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Les bassins à cupule - L'environnement des bassins

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Sommaire1 L’environnement des bassins1.1 L’emplacement des sites à bassins1.1.1 Les sites de bord de mer1.1.2 Les sites proches de rivières1.1.3 L’implantation des sites incertains1.2 L’évolution des sites1.2.1 L’évolution générale des sites actifs1.2.2 L’évolution générale de la capacité totale des bassins1.3 L’organisation de la production1.3.1 L’implantation des bassins dans les sites1.3.2 L’environnement direct des bassins1.3.3 Systèmes particuliers1.3.4 L’histoire des sites2 SommaireL’environnement des bassinsL’emplacement des sites à bassinsComme cela a été précisé dans l’introduction, les bassins à cupule ne serencontraient, avant 1979, qu’en Charente ou en Charente Maritime. Ce n’est quedepuis une vingtaine d’années que des découvertes certaines (bassins aveccupule) ont été faites dans les trois départements de la Vendée, des Deux-Sèvreset de la Vienne. Encore, leur nombre reste-t-il restreint. La répartition générale dessites fouillés reste très disparate selon les départements, comme selon lescivitates. Dix sites se trouvent en Charente, vingt-trois en Charente Maritime, soit87 % du total régional (et 91 % des bassins). Les trois autres départements neregroupent que cinq sites. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces disparités.La plus évidente est qu’il y a moins de sites à découvrir, donc moins dedécouvertes. Les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée sont presqueentièrement dans le massif Armoricain. Les roches granitiques ...
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Sommaire
1 L’environnement des bassins 1.1 L’emplacement des sites à bassins 1.1.1 Les sites de bord de mer 1.1.2 Les sites proches de rivières 1.1.3 L’implantation des sites incertains 1.2 L’évolution des sites 1.2.1 L’évolution générale des sites actifs 1.2.2 L’évolution générale de la capacité totale des bassins 1.3 L’organisation de la production 1.3.1 L’implantation des bassins dans les sites 1.3.2 L’environnement direct des bassins 1.3.3 Systèmes particuliers 1.3.4 L’histoire des sites 2 Sommaire
L’environnement des bassins
L’emplacement des sites à bassins
Comme cela a été précisé dans l’introduction, les bassins à cupule ne se rencontraient, avant 1979, qu’en Charente ou en Charente Maritime. Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que des découvertes certaines (bassins avec cupule) ont été faites dans les trois départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Vienne. Encore, leur nombre reste-t-il restreint. La répartition générale des sites fouillés reste très disparate selon les départements, comme selon les civitates. Dix sites se trouvent en Charente, vingt-trois en Charente Maritime, soit 87 % du total régional (et 91 % des bassins). Les trois autres départements ne regroupent que cinq sites. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces disparités.
La plus évidente est qu’il y a moins de sites à découvrir, donc moins de découvertes. Les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée sont presque entièrement dans le massif Armoricain. Les roches granitiques dont il est composé ont donné des terres froides, moins favorables à l’agriculture et donc aux implantations humaines que celles de la vallée de la Charente, qui sont alluviales, donc plus fertiles. Les instruments aratoires antiques travaillaient beaucoup plus facilement ces terres, plus légères que celles de la Vienne. Le sud-est de ce département est d’ailleurs lui aussi sur des roches granitiques, celles du Massif Central. La deuxième raison est la différence dans la recherche archéologique. Elle est beaucoup plus importante et ancienne dans la Charente et la Charente Maritime que dans les autres départements. Surtout, le nombre des sociétés savantes s’occupant d’archéologie publiant régulièrement une revue est plus grand dans ces départements que dans les trois autres. Ainsi, treize sites des deux départements charentais ont été signalés avant le milieu de notre siècle, soit près des deux cinquièmes. Si ce recensement avait eut lieu il y a vingt ans, il se serait intitulé « Les bassins à cupule dans les Charentes ».
Les bassins sont également beaucoup plus nombreux dans lacivitas Santonum que dans les cités voisines. En considérant les limites des anciens diocèses, tels qu’ils étaient lorsqu’ils se sont fondus dans le cadre des cités du Bas-Empire, 28 sites sont santons, et 95 bassins (74 % et 83 % des totaux). Les autres cités rassemblent un nombre mineur de sites : sept dans celle des Pictons (soit 18,5 % du total), mais seulement 14 bassins (12 %). La cité des Pétrucores (la Dordogne actuelle et le sud-est de la Charente) a au moins un site. Enfin, deux sites se trouvent sur le territoire de l’évêché d’Angoulême, qui correspond à la cité d’Icolisma. Elle a été détachée au Bas-Empire d’une des cités voisines ; nous ignorons laquelle. Le choix peut se faire entre chacune des trois déjà citées et celle des Lémovices. Il serait d’autant plus intéressant de le savoir que celui des deux sites qui est daté est abandonné au Bas-Empire, donc ne se rattache pas à la période d’existence de cettecivitas. De toute façon, l’essentiel des sites se trouve dans la cité des Santons, et un nombre restreint dans deux ou trois cités voisines. Voyons maintenant quels sont les points communs dans l’implantation topographique des sites.
Les sites de bord de mer
À la concentration des sites dans une même cité, correspond une répartition des sites selon deux critères principaux non pas administratifs, mais géographiques : la proximité de la mer, et celle d’une rivière. La mer comme les rivières offrent à la fois des ressources et une possibilité de commerce à longue distance. La rivière permet de transporter des marchandises, éventuellement jusqu’à la mer et au-delà. Le premier groupe de sites rassemble donc tous ceux actuellement proches de la mer, d’un marais, qui a pu se former depuis l’Antiquité, ou de l’embouchure d’une rivière. Un troisième groupe, mineur, est formé de sites à la fois éloignés de la mer et d’une rivière importante.
