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La découverte du conjoint. I. Évolution et morphologie des scènes de rencontre - article ; n°6 ; vol.42, pg 943-985

De
45 pages
Population - Année 1987 - Volume 42 - Numéro 6 - Pages 943-985
Bozon Michel et Hf ran François — La découverte du conjoint. I. Évolution et morphologie des scenes de rencontre. Effectuée en 1983-1984 auprès de 3 000 personnes de moins de 45 ans vivant en couple, marié ou non. l'enquête « Formation des couples » se propose ďétudier le fonctionnement concret du marché matrimonial en France, depuis la premiere rencontre jusquau début de la vie commune et, le cas échéant, jusqu'au mariage Dans ce premier article, on examine seulement la phase initiale de la formation du couple, c'est -a-d ire le cadre et les circonstances de la premiere rencontre, en reprenant et développant certaines des questions posées par Alain Girard en 1959 dans son enquête sur « le choix du conjoint » Les questions ouvertes de l'enquête de 1959 ont été recodees selon la nomenclature de la nouvelle enquête, ce qui permet de retracer l'évolution précise des modes de rencontre de 1914 a 1984 (essor et déclin du bal, disparition des rencontres de voisinage et des rencontres arrangées, part croissante de certaines formes de loisir, etc ) Ces divers modes se rattachent a des formes plus générales de sociabilité, qu'il faut rapporter aux caractéristiques socio-démographiques de leur public.
Bozon Michel and Héran François. — Finding a Spouse. I. Changes and Morphology of First Encounters. The Formation of Couples survey was carried out in France in 1983-84 It consisted of a sample of 3 000 persons aged 45 years or less living together either in formal marriage or in cohabiting unions and had as its object the study of the functioning of the marriage market in France, beginning with the first meeting until the formation of the union In this paper, only the initial stage of the process is studied, the context and circumstances in which the couple first met The study develops from the questions first asked by Alain Girard in his survey in 1959 on The Choice of a Spouse The open questions that were asked in the survey in 1959 we re-coded to the categories of the new survey This made it possible to trace changes in modes of meeting between 1914 and 1984 (the rise and fall in meetings at dances, the disappearance of neighbourhood meetings and of arranged meetings, the increase in certain types of leisure activity, etc ) These different kinds of meeting are related to more general forms of sociability and are considered in their relation to the socio-demographic characteristics of participants.
Bozon Michel y Héran François — El descubrimiento del cónyugue. I. Evolución y morfologie de las escenas de encuentro. Entre 1983 y 1984 se realize la encuesta « Formación de las uniones », entrevistando a alrededor de 3 000 personas menores de 45 anôs, que Vivian en union marital, casadas о no Esta encuesta se propone estudiar el funcionamiento concreto del mercado matrimonial en Francia, desde el primer encuentro hasta el comienzo de la vida en com un о el matnmonio. En este primer articulo se examina solamente la fase iniciál de la formacion de la pareja, es decir las circunstancias del primer encuentro, retomando y amphando, en el marco de este estudio, algunos de los items de la encuesta « La eleccion del conyugue », realizada en 1959 por Alain Girard Las respuestas a las preguntas abiertas de la encuesta de 1959 fueron recodificadas, utihzando la nueva nomenclatura, lo que permite descnbir la evolucion précisa de los modos de encuentro desde 1914 hasta 1984 (auge y decadencia del bade, desaparicion de los encuentros de vecindad y de los encuentros arreglados, aumento de ciertas formas de ocio, etc ) Estos diverses modos de encuentro dependen de formas mas générales de sociabilidad que es necesano referir a las caractensticas socio-demograficas de las participantes.
43 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Michel Bozon
François Héran
La découverte du conjoint. I. Évolution et morphologie des
scènes de rencontre
In: Population, 42e année, n°6, 1987 pp. 943-985.
