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Le nombre de partenaires sexuels : les hommes en ont-ils plus que les femmes ? - article ; n°2 ; vol.46, pg 249-277

De
31 pages
Population - Année 1991 - Volume 46 - Numéro 2 - Pages 249-277
Lagrange (Hugues). - Le nombre de partenaires sexuels : les hommes en ont-ils plus que les femmes ? Dans une enquête en 1989 dans la région Rhône-Alpes, chaque personne était interrogée sur le nombre de ses partenaires sexuels au cours des douze mois précédents. Ce nombre est analysé en fonction de diverses caractéristiques : le sexe, le type de sexualité, l'âge, la situation conjugale etc. Mais on bute systématiquement sur une incohérence entre les résultats déclarés par les hommes et par les femmes. Les premiers annoncent davantage de partenaires sexuels que les secondes. Cet écart sur les moyennes tient largement dans un petit nombre de déclarations d'hommes ayant un réseau de relations large ou même très large, englobant souvent la prostitution et manquant parfois de vraisemblance. La réflexion sur ces situations marginales conduit à s'interroger sur la notion même de partenaire sexuel et sur sa différence d'acception entre hommes et femmes.
Lagrange (Hugues). - Do Men have more Sexual Partners than Women ? In a survey carried out in 1989 in the Rhone-Alps region, each person was questioned about the number of their sexual partners during the last 12 months. This number was analyzed in terms of various factors : sex, type of sexuality, age, marital status, etc. But there was systematic difference between the answers given by men and women. The former claimed to have had sexual partners than the latter. This difference was primarily the result of a small number of statements made by men, who claimed to have had a large number of partners which often included prostitutes and sometimes lacked credibility. The discussion of these marginal situations leads us to question the very notion of « sexual partner » and the difference in the interpretation given to this term by men and women.
Lagrange (Hugues). - El numero de compaňeros sexuales : £ los hombres tienen más que las mujeres ? En una encuesta de 1989 en la región Rhône- Alpes, cada persona fué interrogada sobre el numero de compaňeros sexuales durante los doce meses précédentes. Ese numero es analizado en función de diversas características : el sexo, el tipo de sexualidad, la edad, la situación conyugal, etc. Pero, sistematicamente se tropieza con una incoherencia entre los resultados declarados por los hombres у рог las mujeres. Los primeros anuncian más compaňeros sexuales que los segundos. Esta diferencia sobre los valores medios es notable en un pequeňo numero de declaraciones masculines, que tienen una gran red de relaciones que a veces es muy extendida, englobando frecuentemente la prostitution y faltando en al- gunos casos, de verosimilitud. La reflexion sobre ésas situaciones marginales, conduce a in- terrogarse sobre la noción misma de compaňero sexual y sobre su diferente acepción, entre hombres y mujeres.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Hugues Lagrange
Le nombre de partenaires sexuels : les hommes en ont-ils plus
que les femmes ?
In: Population, 46e année, n°2, 1991 pp. 249-277.
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Lagrange Hugues. Le nombre de partenaires sexuels : les hommes en ont-ils plus que les femmes ?. In: Population, 46e année,
n°2, 1991 pp. 249-277.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1991_num_46_2_17470Résumé
Lagrange (Hugues). - Le nombre de partenaires sexuels : les hommes en ont-ils plus que les femmes ?
Dans une enquête en 1989 dans la région Rhône-Alpes, chaque personne était interrogée sur le
nombre de ses partenaires sexuels au cours des douze mois précédents. Ce nombre est analysé en
fonction de diverses caractéristiques : le sexe, le type de sexualité, l'âge, la situation conjugale etc.
Mais on bute systématiquement sur une incohérence entre les résultats déclarés par les hommes et par
les femmes. Les premiers annoncent davantage de partenaires sexuels que les secondes. Cet écart sur
les moyennes tient largement dans un petit nombre de déclarations d'hommes ayant un réseau de
relations large ou même très large, englobant souvent la prostitution et manquant parfois de
vraisemblance. La réflexion sur ces situations marginales conduit à s'interroger sur la notion même de
partenaire sexuel et sur sa différence d'acception entre hommes et femmes.
