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Les modèles de développement. Problème de l'analyse comparée en sociologie politique - article ; n°2 ; vol.12, pg 228-251

De
26 pages
Revue française de sociologie - Année 1971 - Volume 12 - Numéro 2 - Pages 228-251
Jean-G. Padioleau : Development patterns. The problem of comparative analysis in political sociology.
In this critical notice the author examines ten patterns of political development based on the methods of factor and causal analysis. After considering the current trends in the study of politics he then makes a census of these patterns' characteristics. The attempts at formalization seem unsatisfactory in their substance as in their methods. Some suggestions for a more adequate research strategy are brought forward by way of conclusion.
J.-G. Padioleau : Los modelos de desarrollo Problema del análisis comparado en «ociología política.
En esa nota crítica, examina el autor diez modelos de desarrollo politico que recurren a los métodos de análisis factorial y de análisis causal. Después de considerar las tendencies recientes del análisis de las sociedades politicas (politics), pasa revista el autor a las caracteristicas de esos modelos. No se revelan muy satisfactorias las tentativas desde el punto de vista substancial, ni desde el punto de vista metodológico.
Jean-G. Padioleau : Die Entwicklungsmodelle. Probleme der Vergleichsanalyse in politischer Soziologie.
Dieser kritischen Notiz untersucht der Verfasser 10 Modelle politischer Entwicklung, die alle Methoden faktorieller und kausaler Analysen benützen. Nach einer Untersuchung der neueren Tendenzen der Analyse der politischen Gesellschaft (polity) zählt der Verfasser die Merkmale dieser Modelle auf. Die Formalisierungsversuche können kaum als zufriedenstellend gelten, sowohl vom substantiellen als auch vom methodologischen Standpunkt aus gesehen. Als Zusammenfassung werden Vorschläge fiir eine bessere Forschungsstrategie aufgeführt.
Padioleau, Jean-G. : Модели развития. Вопрос сравнительного анализа в политической социологии.
В этой критической заметке автор рассматривает десять моделей политического развития, обращаясь к методам факторного и причинного анализа. По рассмотрению анализа последних тенденций политических обществ (polities), автор подводит итог характеристик этих моделей. По испытаниям, формализация кажется не очень удовлетворительной, как с точки зрения существенности, так и с точки зрения методологии. Указания для стратегии, приспособленной лучше к научным исследованиям, представлены в заключение.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean-G. Padioleau
Les modèles de développement. Problème de l'analyse
comparée en sociologie politique
In: Revue française de sociologie. 1971, 12-2. pp. 228-251.
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Padioleau Jean-G. Les modèles de développement. Problème de l'analyse comparée en sociologie politique. In: Revue
française de sociologie. 1971, 12-2. pp. 228-251.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1971_num_12_2_1971Abstract
Jean-G. Padioleau : Development patterns. The problem of comparative analysis in political sociology.
In this critical notice the author examines ten patterns of political development based on the methods of
factor and causal analysis. After considering the current trends in the study of politics he then makes a
census of these patterns' characteristics. The attempts at formalization seem unsatisfactory in their
substance as in their methods. Some suggestions for a more adequate research strategy are brought
forward by way of conclusion.
Resumen
J.-G. Padioleau : Los modelos de desarrollo Problema del análisis comparado en «ociología política.
En esa nota crítica, examina el autor diez modelos de desarrollo politico que recurren a los métodos de
análisis factorial y de análisis causal. Después de considerar las tendencies recientes del análisis de
las sociedades politicas (politics), pasa revista el autor a las caracteristicas de esos modelos. No se
revelan muy satisfactorias las tentativas desde el punto de vista substancial, ni desde el punto de vista
metodológico.
Zusammenfassung
Jean-G. Padioleau : Die Entwicklungsmodelle. Probleme der Vergleichsanalyse in politischer
Soziologie.
Dieser kritischen Notiz untersucht der Verfasser 10 Modelle politischer Entwicklung, die alle Methoden
faktorieller und kausaler Analysen benützen. Nach einer Untersuchung der neueren Tendenzen der
Analyse der politischen Gesellschaft (polity) zählt der Verfasser die Merkmale dieser Modelle auf. Die
Formalisierungsversuche können kaum als zufriedenstellend gelten, sowohl vom substantiellen als
auch vom methodologischen Standpunkt aus gesehen. Als Zusammenfassung werden Vorschläge fiir
eine bessere Forschungsstrategie aufgeführt.
