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Le droit d'asile au Royaume-Uni : évolutions et perspectives dans le contexte européen - article ; n°1 ; vol.55, pg 137-166

De
32 pages
Population - Année 2000 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 137-166
Lassalle Didier.- El derecho de asilo en el Reino Unido : evoluciones y perspectives en el contexto europeo El numero de demandas de asilo ha aumentado considerablemente durante los aňos ochenta a causa de la multiplicación de conflictos régionales y guerras civiles en el mundo, y también debido a una legislación progresivamente más restrictiva en materia de inmigra- ción que obliga a los inmigrantes económicos a intentar utilizar el asilo politico para insta- larse en el Reino Unido. La presión de la opinion publica y de los medios de comunicación ha llevado a Gobiernos sucesivos a tomar una série de medidas legislativas para frenar esta tendencia. Sin embargo, las cifras más recientes indican que el Reino Unido recibe casi el triple de demandas de asilo que Francia, y que se situa en segundo lugar, precedido por Alemania, entre los parses europeos. El Reino Unido no tiene control absoluto sobre el derecho de asilo ya que debe res- petar las convenciones internacionales que ha ratificado, en particular la Convención de Gi- nebra de 1951. No obstante, una interpretación más restrictiva de la definición convencional de refugiado ha permitido limitar la proporción de demandantes de asilo que acceden a ese estatuto ; el resultado es la existencia de un numero creciente de refugiados en situación precaria « fuera de la Convención». Una de las consecuencias graves de esta politica es que los demandantes de asilo son peor percibidos y acogidos en el pais.
Lassalle Didier.- Le droit d'asile au Royaume-Uni : évolutions et perspectives dans le contexte européen L'augmentation considérable des demandes d'asile au cours des années quatre-vingt- dix s'explique par la multiplication des conflits régionaux et des guerres civiles dans le monde, ainsi que par une législation en matière d'immigration de plus en plus restrictive qui contraint les immigrants économiques à tenter d'utiliser l'asile politique pour s'installer au Royaume-Uni. Les gouvernements successifs, sous la pression de leur opinion publique et des médias, ont pris une série de mesures législatives pour enrayer cette tendance sans toutefois obtenir le succès escompté : les chiffres les plus récents indiquent en effet que le Royaume-Uni reçoit presque trois fois plus de demandes d'asile que la France, et qu'il se place au second rang en Europe après l'Allemagne. Le Royaume-Uni n'a pas un contrôle absolu sur le droit d'asile car il doit respecter les conventions internationales qu'il a ratifiées, en particulier la Convention de Genève de 1951. Cependant, son interprétation plus restrictive de la définition conventionnelle du réfugié lui a permis de limiter la proportion des demandeurs d'asile accédant à ce statut; il en a résulté un nombre de plus en plus important de réfugiés précarisés « hors Convention ». L'une des graves conséquences de cette politique est que les demandeurs d'asile sont de moins en moins bien perçus et accueillis dans le pays.
Lassalle Didier.- The right to asylum in UK: changes and perspectives in the European context The large increase in requests for asylum in the 1990s was a result of the rise in regional conflicts and civil wars throughout the world, and of increasingly strict immigration laws which force economic migrants to claim political asylum as a means of staying in the United Kingdom. Under pressure from public opinion and the media, successive governments have adopted a series of legislative measures to try to halt this trend, though with less success than expected. The most recent statistics show that the United Kingdom receives nearly three times more requests for asylum than France, and occupies the second position in Europe behind Germany. The United Kingdom does not have a full control over the right to asylum, as it has to respect the international conventions it has ratified, in particular the Geneva Convention of 1951. However, its stricter interpretation of the Convention's definition of a refugee has enabled it to limit the proportion of asylum seekers who obtain this statute. There has been a correspondingly large rise in the number of refugees living outside the terms of the Convention. A serious consequence of this policy is that asylum seekers are viewed with hostility and are made increasingly unwelcome in the country.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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D. Lassalle
Le droit d'asile au Royaume-Uni : évolutions et perspectives
dans le contexte européen
In: Population, 55e année, n°1, 2000 pp. 137-166.