Abstract
Lagrange (Hugues). - Do Men have more Sexual Partners than Women ? In a survey carried out in
1989 in the Rhone-Alps region, each person was questioned about the number of their sexual partners
during the last 12 months. This number was analyzed in terms of various factors : sex, type of sexuality,
age, marital status, etc. But there was systematic difference between the answers given by men and
women. The former claimed to have had sexual partners than the latter. This difference was primarily
the result of a small number of statements made by men, who claimed to have had a large number of
partners which often included prostitutes and sometimes lacked credibility. The discussion of these
marginal situations leads us to question the very notion of « sexual partner » and the difference in the
interpretation given to this term by men and women.
Resumen
Lagrange (Hugues). - El numero de compaňeros sexuales : £ los hombres tienen más que las mujeres
? En una encuesta de 1989 en la región Rhône- Alpes, cada persona fué interrogada sobre el numero
de compaňeros sexuales durante los doce meses précédentes. Ese numero es analizado en función de
diversas características : el sexo, el tipo de sexualidad, la edad, la situación conyugal, etc. Pero,
sistematicamente se tropieza con una incoherencia entre los resultados declarados por los hombres у
рог las mujeres. Los primeros anuncian más compaňeros sexuales que los segundos. Esta diferencia
sobre los valores medios es notable en un pequeňo numero de declaraciones masculines, que tienen
una gran red de relaciones que a veces es muy extendida, englobando frecuentemente la prostitution y
faltando en al- gunos casos, de verosimilitud. La reflexion sobre ésas situaciones marginales, conduce
a in- terrogarse sobre la noción misma de compaňero sexual y sobre su diferente acepción, entre
hombres y mujeres.LE NOMBRE DE PARTENAIRES
SEXUELS : LES HOMMES EN ONT-ILS
PLUS QUE LES FEMMES ?
de fortes La analogies diffusion d'une formelles épidémie avec par Г autoreproduction contamination présente des po
pulations humaines par la fécondité. Celle-ci, processus
complexe, a fait l ' občet depuis longtemps d'un vaste puzzle
dont il a fallu définir les pièces (fécondabilité, temps mort,
efficacité de la contraception, etc.) avant de prendre quelques
mesures de celles-ci et d'en vérifier la cohérence par des mo
dèles qui permettaient aussi d'estimer les caractéristiques des
morceaux manquants. Les enquêtes, nombreuses, larges et r
eprésentatives ont permis ensuite ď affiner et de diversifier nos
connaissances de ces facteurs. Les travaux de P. Vincent,
J. Bourgeois-Pichat, H. Leridon et bien sûr L. Henry ont été
des contributions importantes sur ces points dans Population.
Mêmes méthodes awpurď nui dans les recherches épidémiolo-
giques intenses sur le Sida pour définir, mesurer et combiner
les étapes de la contamination, de Г incubation conduisant à
la maladie, puis à la mort. Mêmes imbrications des aspects
physiologiques et comportementaux. Même difficulté enfin à
dévoiler l'intimité de la vie sexuelle pour connaître la fré
quence des rapports sexuels, la diversité des pratiques contra
ceptives ou le nombre de partenaires. Hugues Lagrange*
aborde ici ce dernier point, fournit des résultats importants
dans un domaine mal connu, précise les frontières du vra
isemblable et de l'incertain, ouvre enfin la voie à une collecte
ď information plus fiable sur des concepts mieux définis.
La propagation du virus du Sida par voie sexuelle, dans l'ensemble
de la population pose avec acuité la question du combien. Combien de
partenaires, quels actes, quelle fréquence ? Certaines formes de sexual
ité qui impliquent une large ouverture relationnelle exposent de ce fait à
un risque d'infection non négligeable.
La taille des réseaux sexuels est un des paramètres essentiels qui
gouvernent le développement de l'épidémie du sida. Plus ces réseaux sont
grands et connectés les uns aux autres et plus la diffusion du virus à travers
* Observatoire sociologique du changement/CNRS.
