette double détermination cognitive et sociale conduit à
privilégier une théorie structurale des représentations sociales (on peut
trouver le développement de cette approche dans Grize, Vergés et Silem,
1987), théorie qui postule l'existence d'une organisation des thèmes associés
à l'objet représenté. Cette organisation doit être suffisamment souple pour
permettre transformations et évolutions de la représentation, mais elle doit
aussi expliquer sa stabilité. Pour cela, il faut identifier les éléments qui
peuvent être considérés comme définissant la représentation et montrer l'exis
tence d'un noyau central (ensemble de thèmes, de facettes caractéristiques)
résistant au changement.
Nous présentons ici deux ensembles de questionnaires : le premier permet
une approche thématique et la mise en évidence des éléments qui décrivent la
représentation ; le second cherche à identifier son organisation et les rapports
que l'objet de la représentation entretient avec d'autres objets sociaux.
La hiérarchie des éléments de la représentation sociale
Le questionnaire de caractérisation
Le de a été réintroduit dans les études de
représentations sociales par Claude Flament pour vérifier l'hypothèse de
l'existence d'une hiérarchisation collective des thèmes d'une enquête. Ce
questionnaire vise à sélectionner les éléments qui ont une forte « saillance »,
538 Pierre Verges
ceux qui émergent quand on représente un objet. Il s'agit de situer les thèmes
par leur plus ou moins grande proximité à l'objet étudié. Pour ce faire, on
construit des courbes de fréquences qui sont le plus souvent assez dissymétri
ques, donc non gaussiennes. Elles supposent un traitement statistique tout à
fait particulier.
Ce questionnaire se compose d'une liste d'items dont le nombre est un
multiple de 3 (4 ou 5 selon les cas) : par exemple 12. On demande, en
premier, que le sujet choisisse les 4 items les plus caractéristiques de l'objet
étudié. Ce choix est contraint : il faut 4 items et non 3 ou 5. Ensuite, on lui
demande de choisir dans les 8 items restants les 4 les moins caractéristiques
de l'objet étudié. Ici aussi le choix est contraint. Chaque item est alors codé
de 1 à 3 : 3 s'il a été choisi comme caractéristique, 1 s'il a été choisi comme
non caractéristique, et 2 s'il n'a pas été choisi par le sujet enquêté.
Ce choix contraint repose sur un modèle statistique équiprobable : la
probabilité d'être codé 1 (ou 2 ou 3) est de 0,33. On se trouve donc devant ce
que l'on peut appeler un «Q-sort rectangulaire». Il diffère du Q-sort classique
qui veut se rapprocher d'une loi de Gauss en constituant trois groupes inégaux
d'items privilégiant la classe centrale : 3, 6, 3 par exemple. En effet, ce qui
nous intéresse, ce n'est pas les items dont la distribution aurait leur mode dans
la classe centrale, mais au contraire ceux qui ont une distribution très dissy
métrique, privilégiant la dimension «caractéristique» ou «non caractéris
tique». On considère qu'ils ont une forte probabilité d'appartenir au noyau
central de la représentation.
Prenons un exemple pour préciser cela. À l'occasion d'une étude sur l'image
de la banque, une question de caractérisation portant sur « la vocation de votre
banque » a été proposée à un échantillon représentatif des Français (Étude
Paul Danloy & Cie, GIFRESH, commanditée par les Banques Populaires et le
Crédit Mutuel en 1995 auprès de 504 personnes échantillonnées par la
méthode des quotas). Cette question comportait 9 items. Le tableau suivant
montre que l'on obtient plusieurs types de distributions (Tableau I, Figures I à III).
Tableau I. - Caractérisation de la vocation de votre banque (en pourcentage)
Le moins Non Le plus Items caractéristique choisi caractéristique
Être au service des particuliers 17 23 60
Mettre l'argent de ses clients en sécurité 15 34 51
Faciliter la solution des problèmes financiers 24 27 49
des particuliers
Favoriser l'investissement des entreprises 19 47 34
Épauler les pme 21 52 27
Financer des travaux d'intérêt collectif 32 53 15
Promouvoir des réalisations sociales 40 46 14
Faire travailler l'argent de ses clients à son profit 47 24 29
On n'y sent pas un idéal, c'est une affaire de gros sous 66 20 14
539 Revue française de sociologie
On identifie en premier lieu les éléments qui ont une forte probabilité
d'appartenir au noyau central de la représentation. Ils sont reconnaissables par
une distribution (sur les trois codes de réponse) proche d'une courbe en J,
comme dans le graphique de la Figure I (particulièrement pour l'item «Être
au service des particuliers»). On considère alors qu'ils ont une forte probabil
ité d'appartenir au noyau central de la représentation. On remarquera cepend
ant, plus loin, que cette forme de distribution n'est qu'un indice de
l'appartenance au noyau central.