резюме
Padioleau, Jean-G. : Модели развития. Вопрос сравнительного анализа в политической
социологии.
В этой критической заметке автор рассматривает десять моделей политического развития,
обращаясь к методам факторного и причинного анализа. По рассмотрению анализа последних
тенденций политических обществ (polities), автор подводит итог характеристик этих моделей. По
испытаниям, формализация кажется не очень удовлетворительной, как с точки зрения
существенности, так и с точки зрения методологии. Указания для стратегии, приспособленной
лучше к научным исследованиям, представлены в заключение.R. franc. Sociol., XII, 1971, 228-251.
Jean G. PADIOLEAU
développement*
Les modèles de
Problème de l'analyse comparée en sociologie politique
A mesure que la connaissance progresse,
les énigmes se multiplient et, si cela continue,
les ignorants seront bientôt seuls à savoir
quelque chose.
** Jacques Moreau (Boustrophedon)
Les modèles de développement politique jouissent actuellement auprès
des politologues d'un crédit qui mérite de retenir notre attention. Cette
mode traduit en effet par bien des aspects l'état où se trouve l'analyse
politique contemporaine. Selon une idée généralement reçue, la sociologie
* Aujourd'hui la construction de modèles est la science à la mode. R. B. Nordberg,
par exemple, a recensé 67 études de sciences sociales, au cours de l'année 1963,
avec le terme « modèle » dans leur titre ( « Modus Model- some problems about the
new jargon» American behavioral Scientist, (4-5) décembre 1965, pp. 12-14). Nous
ferons nôtre la définition proposée par E. Malinvaud du terme modèle : « Un modèle
consiste en la représentation formelle d'idées ou de connnaissances relatives à un
phénomène. Ces idées souvent appelées « théories du phénomène » s'expriment par
un ensemble d'hypothèses sur les éléments essentiels du phénomène et des lois qui
le régissent. Elles sont généralement traduites sous la forme d'un système mathé
matique dénommé lui-même « modèle ». Le raisonnement sur le modèle nous
permet d'explorer les conséquences logiques des hypothèses retenues, de les con
fronter avec les résultats de l'expérience, d'arriver ainsi à mieux connaître la réalité
et à agir plus efficacement sur elle ». (Malinvaud (E.) : Méthodes statistiques de
l'économétrie. Paris, Dunod, 1964, p. 52, souligné par l'auteur).
Un modèle se définit donc par un langage et un mode de calcul. Etant donné
le laxisme qui caractérise l'emploi du terme modèle, il ne semble approprié d'y
recourir que si ces deux caractères sont rencontrés. Les analyses examinées dans
cet article sont qualifiées de « modèles » car elles recourent à des instruments for
mels comme l'analyse factorielle ou l'analyse de causalité appliqués à des phéno
mènes particuliers.
Cet article reprend des éléments d'une communication à la Conference on
Secondary Analysis organisée par le Conseil international des Sciences sociales
(26-31 mai 1969) à Cologne. J'ai bénéficié des commentaires, critiques et encoura
gements de D. Bertaux, R. Boudon, D. Derivry, L. Erbring, B. P. Lécuyer, R. Rose
et S. Rokkan que je tiens à remercier. Bien entendu, je dois être tenu pour seul
responsable des imperfections et des erreurs contenues dans ce texte.
Dans la mesure du possible, nous avons tenté de ne pas abuser du langage
technique.
** Cité par Marchal (A.) : Méthode scientifique et science économique. Paris,
Ed. Génin, Librairie de Médicis, 1952.
228 Jean G. Padioleau
politique se réduirait à l'étude des comportements et des attitudes poli
tiques. Cette représentation, pour exacte qu'elle soit, cache des progrès
importants réalisés par ailleurs : l'examen des systèmes politiques et des
relations internationales (1). Dans cet article on se contentera d'analyser
des recherches comparées sur les systèmes politiques faisant appel à la
formalisation.