Population, 2, 1991, 249-278 250 NOMBRE DE PARTENAIRES SEXUELS
la population est rapide. Le réseau sexuel n'est pas observé directement,
c'est une construction qui prend en compte à la fois le nombre moyen de
partenaires et sa dispersion(1). La connaissance du nombre de partenaires
présente donc un intérêt épidémiologique, mais aussi sociologique tant du
point de vue descriptif qu'interprétatif. Au moment où dans certains pays
d'Europe, le nombre de personnes ayant contracté le Sida par voie hété
rosexuelle connaît une forte progression, il est nécessaire de s'attacher à
situer l'importance des multipartenaires, singulièrement des hétérosexuels
multipartenaires.
Or si la fréquence et les modalités des rapports sexuels des Français
sont mal connus(2), le nombre des partenaires sexuels est un point obscur
dans cette zone d'ombre : sa distribution suivant les clivages de la mor
phologie sociale est tout à fait ignorée. Le problème interprétatif est ici
étroitement mêlé à la description. Plus encore que celles touchant les re
venus, les questions sur la vie affective et sexuelle présentent une incursion
dans l'intimité, qui suscite inévitablement une série de déformations et de
dissimulations. Ici, la sincérité des déclarations pose un problème crucial.
Au mieux, on peut espérer pallier les défauts de l'information en recoupant
les déclarations, en cherchant la cohérence des pratiques rapportées, en
tentant d'établir, par la déclaration de pratiques connexes, des liens entre
les éléments nécessairement interdépendants qui trament la vie affective
et sexuelle.
L'établissement des faits étant en ces matières fort difficile, il faut
attacher beaucoup d'attention à l'inventaire, avant de proposer une inter
prétation.
I. - Combien?
Les données utilisés proviennent d'une enquête réalisée au printemps
1989 dans la Région Rhône-Alpes par l'institut BVA pour l'association
PROMST (Projet d'observatoire régional des maladies sexuellement trans-
missibles), auprès d'un échantillon de 1 511 personnes, représentatif de la
population de la région (quotas âge, sexe, profession, catégorie d'agglo
mération)^^ Trois questions permettent d'établir le nombre de partenaires
de chaque enquêté. « A quel âge avez-vous eu vos premiers rapports
sexuels, si vous en avez eu ? (Q40a) » délimite la population n'ayant jamais
eu de rapports sexuels ; « Au cours des douze derniers mois, avez-vous
(1) Dans la suite on emploiera indifféremment les termes « nombre annuel de parte
naires » et « partenariat annuel » ou « réseau sexuel ». Formellement, 1 'epidemiologie associe
la « taille du réseau sexuel » au nombre de partenaires par la relation : с = m + P-fm , où с
désigne la taille moyenne du réseau sexuel, m le nombre moyen de partenaires et s2 la variance
du nombre de partenaires (cf R.M. Anderson, 1988 ; N. Brouard, 1987).
<2) Les données les plus solides viennent du rapport Simon, publié il y a 20 ans.
(3) questions relatives au comportement sexuel ont été auto-administrées. NOMBRE DE PARTENAIRES SEXUELS 251
eu des relations sexuelles ? (Q.42a) » oppose la population sexuellement
active au cours de la période de référence à celle qui n'a pas eu d'activité
sexuelle ; enfin « Si vous avez eu plus d'un partenaire pendant l'année
écoulée, indiquez combien ? (Q.42b) » permet de préciser le nombre annuel
de partenaires sexuels(4). Ces pratiques sont ici mesurées indépendamment
de tout clivage entre homosexualité et hétérosexualité. Elles concernent
une période de temps strictement définie : l'année écoulée. Ce caractère
rétrospectif de la déclaration, mais aussi la présence d'un enquêteur, même
si la partie-clé du questionnaire était auto-administrée, et l'échantillonage
par quotas sont autant d'éléments à prendre en compte pour apprécier la
fiabilité des réponses.
Dans l'enquête Rhône- Alpes (tableau 1), la proportion des personnes
qui ne revendiquent aucun partenaire est inférieure à la proportion enre
gistrée dans d'autres enquêtes comparables réalisées en France et à
l'étranger, la proportion de multipartenaires est supérieure, celle des monop
artenaires étant dans la moyenne. Or l'enquête Rhône- Alpes concerne la
population âgée de 18 à 59 ans alors que de l'Observatoire Ré
gional de la Santé(5) en 1987, comme les enquêtes anglo-saxonnes, porte
Tableau 1. - Enquêtes récentes sur le nombre de partenaires sexuels
(France, USA, Royaume-Uni (*»
Nombre sujets Période Opart. 1 part. + de 1 parten. NR Enquête enquêtes de réfé %suj. %suj. % suj. % (Nb répondants) rence (% répon) (% rép.) (%rép.)