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Bozon Michel, Héran François. La découverte du conjoint. I. Évolution et morphologie des scènes de rencontre. In: Population,
42e année, n°6, 1987 pp. 943-985.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1987_num_42_6_16991Résumé
Bozon Michel et Hf ran François — La découverte du conjoint. I. Évolution et morphologie des scenes
de rencontre. Effectuée en 1983-1984 auprès de 3 000 personnes de moins de 45 ans vivant en
couple, marié ou non. l'enquête « Formation des couples » se propose ďétudier le fonctionnement
concret du marché matrimonial en France, depuis la premiere rencontre jusquau début de la vie
commune et, le cas échéant, jusqu'au mariage Dans ce premier article, on examine seulement la phase
initiale de la formation du couple, c'est -a-d ire le cadre et les circonstances de la premiere rencontre,
en reprenant et développant certaines des questions posées par Alain Girard en 1959 dans son
enquête sur « le choix du conjoint » Les ouvertes de l'enquête de 1959 ont été recodees
selon la nomenclature de la nouvelle enquête, ce qui permet de retracer l'évolution précise des modes
de rencontre de 1914 a 1984 (essor et déclin du bal, disparition des rencontres de voisinage et des
rencontres arrangées, part croissante de certaines formes de loisir, etc ) Ces divers modes se
rattachent a des formes plus générales de sociabilité, qu'il faut rapporter aux caractéristiques socio-
démographiques de leur public.
Abstract
Bozon Michel and Héran François. — Finding a Spouse. I. Changes and Morphology of First
Encounters. The "Formation of Couples" survey was carried out in France in 1983-84 It consisted of a
sample of 3 000 persons aged 45 years or less living together either in formal marriage or in cohabiting
unions and had as its object the study of the functioning of the marriage market in France, beginning
with the first meeting until the formation of the union In this paper, only the initial stage of the process is
studied, the context and circumstances in which the couple first met The study develops from the
questions first asked by Alain Girard in his survey in 1959 on "The Choice of a Spouse" The open that were asked in the survey in 1959 we re-coded to the categories of the new survey This
made it possible to trace changes in modes of meeting between 1914 and 1984 (the rise and fall in
meetings at dances, the disappearance of neighbourhood meetings and of arranged meetings, the
increase in certain types of leisure activity, etc ) These different kinds of meeting are related to more
general forms of sociability and are considered in their relation to the socio-demographic characteristics
of participants.
Resumen
Bozon Michel y Héran François — El descubrimiento del cónyugue. I. Evolución y morfologie de las
escenas de encuentro. Entre 1983 y 1984 se realize la encuesta « Formación de las uniones »,
entrevistando a alrededor de 3 000 personas menores de 45 anôs, que Vivian en union marital,
casadas о no Esta encuesta se propone estudiar el funcionamiento concreto del mercado matrimonial
en Francia, desde el primer encuentro hasta el comienzo de la vida en com un о el matnmonio. En este
primer articulo se examina solamente la fase iniciál de la formacion de la pareja, es decir las
circunstancias del primer encuentro, retomando y amphando, en el marco de este estudio, algunos de
los items de la encuesta « La eleccion del conyugue », realizada en 1959 por Alain Girard Las
respuestas a las preguntas abiertas de la encuesta de 1959 fueron recodificadas, utihzando la nueva
nomenclatura, lo que permite descnbir la evolucion précisa de los modos de encuentro desde 1914
hasta 1984 (auge y decadencia del bade, desaparicion de los encuentros de vecindad y de los
encuentros arreglados, aumento de ciertas formas de ocio, etc ) Estos diverses modos de encuentro
dependen de formas mas générales de sociabilidad que es necesano referir a las caractensticas socio-
demograficas de las participantes.LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT
I. Évolution et morphologie
des scènes de rencontre
fréquenté pour rencontrée, « nous, Cette un si autre femme nous salon nous avions unique, étions L nique, été nous promenés dans savons croyons-nous une bien dans autre que d'autres ° ville elle c'eût est que été quartiers, innombrable celle une autre ou si nous qui » 1 lavons eût avions été
M Proust. Albertině disparue
« On n'a pas besoin de passer une annonce pour trouver quelqu'un On est des
millions sur terre »
Commerçant. 33 ans A rencontré sa femme, infirmière, « a la Foire du Trône »
(enquête INED. 1984)
En échappant aux structures de la parenté qui règlent les unions
dans maintes sociétés archaïques, le mariage ouest-europeen * est-il
passé sous la coupe du hasard, voire de l'arbitraire ? Les conjoints
ne le voient pas ainsi, les sociologues, auteurs de cet article, non
plus, Lévi-Strauss encore moins, qui fixe comme but à l'anthropolo
gie actuelle la comprehension des structures cognatiques. Pour
parvenir à déchiffrer ces règles cachées de nos alliances, une
observation détaillée est indispensable : comment la premiere
rencontre s'est-elle produite ? et comment est-elle relatée ? quelle
sequence d'interactions a ensuite abouti au manage ?
