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Lecture critique : L'argent dans la culture moderne

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Lecture critique : L'argent dans la culture moderne

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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Lecture critique : L’argent dans la culture moderne Critique de la modernité monétaire chez Georg Simmel
Philippe Barbereau, Masters en sociologie Pari IV-EHESS
Il est de bon ton de parler de laPhilosophie de l’argentde Georg Simmel, comme d’une des œuvres majeures de la philosophie continentale du XXième siècle. Pour, immédiatement après, déplorer qu’elle soit si peu 1 connue du public. Si l’on en croit certains, cet oubli s’expliquerait par l’hégémonie en France, pendant les années 1960-70, des théories néo-marxistes et structuralistes avec lesquelles la sociologie de Simmel s’accordait, dit-on, plutôt mal. Mais cette prétendue incompatibilité entre la sociologie simmelienne et les thèses du matérialisme historique est-elle réellement bien fondée ? Une position plus juste, selon nous, consiste précisément à reconnaître que laPhilosophie de l’argents’inscrit à 2 la croisée des travaux de Karl Marx et de Max Weber. On peut même avancer, en un sens, que la réflexion qui s’y déploie sur lamodernité monétaire transfigurele premier tout en préfigurant le second. En effet, partant d’une interrogation prenant pour objet l’argent en tant quefait social total, - dont il s’agit d’expliquer l’émergence dans le cadre d’une doctrine vitaliste comme les conséquences pour les formes de l’interaction, -le chemin emprunté par G. Simmel mène d’une lecture nuancée des thèses du matérialisme historique sur la monnaie et la marchandise vers une prise de position critique quant au statut des valeurs face à l’hégémonie progressive de la raison comptable. Quiconque s’intéresse aux sociétés issues de la double révolution démocratique et industrielle, à la sociologie économique ou à la critique de la modernité en général devrait donc s’empresser de consulter l’opus... Cependant. LaPhilosophie de l’argentdont le verbe pourtant, avec ses quelque 600 pages à l’unité cryptique, étincelant ne parvient pas à conjurer les effets néfastes du pointillisme méthodologique de son auteur, s’avère d’une lecture difficile. En un mot, l’ouvrage a de quoi dérouter le lecteur-impatient-qu’on-en-vienne-aux-faits. Que ce lecteur-là se réjouisse. Est récemment paru aux éditions de la Maison des sciences de l’homme, un recueil d’essais fraîchement traduits pour l’occasion, reprenant la plupart des idées forces de l’ouvrage et 3 constituant, selon les mots d’Alain Denault, une sorte de “Philosophie de l’argent enminiature” .L’argent dans la culture moderne(182 p., 22€), puisque c’est là la titre du recueil, comblera tous les partisans de l’économie psychique. Sorte dedigest rédigépar la main du maître lui-même, l’ouvrage réunit cinq essais dont la lecture des deux premiers satisfera le lecteur le plus pressé. Ceux-ci s’articulent autour d’un corpus d’idées représentatives de la position critique de Simmel, que nous proposons de reformuler et d’agencer comme suit : 1.La monétarisation est un des traits spécifiques des sociétés modernes, et marque une rupture nette avec le système féodal. Son influence s’évalue pour le sociologue en terme d’émergence de nouveaux types de personnalités et de socialités: la socialité marchande tout comme les figures de l’avare, du prodigue et du blasé en sont de bons 4 exemples .  1.1.La caractéristique première de la monétarisation est d’instaurer partout la médiation de l’argent, dans les
1 Boudon, Raymond, Bourricaud, François,Dictionnaire critique de la sociologie, PUF, Paris, 2004. 2 C’est la position défendue notamment par F. Vandenberghe (2001). 3 Simmel, Georg,L’argent dans la culture moderne, Presse universitaire de Laval, 2006, p.6. 4 Pour une description détaillée de ces types, voir Simmel, Georg,Philosophie de l’argent, Chap.3