Etats-Unis 1481 12 mois 21,5 59,6 12,8 6,1
GSS.88 (MMWR) (1 391) (23) (63) (14)
Etats-Unis 2 075 12 mois 15 70 11 4
Los Angeles (1992) (16) (73) (И)
Times 87 (MMWR)
Royaume-Uni 713 12 mois 21,5 65,6 7 5,6
GSS.88 (MMWR) (673) (23) (70) (7)
France-Ile-de 900 6 mois 18,2 61,2 10,2 10,3
France.ORS/87 (807) (20) (68) (12)
(18 ans et +)
Rhône-Alpes 1511 12 mois 11,5 66,2 16,4 5,8
18-59 ans (1 423) (12,2) (70,3) (17,5)
(*) Le total de chaque ligne fait 100 %. A l'exception des données Rhône-Alpes, les résultats de ces
enquêtes ont été publics dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, n° 1 1, 1989.
(4) Pour construire la variable on a tranché les contradictions et les incertitudes en
adoptant la règle de priorité suivante : ceux qui n'ont jamais eu de rapports sexuels (Q.40a)
ont le code 0, même s'ils indiquent un nombre de partenaires m positif en Q.42a ou en Q.42b.
S'il y a contradiction entre les réponses faites en Q.42a et en Q.42b, la réponse Q.42a est
adoptée. A défaut d'une réponse valide en Q.42a, la réponse donnée en Q.42b est adoptée.
Enfin, les individus qui ont indiqué avoir eu plusieurs partenaires en Q.42a sans préciser ce
nombre en Q.42b se sont vu attribuer conventionnellement la valeur moyenne.
(5) Ile-de-France. NOMBRE DE PARTENAIRES SEXUELS 252
sur les « 18 ans et plus ». Aussi une part importante des différences vient-
elle de l'absence dans l'enquête Rhône-Alpes des personnes âgées de 60
ans et plus qui sont moins actives sexuellement. Ces mises à
part, les enquêtes présentent d'assez fortes similitudes mais la proportion
de multipartenaires varie sensiblement d'une enquête à l'autre : entre 7 %
et 14% des répondants.
Pour l'enquête nord-américaine du General Social Survey (GSS), pu
bliée dans le Morbity and Mortality Weekly Report du 23 septembre 1988(6),
on dispose d'une ventilation par sexe et par âge qui autorise une compar
aison fine avec les données françaises. Cette comparaison, réalisée en
adoptant les délimitations d'âge et de sexe du GSS, indique une grande
congruence des distributions du nombre des partenaires de part et d'autre
de l'Atlantique (tableaux 2 et 3).
Tableau 2. - Distribution du nombre de partenaires sexuels
par catégories d'âge : hommes
Rhône- Alpes 1989
Nombre 18-29 ans 30-44 ans 45-59 ans % total
5,2 NR 3,0 11,5 6
0 5,2 11,5 9,6 12,3
67,8 66,1 1 52,8 61,8
2 11,9 10,1 5,2 9,5
4,5 3 7,4 3,6 5,3
4 1,9 1,0 2,2 3,3
5-10 3,7 0,5 4,4 7,8
llet + 1,5 0,5 1,4 1,5
(N=) (269) (267) (192) (728)
100% 100% 100% 100%)
Etats-Unis 1988
% 18-60 61 ans % total Nombre 18-29 ans 30-44 ans 45-60 ans pondéré et + 18 & +
(*)
NR 7,9 6,5 7,3 7,2 3,8 6,4
0 9,7 8,2 16,4 10,9 30,3 14,6
1 46,1 71,0 64,6 60,1 60,6 61,3
2 9,1 5,6 6,4 7,1 0,8 5,6
3 9,7 3,9 1,8 5,5 2,3 4,7
4 6,1 2,6 0,9 3,4 2,3 3,1
5-10 8,5 1,3 0,9 3,9 0,0 2,8
11 et + 3,0 0,9 1,8 1,9 0,0 1,4
100% 100% 100% 100% 100% 100%
(*) On a attribué aux trois catégories d'âge le poids qu'elles ont dans la région Rhône-Alpes.