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Lassalle D. Le droit d'asile au Royaume-Uni : évolutions et perspectives dans le contexte européen. In: Population, 55e année,
n°1, 2000 pp. 137-166.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_2000_num_55_1_7100Resumen
Lassalle Didier.- El derecho de asilo en el Reino Unido : evoluciones y perspectives en el contexto
europeo El numero de demandas de asilo ha aumentado considerablemente durante los aňos ochenta
a causa de la multiplicación de conflictos régionales y guerras civiles en el mundo, y también debido a
una legislación progresivamente más restrictiva en materia de inmigra- ción que obliga a los
inmigrantes económicos a intentar utilizar el asilo politico para insta- larse en el Reino Unido. La
presión de la opinion publica y de los medios de comunicación ha llevado a Gobiernos sucesivos a
tomar una série de medidas legislativas para frenar esta tendencia. Sin embargo, las cifras más
recientes indican que el Reino Unido recibe casi el triple de demandas de asilo que Francia, y que se
situa en segundo lugar, precedido por Alemania, entre los parses europeos. El Reino Unido no tiene
control absoluto sobre el derecho de asilo ya que debe res- petar las convenciones internacionales que
ha ratificado, en particular la Convención de Gi- nebra de 1951. No obstante, una interpretación más
restrictiva de la definición convencional de refugiado ha permitido limitar la proporción de demandantes
de asilo que acceden a ese estatuto ; el resultado es la existencia de un numero creciente de
refugiados en situación precaria « fuera de la Convención». Una de las consecuencias graves de esta
politica es que los demandantes de asilo son peor percibidos y acogidos en el pais.
Résumé
Lassalle Didier.- Le droit d'asile au Royaume-Uni : évolutions et perspectives dans le contexte européen
L'augmentation considérable des demandes d'asile au cours des années quatre-vingt- dix s'explique
par la multiplication des conflits régionaux et des guerres civiles dans le monde, ainsi que par une
législation en matière d'immigration de plus en plus restrictive qui contraint les immigrants économiques
à tenter d'utiliser l'asile politique pour s'installer au Royaume-Uni. Les gouvernements successifs, sous
la pression de leur opinion publique et des médias, ont pris une série de mesures législatives pour
enrayer cette tendance sans toutefois obtenir le succès escompté : les chiffres les plus récents
indiquent en effet que le Royaume-Uni reçoit presque trois fois plus de demandes d'asile que la France,
et qu'il se place au second rang en Europe après l'Allemagne. Le Royaume-Uni n'a pas un contrôle
absolu sur le droit d'asile car il doit respecter les conventions internationales qu'il a ratifiées, en
particulier la Convention de Genève de 1951. Cependant, son interprétation plus restrictive de la
définition conventionnelle du réfugié lui a permis de limiter la proportion des demandeurs d'asile
accédant à ce statut; il en a résulté un nombre de plus en plus important de réfugiés précarisés « hors
Convention ». L'une des graves conséquences de cette politique est que les demandeurs d'asile sont
de moins en moins bien perçus et accueillis dans le pays.
Abstract
Lassalle Didier.- The right to asylum in UK: changes and perspectives in the European context The
large increase in requests for in the 1990s was a result of the rise in regional conflicts and civil
wars throughout the world, and of increasingly strict immigration laws which force economic migrants to
claim political asylum as a means of staying in the United Kingdom. Under pressure from public opinion
and the media, successive governments have adopted a series of legislative measures to try to halt this
trend, though with less success than expected. The most recent statistics show that the United Kingdom
receives nearly three times more requests for asylum than France, and occupies the second position in
Europe behind Germany. The United Kingdom does not have a full control over the right to asylum, as it
has to respect the international conventions it has ratified, in particular the Geneva Convention of 1951.