Grâce à une enquête par sondage complétée par des interviews,
Michel Bozon** et François Hêran** ont ici reconstitué avec
précision la scène initiale et ses transformations selon les milieux
sociaux depuis la Première Guerre mondiale. Ils prolongent et
amplifient le célèbre travail î/ Alain Girard*** qui, le premier en
France, avait attiré la sociologie vers ce nouveau champ. Dans un
second article, les auteurs situeront la rencontre et les strategies
matrimoniales dans l'espace social.
* J Hajnal ■ « European marriage patterns in perspective », m Population in
History, ed by D V. Glass et D E.C. Eversley, London, E Arnold, 1974, 692 p.
••• •* A. INED Girard : Le choix du conjoint. INED-PUF, 1974.
Population, 6. 1987. 943-986 944 LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT
N'importe qui n'épouse pas n'importe qui. Ainsi Alain Girard
résumait-il Pun des principaux enseignements de l'enquête qu'il avait
menée en 1959 sur « le choix du conjoint » (l). Depuis lors, nombreux sont
les auteurs qui ont vérifié la validité de ce constat en mesurant l'ampleur
de Г« homogamie » en France. L'opération consiste à comparer les
positions ou les origines sociales des conjoints. Les indicateurs les plus
couramment utilisés, professions des conjoints ou des parents respectifs,
diplômes, importance des agglomérations de naissance, sont ceux que
l'INSEE produit sous une forme standardisée à partir de l'état civil ou de
certaines enquêtes périodiques (2).
Mais lorsqu'on a mis en lumière la structure homogame du choix
matrimonial et tenté de suivre son évolution, on n'a encore rien dit des
mécanismes qui produisent ce résultat. Alain Girard s'était également
penché sur cette question et l'effort qu'il mena dans ce sens n'a guère eu
d'équivalent par la suite, du moins dans les enquêtes françaises. On trouve
en effet dans Le choix du conjoint une description précise du processus de
formation des couples, de la première rencontre jusqu'au mariage, tel qu'il
est perçu par les individus eux-mêmes. Le recours à la technique des
questions ouvertes permit de recueillir des récits souvent très circonstanc
iés, comme en témoignent abondamment les exemples cités dans l'ou
vrage. Il ne s'agissait plus seulement de dresser après coup le bilan des
interactions sur le marché matrimonial, mais d'entrer dans le détail de son
fonctionnement. Il fallait donc prendre en compte l'ensemble des mediat
ions concrètes par lesquelles les individus des deux sexes, situés avec
précision dans le monde social, entrent en contact les uns avec les autres,
s'évitent ou se fréquentent, se classent et se jugent et, finalement, fixent
leur choix.