Le premier sous-groupe des sites proches de la mer comprend les sites de Château-d’Oléron, de La Rochelle, et de Talmont-Saint-Hilaire. Les deux derniers sont à moins de 5 hectomètres d’une côte rocheuse, qui n’a pas dû beaucoup varier depuis leur implantation, il y a un peu plus de deux mille ans. Les bassins de Puits Jouan, à Château-d’Oléron, sont à 200 mètres à peine de la citadelle. La côte est sableuse, voire marécageuse, et a pu varier, comme pour les sites du deuxième sous-groupe. La forteresse et la ville sont cependant sur un éperon rocheux, qui a du constituer un point d’accrochage pour les sables emmenés par les courants littoraux. Il est fort probable que la côte d’Oléron a avancé à cet endroit, plus que reculé.
Les choses sont moins clairement établies pour les sites proches de marais. Il y en a six : le site de l’Houmeau, ceux du Gua, et ceux de Saint-Georges-d’Oléron et de Saint-Martial-de-Mirambeau. Rien ne prouve, a priori, que les marécages, qui ont probablement avancé ces derniers siècles, étaient assez reculés pour que ces sites aient eu un accès à la mer aisé. Le site de Saint-Martial est le plus douteux : nous ne savons rien sur la formation des Palus de la Gironde, dont il est éloigné de 8 kilomètres à vol d’oiseau. Même si le recul hypothétique de la rive de la Gironde est la cause de la formation de ces marais, la distance est déjà importante pour que le site se soit installé ici pour bénéficier des ressources de l’estuaire de la Gironde, et partant, de celles de la mer. Par contre, pour commercialiser outre-mer la production des bassins, la distance ne parait pas excessive, surtout si l’on considère que la ferme se trouve en général au milieu des terres qu’elle exploite.
Le site de Saint-Georges-d’Oléron est par contre très proche des marais salants du Douhet, au Nord de Saint-Georges-d’Oléron, qui n’existaient pas au Moyen-Àge. Il est donc très probable que ce site était en bord de mer dans l’Antiquité. Le marais du Plomb, à l’Houmeau, a été comblé seulement au XVIe siècle. Les sites du Gua étaient eux aussi probablement en bord de mer, puisque les marais de la Seudre sont de formation récente. Certaines cartes les représentaient il y a peu comme des espaces marins. La bande de terre entre la Seudre et la Gironde s’appelle encore la presqu’île d’Arvert. Ces cinq sites se sont donc presque certainement installés en bord de mer, pour des raisons qui n’étaient probablement pas improvisées.
Les sites du troisième sous-groupe ont un emplacement favorable sous deux aspects : établis sur les bords de la Charente, ils ont des relations faciles avec leur arrière-pays (dont Saintes, qui, en tant que capitale de la province d’Aquitaine, constituait certainement un marché d’importance) ; installés sur son estuaire, ils peuvent tirer leurs ressources de la mer, et commercialiser facilement leur production vers des marchés plus éloignés. En remontant la Charente, rive gauche, on trouve les sites de Port-des-Barques, Saint-Nazaire-sur-Charente]], Soubise 1 et 2 ; rive droite, il n’y a que Rochefort. Ceux d’Échillais et de Tonnay-Charente sont l’un, trop loin du fleuve, et l’autre, trop loin de son embouchure pour être inclus dans cette liste. Le second paraît cependant assez proche de la Charente pour avoir utilisé cette voie de communication naturelle. Il se range alors dans le deuxième groupe, ceux établis dans la vallée d’une rivière importante.
Les sites proches de rivières
La Charente est celle qui a le plus attiré l’implantation des bassins à cupule. Leurs constructeurs devaient y voir ce qui a déjà été dit à la page précédente, une voie fluviale facilement utilisable pour le commerce. Non seulement se trouvent non loin de ses berges (moins de 2 kilomètres) les sites de Tonnay-Charente, d’Écurat 1 et 2, de Saintes 1 et 2 et de Brives-sur-Charente, mais certains se sont installés sur les bords de ses affluents : Germignac (sur le Né) et Cognac (sur l’Antenne). Le site d e Juillac-le-Coq est à inclure dans ce groupe, il est au fond d’une courte vallée sèche perpendiculaire au cours du Né. Le transport par eau est plus économique, permet d’emporter de plus grosses charges, limite les risques de bris pendant le voyage. Strabon décrit d’ailleurs l’importance que les fleuves avaient sous l’Empire. À propos des transports en Gaule, il dit : « les marchandises ayant peine à être voiturées par terre (...) Le plus souvent, on les transporte par les voies d’eau. »
Il y a ensuite un vide, où il n’y a aucun site certain, entre les sites que nous venons de citer, situés sur le cours inférieur et moyen de la Charente, et ceux qui sont plus en amont. Ceux que l’on rencontre ensuite sont moins proches de la Charente. Elle reste pourtant navigable jusqu’au confluent avec la Tardoire. Mais évidemment, elle ne peut pas déjà porter de gros bateaux, et donc il est plus difficile d’évacuer de grosses quantités de marchandises rapidement. Les sites d’amont sont justement de faible importance. Leur production ne devait pas être très importante. Les sites de Ligné et de Puyréaux sont très proches de confluents avec la Charente, ceux du Bief (dont l’écoulement n’est pas pérenne actuellement) et de la Tardoire et, mieux que les sites qui suivent, devaient profiter de la Charente comme voie fluviale.
Ces sites sont cependant toujours situés dans la vallée du fleuve et dans celles de ses affluents. Si des sites se sont implantés près de ces cours d’eau peu importants, il faut plutôt y voir un effet de la recommandation de Varron, qui conseille de s’établir « à proximité d’une eau qui coule sans tarir ». La précaution s’impose presque d’elle-même, et Varron reprend certainement une pratique établie. La vallée facilite aussi les communications avec le cours de la Charente. Les sites concernés sont ceux de Saint-Fraigne (vallée de l’Aune) et de Suaux-Brassac (sur un coteau dominant la Bonnieure).
