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La généralisation dans une épreuve de jugement social - article ; n°2 ; vol.63, pg 333-350

De
20 pages
L'année psychologique - Année 1963 - Volume 63 - Numéro 2 - Pages 333-350
In a situation simulating an activity of professional judgement, subjects are presented with identifying cards bearing the description of 4 stimuli-individuals : the last threee, B, C, D are such that they resemble sometimes more, sometimes less, by their different characteristics, the first one, the stimulus-individual A. These cards are presented in a haphazard order, repeatedly, and at each presentation, the subjects are asked a question concerning an item, which represents part of the professional behavior of the individuals, about which one asks them for a prediction. Once these predictions have been made, the subjects are given the correct information, that is, they are told about the « success » or the « failure » of the stimulus-individual in the item under consideration; the stimulus-individual A succeeds in 80 % of cases, and B, C, D each in 20 % (group 1) or inversely (group 2). After 90 such items (and 90 predictions), the subjects are told to pass judgement on the professional value of the stimuli-individuals.
The result is that these judgements, instead of being equivalent as concerns B, C and D, as they should have been if the subjects had been « objective », tend to be given according to the degree of similarity of the three stimuli-individuals to A ; the resemblance existing between the characteristics of stimuli-individuals affects the professional judgements with which it has, nevertheless, objectively no relation.
This effect is attributed to the action of the process of semantic generalization.
Dans une situation qui simule une activité de jugement professionnel, on présente à des sujets des fiches signalétiques comportant la description de 4 individus-stimuli ; les trois derniers B, G, D sont tels qu'ils ressemblent plus ou moins, par leurs diverses caractéristiques, au premier, l'individu-stimulus A. Ces fiches sont présentées dans un ordre au hasard de façon répétée, et en même temps que chacune d'elles, on pose aux sujets une question sur un item, qui représente une portion du comportement professionnel des individus, et à propos duquel on demande une prédiction. Une fois celle-ci effectuée, on donne aux sujets l'information correcte, c'est-à-dire qu'on les renseigne sur la « réussite » ou 1' « échec » de l'individu-stimulus dans l'item considéré ; l'individu-stimulus A réussit dans 80 % des cas, et B, G, D chacun dans 20 % (groupe 1) ou inversement (groupe 2). On demande aux sujets après 90 tels items (et 90 prédictions) de porter un jugement sur la valeur professionnelle des individus-stimuli.
On trouve que ces jugements, au lieu d'être équivalents pour B, G, D, comme ils le devraient s'ils étaient « objectifs », tendent à être donnés en fonction de la similitude des trois individus-stimuli avec A ; la ressemblance entre les caractéristiques des individus-stimuli affecte les jugements professionnels avec lesquels elle n'a pourtant, objectivement, aucun rapport.
Cet effet est attribué à l'action du processus de généralisation sémantique.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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J. Le Ny
La généralisation dans une épreuve de jugement social
In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°2. pp. 333-350.
Citer ce document / Cite this document :
Le Ny J. La généralisation dans une épreuve de jugement social. In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°2. pp. 333-350.
doi : 10.3406/psy.1963.27772
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1963_num_63_2_27772Abstract
In a situation simulating an activity of professional judgement, subjects are presented with identifying
cards bearing the description of 4 stimuli-individuals : the last threee, B, C, D are such that they
resemble sometimes more, sometimes less, by their different characteristics, the first one, the stimulus-
individual A. These cards are presented in a haphazard order, repeatedly, and at each presentation, the
subjects are asked a question concerning an item, which represents part of the professional behavior of
the individuals, about which one asks them for a prediction. Once these predictions have been made,
the subjects are given the correct information, that is, they are told about the « success » or the « failure
» of the stimulus-individual in the item under consideration; the stimulus-individual A succeeds in 80 %
of cases, and B, C, D each in 20 % (group 1) or inversely (group 2). After 90 such items (and 90
predictions), the subjects are told to pass judgement on the professional value of the stimuli-individuals.
The result is that these judgements, instead of being equivalent as concerns B, C and D, as they should
have been if the subjects had been « objective », tend to be given according to the degree of similarity
of the three stimuli-individuals to A ; the resemblance existing between the characteristics of stimuli-
individuals affects the professional judgements with which it has, nevertheless, objectively no relation.