<6> Elle concerne un échantillon aléatoire de la population américaine âgée de 18 ans
et plus. NOMBRE DE PARTENAIRES SEXUELS 253
Tableau 3. - Distribution du nombre de partenaires par catégorie d'âge : femmes
Rhône- Alpes 1989
Nombre 18-29 ans 30-44 ans 45-59 ans % total
NR 3,0 6,3 8,3 5,5
0 10,6 13,4 7,8 25,5
1 69,6 76,9 63,5 70,7
2 10.2 6,0 2,6 6,8
3 3,0 2,2 0 2,0
4 1,7 0,4 0 0,8
5-10 1,3 0,4 0 0,7
llet + 1,5 0 0 0,3
(N = ) (303) (268) (192) (763)
100% 100% 100% 100%
Etats-Unis 1988
% 18-60 61 ans % total Nombre 18-29 ans 30-44 ans 44-60 ans pondéré et + 18& + (*)
NR 6,3 3,6 4,6 4,9 8,2 5,9
0 7,3 7,1 28,5 12,6 60,8 26,7
1 66,0 77,8 62,9 69,4 29,8 58,2
2 13,1 5,2 7,7 5,2 2,6 0,8
3 4,2 4,8 0,7 3,4 0 2,5
4 2,1 0,8 0 1,1 0 0,7
5-10 1,0 0,4 0 0,5 0 0,5
llet + 0 0,4 0,7 0,4 0 0,2
100% 100% 100% 100% 100,0 % 100%
* On a attribué aux trois catégories d'âge le poids qu'elles ont dans la région Rhône-Alpes.
Dans les deux enquêtes, près des deux tiers des hommes déclarent avoir
eu dans l'année un seul partenaire sexuel (/? - A = 62 %, E - U = 60 %).
Approximativement un homme sur cinq déclare plusieurs partenaires.
Cette déclaration est plus fréquente chez les 18-29 ans : environ un tiers
des enquêtes, un peu moins dans la région Rhône-Alpes (32 %), un peu
plus aux Etats-Unis (36 %). Toutefois sa diminution en fonction de l'âge
apparaît plus nettement dans l'enquête américaine que dans l'enquête
Rhône-Alpes : elle n'est plus que de 5,4 % au-delà de 60 ans aux Etats-
Unis. L'absence de relations sexuelles est sensiblement égale outre-Atlan
tique (11 %) et dans la région Rhône-Alpes (10%). Dans les deux pays,
environ 10% des plus jeunes déclarent ne pas avoir eu de relations
sexuelles dans l'année. Minimale à 30-44 ans, cette proportion s'élève en
suite avec l'âge et atteint un tiers aux Etats-Unis parmi les hommes de
plus de 60 ans.
Pour les femmes de 18 à 60 ans, les résultats des deux enquêtes sont
encore plus proches. Aux Etats-Unis comme dans le Sud-est de la France, 254 NOMBRE DE PARTENAIRES SEXUELS
le monopartenariat semble être le fait de plus des deux tiers des femmes
parmi les plus jeunes. Comme pour les hommes, il est maximum entre
30-44 ans mais se situe à un niveau sensiblement plus élevé (R - A = 77 %,
E - U = 78 %). Au-delà, la proportion diminue parallèlement à une forte
augmentation de l'absence de rapports sexuels.
Le multipartenariat concerne au plus une femme américaine sur
cinq parmi les 18-29 ans, la proportion n'est que de 17 % dans la région
Rhône-Alpes. Il descend à 10% environ dans la classe d'âges suivante;
après 44 ans, le multipartenariat est très rare chez les femmes aux Etats-
Unis (4 %) comme en France (2,6 %). Quels que soient le pays et la
classe d'âge, les femmes sont toujours beaucoup moins nombreuses que
les hommes à déclarer plusieurs partenaires. Dans les deux enquêtes,
l'absence de relations sexuelles s'observe plus fréquemment parmi les
femmes (R - A = 13,4 %, E - U = 12,6 %) que parmi les hommes. Tout
efois, parmi les plus jeunes, c'est l'inverse qui est vrai.