Les sites du Haut-Poitou sont eux, tous à proximité d’une voie navigable : le Thouet pour Taizé, la Gartempe pour Antigny, la Vienne pour Civaux et Ingrandes. Le site d’Antigny est de plus sur la voie entre Limonum et Lugdunum (Poitiers et Lyon). Ces sites étaient sur la même voie commerciale fréquentée que ceux de la vallée de la Charente, qui remontait le Clain et traversait le seuil du Poitou pour reprendre une voie fluviale. Une ligne d’eau de la Table de Peutinger relie ainsi Limonum à Mediolanum Santonum. Cela ne signifie évidemment pas qu’une voie d’eau continue existait ente les deux villes. Mais la Table de Peutinger indique les itinéraires les plus pratiques. Le voyage par eau étant plus économique et plus confortable, elle précise lorsqu’il est possible d’aller d’une ville à l’autre presque uniquement en bateau. Le court transport par terre n’est pas indiqué.
La tentative de rapprochement d’une rivière navigable est aussi constatable pour le site de Salles-Lavalette, dans la vallée de la Lizonne ou Nizonne.
En revanche, quelques sites sont toalement à l’écart de toute rivière navigable : outre celui d’Échillais, il a ceux de Baignes-Sainte-Radegonde et de Saint-Denis-du-Pin, qui sont aussi à l’écart des autres sites.
L’implantation des sites incertains
Les sites à bassins aux caractéristiques proches des bassins à cupule se répartissent de manière analogue. Seize sites sont en Charente Maritime ou en Charente, si l’on compte trois sites à Fouras. Étant décrits succinctement comme semblables par un seul auteur, il n’a pas été utile d’établir plusieurs fiches. Quatre seulement sont établis dans les trois départements du Nord. Lacivitas Pictonum regroupe à peu près la même proportion (20 % contre 18,5 %) de sites incertains que de sites surs. Lacivitas Santonum est, pour ces sites aussi, largement prédominante, avec 60 % des sites. Les sites de la cité d’Icolisma sont mieux représentés, avec 20 % des sites. Les bassins sont en très grande majorité dans ce même territoire, à cause du très grand nombre possible de bassins de Fouqueure.
Ces sites incertains sont également nombreux dans les vallées de la Charente et de ses affluents. En amont, les sites de Mons et des Gours sont proches de l’Aume et de la Couture, près du groupe de sites surs de Ligné et de Saint-Fraigne. Les sites de Fouqueure, Vars, Balzac et Nersac se trouvent eux dans la vallée de la Charente. Ils comblent en quelque sorte l’intervalle entre le groupe de sites amont (dont le plus aval est celui de Ligné) et ceux de la Basse-Charente. Plus en aval, les sites incertains de Cierzac, près de Germignac, et de Coulonges, près du confluent du Bramert avec la Charente, sont eux aussi très proches de la Charente. Enfin, les trois sites de Fouras sont établis sur la rive droite de l’estuaire du fleuve.
Trois des sites Pictons sont également à proximité d’une rivière navigable, Granzay, sur la Courance, Niort, sur la Sèvre du même nom, et Scorbé-Clairvaux, près de la Lenvigne. L’avantage de la rivière comme voie de communication y est cependant moins sur. Le dernier site est éloigné d’environ 4 kilomètres de cette petite rivière. Quant aux deux autres rivières qui se dirigent vers le Marais Poitevin, elles sont aujourd’hui assez hautes, parce que leur cours s’est élevé depuis l’assèchement des marécages. Mais jusqu’à quel point était-elle moins navigable u’au ourd’hui ? En effet, une sim le bar ue eu char ée uel ues am hores n’a
pas un tirant d’eau très important. Les sites proches d’une petite rivière sont parmi les moins importants ; ils ont tous un ou deux bassins seulement. Ils ont pu, de manière marginale, les utiliser pour le transport de leur production, de toute façon limitée. Mais, comme pour les sites surs, il est plus probable que la rivière était utilisée surtout pour la consommation d’eau des humains et des animaux.
Les sites incertains éloignés d’une rivière sont aussi rares que les sites surs. Il y a Aumagne, située entre Matha et Saint-Jean-d’Angély, dans la vallée d’une autre Courance, à l’écoulement qui n’est pas pérenne. Ce site a pu profiter de la proximité de la voie entre Mediolanum Santonum et Limonum (Saintes-Poitiers). Il y a aussi les sites de Bernay, à l’est de Surgères, Fontaine-d’Ozillac, entre Baignes-Sainte-Radegonde et Saint-Martial-de-Mirambeau, et Saint-Félix, près de Bernay.
Cette répartition des sites incertains, près du réseau fluvial, notamment la Charente et ses affluents, à proximité de la mer, et en grande partie dans lacivitas Santonum, confirme à la fois les précédentes observations et la validité de la sélection de ces sites incertains.
La plupart des sites se sont donc implantés en recherchant la proximité de voies de communication, fluviale et maritime, terrestre à défaut. En envisageant l’évolution des sites dans le temps, collectivement puis individuellement, nous pouvons préciser cette idée.
L’évolution des sites
L’évolution générale des sites actifs
Bien que 38 sites soient recensés, seulement 24 sont datés, dont deux avec une assez grande incertitude. Comme on peut le voir sur le graphique de la page suivante, le nombre de sites actifs de façon certaine à un moment donné ne dépasse pas la quinzaine. Les observations que nous pouvons faire à chaque fois ne reposent donc que sur un échantillon restreint des sites connus.
Le graphique n’est pas un reflet exact de la réalité pour d’autres raisons encore : les sites datés de façon incertaine sont mélangés avec ceux datés certainement ; er les sites dont l’occupation commencent au I siècle sans précision y figurent tous à partir de 20 après J.-C. sans distinction ; de même pour les arrêts d’occupation ; nous ne savons pas si tous les bassins avaient le même usage, et des sites qui utilisaient leurs bassins peut-être de façons totalement différentes sont rassemblés sous la même étiquette de bassins à cupule. Les bassins de Trains d’Écurat n’ont toutefois pas été pris en compte, car inscrits dans un contexte religieux. Certains bassins sont inclus dans ce graphique, bien que nous ne connaissions que très mal leur volume. C’est le cas pour les bassins de Talmont, qui n’ont été conservés que sur une hauteur de 24 cm. Malgré toutes ces réserves, quelques tendances générales se dégagent, exposées dans cette partie.