This effect is attributed to the action of the process of semantic generalization.
Résumé
Dans une situation qui simule une activité de jugement professionnel, on présente à des sujets des
fiches signalétiques comportant la description de 4 individus-stimuli ; les trois derniers B, G, D sont tels
qu'ils ressemblent plus ou moins, par leurs diverses caractéristiques, au premier, l'individu-stimulus A.
Ces fiches sont présentées dans un ordre au hasard de façon répétée, et en même temps que chacune
d'elles, on pose aux sujets une question sur un item, qui représente une portion du comportement
professionnel des individus, et à propos duquel on demande une prédiction. Une fois celle-ci effectuée,
on donne aux sujets l'information correcte, c'est-à-dire qu'on les renseigne sur la « réussite » ou 1' «
échec » de l'individu-stimulus dans l'item considéré ; l'individu-stimulus A réussit dans 80 % des cas, et
B, G, D chacun dans 20 % (groupe 1) ou inversement (groupe 2). On demande aux sujets après 90 tels
items (et 90 prédictions) de porter un jugement sur la valeur professionnelle des individus-stimuli.
On trouve que ces jugements, au lieu d'être équivalents pour B, G, D, comme ils le devraient s'ils
étaient « objectifs », tendent à être donnés en fonction de la similitude des trois individus-stimuli avec A
; la ressemblance entre les caractéristiques des individus-stimuli affecte les jugements professionnels
avec lesquels elle n'a pourtant, objectivement, aucun rapport.
Cet effet est attribué à l'action du processus de généralisation sémantique.de Psychologie de la Faculté des Lettres Laboratoire
et Sciences humaines de Lille
LA GÉNÉRALISATION
DANS UNE ÉPREUVE DE JUGEMENT SOCIAL
par Jean-François Le Ny
Le phénomène de généralisation du stimulus, découvert et
étudié d'abord en relation avec le conditionnement (Pavlov,
1954 ; cf. Le Ny, 1961 a) s'est révélé peu à peu agissant dans des
situations extrêmement variées (Le Ny, 1957 a, b ; 1959 ; 1961 b,
c, d; Richard, 1962 a, b; 1963). Une des tendances les plus
intéressantes en cette matière a consisté en l'élargissement du
pouvoir explicatif de la généralisation à des domaines de plus en
plus larges, incluant des situations sociales ou interpersonnelles
(par exemple l'interprétation du transfert psychanalytique,
N. E. Miller, 1948). Cependant peu de recherches expérimentales
ont été menées dans cette voie, en particulier chez l'homme.
La mise en évidence de la généralisation sémantique repré
sente un pas dans ce sens, puisqu'il apparaît qu'avec des situa
tions et des stimuli significatifs on peut encore montrer un effet
de généralisation. Mais il est de fait que celui-ci a presque toujours
été démontré au moyen de réactions purement conditionnelles
(Riess, 1946 ; Razran, 1949 ; Vinogradova, 1956 ; Schvarts,
1960), la seule exception étant sans doute constituée par le travail
de Kurcz (1963), qui utilise une réponse motrice volontaire.
Enfin l'utilisation, pour l'étude de la généralisation du stimulus,
d'apprentissages avec renforcement intermittent (Brown, Clarke,
Stein, 1958 ; Le Ny, 1961 b et c ; Richard, 1962 et 1963), ne
constitue pas seulement, selon les termes des premiers auteurs
cités, une « nouvelle technique » d'étude du phénomène, mais 334 MÉMOIRES ORIGINAUX
aussi son extension à une nouvelle catégorie d'apprentissages,
fort répandue dans la vie concrète.
La présente expérience avait pour but d'utiliser simultané
ment tous ces éléments, à savoir des stimuli significatifs, pouvant
donner lieu à une généralisation sémantique, une situation éga
lement significative et comportant un caractère social (avec des
réponses du même type), et enfin un renforcement intermittent.