However, its stricter interpretation of the Convention's definition of a refugee has enabled it to limit the
proportion of asylum seekers who obtain this statute. There has been a correspondingly large rise in the
number of refugees living outside the terms of the Convention. A serious consequence of this policy is
that asylum seekers are viewed with hostility and are made increasingly unwelcome in the country.Le
droit Evolutions s d'asile au et perspectives Royaume-Uni :
dans le contexte européen
Didier LASSALLE*
On compte officiellement 13 millions de réfugiés dans le monde,
dont 1,7 dans les frontières de l'Union européenne. Bien que régi par
des Conventions internationales (celles de 1951 et 1967 principalement),
le droit d'asile n'en dépend pas moins avant tout des législations natio
nales. Celles-ci évoluent au gré des vicissitudes politiques de chaque
État, parfois brutalement, au point que même le nombre des demandeurs
d'asile varie en fonction de ces aléas. Mais ce dépend d'abord,
naturellement, des graves crises politiques qui se développent dans di
verses régions du monde, la plus récente en Europe étant celle de V ex
Yougoslavie. Didier Lass allé analyse ici le cas du Royaume-Uni, membre
de l'Union européenne, mais qui n'a pas ratifié les accords de Schengen
sur la libre circulation des personnes entre les États signataires; le
Royaume-Uni a cependant signé d'autres conventions européennes sur le
droit d'asile et le sort des réfugiés, et son degré «d'ouverture » aux ré
fugiés politiques est comparable à celui de la France.
La fermeture des frontières de l'Europe à l'immigration économique
de masse au milieu des années soixante-dix ne permet désormais l'instal
lation d'étrangers non originaires de pays de l'Union européenne sur le
territoire des États membres que dans des circonstances exceptionnelles.
Les deux voies importantes qui restent ouvertes aux candidats potentiels
pour obtenir légalement les autorisations nécessaires sont le regroupement
familial et le droit d'asile.
Si les États contrôlent toujours largement leur politique intérieure dans
le domaine du regroupement familial, il n'en est pas de même pour le droit
d'asile. En effet, ils sont liés par les conventions internationales qu'ils ont
ratifiées, en particulier par la Convention de Genève de 1951 dans le cas des
demandeurs d'asile. La décision d'accorder le statut de réfugié sera donc
guidée par la définition contenue dans la Convention et l'interprétation qui
en sera faite par les États signataires. Par ailleurs, la nécessité d'unifier
les pratiques communautaires s'est faite jour devant l'afflux massif des per
sonnes déplacées se présentant aux frontières de l'Europe à la fin des années
* Université de Paris XIII.
Population, 55 (1), 2000, 137-166 138 D. LASS ALLE
quatre-vingt et au cours des années quatre-vingt-dix, suite à des événements
dramatiques survenus dans leurs pays d'origine (Ethiopie, Rwanda, ex
Yougoslavie, etc.)- L'une des tendances lourdes de ces dernières années
à l'échelon communautaire a été de restreindre la proportion des demand
eurs d'asile accédant au statut de réfugié; cet objectif a été partiell
ement atteint grâce à une interprétation étroite de la Convention de
Genève, non sans conséquences désastreuses sur l'image des demandeurs
d'asile dans l'opinion publique européenne. Ceci a eu également pour
effet de créer arbitrairement une population toujours plus considérable
de réfugiés «hors Convention» dont le statut à géométrie variable ne
dépend que du bon vouloir individuel de chaque État.
L'exemple de la Grande-Bretagne illustre parfaitement la manière dont
les hommes politiques, sous la pression de leur opinion publique et des
médias, ont réagi à l'accroissement des demandes d'asile en introduisant
des législations nationales de plus en plus restrictives. L'une des consé
quences dramatiques de cette politique est que les demandeurs d'asile
n'obtenant pas le statut de réfugié sont désormais considérés comme des
« immigrants économiques camouflés » ayant tenté de contourner les lois
réglementant l'immigration, ce qui est inexact pour beaucoup d'entre eux.