Les observations faites dans la région Rhône-Alpes sont donc très
proches de celles effectuées aux Etats-Unis, non seulement en niveau mais
aussi en structure : dans les deux pays on observe les mêmes variations
différentielles des comportements déclarés selon le sexe et l'âge. Cette
convergence suggère une certaine homogénéité du comportement des oc
cidentaux par delà les différences culturelle et nationale. De plus, en dépit
des différences de méthode, ces enquêtes apparaissent comme des product
ions homogènes, présentant sans doute les mêmes qualités et les mêmes
biais.
A quoi tiennent les différences dans les distributions masculines et
féminines qu'on enregistre à peu près toutes les classes d'âge ? Pour
répondre, on va passer en revue divers facteurs susceptibles d'affecter le
nombre des partenaires des hommes et des femmes dans l'enquête Rhône-
Alpes.
«Homosexuels» Le questionnaire propose deux délimitations
en ce qui concerne l'homosexualité. 1/ Ceux
qui, sans se considérer nécessairement comme homosexuels, ont répondu
par l'affirmative à la question « Au cours de la dernière année, vous est-il
arrivé d'avoir des relations sexuelles avec une personne du même sexe que
vous ? (Q.44) ». 2/ Ceux qui, à l'occasion d'une question sur la contra
ception : « Est-ce que, actuellement vous-même ou votre partenaire, vous
utilisez une méthode de contraception ? (Q.45) », ont répondu « Non, je
suis homosexuel(le) ».
La réunion de ceux qui ont eu des pratiques homosexuelles (Q.44)
et de ceux qui se disent homosexuels (Q.45) - soit 39 personnes - constitue
la population « homosexuelle » au sens large. Les dix-sept individus qui
ont affirmé être homosexuels à l'occasion de la question sur la contracept
ion (Q.45), déclarent tous - à une exception près - avoir eu des rapports DE PARTENAIRES SEXUELS 255 NOMBRE
homosexuels au cours des douze derniers mois (cf tableau 4). Autrement
dit à une exception près, la définition pragmatique englobe la revendication
identitaire.
Tableau 4. - Pratiques homosexuelles au cours des 12 derniers mois
et revendication d'une identité homosexuelle
Pratiques homosexuelles (Q.44) :
Revendication
identitaire (Q.45) : Oui Oui <N=) Jamais 1-2 fois souvent %
1 1 Réponse à Q.45 15 (17)
« je suis homosexuel » 5,9% 5.9% 88,2 % 100%
Autres réponses à Q.45 1260 16 6 (1 282)
98.5 % 1.1% 0.4% 100%
Ce groupe de 39 personnes (qui seront désignées, par abus de langage
homosexuelles sans guillemets) représente 3 % de l'ensemble des enquêtes
ayant fourni une indication sur leurs pratiques au cours des 12 derniers
mois (1 299 personnes)(7). D'après notre enquête, la prévalence des prati
ques homosexuelles est de 4,5 % parmi les hommes et de 1 % parmi les
femmes : différence très significative. Le nombre moyen de partenaires
chez les homosexuels est élevé (de l'ordre de 8) et la dispersion autour
de cette moyenne est également très forte : un homosexuel sur cinq affirme
avoir eu plus de 10 partenaires(8). L'homosexualité étant encore stigmatisée
à des degrés divers dans notre pays, ces chiffres minorent vraisemblable
ment le nombre des individus qui ont des pratiques homosexuelles. Mais
il est difficile d'apprécier cette minoration.
Le nombre moyen de partenaires dans la région Rhône-Alpes est un
peu inférieur à celui révélé par d'autres enquêtes. Ainsi celles de M. Pollak
et M.A. Schiltz conduisent à un nombre semestriel de partenaires chez les
lecteurs de Gai-pied voisin de neuf(9) en 1986. Mais il faut passer de ce
nombre semestriel à un nombre annuel. D'après les observations sur les
nombres de partenaires des homosexuels au cours de diverses périodes de
référence allant de 1 mois à 5 ans, rapportées par R.M. Anderson, on peut
<7) Dans la population totale, on postule souvent que le nombre de partenaires au cours
des 12 derniers mois suit une loi de Poisson (m = s2). C'est loin d'être le cas dans la po
pulation homosexuelle car la variance de la distribution du de est très
élevée.