De l'amour à l'homogamie, les médiations sont multiples, mais on
peut provisoirement en distinguer deux : d'abord l'ensemble des éléments
qui définissent le cadre de l'interaction et déterminent les probabilités d'être
mis en présence l'un de l'autre, ensuite les categories de perception ou de
jugement qui structurent les choix amoureux opérés dans ce cadre. Dans
le langage d'Erving Goffman, cela revient à distinguer la « scène du » et le jugement lui-même. Toute la question est de savoir s'il
est possible de rapporter systématiquement ces deux formes de mediation
aux classements sociaux standard pns en compte dans les tableaux
(1) Alain Girard, Le choix du conjoint Une enquête psxcho-socwlogique en France,
nouvelle édition augmentée d'une préface, INfcD, «Travaux et documents», cahier n° 70,
Paris, Presses Universitaires de France, 1974, p XVI La premiere édition (cahier n° 44) date
de 1964
(2) II s'agit de l'enquête « Emploi » ou de l'enquête « Formation-Qualification pro
fessionnelle » (bQP) Voir L Roussel, Le manage dans la sonete française faits de
population, données d'opinion. INfcD. «Travaux et documents», cahier n° 73, 1975, J -C
Deville, « Mariage et homogamie », Données sociales. INSI-fc. 1981, pp 21-30. A Desrosieres,
« Marché matrimonial et classes sociales », Ailes de la recherche en sciences sociales, 20-21,
1978, pp 97-107, С Thelot, Tel pere. tel fils ? Position sociale et origine familiale. Paris,
Dunod. 1982, chapitre 8 « Les alliances », ainsi que les travaux en cours de Michel Gollac
à TINStfc sur l'enquête « FQP » de 1985. LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT 945
ďhomogamie. Le pari du sociologue, engagé sous une forme empirique
il y a vingt-cinq ans par l'enquête de l'INED, est qu'une telle mise en
rapport est possible et qu'il y a par exemple un sens à ventiler les
« circonstances de la rencontre » selon les « diverses catégories sociologi
ques » l3). Pour ce faire, l'enquête statistique devait associer au question
nement traditionnel sur le statut social des conjoints, des modes d'interro
gation plus intensifs, comme les questions ouvertes ou les entretiens
semi-directifs. Le succès d'une entreprise de ce genre repose d'abord sur
la pertinence des découpages employés, puisqu'il s'agit essentiellement de
rapprocher deux sénés de nomenclatures : d'un côté, les codes bien établis
de la statistique sociale (catégories socio-professionnelles, diplômes...), de
l'autre les categories que le chercheur travaillant sur questions ouvertes
doit construire de toutes pièces à partir d'une information foisonnante,
opération de mise en forme qui ne va pas de soi (4).
« Rien n'est venu remplacer les données de l'enquête d'Alain
Girard », faisait observer l'auteur d'un bilan attentif des sources disponi
bles (5). Vingt-cinq ans plus tard, la question du fonctionnement concret du
marché matrimonial méritait d'être reprise dans une nouvelle enquête,
d'autant que l'écart entre les progrès de la réflexion sociologique et la
pauvreté des données disponibles n'a cessé de s'accroître dans l'inter
valle (6). Un postulat de coherence, que nombre d'études particulières ont
pu vérifier, autorise à penser que le choix du conjoint s'opère à l'instar
de bien d'autres choix, selon des principes qui ne sont pas nécessairement
conscients, parce qu'ils engagent des dispositions individuelles socialement
constituées de longue date, ce que Pierre Bourdieu s'est employé à
théoriser sous le nom d'habitus. Selon ce dernier, « le plus sûr garant de
l'homogamie et, par là, de la reproduction sociale est l'affinité spontanée
(vécue comme sympathie) qui rapproche les agents dotés d'habitus ou de
goûts semblables, donc produits de conditions et de conditionnements
sociaux semblables » (7).
Mais ce principe ne suffit pas à rendre compte de la formation des
couples : le même auteur doit aussi évoquer des phénomènes d'ordre
(î) Voir dans l'ouvrage cité le tableau des pp 110-111, qui porte ce titre
<4> « Ce qui frappe, des l'abord, écrivait Alain Girard, est l'extrême variété des
circonstances dans lesquelles les conjoints se sont connus Chaque réponse, individualisée,
constitue un cas d'espèce et par la même l'ensemble ne paraît guère se prêter a une analyse
statistique» (ibid , p 97). Les travaux de Laurent Thevenot renferment une reflexion
approfondie sur tout ce qui oppose les variables standard (ou « variables d'Etat ») aux
variables « spécifiques » Voir entre autres « L'économie du codage social », Critiques de
l'économie politique. 23/24, 1983, pp 188-222 et « L'enregistrement statistique une mesure
décisive », Actes du colloque du Conseil National de la Statistique. INbbfc, Paris, 1983
<5> Dominique Merllié, « Mariage et relations familiales... », Actes de la recherche en
sciences sociales. 31, 1980, p 22
(6> Voir F Héran, « Le choix du conjoint Réflexions sur l'enquête de 1959 dans la
perspective d'une nouvelle enquête sur ce theme», INtD. 55 p multigraphiées, 1983
(7) P Bourdieu, « De la règle aux strategies », entretien avec P Lamaison, Terrains.