Enfin, le Royaume-Uni offre l'image d'un pays réticent à se dessaisir de
son droit de contrôler l'entrée sur son territoire des personnes en provenance
d'autres États membres de l'Union européenne et de se soumettre entièr
ement aux règles supranationales contenues dans le traité d'Amsterdam, puisque
la Grande-Bretagne a obtenu une dérogation concernant l'aspect du traité qui
prévoit, à terme, l'incorporation des acquis de Schengen dans l'Union
péenne^ К
I. - Mise en place de la législation internationale
sur le droit d'asile et le statut de réfugié
La première guerre mondiale entraîna de vastes mouvements de popul
ations encore accentués par la révolution d'Octobre en Russie. Ces populat
ions, souvent placées dans des situations désespérées, étaient incapables de
subvenir à leurs besoins. Cependant, contrairement à leurs compagnons d'i
nfortune du siècle précédent, les réfugiés de l'entre-deux-guerres ne pouvaient
se déjplacer à leur guise afin d'améliorer leur sort. En effet, la consolidation
des États nations en Europe ainsi que la formation de nouvelles entités na
tionales se traduisirent par un renforcement des contrôles aux frontières et
rendirent la possession de documents officiels indispensable. C'est ainsi que
le Comité international de la Croix-Rouge demanda à la Ligue des Nations
(|) Les accords de Schengen ont été signés en 1985 par divers États de l'Union euro
péenne et ont été complétés en 1990 par une convention d'application qui en définit les con
ditions et les garanties. Ils sont entrés en vigueur en mars 1995 et prévoient la libre circulation des
personnes au sein des pays signataires en abolissant les contrôles d'entrée. À ce jour, font partie
de cet ensemble : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la France, l'Italie, le Luxembourg,
les Pays-Bas et le Portugal. LE DROIT D'ASILE AU ROYAUME-UNI 139
de prendre les mesures qui s'imposaient. En 1921, Fridtjof Nansen fut nom
mé Haut Commissaire, avec pour mission principale de régler les problèmes
juridiques posés par les réfugiés russes en Europe et, en particulier, de mettre
en place et d'organiser la délivrance de «certificats d'identité » reconnus au plan
international. Ceux-ci furent remis aux Russes exilés, à partir de 1922, puis
aux Arméniens de l'Empire ottoman, qui avaient perdu la protection de jure
de leur pays d'origine en 1924. Les réfugiés devaient obligatoirement se trou
ver hors des frontières de leur pays d'origine pour bénéficier d'une telle me
sure; en 1928, une condition supplémentaire fut introduite pour limiter le
nombre des impétrants : la situation d'exil des demandeurs devait être la con
séquence directe de la première guerre mondiale(2).
La Convention de 1938 concernant les personnes en provenance de
l'Allemagne nazie étendit le concept de réfugié à tout individu ayant perdu
de facto la protection de son pays d'origine, même si cette protection lui
était acquise en droit. Les dispositions légales qui suivirent ayant trait aux
réfugiés du IIIe Reich en provenance d'Autriche et des Sudètes vinrent
confirmer cette tendance. C'est également pendant cette période que l'i
nterdiction du « refoulement » des réfugiés aux frontières de pays où leur
vie serait menacée en raison de leur religion, de leur race, de leur natio
nalité, de leur appartenance sociale ou de leurs opinions politiques fut ins
taurée, en particulier par la Convention de 1933 (article 3) et celle de 1938
(article 5). En 1946, la Constitution de l'Organisation internationale pour
les réfugiés donna une définition encore plus large de ce terme, jusqu'à y
inclure les personnes n'ayant pas fait l'objet de persécutions mais pouvant
raisonnablement les craindre. Enfin, le HCR (Haut Commissariat aux ré
fugiés) fut créé en 1950 sous l'égide des Nations unies afin de garantir la
protection des réfugiés au niveau international. Ces différentes dispositions
internationales sont à l'origine de la Convention de Genève de 1951 et du
Protocole de 1967 sur lesquels se basent toutes les législations nationales
sur le droit d'asile des pays signataires(3).
La Convention de 1951 prenait en compte les effets de l'instauration
de régimes communistes dans les pays d'Europe de l'Est, qui conduisirent
à l'exil forcé un grand nombre d'opposants politiques, en donnant une dé
finition élargie du concept de réfugié ; mais elle en limitait la portée en
fixant une date butoir au 1er janvier 1951. Cette dernière fut supprimée
par le Protocole de New York de 1967, en réponse aux évolutions import
antes enregistrées dans le mouvement global des réfugiés qui provenaient,
à cette époque, de pays situés à l'extérieur de l'Europe et dont la situation
résultait d'événements postérieurs à 1951(4). Par ailleurs, la limitation géo
graphique originelle confinant l'application de la Convention aux réfugiés
issus « se produisant en Europe » fut également levée pour
(2) En application des Arrangements du 12 mai 1926 et du 30 juin 1928. Voir également
Joly D., 1996, Haven or Hell? Asylum Policies and Refugees in Europe, Macmillan, London, p. 1-21.