La première chose que le graphique met en évidence est la très longue période d’activité des sites dans la région : cinq siècles, soit des débuts de la Gaule romaine jusqu’à la fin du royaume de Syagrius et à l’invasion wisigothique. L’installation la plus ancienne datable avec précision est celle d’ Antigny, vers 15 avant J.-C. Le site d’Écurat 2 s’est installé sous Auguste avec certitude. Celui de Rochefort était occupé avant la Conquête, et ses bassins ont été comblés à la fin er du I siècle après J.-C., ce qui place leur construction probablement à la même époque que les deux précédents. Il est une des traces de la romanisation précoce du littoral des Santons. Ceux-ci ont en effet très tôt collaboré avec les Romains, notamment dans leur lutte contre les Vénètes. Les deux premiers sites ont ceci de commun qu’ils sont placés dans des lieux où les contacts avec les Romains devaient être plus nombreux et qui étaient plus susceptibles d’une romanisation précoce. Le site d’Écurat est proche de Saintes, qui fut choisie comme capitale provinciale par Auguste à l’époque de son installation (le voyage d’Auguste en Gaule date de 27 avant J.-C.). Celui d’Antigny est sur la voie romaine Poitiers-Lyon, sur le point de passage de la vallée de la Gartempe, le Gué-de-Sciaux. Les nombreuses constructions artisanales et cultuelles témoignent de sa fréquentation. Même le site de Rochefort n’échappe pas à cette logique, car s’il est en bord de mer, il est aussi à l’embouchure de la Charente. Les relations avec Saintes s’en trouvaient facilitées. Ces trois sites plus anciens sont ainsi des marqueurs des premiers progrès de la romanisation de la région. er Les installations de sites dans la première moitié du I siècle sont au nombre de cin et de huit si on a oute ceux d’Échillais mal daté de cette ériode de Li né
er qui a pu avoir une activité dès le deuxième quart du I siècle, et des Trains d’Écurat, douteux quant à son activité artisanale. Un seul site est abandonné, celui d’Antigny. En 50 après J.-C., on peut considérer que huit sites au moins étaient actifs, ce qui représente un bond considérable. Cette progression se poursuit dans la seconde moitié du siècle, avec neuf installations, dont une seule datée de façon incertaine (Germignac). Trois sites étant abandonnés, ou datés de façon insuffisante, le nombre de sites sûrement en activité autour de 100 s’établit à quinze.
Ce nombre est stable pendant une période longue d’un demi-siècle, qui correspond e à l’apogée de l’Empire Romain. Quelques rares sites disparaissent au II siècle, mais d’autres les remplacent. Dit d’une autre façon, la grande époque des installations est finie : seulement deux sites sont occupés à partir du début de ce siècle, Ligné et Taizé (le premier des deux a peut-être été occupé dès le siècle précédent) et un seul après 150, l’Houmeau. À cette période, le nombre de sites actifs connaît une deuxième chute, puis redevient stable dans les grandes lignes e pendant plus d’un siècle. La crise du III siècle ne semble pas avoir fait disparaître un nombre important de sites.
Ce n’est que lorsque le plus fort de cette crise est passé que le nombre de sites actifs recommence à diminuer, justement quand l’instabilité politique s’apaise, entre 280 et 300. Malgré cette baisse, un site au moins, voire deux installent de nouveaux bassins : Soubise 2 et Civaux. Il n’y a donc pas de relation immédiate entre le nombre de sites actifs et l’évolution politique de l’Empire, jusqu’aux e alentours de 350. Ce n’est que lorsque l’Empire se désagrège au IV siècle que les sites recommencent à disparaître plus rapidement. Ces deux événements sont concomitants, mais au vu de la période précédente, ils ne sont pas forcément liés. Il est plus sur d’évoquer le changement de la société que celui des empereurs.
e Une véritable chute du nombre des sites actifs se produit donc à la fin du IV siècle, e et il n’y en a plus que deux au V siècle (Port-des-Barques et Soubise 2). L’arrêt de l’activité est difficile à préciser, car les sites ont continué à être occupé à l’époque mérovingienne. Il est toutefois certain que les bassins continuent d’être utilisés au cours de ce siècle, et qu’ils sont abandonnés au suivant.
L’évolution générale de la capacité totale des bassins
Les incertitudes qui pèsent sur le graphique des sites actifs pèsent aussi sur la courbe de la capacité totale des bassins, plus une : nous ne pouvons pas savoir si les bassins étaient utilisés à plein ou pas à telle ou telle époque. Les commentaires qu’elle peut susciter ne doivent donc concerner que la longue durée. Croisé avec celui de l’histogramme, son examen est très intéressant sur l’histoire des bassins à cupule.
L’évolution de la capacité totale des bassins entre 20 avant J.-C. et 100 après J.-C. suit celle du nombre de bassins actifs, et augmente très rapidement. La petite pause que l’on observe au milieu du premier siècle est due au rapprochement des dates de référence (de vingt ans en vingt ans), les installations de nouveaux bassins n’étant pas toujours datables avec une telle précision. C’est à cette époque que l’on doit être le plus prudent dans la lecture du graphique, puisque une grande part de cet accroissement est due à un site à datation incertaine, Germignac. Il ne remet cependant pas en cause la tendance générale, puisqu’il ne figure dans le graphique qu’à deux dates de référence, 60 et 80. Il faut aussi tenir compte des sites dont nous ne connaissons pas le volume des bassins ; leur nombre passe de un à deux à cette époque. Le nouveau site est celui de Saint-Martial, dont le bassin, qui n’est peut-être pas unique, est l’un des plus grands : 12 m². Il est donc sur, malgré ces quelques incertitudes quant aux proportions exactes, que les capacités totales des bassins ont très fortement augmenté entre 50 et 100, et de façon moins sensible entre 100 et 140. Ce petit accroissement correspond à la montée en puissance du site de Port-des-Barques, et se fait malgré la diminution du nombre de sites actifs e pris en compte. La première moitié du II siècle est donc réellement l’apogée de l’activité des bassins à cupule.