Quand la distribution tend à prendre la forme d'une courbe en U, comme
dans le cas de l'item «Faire travailler l'argent de ses clients à son profit»
(Figure II), on peut faire l'hypothèse que le profit bancaire est source d'une
division de la population en deux sous-groupes aux visions contrastées. Pour
les uns, le profit caractérise la banque (29%); pour les autres, il n'entre pas
dans sa vocation (47%).
Enfin, il existe des distributions en cloche, de type gaussiennes. Elles indi
quent des éléments n'ayant qu'un rapport lointain avec l'objet de la représent
ation. Ces nous montrent les limites de la signification de l'objet
représenté. Ici, par exemple, la vocation d'une banque ne se définit pas princ
ipalement par une fonction d'investisseur industriel ou public (Figure III).
Notre remarque sur le fait que ces résultats ne sont qu'un indice permettant
l'identification des éléments du noyau central repose sur la nature du ques
tionnement. En effet, la contrainte de passation du questionnaire (trois ensemb
les de choix de même dimension) introduit une contrainte statistique sur les
résultats. La probabilité théorique qu'un item soit codé 3 (caractéristique)
est 0,33 ; on doit donc comparer les résultats obtenus à cette valeur.
Figure I. - Éléments centraux
70 г
— ♦— Particuliers
— Ш — En sécurité
— A — Problèmes financiers
Moins Plus
540 Pierre Verges
Figure II. - Elements contrastés
•Profit
Moins Plus
Figure III. - Éléments sans rapport
— ♦— Investissements
-»-PME
— A— Travaux collectifs
Moins Plus
Mais l'interdépendance des réponses fait que s'il existe une sous-populat
ion minoritaire ayant une représentation partiellement différente du reste de
la population, les scores des items majoritaires en sont affectés. En effet,
quand le sujet a choisi le premier item qu'il considère comme caractéristique,
il ne lui reste que deux autres choix possibles de même nature. Si ce premier
item ne fait pas partie du noyau central (ici c'est le cas du Profit) il ne reste
plus que 2 places disponibles pour les items pouvant prétendre à cette place
(or ici ils sont 3).
C'est pour cette raison que nous obtenons des distributions très différentes
quand nous distinguons, grâce à l'analyse des résultats aux différentes ques-
541 Revue française de sociologie
tions de cette étude, deux sous-populations particulières : les « Prudents » et
les « Critiques ». Ces représentent respectivement 34 %
et 27 % de la population totale. La première reproduit à peu près fidèlement la
hiérarchie des items (Tableau II versus Tableau I). Les sujets de cette sous-
population accentuent seulement un peu plus l'aspect sécuritaire des banques
(86% contre 51%). En revanche, les seconds avancent une hiérarchie bien
différente. Le fait d'avoir choisi à 73 % l'item Profit (comme caractéristique)
entraîne automatiquement les scores plus faibles des trois items considérés
comme principaux (voir les trois premières lignes des Tableaux I et III : 43 %
au lieu de 60 % ; 38 % versus 5 1 % ; 29 % versus 49 %). La croissance de 14 % à
32 % du dernier item (Affaire de gros sous) est plutôt redevable à la cohérence
de la vision idéologique de cette sous-population. On remarquera enfin que sur
les items que nous avons déclarés sans rapport avec la vocation des banques, il
n'y a pas de différences entre les sous-populations et la population totale.
Tableau II. - Caractérisation de la vocation de votre banque :
sous-population « Prudents » (en pourcentage)
Non Le moins Le plus Items caractéristique choisi caractéristique
Être au service des particuliers 13 25 62
Mettre l'argent de ses clients en sécurité 5 9 86
Faciliter la solution des problèmes financiers 23 26 51
des particuliers
54 Favoriser l'investissement des entreprises 18 28
Épauler les pme 26 50 24
Financer des travaux d'intérêt collectif 35 53 12
Promouvoir des réalisations sociales 38 51 11
Faire travailler l'argent de ses clients à son profit 58 24 18
74 On n'y sent pas un idéal, c'est une affaire de gros sous 22 4
Tableau III. - Caractérisation de la vocation de votre banque :
sous-population « Critiques » (en pourcentage)
Le moins Non Le plus Items caractéristique choisi caractéristique
Être au service des particuliers 31 26 43
Mettre l'argent de ses clients en sécurité 23 39 38
Faciliter la solution des problèmes financiers 44 27 29
des particuliers
Favoriser l'investissement des entreprises 18 48 34
Épauler les pme 29 53 18
34 Financer des travaux d'intérêt collectif 52 14
Promouvoir des réalisations sociales 45 47 8
Faire travailler l'argent de ses clients à son profit 15 12 73
On n'y sent pas un idéal, c'est une affaire de gros sous 48 20 32
542 Pierre Verges
Ces différentes constatations montrent que l'analyse des représentations
sociales doit tenir compte, simultanément, de plusieurs phénomènes : certains
items sont premiers pour presque toute la population; une sous-population
peut avancer une autre hiérarchie, une autre cohérence (la corrélation est alors
un bon indicateur); quelques items sont, quelle que soit la
envisagée, peu descriptifs de la représentation de l'objet étudié.