(3) Voir en particulier le texte de la Convention de Genève de 1951 et celui du Protocole
de 1967.
(4) Par exemple les Tibétains fuyant l'occupation de leur pays par la Chine et les Cubains
fuyant la révolution castriste, etc. 140 D. LASSALLE
inclure l'ensemble de la planète. Conformément à la Convention de Genève
modifiée par le Protocole de 1967, le terme de réfugié s'applique à toute
personne « qui craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race,
de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe
social ou de ses opinions politiques » ne peut ou ne veut se réclamer de
la protection du pays dont elle a la nationalité, ou qui constitue sa résidence
habituelle(5).
L'octroi du statut de réfugié est la prérogative exclusive de l'État
auquel le requérant fait sa demande d'asile. En outre, si la Convention
précise que les réfugiés doivent se conformer scrupuleusement aux lois
et aux réglementations de leur pays d'accueil, ces derniers ont également
des obligations relativement contraignantes envers les réfugiés présents
sur leur territoire : cela concerne, en particulier, la délivrance de documents
d'identité appropriés, la liberté de circulation, l'accès à la justice, la non-
discrimination, la liberté religieuse et l'égalité de traitement avec les na
tionaux dans les domaines du droit d'association, de l'éducation, du droit
du travail et de l'aide sociale. Ce coût social, d'autant plus important que
les pays de l'Ouest européen ont accordé aux réfugiés installés sur leur
territoire des conditions similaires à celles de leurs citoyens dans tous les
domaines, est certainement devenu un facteur non négligeable la prise
de décision conduisant à l'attribution ou non du statut de réfugié.
En dépit de la publication par le HCR en 1979 d'un guide des pro
cédures et des critères permettant l'attribution du statut de réfugié, de nom
breux demandeurs d'asile ne correspondent plus actuellement à
l'interprétation que les États font de la définition de la Convention de
Genève, alors qu'ils ont néanmoins besoin de protection : c'est le cas des
victimes des états de guerre et de la violence généralisée, des victimes de
violations répétées des droits de l'homme, des femmes persécutées, des dé
serteurs, des objecteurs de conscience et des pacifistes. Certains pays d'ac
cueil ont mis sur pied des solutions spécifiques pour ces cas particuliers,
comme par exemple le Royaume-Uni avec « l'autorisation exceptionnelle
de résidence » (Exceptional Leave to Remain) ou les pays Scandinaves avec
le statut « В ». En réalité, dans la plupart des cas, le requérant est autorisé
à séjourner par défaut puisqu'il est impossible de le renvoyer dans son
pays d'origine en vertu de la clause de « non-refoulement » contenue dans
la Convention. Ces statuts alternatifs, de plus en plus favorisés par les
États signataires qui cherchent ainsi à contourner leurs obligations légales,
n'accordent pas les mêmes droits que celui de réfugié à leurs bénéficiaires et
peuvent varier amplement selon les pays(6). Enfin, des conventions interna
tionales plus récentes lient également les États signataires et complètent le
champ d'application de la Convention de 1951 et du Protocole de 1967 en
matière d'asile : il s'agit de la internationale sur les Droits civils
et politiques de 1976 et de la des Nations unies de 1989 sur les
Droits de l'enfant.
(« <5' Joly Convention D., 1996, de Genève op. cit. de 1951 et Protocole de 1967. DROIT D'ASILE AU ROYAUME-UNI 141 LE
La compilation des statistiques nationales est souvent rendue difficile
par la multiplicité des sources. D'une part, dans les pays où une assistance
est fournie, différentes sources peuvent coexister pour les réfugiés des
camps, ceux des zones urbaines, ceux vivant au sein des populations locales
et ceux qui ne sont pas aidés par le HCR. D'autre part, l'organisme re
sponsable du recensement des réfugiés varie selon les pays ainsi qu'à l'i
ntérieur de chaque pays : ce peut être le Gouvernement, le HCR, une agence
non gouvernementale ou une combinaison de ces différentes instances. Enf
in, dans les pays développés, les demandeurs d'asile se présentant aux
frontières, les réfugiés intégrés et les personnes sous protection temporaire
sont souvent comptabilisés séparément par des organismes différents.