Cette expérience représente pour une part un élargissement
d'une recherche antérieure (Le Ny, 1961 c). Dans cette dernière,
les sujets se voyaient présenter quatre mots sans signification
possédant des caractéristiques de plus ou moins grande similitude
formelle (graphique ou phonétique) ; ces stimuli étaient donnés
comme les noms de quatre chasseurs qui tiraient, les uns après
les autres, des coups de fusil. La tâche des sujets (des enfants
d'environ 12 ans) consistait à prédire la réussite ou l'échec de
ces tirs ; ils étaient aussitôt après informés du résultat « réel » du
tir (renforcement de forme « oui » ou « non »). L'un des chasseurs
était renforcé à 80 %, les trois autres à 20 %. Les résultats
montraient que, pour ces trois derniers, les prédictions s'effe
ctuaient à un taux différent, en fonction de la similitude entre les
noms des trois chasseurs et le nom du premier, renforcé à 80 %.
En outre, à la fin de l'épreuve, un jugement était demandé aux
sujets sur 1' « adresse » des chasseurs. Là aussi il est apparu que
les adresses des trois derniers chasseurs, pourtant objectivement
égales, n'ont pas été jugées telles. Les estimations leur ont été
d'autant plus favorables que leur nom ressemblait davantage
au nom du premier, le plus adroit.
C'est essentiellement cet effet sur le jugement que vise à
étudier la présente expérience. Une des préoccupations prin
cipales a été ici de simuler des conditions concrètes d'aussi près
que le permet une situation expérimentale nécessairement
contraignante. On a ainsi apporté, par rapport à la recherche
de 1961, les modifications suivantes :
a) Les sujets sont, non des enfants, mais des adultes, de
18 à 30 ans, étudiants en psychologie.
b) La situation imaginaire est cette fois une situation pro
fessionnelle dans laquelle les sujets, futurs psychologues, peu
vent aisément se placer et se sentir impliqués ; les jugements
à porter par eux sont des appréciations professionnelles ; bien
qu'aucun cours systématique ne leur ait été fait sur cette
question, les sujets étaient sensibilisés par l'ensemble de leur
enseignement au problème de l'objectivité des jugements. LE NY. — LA GENERALISATION 335 J.-F.
c) Les stimuli sont des descriptions d'individus, ils sont donc
pleinement significatifs et pour des stimuli verbaux, extrême
ment concrets ; ce sont des individus-stimuli.
d) Le nombre d'essais est ici seulement de 90 au total ;
comme on sait que l'effet de généralisation est peu à peu corrigé
par la discrimination, il est important de le saisir suffisamment
tôt.
e) Chaque prédiction se présente non comme un « essai »
discernable seulement par son numéro, mais comme un item
particulier et concret ; tous les items sont distincts.
f) Une évaluation du degré de certitude attaché à leurs
réponses est demandée aux sujets.
Sur les autres points, la même procédure que dans l'expé
rience II de 1961 a été utilisée.
Nous voudrions souligner quelques caractéristiques relatives
au point e ci-dessus. La technique consistait à demander aux
sujets une prédiction du type « réussite » ou « échec » concernant
un individu-stimulus à propos d'un élément de conduite parti
culier.
Par exemple on présente aux sujets (visuellement) l'individu-
stimulus A et on énonce l'item : « A mis au point un nouveau
procédé d'usinage ? »
Cet item est présenté comme une question et la situation est
organisée de telle façon que pour les sujets elle signifie : « Pouvez-
vous prédire que l'individu A a mis au point un nouveau procédé
d'usinage ? » Les sujets répondent par « oui » ou « non ». Nous
examinerons dans la discussion quelques-unes des caractéris
tiques de cette technique.
L'hypothèse globale consistait à considérer que les modifi
cations énoncées ci-dessus ne devaient pas modifier de façon
essentielle les résultats obtenus précédemment. Les hypothèses
empiriques étaient donc les suivantes :
a) Les jugements portés sur les individus-stimuli s'éta
bliront en fonction des taux de renforcement « favorable »
ou « défavorable » relatifs à ces stimuli ; mais il existera un
effet de généralisation qui se traduira par un rapprochement
entre les jugements portés sur les individus-stimuli les plus
semblables ;
b) On observera des effets du même type sur les prédic
tions des sujets, ainsi qu'une corrélation entre celles-ci et les
jugements. 336 MEMOIRES ORIGINAUX
CONDUITE DE L EXPERIENCE
1. Stimuli. — II s'agissait de stimuli verbaux, significatifs, compos
ites. Nous les donnons ci-dessous dans une présentation très voisine
de celle effectivement utilisée ;
Pierre B... Louis D...
dé- Ajusteur-outilleur au Tourneur-rectifleur au
partement G. partement J.