La période qui suit est très particulière. Alors que le nombre de sites actifs reste très stable, après une première baisse limitée, la capacité des bassins chute en e continu jusqu’au début du III siècle, en diminuant de 40 % dans un premier temps ente 140 et 200, puis de 50 % entre 200 et 260. Pour que leur activité perdure, les sites actifs ont du réduire drastiquement la capacité des bassins. Les propriétaires se sont ainsi adaptés à un changement durable de la conjoncture, sur lequel nous ne pouvons que lancer des conjectures. Une région constituant un débouché particulier s’est-elle fermé progressivement ? Les consommateurs habituels de ce
produit s’en sont-ils détournés, ce qui retire également un débouché ? Si les bassins avaient un usage domestique, leur utilité a-t-elle diminué ? Tant que nous ne pourrons pas déterminer avec plus de certitude quel usage les Gallo-Romains faisaient de ces bassins, nous ne pourrons trancher entre ces différentes hypothèses.
Toujours est-il que cette adaptation a du réussir, puisque, malgré la disparition de deux sites à volume connu, le nombre de sites actifs redevient stable après 260 et e la capacité totale ne baisse que légèrement dans la deuxième moitié du III siècle. Son évolution est ensuite parallèle à celle du nombre de sites actifs, avec deux diminutions importantes vers 300 et vers 400, et dont l’apparente brutalité est due à la difficulté déjà évoquée de la datation des cessations d’activité des sites.
Nous approchons du moment où nous essaierons de déterminer pour quel usage précis ces bassins étaient construits. Mais avant d’envisager cela, voyons d’abord quels sont les aménagements construits pour l’alimentation de ces bassins.
L’organisation de la production
L’implantation des bassins dans les sites
La connaissance que nous pouvons avoir de celle-ci commence par un vide, puisqu’aucune installation particulière n’a été relevée autour des bassins les plus anciens, puisqu’elles avaient disparu à Écurat 2, les sols ayant disparu ; à Rochefort, les conditions de fouilles n’ont pas permis d’en retrouver ; enfin, à Antigny, il semble qu’aucun aménagement n’ait subsisté jusqu’à nos jours. Simplement, à Antigny, le bassin est en plein air, alors que le bassin d’ Écurat 2 était plus vraisemblablement à l’intérieur de la ferme gauloise. Cette dernière information contient deux points intéressants : le bâtiment de la Cigogne à Écurat est une reconstruction d’une ferme gauloise, et c’est un bâtiment rural. Certains des bassins à cupule, bien que faisant appel à des techniques de construction romaines, ont été bâtis par des Gaulois, ou sur commande de Gaulois, les sites les plus anciens étant aussi, nous l’avons vu, les plus susceptibles d’une romanisation précoce. L’occupation du site de Rochefort remonte elle à la Tène finale. Ses bassins ne peuvent être datés si anciennement, le béton les situant à l‘époque romaine de façon certaine. La première conclusion à tirer de ces quelques éléments est que la production des bassins à cupule est soit d’origine romaine, et produite selon des techniques importées en même temps, mais peut aussi être d’origine gauloise. Ses conditions de fabrication se seraient modifiées avec la romanisation.
D’autre part, le site d’Écurat 2, comme celui de Rochefort, présentent une caractéristique commune à la plupart des sites, leur situation à la campagne. Les bassins situés dans une ville ou un vicus sont rares : outre celui d’Antigny, il n’y a guère que ceux de Taizé, Civaux, et celui de la rue Daniel Massiou à Saintes, très proche de la ville antique. Les sites incertains présentent la même particularité : seul celui de Niort est installé dans un milieu urbain.
Les deux bassins d’Écurat et d’Antigny sont aussi disposés selon les deux variantes qui seront utilisées tout au long de la période, à l’intérieur d’un bâtiment ou à découvert. Le bassin de Suaux-Brassac est ainsi construit dans une cour. Le fait est aussi possible pour une partie des bassins de Soubise 1 (soit ceux de l’espace central, soit ceux des espaces latéraux), et celui du Gua 3. Pour ce bassin, le directeur des fouilles ne penche ni dans le sens de la cour, ni dans celui de la er grande salle. Les constructions de tout ces sites sont datés du I siècle. Les sites à bassins couverts sont les plus nombreux à être avérés : Cognac, Puyréaux, Saint-Fraigne, Écurat 2, l’Houmeau (très probablement), La Rochelle, Port-des-Barques, Soubise 2 et Civaux. Enfin, quelques sites ont à la fois construit des bassins couverts de façon certaine, et d’autres en extérieur. Il s’agit des sites de Segonzac, des Trains d’Écurat à Saintes et de Talmont-Saint-Hilaire. Ceux du second site sont toutefois très probablement des bassins cultuels et B2 de Talmont a pu être couvert d’un appentis. Certains sites n’ont qu’une couverture incertaine pour quelques uns de leurs bassins : ainsi pour L et D du Gua 2 sont entre des murs assez solides pour soutenir une couverture, mais A et B, bien qu’entourés des mêmes sols bétonnés, n’ont qu’un mur au sud, ce qui ne permet pas de se prononcer. Les sites à bassins couverts au moins en partie sont majoritaires. La préparation au moins était préférable sous abri, et il paraissait le plus souvent préférable pour la production d’avoir des bassins à l’abri des intempéries.
Parmi tout ces sites, bien peu ont été fouillés entièrement, et nous ne connaissons l apars urbanala et pars rusticasur deux d’entre eux, les Minimes à La que
Rochelle, et les deux sites de Soubise. Les deux derniers font l’objet de deux fiches séparées car, bien qu’ils ne constituent qu’une seule villa, la localisation de la production a évoluée, et pris seulement du point de vue des bassins à cupule, ils er e constituent deux sites différents. Du I au III siècle, elle reste dans un bâtiment construit à cet usage, Soubise 1 (500 m² environ), avant de passer dans une aile réservée de la pars urbana à Soubise 2 (l’aile concernée ayant une surface de 280 m²). Cette aile devient alors la pars rustica de la villa. L’ancien bâtiment artisanal e est alors abandonné, le matériel postérieur au III siècle est très rare sur cet partie du site. Les auteurs utilisant deux noms différents pour ces deux bâtiments, il est préférable de les suivre.