Ces difficultés étant soulignées, voici le nombre indicatif de réfugiés
recensés par le HCR au sein de l'Union européenne fin 1997. L'effort hu
manitaire fourni par chaque État membre varie d'une façon considérable :
en valeur absolue, c'est l'Allemagne qui accueille le plus grand nombre de
réfugiés, suivie de très loin par la Suède, la France, les Pays-Bas et le
Royaume-Uni ; cependant, lorsqu'on rapporte le nombre de réfugiés accueillis
à la taille de la population d'accueil, la Suède passe au premier rang, en hé
bergeant proportionnellement 1,6 fois plus de réfugiés que l'Allemagne, et
des petits pays tels que le Danemark, l'Autriche ou les Pays-Bas reçoivent
proportionnellement beaucoup plus de réfugiés que la France et le Royaume-
Uni, qui se classent en ces termes nettement au-dessous de la moyenne eu
ropéenne (tableau 1).
Tableau 1. - Nombre total de réfugiés recensés dans les pays de l'Union
européenne et nombre de pour 100 000 habitants, fin 1997
Nombre de réfugiés pour Pays Nombre total de réfugiés 100 000 habitants
Allemagne 1 049 000 1 279
84 400 Autriche 1 055
Belgique 36 100 354
Danemark 57 000 1 075
Espagne 5 600 14
Finlande 11 700 229
France 147 300 246
Grèce 5 500 55
Irlande 400 11
Italie 73 400 126
427 106 Luxembourg
Pays-Bas 118 700 741
Portugal 300 3
Royaume-Uni 102 700 180
Suède 187 000 2 077
Total 1 711 227 469
Sources : UNHCR Statistics, 1998. Persons of concern to UNHCR-1997 Statistical Overwiew,
tableau 1 : indicative number of refugees and others of concern to UNHCR, end 1997,
http://www.unhcr.ch. Le nombre de réfugiés pour 100 000 habitants a été calculé par l'auteur
à partir de la population de chaque État membre. 142 D. LASSALLE
II. - Le droit d'asile au Royaume-Uni :
rappels historiques
Le Royaume-Uni, et plus particulièrement l'Angleterre, a une longue
tradition d'accueil des personnes persécutées dans leur pays d'origine pour
leurs opinions politiques ou leurs affiliations religieuses. Les Flamands,
les Allemands, les Wallons, les Hollandais et les Français ont pleinement
profité de cette attitude libérale aux XVIIe et XVIIIe siècles. On estime,
par exemple, que 80 000 huguenots se réfugièrent dans ce pays après la
révocation de l'édit de Nantes en 1685 et que, pendant la Révolution fran
çaise, un grand nombre de catholiques fervents et d'aristocrates s'y expa
trièrent en attendant des jours meilleurs. Plus tard, les pogromes antisémites
de la fin du XIXe et du début du XXe siècles en Russie et en Roumanie
déclenchèrent la migration d'un grand nombre de juifs, dont environ
120 000 s'installèrent en Angleterre entre 1875 et 1914. Ces derniers firent
l'objet de réactions xénophobes parfois violentes au sein de la population
autochtone à Londres, Leeds, Salford et dans certaines villes du sud du
pays de Galles(7).
La première guerre mondiale donna elle aussi naissance à de vastes
mouvements de population renforcés par la révolution d'Octobre en Russie
qui jeta plus d'un million d'individus sur les routes de l'exil entre 1917 et
1921. Entre les deux guerres, l'installation d'un gouvernement fasciste en
Italie, la guerre civile en Espagne et surtout la montée de l'hitlérisme en
Allemagne contribuèrent à l'accroissement de la population de réfugiés au
Royaume-Uni. Sur les 370 000 juifs qui quittèrent l'Allemagne entre 1933
et 1939, environ 50 000 s'installèrent en Grande-Bretagne. Enfin, près de
120 000 Polonais, qui avaient participé aux combats au sein des armées
alliées sous commandement britannique pendant la seconde guerre mond
iale, furent autorisés à s'installer au Royaume-Uni comme réfugiés après
le passage de leur pays sous domination communiste à la fin des hostilités.
