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Les conditions de vie à domicile des personnes âgées
L’environnement humain joue un rôle fondamental pour la qualité de vie des personnes âgées, mais aussi dans le maintien à domicile des plus dépendants. L’adaptation du logement à la personne dépendante cons-titue un autre facteur de main-tien à domicile.
La très grande majorité (88 %) des Alsaciens âgés de 75 ans ou plus vit en 1999 dans un ménage ordi-naire, en tant qu’occupant d’une résidence principale : maison indi-viduelle ou logement en immeuble collectif. La population alsacienne, bien que moins âgée que l’en-semble de la population française, va connaître un inéluctable vieillis-sement (cf. Chiffres pour l’Alsace -Revue, n° 5 - octobre 2001). Ceci, combiné avec le souhait, très lar-
gement exprimé, de vivre le plus longtemps possible dans son lo-gement, invite à considérer avec une attention toute particulière les conditions de vie actuelles des personnes âgées vivant à domicile dans la région.
Le rôle de l’environnement humain dans le maintien à domicile
Avant 75 ans, moins de 20 % des personnes domiciliées en Alsace vivent seules dans leur logement, contre 42 % des 75 ans ou plus. Cette situation concerne avant tout les femmes qui, plus souvent touchées par le veuvage, habitent dans leur majorité seules à leur domicile. Chez les hommes, au contraire, la règle reste la vie en couple ou en famille : 83 % des 75 ans ou plus vivent dans un mé-nage d’au moins deux personnes.
4 personnes de 75 ans ou plus sur 10 vivent seules dans leur logement
sonnes1 Per Nombre de perPersonnes 3sonne 2Personnes ou plus vivant dans un ménage en Alsace 100 % 13 % 90 % 19 % 21 % 80 % 56 % 70 % 29 % 69 % 48 % 74 % 60 % 50 %97 % 60 % 40 % 30 % 34 % 52 % 20 %20 % 39 % 16 % 10 % 19 % 11% 10% 10 % 0 % 0-14 ans15-29 ans30-44 ans45-59 ans60-74 ans75-84 ans85 ans ou plus
SOCIÉTÉ
En 1999,107 000 personnes âgées de 75 ans et plus ont été recensées en Alsace ; elles re-présentent 6,2 % de la population régionale. En 2030, selon un scénario "central" de projections démographiques, la région pourrait compter 227 000 personnes âgées de 75 ans et plus, représentant 11,6 % de la population (cf. Chiffres pour l’Alsace -Revue n°9 - juin 2002).
Il existe un lien très fort entre dé-pendance et structure du foyer. Une minorité (20 %) des personnes peu ou pas dépendantes (GIR 5 et 6, voir encadré) vit en famille, alors que la cohabitation ou re-cohabita-tion familiale concerne la moitié des personnes dépendantes (GIR 4) et fortement dépendantes (GIR 1 à 3). Les situations de cohabitation ou de re-cohabitation familiales de-viennent de plus en plus fréquen-tes à mesure que l’on avance en âge. Par ailleurs, les personnes fortement dépendantes vivant seules bénéficient toujours de l’aide de l’entourage et, dans la plupart des cas (57 %), un enfant vit à moins de 10 minutes. L’ac-cueil dans la famille, ou à défaut l’existence d’un réseau social mi-nimal autour de la personne âgée fortement dépendante, constitue donc une condition essentielle du maintien à domicile.
Chiffres pour l'Alsacerevue n° 10septembre 2002
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L’adaptation du logement à la per-sonne dépendante constitue un autre facteur de maintien à domi-cile. Des WC situés à l’intérieur du
Personnes fortement dépendantes GIR 1à 3 15,1 28,7 53,4 2,8 100,0
Méthodologie
Personnes peu ou pas dépendantes GIR 5 et 6 40,7 38,4 20,2 0,7 100,0
Sources: l’article analyse les conditions de vie des personnes âgées vivant à domi-cile en s’appuyant sur les résultats, outre des recensements, de l’enquête "Vivre la dé-pendance à domicile" de 1996 (Agira-Orsal-Centre de gérontologie des Hôpitaux Uni-versitaires de Strasbourg) qui apporte des informations sur les modes de vie à domi-cile des personnes dépendantes.
Niveau de dépendance: l’enquête s’appuie sur la grille AGGIR qui classe les per-sonnes selon leur dépendance dans l’un des 6 groupes iso-ressources (GIR). Les person-nes les moins dépendantes appartiennent au GIR 6, les plus dépendantes au GIR 1.
Un fréquent sentiment de solitude
Activités aidées: dans l’enquête sont considérées 13 activités susceptibles de faire l’objet d’une aide, soit sociale ou domestique (courses, cuisine, ménage,…), soit directe à la personne (toilette, habillage,…).
Un moindre niveau de confort du logement
La moitié des personnes dépendantes vit en famille Mode de cohabitation des personnes âgées vivant à domicile selon le niveau de dépendance (GIR)
Mode de vie
Personnes dépendantes GIR 4 21,7 28,3 48,7 1,3 100,0
8 INSEEChiffres pour l'Alsacerevue n° 10septembre 2002
mum de technicité (transferts, toi-lette, habillage). Ces éléments posent de nombreuses questions tant sur le vécu de ces situations par l’ensemble des intéressés, que sur le soutien, l’information et la formation des proches. L’importance de l’aide de l’entou-rage ne doit pas faire sous-estimer le rôle des professionnels dans le maintien à domicile. Parmi les plus dépendants (GIR 1 à 3), près de deux personnes sur trois bénéfi-cient au moins de l’intervention d’une infirmière, d’une femme de ménage, d’une aide ménagère, d’une garde à domicile ou d’un service de portage de repas. Il existe même des situations rares, qui concernent moins de 10 % de la population, où la personne âgée bénéficie principalement d’aides professionnelles. Ces situations concernent surtout des personnes vivant seules, dans une des trois grandes agglomérations de la ré-gion.