n°4, mars 1985, repris dans Choses dites. Paris, bd de Minuit, 1987, p 88 L'article déjà cité
d'Alain Desrosieres a développé cette hypothèse pour analyser les données de l'état civil On
trouvera un examen détaille des implications de la notion d'habitus dans F Héran, « La
seconde nature de l'habitus », Revue française de sociologie. 28 (3), 1987, pp. 385-416. 946 LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT
morphologique, tel « l'effet de fermeture lié à l'existence de groupes
homogènes socialement et culturellement, comme les groupes de condisci
ples (classes du secondaire, disciplines des facultés, etc.), qui sont re
sponsables, aujourd'hui, d'une forte part des mariages ou des liaisons, et
qui doivent beaucoup eux-mêmes à l'effet de l'affinité des habitus (n
otamment dans les opérations de cooptation et de sélection) ». A ces
facteurs d'homogénéité ou de dissemblance, il faut évidemment ajouter les
propriétés démographiques des groupes de pairs ainsi constitués. Toute la
question est de savoir comment s'articulent en ce domaine les contraintes
morphologiques, les dispositions inconscientes et les visées stratégiques.
Pour élucider cette question, nous avons mis sur pied une nouvelle
enquête de l'INED, baptisée « Formation des couples ». Comme les couples
interrogés par Alain Girard s'étaient mariés entre 1914 et 1959, on s'est
proposé de prendre le relais en interrogeant un échantillon représentatif
de Français des deux sexes vivant en couple et âges de moins de 45 ans
à la date de l'enquête — l'effet de cette limite étant que l'immense majorité
des intéressés ont commencé à se fréquenter après 1959. De plus, pour tenir
compte du déclin de la nuptialité officielle depuis quinze ans, les couples
cohabitants ont été joints aux couples mariés. La passation des question
naires s'est déroulée en trois vagues de novembre 1983 à novembre 1984,
auprès de 2 957 personnes, à raison d'une personne par couple. Une
centaine d'entretiens semi-directifs sont venus compléter le dispositif
d'enquête (8) (voir annexe 1).
L'enquête « Formation des couples » confirme, s'il en était besoin,
que dans les vingt-cinq dernières années les couples ne se sont pas formés
au hasard. Leur répartition en fonction des origines sociales suit toujours
une logique fortement homogame (figure 1). La «foudre», quand elle
tombe, ne tombe pas n'importe où : elle frappe avec prédilection la
diagonale... Tel est le fait majeur, que seule une vue statistique d'ensemble
permet d'établir, mais qui reste encore à expliquer (9). On s'est fixé pour
tâche prioritaire d'identifier les mediations qui intègrent la multitude des
choix amoureux individuels pour produire ce résultat d'ensemble. Avant
d'aborder dans un prochain article l'étude des categories de perception et
de jugement qui interviennent dans la selection du conjoint, on s'attachera
ici à la première forme de mediation, le cadre d'interaction. Où et comment
les hommes et les femmes interrogés se sont-ils rencontrés ?
I. — 70 ans de rencontre du conjoint
Les circonstances de la rencontre avaient fait l'objet dans Le choix
du conjoint d'un tableau resté fameux, que l'on reproduit ici en regard des
résultats obtenus dans la nouvelle enquête (tableaux 1 et 2). L'impression
d'ensemble est celle d'une certaine continuité. La proportion des rencont
res au bal n'a guère varié, pas plus que celle des fêtes de famille (baptisées
« cérémonies de famille » dans l'enquête de 1959). Mais le changement de LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT 947
PERE DE LA FEMME
Sans réponse
4Л Gros agriculteur
Moyen
&5 Petit agriculteur
artisanal ou agricole
74 ONO de type industriel
4.5 Chauffeur O Q transport
•eOQ de type artisanal
70 0 Q de type industriel
Employe d entreprise
Employé fonction publique
|v? Technicien contremaître
м mterm samé ou entreprise
)i instituteur mterm dupuObc
i ingénieur cadre demrepr se
i Professeur cadre du риЫс
?в Prof liber, chef d entreprise
a Commerçant
Artisan
iôôt PERE DE L'HOMME
T'ès supérieures à la moyenne I Quasi égales à la moyenne
au moins SO %) | .entre 1 0 % de plus et 1 0 % de moins)
I inférieures à la moyenne S jpérieures à la moyenne
09Ю a 50%) I (de 103 50%)
Très inférieures à la moyenne Probabilités de former un couple (d au moms 50 %) ______».