Sur d’autres sites, seul un bâtiment artisanal plus ou moins vaste a été retrouvé. C’est le même schéma pars urbana dans des bâtiments distincts de la pars rustica que l’on retrouve : Cognac (1660 m²), Port-des-Barques (seulement 250 m² fouillés). Les bâtiments artisanaux de La Rochelle ont une superficie de 450 m² environ. Ce sont d’ailleurs ces cinq sites qui sont les plus importants et qui nous apportent le plus de renseignements sur les modes de production des sites à bassins à cupule, en considérant bien sur que tous les bassins avaient la même destination (exceptés ceux de Trains d’Écurat).
L’environnement direct des bassins
Tous les espaces reconnus proches des bassins sont clairement aménagés en vue de la manipulation d’une production liquide, et de son acheminement vers les bassins. Malheureusement, ils n’ont que rarement fait l’objet de fouilles et de descriptions, et nous ne disposons que d’un nombre restreint de sites pour établir des comparaisons. L’un des systèmes qui nous est parvenu est celui de l’aire bétonnée et drainée, du type du secteur 15 de Cognac. Elle a une superficie de 70 à 75 m² environ, et alimente B5 (volume maximal : 15,7 m³). Après avoir fonctionné un certain temps, elle a été abandonné au profit de l’aire 7. Les raisons de cet abandon nous échappent en partie, d’autant que ce système fut encore utilisé plusieurs décennies après, sur un autre site, en un ou deux exemplaires, à La Rochelle, qui remplacent un autre dispositif. Les dimensions en sont approximativement identiques, mais l’aire est destinée à alimenter un bassin de seulement 384 litres (il a été déposé au dépôt de fouilles de la Porte Royale à La Rochelle). Il est incontestable que ces aires étaient destinées à alimenter les bassins, puisque les drains de l’aire S13 aux Minimes formaient un réseau en relation directe avec le bassin. Si ceux de Cognac n’allaient pas jusqu’au bassin (B5), ils allaient dans sa direction, et étaient effacés plus qu’absents dans leur dernière section. Cependant, on peut se poser la même question pour le bassin B9 de La Rochelle que pour les cupules en général : n’était-il pas destiné à recueillir un simple résidu indésirable, ou au contraire était-il le réceptacle de la production de la salle ? Il est probable que ce soit la deuxième option qui soit la bonne. L’argument principal est qu’on a mis en valeur l’entrée de la salle, en l’encadrant de deux colonnes. Si ce bassin avait été destiné à recueillir quelque chose voué à être jeté, on n’aurait pas placé si près de ce qui ressemble à une entrée d’honneur un simple collecteur de résidus indésirables.
Le deuxième mode d’alimentation, qui n’est en fait qu’une variante plus simple du système précédent, est l’aire bétonnée étanche et lisse en contact direct ou presque direct avec le bassin. On pourrait douter dans certains cas de son utilisation dans le but de produire une substance plus ou moins liquide si, à Soubise 2, la plus ancienne de ces aires n’était pas dotée de caractères spéciaux. L’enduit étanche qui recouvrait le sol remontait en effet le long des murs sur une hauteur de 10 cm, et d’une telle qualité que les aires A1, B1 et C1 ont d’abord été prises pour des bassins en élévation. De plus, des conduits étaient aménagés de l’une de ces aires (A1) vers les bassins contemporains A2 et A3, traversant le mur de séparation établi entre elle et le bassin. Ils étaient constitués d’imbrices face concave vers le haut et enduites de la même façon que le sol de ces aires. Les imbricespas été retrouvées entre les autres aires du site et les autres n’ont bassins, mais leurs emplacements étaient toujours présents dans les murs.
Des aires étanches ont de façon probable été retrouvées à Baignes-Sainte-Radegonde ; et de façon certaine au Gua 2, où l’enduit remontait aussi sur le bas des murs, et à Port-des-Barques, où tous les bassins, sauf G, furent dotés de ce genre d’alimentation, sans conduit enimbrex. À Cognac, l’aire 7, qui cohabita avec le secteur 15 avant de le remplacer, a connu la même disposition qu’à Soubise 2. Mais le mur était traversé par deux tuyaux de plomb (fistulæ) conduisant aux bassins B10 et B11, et remplaçant lesimbrices. La dernière variante dans l’alimentation des bassins par ces aires est la
construction d’un canal émissaire ou répartiteur. Dans le premier cas, on pouvait installer l’aire à distance du bassin, mais aussi, comme cela est le cas à Cognac, n’en utiliser qu’une pour tous les bassins du site. Le système, coûteux à l’installation, permettait néanmoins d’économiser l’entretien de deux aires. L’aire 7 de Cognac porte la trace d’au moins une reprise du béton, alors que le secteur 15 n’en porte aucune. Ce canal de Cognac avait une profondeur de 40 cm, et s’achevait par unefistulæde 5,5 cm de diamètre intérieur qui traversait un mur.Ce canal a été dédoublé à hauteur du bassin B1, qu’il a pu alimenter, sans qu’on en retrouve le débouché. Son utilité paraît limitée par le double emploi qu’il ferait alors avec lesfistulæmur m1. L’  du Houmeau présentait lui aussi un canal, mais plus simplement disposé, puisque le canal allait directement de l’aire au bassin, sans traverser de murs, sans virages nifistula. La couche supérieure de ce qui est interprété comme une aire étanche n’est qu’un cailloutis mêlé de mortier, mais il est posé sur un hérisson stabilisateur aussi puissant que ceux des salles S3 et S13 de La Rochelle. Il est probable que la couche d’usure qui a été renouvelée ailleurs n’a pas subsisté jusqu’à nos jours ici. Même si, là aussi, aucun débouché du canal n’a été retrouvé, ni dans les bassins C3, ni dans C4, il est probable qu’il avait la même destination que ceux de Cognac et de Port-des-Barques, entièrement retrouvé entre l’aire XVII et le bassin G.