(Mécanique générale.) (Moteurs.)
27 ans. 29 ans.
Né à Bernay (Eure). Né à Montargis (Loiret).
Marié. Marié.
Un enfant (2 ans). Deux enfants (3 et 5 ans).
Stimulus A Stimulus B
Zacharie X... Raphaël L...
Agent comptable au serSoudeur sur tubes au dé
partement R. vice 7.
(Achats et fournitures.) (Aménagements intérieurs.)
68 ans. 44 ans.
Né à Kilkis (Grèce). Né à Ajaccio (Corse).
Célibataire. Veuf.
Quatre enfants (23, 20, 18 Sans enfant.
et 15 ans).
Stimulus D Stimulus G
La règle de construction de ces stimuli a consisté à accumuler une série
d'éléments pouvant donner lieu à des similitudes convergentes ; celles-ci
allaient toutes dans le même sens, en sorte qu'elles se renforçaient. Nous
indiquons ci-après ces éléments et les dimensions de similitude ou d'ordre
qu'ils comprenaient : prénoms (familiarité), initiale du nom (ordre alpha
bétique) ; métier (contenu sémantique professionnel et ressemblance
phonético-graphique) ; département ou service (dénomination et contenu
sémantique) ; âge ; lieu de naissance (familiarité et éloignement géogra
phique) ; situation familiale ; nombre et âge des enfants1.
1. La proximité géographique a été établie par rapport aux sujets lillois.
Par ailleurs nous avons estimé, peut-être arbitrairement, qu'un homme de
68 ans se distinguerait mieux des trois autres, davantage dans la norme,
en étant célibataire. LE NY. LA GENERALISATION 337 J.-F.
Matériellement, chaque stimulus était présenté sous la forme d'une
flche; présumée appartenir à un fichier du personnel, qui avait été photo
graphiée, et dont on projetait la diapositive sur un écran.
Pour vérifier le bien-fondé de la convergence des similitudes a priori
décrites ci-dessus, nous avons présenté les 4 stimuli à un groupe de juges1 :
1) On leur demandait d'abord de les situer par une croix sur un
segment de 100 mm porté horizontalement sur une feuille, en respectant
la similitude globale, telle qu'ils la percevaient ; 2) une épreuve du même
type était faite immédiatement après, mais en utilisant une échelle à
7 intervalles.
Les résultats de ces classements sont donnés ci-dessous.
1) L'extrémité droite du segment étant prise comme origine, les
distances moyennes sont les suivantes :
A B C D
94,47 84,25 61,44 0
2) L'intervalle le plus à droite de l'échelle étant numéroté 1, les
valeurs moyennes attribuées aux stimuli sont les suivantes :
A B G D
6,62 6,16 4,28 1,11
On voit que l'ordination est parfaitement nette ; cependant 4 sujets
n'ont pas donné l'ordre ABGD dans la première épreuve, et deux dans
la seconde.
Il est préférable de ne tirer aucune conclusion ferme en ce qui
concerne les distances ; il y a toutefois une indication qu'elles vont
croissant lorsque l'on passe de A à D.
Consigne. — On donnait aux sujets les indications suivantes :
« Nous allons supposer que vous êtes un psychotechnicien employé
au service du personnel d'une grande usine. Je vais vous présenter
les fiches, tirées du fichier central, de quatre des membres du personnel
de cette usine. (On projetait successivement, dans un ordre au hasard,
les 4 fiches-stimuli.)
« Je vais maintenant vous poser des questions relatives à l'activité
professionnelle de ces quatre hommes. Par exemple, je vous demanderai
à propos de l'un d'eux : « Est-il arrivé à l'heure à son travail ? », et
vous devrez faire une prédiction en réponse à cette question. »
On expliquait alors aux sujets comment inscrire les réponses sur les
feuilles préparées à cet effet, l'expérimentateur fournirait
après chaque prédiction la réponse correcte, et on indiquait que ces
renseignements devaient permettre, au cours de l'épreuve, d'améliorer
peu à peu les prédictions, d'abord données nécessairement à l'aveugle.