Figure 1. — Qui épouse qui ? Origines sociales des conjoints dans les couples
français âges de moins de 45 ans (maries ou non)
Source enquête « Formation des couples ». INED. 1984
Pour une explication du procédé graphique employe, cf Annexe du second article
(8) On remettra à une autre publication la tâche indispensable mais difficile qui
consiste à incorporer la substance de ces entretiens aux résultats d'ensemble 11 n'en sera fait
état dans la suite du texte que pour enrichir au passage telle ou telle analyse
(9) La question de savoir comment cette tendance a évolué dans les dernières décennies
sera traitée ailleurs (cf l'étude déjà citée de Claude Thelot) de même qu'on laissera en suspens
l'interrogation nécessaire sur les notions, toujours controversées, d'homogamie et d'hétéroga
mie (pour un bilan de la question dans le domaine français, voir François de Singly : « Théorie
critique de l'homogamie », L'Année sociologique, 1987, 37, pp. 181-203). 948 LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT
Tableaux 1 et 2. — Distribution des « La formation des couples »
LIEUX DE RENCONTRE DU CONJOINT (INhD, 1983-1984) D'APRÈS LES DEUX ENQUÊTES DE L INED
« Pouvez-vous me raconter d'abord
comment vous vous êtes rencontrés
pour la premiere fois ° »
(noter fidèlement le récit spontané) « Le choix du conjoint »
(INfcD, 1959) Bal 16
Lieu public 13 « Comment vous êtes-vous connus ? » Travail 12 (Donnez quelques détails) Rencontre chez des particuliers 9
17 Au bal Association, sport, animation 8
Circonstances fortuites 15 Études 8
Lieu de travail ou d'études 13 7 Fête entre amis
Relations d'enfance, de famille 11 Sortie, spectacle 5
Relations de voisinage 11 Lieu de vacances 5
Présentation 11 Fête de famille 5
Lieux de distraction 10 4 Boîte, discotheque
Réunions de sociétés 6 Connaissance ancienne, voisinage 3
Cérémonies de famille 6 Fête publique 3
Autres cas et indéterminés Annonce, agence, autres cadres 1
Total 100 Total 100
Taille de l'échantillon 1 646 Taille de l'échantillon 2 957
nomenclature d'une enquête à l'autre interdit de poursuivre la comparais
on. Pour des raisons exposées en annexe, on ne pouvait reprendre en 1984
les catégories définies en 1959. La nécessité de disposer d'un outil stable
et coherent pour retracer dans le détail l'évolution historique des formes
de rencontre entre hommes et femmes depuis 70 ans nous a conduits à
procéder à rebours : on a pris le parti de revenir aux 1 646 questionnaires
originaux de l'enquête « Choix du conjoint » et de les recoder à l'aide des
nomenclatures mises au point pour l'enquête « Formation des couples ».
D'une enquête à l'autre : La décision de recoder l'enquête de 1959
un traitement homogène soulevait un problème. Pouvait-on appli
quer une nomenclature récente à des
données anciennes ? Cela n'a été possible qu'en raison du dispositif
original adopté par Alain Girard, fait d'une série de questions ouvertes,
et parce que les récits notés à l'époque par les enquêteurs de l'INED
étaient déjà d'une grande précision (10). Le nouveau code, dont les principes
sont développés dans l'annexe 2, s'est avéré assez riche pour embrasser
tout l'éventail des situations. Dans un certain nombre de cas, il a fallu tenir
compte du fait que les rencontres avaient eu la guerre pour arrière-plan (ll).
"0) De même a-t-on utilisé la nomenclature des catégories socioprofessionnelles
publiée par l'INSfcb en 1982 pour recoder les questions relatives a l'appartenance sociale des
personnes interrogées et de leurs parents
(ll) II s'avère que la guerre de 1939-1945 a modifié les cadres et les probabilités de
rencontre, sans pour autant les bouleverser (par exemple, en déplaçant les résidences, elle a
provoqué de nouvelles relations de voisinage ou de travail) On n'a donc pas créé pour elle
de modalité spéciale mais ajouté des extensions a des codes existants. LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT 949
Mais rares sont les récits de rencontre qui ont nécessité la création de
modalités supplémentaires ll2).