Le canal peut être émissaire d’une aire vers un bassin, mais aussi répartiteur entre deux bassins. Il est situé alors horizontalement entre deux bassins, et en contrebas de l’aire étanche, inclinée vers le canal. Il permet le remplissage des deux bassins à la fois. Cet agencement n’est expressément décrit qu’à Puyréaux, mais il était probablement présent à Germignac. À Puyréaux, le canal, de section carrée, mesure 5,3 m de long ; à Germignac, il mesure 4,85 m de long et est de section triangulaire. Bien qu’aucune aire étanche n’y soit décrite, elle devait s’y trouver, puisque l’écoulement ne pouvait avoir lieu entre le haut des deux bassins B1 et B3. L afistula au fond de B1 et de B2 autorisait le remplissage de trois bassins en même temps, mais aussi de choisir, selon les cas, entre l’utilisation d’un, deux ou trois bassins (B3, ou B1 et B2, ou B1-B2 et B3) par la simple obturation du canal de surface.
Systèmes particuliers
Quelques sites présentent des caractéristiques très rares. Deux bassins de deux sites différents pouvaient être vidangés par un conduit placé dans le bas du bassin. Dans un cas au moins, il ne s’agissait pas d’un simple déversoir, puisque, à Cierzac, le conduit se prolonge sur une certaine distance en direction de la rivière Né. L’existence de ces véritables vidanges de bassin peut remettre en cause l’interprétation qui a été faite des cupules de Suaux-Brassac et de Salles-Lavalette. Elles ne seraient pas destinées à accueillir des vases, mais simplement à vidanger un bassin. De toute façon, il aurait fallu placer un système de bouchage dans la cupule, office qui peut être rempli par un vase. Le sous-sol de Suaux-Brassac reste argileux, et donc peu drainant. Nous restons dans l’ignorance pour les cupules de Salles-Lavalette. Il ne faut pas tenter de généraliser et chercher des systèmes de vidange complète par le bas. Les deux conduits de Brives-sur-Charente et de Cierzac restent, jusqu’à de nouvelles découvertes, isolés.
Une autre découverte est aussi rare, celle des pierres évidées et percées de trous. Elles n’ont été découvertes que sur deux sites, dont un qui n’avait pas de cupule dans son bassin. À Port-des-Barques, les trois pierres étaient chacune dans un bassin différent, sans autre mobilier proche donnant une indication sur leur usage. Il était probable pour le fouilleur que les petites ouvertures étaient destinées à accueillir des tuyaux, de bois, ce qui expliquerait leur disparition, ou de plomb, qui aurait été remployés. Les pierres de Saint-Félix, décrites moins précisément, étaient reliées par des tuyaux de plomb. Il s’agit probablement du même système. Leur utilisation reste inconnue. Les deux séries de trous sont dans le même axe, donc les pierres ne pouvaient pas servir de coude pour une conduite. Aucun système analogue n’est connu. Des tuyauteries de moins de un cm de diamètre intérieur ne sont pas d’un usage très répandu, surtout pour une installation artisanale. Ceux de Cognac ont un diamètre intérieur de 5,5 cm. Les Romains fabriquaient leurs tuyaux de plomb en tordant une feuille de plomb autour d’un objet cylindrique, puis en aplatissant l’une sur l’autre les deux extrémités. Les petits tuyaux exigeaient un travail plus précis, donc plus difficile. Le coût de ces pierres à tuyaux devait être élevé, comme celui de la construction des bassins en général.
Enfin, le site de Civaux présente une salle de travail dont la disposition n’est présente qu’une fois. Voici une brève description : la salle est organisée symétriquement ; deux excavations sont comprises toute deux entre deux aires étanches d’une superficie restreinte. Les deux excavations n’ont reçu un fond
étanche que dans le deuxième état. Elles comportaient deux cuvettes, plus vastes que celles des trois bassins voisins. Des encoches aménagées dans les murs permettaient le montage d’une superstructure en bois. Celle-ci aurait supporté une installation à mouvement circulaire, qui serait responsable du creusement des deux cuvettes. Ce système n’était pas étanche, il est donc probable que le liquide était manipulé au dessus de ces fosses. En effet, outre les deux aires, deux creux parallélépipédiques parfaitement enduits et munis de couvre-joints se trouvaient de chaque côté des excavations. Il devait ensuite être porté dans les bassins. La légère transformation intervenue à une époque indéterminée ne remet pas en cause ce fonctionnement.
L’histoire des sites
Nous avons vu que de nombreux sites ont connu des évolutions dans leur fonctionnement. Ces modifications sont décrites site par site dans le fichier, mais elles méritent d’être reprises ensemble dans une sous-partie spéciale car leur succession n’est pas toujours logique au premier abord.
Le cas le plus étonnant est celui de l’Houmeau. Le bassin C4, neuf ou presque, a subi d’importantes modifications. Le fait qu’on se rende compte que ce bassin, qui a remplacé les bassins C1 et C2, ne convenait plus à peine construit, pose à lui seul un problème. Les enduits des bassins les plus anciens avaient déjà été repris de nombreuses fois, et bien que leur étanchéité ne semble pas avoir été remise en cause, ils ont été remplacés. Vue la charge d’entretien, les propriétaires devaient y penser depuis longtemps. La construction d’un bassin, qui ne devait pas se décider au hasard, aurait du être dans ce cas-là, sinon encore plus mûrement, du moins plus longuement réfléchie. Ce délai n’a apparemment pas suffi, puisque le bassin C4 a été modifié aussitôt. En résumé, le plus probable est qu’il a été allongé vers le Nord de 2,5 mètres et son mur Nord a été abattu pour permettre cet agrandissement. Puis le nouveau bassin a été réduit par la construction d’un mur au milieu de l’ancien C4, réduisant l’allongement à 1,65 mètre. Le fond de la nouvelle partie étant plus haut, on a aussi surélevé le plus ancien. L’autre moitié de C4 a été abandonnée et comblée. Une autre interprétation des vestiges est que le bassin C4 a d’abord été réduit de moitié, avant d’être agrandi. Le bassin intermédiaire, avec des dimensions L = 1,70 mètre, l = 0,85 mètre et P = 1,35 mètre aurait été difficilement utilisable, en raison de son étroitesse et de sa profondeur. La première version est plus vraisemblable, bien que difficilement compréhensible. Les constructeurs ont du chercher à s’adapter au mieux à leurs approvisionnements en matières premières ou à leurs possibilités d’écoulement de la marchandise. Si l’une de ces deux données a subitement variée, ou si elle a été mal appréciée dans un premier temps, elle peut expliquer ces travaux. Dans le deuxième cas, une incurie expliquerait l’autre, mais l’explication semble un peu trop facile, et surtout trop peu étayée.