<8> Cinq hommes ayant déclaré être multipartenaires n'ont pas précisé le nombre de
leurs partenaires. Si l'on tient ces déclarations pour des non-réponses, le nombre moyen annuel
des partenaires des homosexuels (deux sexes réunis) est de 9,6. Si l'on attribue à ces hommes,
multipartenaires, le nombre moyen de partenaires des homosexuels masculins multipartenaires
qui ont fourni un nombre explicite (soit 12,9 par an), le nombre moyen de partenaires des
homosexuels des deux sexes est de 10,0 et le nombre moyen de partenaires des homosexuels
masculins est de 11,4.
<9> Nous avons établi ce chiffre à partir de la distribution. A la dernière classe, 51
partenaires et plus, nous avons attribué 75 partenaires. 256 NOMBRE DE PARTENAIRES SEXUELS
réaliser une interpolation qui attribue environ 13,5 partenaires par an aux
lecteurs de Gai-pied.
La distribution des homosexuels masculins de la région Rhône- Alpes
est plus concentrée autour de la classe 2-4 partenaires que celle des lecteurs
de Gai-pied (tableau 5). La période de référence étant plus longue en
Rhône-Alpes, il est surprenant que la proportion des homosexuels mascul
ins ayant plus de 10 partenaires, soit sensiblement plus faible. Cette
différence vient-elle de la dissemblance des protocoles ou d'une réduction
des hautes multiplicités entre 1986 et 1989 ?
Tableau 5. - « Homosexuels » : nombre de partenaires au cours
des 12 derniers mois (rhône-alpes) et nombre de partenaires,
au cours des 6 derniers mois des lecteurs de gai-pied en 1986*
Ihône-Alpes : Lecteurs de Gai-pied
Hommes** Femmes Hommes Effect. % eff. eff. % %
Zéro 0 1 3,1 3,1 4,6 45
1 parten. 6 3 9,4 9,4 162 16,3
2-4 0 10 31,2 38,0 305 30,7
5-10 parten. 0 8 25,0 30,4 208 21,0
1 1 -20 1 3 9,4 11,4 165 16,6
21 parten. & + 0 2 6,3 7,8 101 10,2
Multi
nombre non 0 5 15,6 6 0,6
précisé/ NR
Total 7 32 100 100 992 100
* D'après Michael Pollak et Marie- Ange Schiltz, Une épidémie autogérée : les homosexuels face au
Sida. Rapport à la Mire, Mars 1987 (Annexe statistique).
** Répartition des non-réponses multipartenaires au prorata des réponses valides. A comparer avec la
distribution du Gai-pied.
Quelle que soit la source retenue, les nombres annuels de partenaires
sont nettement plus faibles que ceux qui ressortent d'enquêtes effectuées
dans les années 1970. D'après les distributions fournies par Bell et Wein-
berg (1978), le nombre moyen annuel de partenaires dans la population
homosexuelle était de 35 dans la communauté homosexuelle de San Fran
cisco vers 1977. L'échantillonnage « boule de neige » peut cependant ex
pliquer en partie les résultats élevés. On dispose de données comparables
à différentes dates pour la République fédérale Allemande : le nombre
moyen annuel de partenaires passe de 28 à 1971 à 15 en 1987 d'après
Reiche et Dannecker (Bochow, 1990). Dans l'enquête réalisée en R.F.A.
par M. Bochow(10) en 1987, suivant une procédure analogue aux enquêtes
françaises de M. Pollak et M.A. Schiltz, le nombre de partenaires annuel
00) Ces chiffres ont été fournis par M. Bochow lors de sa communication au colloque
Assessing aids prevention in the homo/bisexual community animé par M. Pollak, dans le cadre
d'une action concertée européenne, à Paris les 27-28 avril 1989.

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