Mises bout à bout, et traitées de manière homogène, les deux
enquêtes de l'INED permettent de suivre la formation des couples de 1914
à 1984 ll3). Les changements survenus sur cette période de 70 années ne se
résument pas, comme on se l'imagine parfois, à la dispantion des
contraintes qui auraient pesé jadis sur le choix du conjoint. Un peu moins
de 10% des unions formées dans l'entre-deux-guerres faisaient suite à des
entrevues arrangées par des tiers (le récit mentionne explicitement cette
intervention), mais ce chiffre était déjà en forte régression depuis la
Libération, pour devenir insignifiant dès les années soixante. L'enquête
d'Alain Girard avait montré, s'il en était besoin, que le sentiment de faire
librement son choix était depuis longtemps largement partagé. L'évolution
des formes de rencontre 70 ans s'observe de façon plus complexe
dans la nature des lieux de rencontre et, plus spécialement, dans leur
distribution sociale.
Les questionnaires les plus anciens de l'enquête d'Alain Girard
portaient sur des couples qui s'étaient rencontrés entre 1914 et 1929, dans
une France très rurale. Le paysage des rencontres frappe à cette époque
par sa simplicité. Quatre circonstances présidaient à elles seules aux trois
quarts des manages : le voisinage, le travail, le bal, les visites chez des
particuliers. Cinquante ans plus tard, ces mêmes rubriques n'en concernent
plus qu'un tiers. Forte diversification, par conséquent. Pour suivre cette
évolution en détail, tout en tenant compte des effectifs disponibles dans
les deux enquêtes (1650 personnes pour la période 1914-1959, 2 950
au-delà), on distinguera quelques grandes périodes relativement homogèn
es. Il était nécessaire d'isoler l'intermède de l'Occupation (230 personnes
dans l'échantillon), afin de ne pas perturber les valeurs moyennes relevées les périodes qui l'encadrent : la suspension de certaines formes de
rencontre dans les années 1940-1944 a provisoirement interrompu des
évolutions de long terme qu'il importait de mettre en évidence.
On n'épouse plus son voisin Le fait marquant est le déclin régulier
des rencontres de voisinage tout au long
de cette période (tableau 3 et figure 2). C'était le mode de rencontre majeur
dans les années vingt : plus d'un mariage sur cinq. Il a quasiment disparu
de nos jours — l'Occupation n'ayant fait que retarder une évolution
inéluctable. Sans doute les relations de voisinage n'ont-elles pas disparu
s'était des peuvent rencontres possibles. référence Celles-ci données présenté (13) <l2) être se la Pour Cest peuvent date confrontées trouvent qui dans ainsi atténuer des affecte solliciter l'enquête premieres que ainsi comme la surtout le l'individu prolongées dispersion cas de sorties autant d'une 1959 les rencontres et du rencontre Saisies de des d'une n'est solutions couple dates a jamais dizaine cette entre d'enfance de Cette concurrentes rencontre, date, apparu d'années, un modification les locataire (école dans diverses on dans jusqu'à primaire la a et opere préféré nouvelle un formes la fille même l'âge un ou prendre de enquête léger où univers voisinage) rencontres sa d'autres logeuse lissage pour des LA DÉCOUVERTE DU CONJOINT 950
BOITE DISCOTHEQUE
FÊTE ENTRE AMIS
ETUDES
ASSOCIATION SPORT
LIEU DE VACANCES
SORTIES SPECTACLES
LIEUX PUBLICS
FÊTE DE FAMILLE
FETE PUBLIQUE
RENCONTRE CHEZ DES PARTICULIERS!1)
1930 1940 '945 960 '969 '976 '984
Figure 2. — Où rencontre-t-on son conjoint ?
Répartition des lieux de rencontre de 1914 à 1984
Source Enquête с Choix du conjoint t pour la période 1914 1959 t Formation des couples» pour la période 1960 1984