Ce type de questionnaire a le grand privilège de nous donner une très
bonne indication sur le rapport des items à l'objet représenté. Mais il ne faut
pas vouloir aller immédiatement plus loin dans l'interprétation. En effet, ce
questionnaire est surtout informatif par l'ordre qu'il établit entre les items.
Quand on veut aller plus loin en analysant Г intercorrélation ceux-ci on
obtient des matrices de similitude bien particulières car elles sont en partie
contraintes par le choix équiprobable (3/3/3). Si l'on utilise un indice de simi
litude qui soit une fonction inverse de la distance de type euclidien (cet indice
de similitude a pour formule : soit 2 items / et j, la réponse к à l'item / et la
réponse q à Г item 7, on a en outre N sujets et m codes de réponses (ici m = 3),
on calcule :
S =1- U »r . ./ i\2
Nx(m-l)
et si l'on réordonne la matrice par l'ordre des moyennes, elle est, bien sou
vent, décroissante en ligne et en colonne à partir de la valeur diagonale
(Tableau IV) : on dit qu'une telle matrice est « robinsonnienne » (du nom de
Robinson, voir Robinson [1951]; Flament [1994]; Guénoche et Montjardet
[1987]). Elle ne fait que vérifier la hiérarchie des items. On peut alors penser
que l'usage d'un indice de corrélation (ici le Tau В de Kendall) serait plus
informatif, or il est systématiquement très faible et le plus souvent négatif
(Tableau V). On peut observer ces deux propriétés sur les trois matrices de s
imilitude construites avec la population totale : la première utilise comme in
dice l'inverse de la distance euclidienne entre les items (Tableau IV), la
seconde le Tau В de Kendall (Tableau V), la troisième est la matrice calculée
sur une population aléatoire de 1 000 sujets ayant pour chaque item la même
distribution que la population enquêtée (Tableau VI). Cette dernière permet
de vérifier le caractère non aléatoire des résultats des deux précédentes
matrices : d'une part l'ordre robinsonnien n'est plus du tout évident dans le
cas aléatoire (Tableau VI), d'autre part la corrélation entre les valeurs des
deux matrices utilisant l'indice de Kendall (Tableaux V et VI) est négative
(-0,27).
On montre, par la comparaison de ces trois matrices, la réalité de la
hiérarchie entre les items (confortant les courbes des Figures I à III), l'exis
tence d'une sous-population ayant une représentation cohérente («Profit» et
«Gros sous» sont corrélés à 0,25 contre -0,13 dans le cas aléatoire) et une
relative proximité des trois premiers items pour l'ensemble de la population.
543 Revue française de sociologie
Tableau IV. - Caractérisation de la vocation de « votre banque »
(l'indice de similitude est ici l'inverse de la Distance Euclidienne multiplié par 100)
Au service Particuliers *
En sécurité 49 *
Problèmes financiers 50 46 *
Investissement 41 42 39 *
Épauler les PME 42 44 42 55 *
Intérêts collectifs 38 42 40 47 49 *
Réalisations sociales 37 39 37 45 48 51 *
À son profit 27 32 30 40 38 44 41 *
Affaire de gros sous 23 29 27 37 38 45 46 50 *
Tableau V. - Caractérisation de la vocation de « votre banque »
(l'indice de similitude est ici le Tau В de Kendall multiplié par 100)
* Au service Particuliers
* En sécurité 6
* Problèmes financiers 16 4
* Investissement -21 -22 -23
* Épauler les PME -14 -16 -13 16
* Intérêts collectifs -11 -9 -12 -5 -5
-3 * Réalisations sociales -5 -6 -13 -4 -3
-9 -15 * À son profit -27 -19 -22 -8 -18
Affaire de gros sous -22 -14 -22 -8 -17 -11 -12 25
Tableau VI. - Population aléatoire
(l'indice de similitude est ici le Tau В de Kendall multiplié par 100)
Au service Particuliers *
En sécurité -18 *
Problèmes financiers -11 -14 *
Investissement -12 -14 -13 *
Épauler les PME -8 -11 -11 -12 *
Intérêts collectifs -4 -9 -1 -7 -10 *
Réalisations sociales -9 -3 -7 -5 -16 -14 *
À son profit -12 -9-10-11-13-16-13*
Affaire de gros sous -6 -3 0 -8 -2 -12 -15 -13 *
Le contrôle de la centr alité : le questionnaire de «mise en cause»
Le questionnaire de caractérisation permet d'identifier les éléments qui
composent les différentes dimensions d'une représentation et les qui
divisent la population en sous-groupes ayant des représentations divergentes.
La théorie des représentations sociales suppose l'existence non seulement de
ces éléments «saillants» mais aussi d'éléments «organisateurs» de la repré
sentation, c'est-à-dire d'éléments absolument nécessaires à la définition de
l'objet représenté. Ils ont en outre la propriété de pouvoir être déclinés en de
multiples variétés lexicales selon les circonstances et les sujets. Pour les ident
ifier, il faut utiliser un autre type de questionnaire : le questionnaire de « mise
544