Structure de Vépreuve. — On présentait au total 90 essais. Chaque
essai constituait un item particulier, consistant en une question ayant
1. Il s'agit de 19 psychologues participant au Séminaire de Psychologie
expérimentale de la Sorbonne, dirigé par M. Fraisse, et que nous remercions ici. 338 MÉMOIRES ORIGINAUX
rapport avec l'activité professionnelle possible. Nous donnons à titre
d'exemple les items 61 à 70.
61 A. A aperçu une erreur de conception dans un croquis.
62 B. A diminué par son entretien l'usure de sa machine.
63 A. A mis en ordre son poste de travail.
64 A. A fait profiter un apprenti de son expérience.
65 D. S'est solidarisé avec ses collègues en difficulté.
66 A. A éteint un bidon enflammé.
67 G. N'a eu aucun rebut dans sa fabrication.
68 A. A observé exactement les cotes exigées.
69 B. A conseillé un autre ouvrier moins expérimenté.
70 A. A évité une fausse manœuvre d'une machine.
Ces items ont été élaborés de la manière suivante : on s'est efforcé
que 60 % soient en rapport avec les qualités professionnelles proprement
dites, 20 % avec le soin et la ponctualité, 20 % avec les relations inter
personnelles du travailleur et de ses camarades. Mais cette classif
ication des items n'a pas été mise à l'épreuve et on en fera un faible
usage par la suite.
Des 90 items les 45 premiers sont entièrement différents les uns des
autres ; les 45 derniers sont une reformulation des premiers ; un item
attribué dans la première moitié de l'épreuve au stimulus A l'a été
dans la seconde àB, G ou D (et réciproquement), mais sous une forme
modifiée. Chaque item était attribué à un stimulus, c'est-à-dire que la
question était posée à propos d'un des quatre employés. Dans la liste
ci-dessus, la lettre portée après le numéro indique cette attribution.
La fiche-stimulus était projetée sur l'écran durant 8 secondes ;
l'expérimentateur lisait la question, les sujets inscrivaient leur réponse, donnait la réponse correcte, et ainsi de suite. Tous
les items étaient présentés sous forme affirmative, mais la consigne
avait annoncé d'avance cette présentation et souligné qu'elle devait
être comprise comme une interrogation.
L'ordre de présentation des stimuli était au hasard ; 50 % des pré
sentations étaient des A, les 50 % complémentaires étant répartis de
façon égale entre les B, G, et D (soit 16,67 % pour chacun). De ce pour
centage de présentations des individus-stimuli, il convient de distinguer
la proportion de renforcements, c'est-à-dire la probabilité conditionnelle
pour un individu-stimulus, une fois présenté, d'obtenir une réussite
(un oui) ou un échec (un non) à l'item correspondant.
Dans le premier groupe, le pourcentage de renforcements positifs
(réponses « oui m1) était pour le stimulus A de 80 %, et pour B, G ou D
1. Cette réponse était en fait codée comme « + » sur les feuilles et l'exp
érimentateur annonçait « Plus ». La réponse négative était codée comme 0 (Zéro).
Les consignes précisaient ces points et il n'y a aucune apparence que le codage
ait eu un effet particulier. Pour la clarté de l'exposé, nous parlerons donc des
réponses « Oui » ou « Non ». LE NY. LA GENERALISATION 339 J.-F.
de 20 %. Ces renforcements étaient homogènes pour les 3 catégories
d'items, c'est-à-dire que ceux relatifs à l'activité professionnelle, au soin
et à l'exactitude, et aux relations humaines étaient tous renforcés dans
la même proportion pour un même groupe de sujets.
Dans un second groupe les données étaient inversées ; 80 % de
renforcements négatifs (« non ») pour A, et 20 % pour B, G ou D.
Ces pourcentages ont été choisis comme fournissant des conditions
favorables à la mise en évidence de l'effet recherché (Le Ny, 1961 G).
Degré de certitude subjective. — On a demandé aux sujets d'affecter
chacune de leurs prédictions du degré de certitude qu'ils y attachaient.