L'intégration de ces réfugiés dans la société britannique fut facilitée par
les mesures positives mises en place par une loi de 1947 (Polish Reset
tlement Act) et, en dépit d'une opposition populaire et syndicale, ils furent
rapidement absorbés dans une économie en plein essor(8\
Jusqu'à la fin des années soixante, le nombre des personnes souhaitant
trouver refuge au Royaume-Uni était resté relativement stable, bien que la
Convention de Genève ait été interprétée d'une manière extrêmement libé
rale pendant toute cette période. Il est vrai que la plupart des réfugiés
étaient d'origine européenne et que l'époque était à l'euphorie économique,
ce qui facilitait leur installation. Cela explique également que nombre d'entre
eux n'aient pas pris la peine de chercher à obtenir le statut de réfugié pour
(7> Holmes C, 1988, John Bull's Island: Immigration & British Society 1871-1971,
Macmillan, London, p. 70.
(8) Layton-Henry Z., 1992, The Politics of Immigration, Blackwell, Oxford, p. 8. LE DROIT D'ASILE AU ROYAUME-UNI 143
s'installer au Royaume-Uni, et qu'ils y pénétrèrent en tant que travailleurs.
Aux victimes de la guerre froide vinrent s'ajouter les exilés de l'Espagne
franquiste, du Portugal de Salazar et ceux de la Grèce des colonels. Ce
pendant, les choses commencèrent à changer progressivement lorsque de
nombreux réfugiés d'origine non européenne se présentèrent aux frontières
à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. Les coups
d'État successifs qui eurent lieu en Amérique latine précipitèrent l'arrivée
d'exilés chiliens, argentins et uruguayens. Le départ forcé des Asiatiques
du Kenya en 1968, l'expulsion des Asiatiques d'Ouganda par le régime
dictatorial d'Amin Dada en 1972, les guerres civiles en Afrique et le passage
du Vietnam sous le contrôle des communistes contribuèrent à alimenter le
flot continu des demandeurs d'asile. Pendant toute cette période, le nombre
des demandeurs d'asile ne cessa d'augmenter, non seulement au Royaume-Uni,
mais également dans tous les pays d'Europe. Les demandes furent multipliées
par douze entre 1972 et 1980, passant de 13 000 à 158 000 par an(9).
III. - Les demandes d'asile au Royaume-Uni
sur la période récente
Le nombre des demandeurs d'asile en Europe a continué d'augmenter
de façon presque exponentielle entre 1980 et 1992, pour atteindre près de
570 000 dans l'Europe des Douze cette année-là. Ce sont surtout l'Allemagne
puis la France qui ont fait l'objet des demandes les plus nombreuses à la
fin des années quatre-vingt et qui ont accepté le plus grand nombre de ré
fugiés; mais le Royaume-Uni a également subi de plein fouet cette recru
descence (tableau 2)(10). Les données les plus récentes, prenant en compte
les personnes à charge des demandeurs, indiquent que ce dernier reçoit dé
sormais presque trois fois plus de candidatures que la France (46 890 contre
15 970 en 1998), et qu'il se place au second rang après l'Allemagne qui
reste toujours le pays le plus sollicité avec 132 250 demandes déposées la
même année. Les positions communes de l'Union européenne concernant
l'accueil des demandeurs d'asile et le traitement des dossiers déposés font
que tous les pays de l'Union sont désormais confrontés à cet afflux de
demandes, y compris des pays comme l'Irlande ou le Luxembourg qui étaient
restés à l'écart de cette évolution jusqu'au début des années quatre-vingt-dix.
Aux demandes d'asile individuelles recensées annuellement par le mi
nistère de l'Intérieur, il convient d'ajouter les programmes spéciaux mis en
place à la suite d'accords internationaux pour répondre à des situations
particulières. C'est le cas du programme d'accueil des réfugiés vietnamiens
introduit à la fin des années soixante-dix. Ces constituent un
groupe bien distinct puisqu'ils sont déjà reconnus comme réfugiés avant
<9) Joly D., 1990, Refugees in Europe, London: Minority Rights Group.
(l0) Commission of the European Communities, 1992, Background Report, Immigration
and Asylum, 10 March 1992, ISEC B6 92. '
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