SOCIÉTÉ
Le niveau de dépendance des per-sonnes vivant à domicile est moins élevé dans les grandes aggloméra-tions (Strasbourg, Mulhouse et Colmar) que dans les autres com-munes urbaines et, surtout, les communes rurales. Ces différen-ces s’expliquent par un maintien à domicile favorisé en milieu rural par des cohabitations intergénération-nelles plus fréquentes. L’entourage doit faire de plus preuve d’une grande disponibilité pour assurer le maintien à domi-cile d’une personne dépendante. Selon le niveau de dépendance, les aides apportées par l’entou-rage (exprimées en nombre d’acti-vités aidées) sont trois à cinq fois plus importantes que celles appor-tées par les professionnels. En cas de forte dépendance, l’inves-tissement devient particulièrement lourd, puisque les familles inter-viennent pour 10 des 13 activités prises en compte. Ce soutien est également contraignant dans la mesure où certainesactivités ai-dées ne peuvent pas faire l’objet d’une programmation à heures fixes : besoins naturels, transferts (lever, coucher, asseoir la per-sonne âgée), déplacements inté-rieurs. De plus, l’aide touche fré-quemment à l’intimité de la per-sonne âgée et porte sur des activités qui nécessitent un mini-
Seul En couple En famille Autre Total
Malgré la proximité de l’entourage familial, le sentiment de solitude reste relativement fréquent chez la personne âgée. Une personne sur cinq environ déclare se sentir seule, quel que soit son niveau de dépendance. Ce sentiment est très vif lorsque la personne est isolée : 55 % des personnes vivant seules et ne re-cevant pas de visites amicales ou familiales expriment un sentiment de solitude. Il reste présent chez celles qui vivent en famille : 15 % se sentent seules. Ceci peut s’ex-pliquer par la disparition du conjoint ou l’absence durant la journée d’un proche qui travaille. Seul le couple semble constituer un rempart efficace contre le sen-timent de solitude : moins de 6 % des personnes vivant en couple se sentent seules.
L’importance de l’aide dans le maintien à domicile
SOCIÉTÉ
Nombre d'activités aidées logement, ainsi que la présence 12,0 d’une baignoire ou d’une douche 10,6 10,3 Entourage sont des éléments essentiels de10,0 9,5 confort. Sur ce point, la situation Professionnels s’est sensiblement améliorée 8,0 7,5 dans la région, le nombre de rési-dences principales ne disposant 6,0 pas des deux équipements ayant 4,3 diminué de 44 % entre 1990 et 3,8 4,0 1999 : il en reste toutefois 31 000 2,6 aujourd’hui, soit 4,6 % du parc des 2,1 2,0 2,0 résidences principales (9,2 % en1,2 0,5 1990). Néanmoins, ces situations 0,4 0,0 concernent plus fréquemment les GIR 1GIR 2GIR 3GIR 4GIR 5GIR 6 personnes de 75 ans ou plus (7,7 % soit 2 300 personnes, au lieu de 3,5 % pour les moins de 75 ans).nécessairement par des deman-Quel que soit le niveau de dépen-Pour les personnes âgées, ces si-des de travaux. Ces dernières sontdance, les besoins sont mal tuations sont particulièrement fré-essentiellement exprimées en ma-couverts. Ils concernent tout parti-quentes dans les communes rura-tière d’accessibilité au logementculièrement les personnes forte-les (11,0 %) et touchent plus sou-(20 % en GIR 1 à 4), d’adaptationment dépendantes (GIR 1 à 3) vi-vent les femmes que les hommes.du chauffage (10 % en GIR 1 à 3)vant seules. Dans ce dernier Mais elles concernent surtout uneet d’équipement de la salle degroupe, globalement, une per-personne vivant seule dans sonbains (11 % en GIR 1 à 3).sonne sur cinq bénéficie déjà de la logement sur dix, ce qui, en castéléalarme, une sur cinq voudrait d’apparition d’une dépendance,en bénéficier, alors qu’à l’opposé, Un équipement constitue un handicap au maintienune sur cinq rejette cet équipe-technique important à domicile.ment ; pour les deux personnes Ainsi, les problèmes d’accessibilitéSelon l’enquête "Vivre la dépen-sur cinq qui restent, cet équipe-aux toilettes touchent une per-dance à domicile", les besoins enment n’a pas été jugé nécessaire sonne dépendante (GIR 1 à 3) suréquipements techniques médicali-par le médecin-enquêteur. trois. D’autres difficultés sont en-sés (déambulateur, canne, fauteuil core plus fréquentes, en particulierroulant, barres d’appui, soulève les problèmes de circulation in-malade, chaise percée et lit médi-Frédéric IMBERT terne ou d’accessibilité extérieure,calisé) sont relativement bien cou-Hervé POLESI qui constituent un facteur de confi-verts. Observatoire régional nement au domicile. Pourtant, cesParmi ces équipements, la téléa-de la santé d’Alsace inadaptations ne se traduisent paslarme constitue une exception.
Difficultés les plus fréquentes :l’accessibilité extérieure au logement Équipements du logement posant des problèmes (en %)
Proportion de logements… dont l’accessibilité extérieure estdifficile … où la circulation interne est difficile … avec des problèmes d’accessibilité aux toilettes … sans baignoire ou douche … équipés d’un chauffage avec manutention
GIR 1 à 3 52,9 43,7 34,7 10,0 26,6
GIR 4 55,5 24,4 14,2 10,2 20,5
GIR 5 et 6 17,7 11,2 12,4 6,4 21,0
Chiffres pour l'Alsacerevue n° 10septembre 2002INSEE 9