Car le cas n’est pas unique, bien qu’exceptionnel. Ainsi, on peut s’interroger sur quelques unes des huit campagnes de construction de Port-des-Barques. Ainsi, pourquoi abandonne-t-on le bassin E lorsque les bassins C et G sont construits ? Selon ce qui a été fait sur le site précédent, un agrandissement aurait économisé la construction d’un des deux nouveaux bassins. Admettons que l’on ne pouvait se passer du bassin E pendant la construction des deux nouveaux bassins, cela semble étonnant d’un si petit volume comparé aux deux autres. Peut-être le fait que la villa ne s’est que progressivement tournée vers cette activité intervient-il dans cette explication, mais comment ? De même, pourquoi construit-on le bassin D, d’un volume de 12,5 m³ dans son deuxième état, soit à peine moins que les deux anciens réunis ? Même si sa construction en deux étapes s’explique par une volonté d’étaler les coûts dans le temps, sa construction ne se justifie que si les bassins C et G étaient hors d’usage, ce que n’a pas remarqué le fouilleur. D’ailleurs, ils ont été construits en même temps, donc devaient être dans un état d’usure sensiblement voisin, et le remplacement de l’un prioritairement à l’autre ne s’explique pas dans ces conditions. Lorsque le bassin H, deux cent ans plus tard, est devenu trop grand malgré une première réduction de moitié, il semble illogique, et coûteux, si le marché devient plus étroit (on utilise de plus petits volumes) de construire un nouveau bassin, B, dans une nouvelle aile. Il est vrai que la partie utilisée de H aurait été ridicule, par rapport à sa taille ancienne, et qu’en utilisant la même surface sur une profondeur moindre, le dépôt supposé par la construction de cupules aurait pu se mélanger plus facilement au liquide produit lors de la vidange s’il avait été réparti sur une plus grande surface. La notion de ridicule peut sembler déplacée lorsqu’on parle d’une activité économique, mais le bassin H avait certainement une grande importance sentimentale pour les habitants de la villa, puisqu’il était le plus grand, donc correspondait à un âge d’or, et ses caractéristiques, escaliers, double cupule, voûte, des restes d’une période faste
qu’on n’a peut-être pas voulu mutiler. Il suffit de se rappeler l’histoire du paquebot Norway : financièrement, l’Etat a fait une bonne affaire en réussissant à vendre une carcasse rouillée. Sentimentalement, ce fut un échec, et beaucoup de Français ne peuvent y penser sans un serrement au cœur. Il entre peut-être une part de nostalgie des Trente Glorieuses dans ce sentiment, et peut-être est ce le même sentiment qui a, en partie, conduit les utilisateurs de H à construire un nouveau bassin. Que l’on se rappelle aussi l’essai d’un nouveau type de couvre-joints, la période de construction du bassin B (autour de 400 après J.-C.), et ce sentiment sera compréhensible. Car, des nombreuses reconstructions précédentes, on peut aussi déduire que les bassins ne servaient guère qu’entre un demi-siècle et un siècle, et que le bassin H comme le D avaient atteint la limite d’âge.
Pour les autres sites, les abandons et les nouvelles constructions peuvent mieux s’expliquer par l’ascension et le déclin des sites, ou par des réorganisations de la production. Les bassins uniques des sites de Saint-Nazaire et d’Ingrandes ont ainsi subi des travaux beaucoup moins importants, puisqu’un simple mur a été ajouté au milieu du bassin. À Ingrandes, en plus de trois siècles d’occupation, c’est la seule modification. Les deux moitiés du bassin continuent d’ailleurs d’être utilisées, comme une batterie de bassins, et sont dotées des mêmes aménagements. L’utilisation conjointe des deux moitiés du bassin du premier site est moins sure, surtout en considérant l’épaisseur du mur de séparation. Celui-ci était capable de résister à la poussée d’un demi bassin plein. Une moitié a du servir seule, l’autre étant en réserve, puisqu’elle n’a pas été comblée.
Enfin, des travaux moins importants sont relevés assez souvent. Outre le renouvellement des enduits (signalé à l’Houmeau et à La Rochelle), certains fonds sont rehaussés. La diminution de profondeur du bassin varie entre 12 (Saint-Martial) et 35 ou 37 cm (La Rochelle, B67 ; Nieul-sur-Mer, B2). D’autres fonds de bassin rehaussés n’ont pas été mesurés : B5 à La Rochelle, le deuxième dallage de B1 à Château-d’Oléron. Ces petites modifications peuvent parfois être interprétées comme de simples opérations d’entretien. Quant le rehaussement dépasse les 30 cm, il s’agit probablement d’une réduction du bassin, peut-être plus économique que la construction d’un nouveau bassin ou la division de l’ancien. Ils correspondent en effet à une diminution d’un tiers ou moins du volume, et la construction d’un mur de séparation aurait été superflue. Sommaire
Introduction et présentation La construction des bassins à cupule L’établissement des parois Les aménagements hydrauliques et de récupération L’environnement des bassins L’emplacement géographique des sites à bassins L’évolution des sites L’organisation de la production L’histoire des sites Les interprétations des bassins à cupule Premières hypothèses Un cas exceptionnel : les bassins des Trains d’Écurat Les interprétations viticoles Des bassins àsalsamenta? Conclusion Recensement A Recensement B Bibliographie