La consigne disait sur ce point : « Si vous désirez répondre « Oui » et
que vous êtes très sûrs de votre réponse, vous inscrirez trois « plus »
sur votre feuille ; si vous êtes moyennement sûrs, vous inscrirez deux
« plus » ; si vous êtes peu sûrs, vous inscrirez un « plus ». De même si vous
désirez répondre « Non » et que vous êtes très sûrs, vous marquerez
trois « zéros » ; si vous êtes sûrs, vous marquerez deux
« zéros » ; si vous êtes peu sûrs, vous marquerez un « zéro ». »
Jugements. — Après que les sujets eurent répondu aux 90 items,
il leur fut demandé de porter un jugement sur chacun des individus-
stimuli : il consistait en une note sur 20 (cadre de référence familier
aux sujets) ayant trait à l'activité professionnelle globale des
stimuli. Une fois cette note donnée, on demandait de la préciser en
écrivant cette fois trois notes, l'une concernant « les qualités profes
sionnelles proprement dites », l'autre « le soin et l'exactitude », la tro
isième « les relations humaines avec les camarades de travail ».
Sujets. — L'expérience a été passée collectivement ; deux collectifs
ont été nécessaires pour chaque groupe, l'un composé d'étudiants en
psychologie de la Faculté, l'autre d'étudiants de l'Institut Régional
d'Orientation Professionnelle. Il y avait au total 30 et 31 sujets dans les
deux groupes. Les résultats des deux populations, a priori à peine
différentes, ont été mélangés après une simple observation de leurs
tendances, qui n'a révélé aucune hétérogénéité.
RÉSULTATS
1. Jugements
Le tableau I donne les moyennes (et les écarts-types) des
jugements pour chaque groupe.
Étant donné que les trois caractères, qualités professionn
elles proprement dites, soin et exactitude, relations humaines,
ont été renforcés de façon homogène, on peut considérer les
jugements qui s'y rapportent comme fournissant l'occasion de
vérifier les hypothèses au même titre que le jugement global.
On a calculé les corrélations entre le jugement global et les
différents jugements particuliers. Ces calculs ont été faits sépa- MEMOIRES ORIGINAUX 340
rément pour les deux groupes de sujets et pour les 4 individus-
stimuli ; il est difficile d'en tirer des indications stables. Mais en
général ces corrélations sont faibles ou au plus moyennes. Avec
le jugement « professionnel proprement dit » les corrélations
vont de .02 à .61 ; avec le jugement de « soin et exactitude »
de .40 à .79 ; avec le jugement sur les « relations humaines »
de .08 à .69. Il semble donc justifié d'examiner les divers
jugements de façon indépendante.
Tableau I
Moyennes (et écarts-types) des jugements des deux groupes
Stimuli A B c D
Groupe 16,32 13,38 10,00 8,55
1 (2,07) (2,56) (2,48) (3,18) Note
globale Groupe 8,00 14,06 15,16 15,03
2 (2,82) (2,24) (2,10) (1,77)
Groupe 16,06 13,90 9,13 8,33 Qualités
1 professionnelles (2,73) (1,95) (3,68) (3,28)
proprement Groupe 9,03 13,82 14,73 14,50 dites 2 (4,18) (2,30) (2,24) (2,22)
Groupe 15,60 13,10 9,48 9,06 Soin 1 (2,69) (2,64) (3,46) et (4,36)
exactitude Groupe 6,58 13,25 14,20 15,55
2 (4,11) (2,75) (2,44) (2,06)
Groupe 14,29 12,86 10,93 8,29
1 Relations (3,93) (3,49) (2,81) (3,57)
humaines Groupe 7,76 14,52 14,86 15,13
2 (3,67) (2,54) (2,19) (1,83)
Si l'on considère maintenant les jugements du tableau I en
fonction des individus-stimuli, on voit que les moyennes mettent
assez bien en évidence un gradient général affectant les quatre
catégories de jugements ; seules les lignes 2 et 4 montrent pour
les stimuli G et D, une inversion par rapport à l'ordre prévu.
Nous n'avons cependant pas éprouvé statistiquement ce
gradient sur le groupe entier, mais sur les sujets, au moyen de la
technique suivante : nous avons compté, pour chaque catégorie
de jugements, combien de sujets donnaient l'ordre prévu, c'est-
à-dire des notes rangées comme B, C, D, soit dans un ordre
décroissant (groupe 1), soit dans un ordre croissant (groupe 2).