Pendant des décennies l'analyse des systèmes politiques s'est réduite
à la description des « institutions politiques », considérées surtout sous
leur aspect formel, bien que certains auteurs aient pris le soin de s'inter
roger sur leur fonctionnement concret sans éviter pour autant les pièges
du journalisme et de l'histoire dite « immédiate ». Les systèmes politiques
ainsi étudiés se rattachaient principalement à de « vieux pays » (Europe
occidentale et orientale, Amérique du Nord). Les auteurs revendiquaient
parfois pour leurs travaux le qualificatif d'analyse comparative : en fait,
la présentation des systèmes politiques n'était qu'une juxtaposition d'études
de cas. Les systèmes étaient classés d'après des caractères d'une utilité
théorique faible — tout du moins aux yeux du sociologue — : régime
parlementaire, présidentiel, mixte, etc. Enfin, l'analyse prenait la forme
d'un compte rendu précis de l'évolution ou de la succession des régimes
au cours de l'histoire dans un pays particulier. Cette orientation affichait
par suite un historicisme qui magnifiait le caractère unique de chacune
des unités étudiées : toute perspective de construction d'une /de théorie(s)
générale(s) des systèmes politiques apparaissait à la fois irréalisable et
illusoire (2).
Depuis la fin des années cinquante la plupart des chercheurs — tout
du moins, ceux des pays anglo-saxons — ont abandonné cette orientation.
L'ambition des auteurs aujourd'hui est d'élaborer des théories qui per
mettent d'expliquer l'existence, le fonctionnement et l'évolution des sys
tèmes politiques. Ces théories fourniraient aux analystes un arsenal de
concepts, spécifieraient les variables à inclure et décriraient les relations
entre variables sous formes d'hypothèses. Nous disposerions, grâce à
elles, du moins d'après ceux qui se font leurs avocats, de schemes d'inter
prétation susceptibles d'être appliqués à tous les systèmes politiques et
permettant d'inclure des facteurs dont on avait fait, jusqu'à présent, peu
de cas : niveau de développement économique, technologique, structure
sociale, etc. On aura reconnu sans peine l'exemple auquel renvoient
implicitement plusieurs des travaux qui relèvent de cette orientation : ce
n'est autre que l'Esprit des Lois. L'ouvrage de Montesquieu se révèle
en effet franchement moderne dans son mode de pensée et dans son
contenu : élaboration de « types-idéaux » de régimes politiques, notion de
« système », influence de l'environnement écologique et social, etc. L'ori
ginalité des travaux contemporains réside dans la volonté proclamée des
analystes de se livrer à des études rigoureuses, « scientifiques ». L'empirie
(1) Cf. par exemple James C. Charlesworth (ed) : Contemporary political anal
ysis. New York, Free Press, 1967, 320 pages.
(2) Pour un bon panorama de cette évolution, on se reportera à Eckstein (H.)
et Apter (D.) (ed.) : Comparative Politics, Glencoe, Free Press, 1963, 746 pages et
Macridis (Roy C.) et Brown (В. Е.) : Comparative Politics (Notes and Readings).
Englewood (Illinois), The Dorsey Press, 1966, 692 pages.
229 Revue française de sociologie
fournira donc une preuve logiquement suffisante aux propositions avancées
par appel à des observations standardisées (3).
Les études contemporaines sur le développement politique peuvent
être réparties en deux classes. Un premier ensemble de travaux
être qualifiés de « théoriques », ou plus précisément, nous le montrerons,
de « spéculatifs » (4) . Ils se présentent comme des efforts de schémati
sation des systèmes politiques, destinés à en révéler les traits distinctifs
susceptibles de les rendre intelligibles. Dans la plupart des écrits, les
cadres conceptuels sont développés à partir de paradigmes empruntés à
des disciplines voisines dans les sciences sociales et dans les sciences de
la nature (structuro-fonctionnalisme, théorie générale des systèmes,
théorie de l'information). Parmi les écrits représentatifs de cette classe,
on mentionnera aux Etats-Unis ceux de G. Almond (5) , de K. Deutsch (6) ,
de D. Easton (7); en Europe: R. Aron (8), S. Bernard (9).
D'autres études se soucient moins d'élaborer de nouveaux concepts
que d'observer des systèmes politiques. Cet examen revêt l'aspect d'études
de cas (10), la découverte et la vérification de généralisations empiriques
portant sur un univers plus ou moins étendu de pays. Un échange entre
les deux classes d'études permet de préciser les concepts et de reformuler
les propositions (11). S. M. Lipset a été l'un des premiers (12) à étudier
(3) Cf. les articles de Dahl, Almond, Pye in Sola Pool (I. de) : Contemporary
political science, New York, Me Graw-Hill, 1967, 276 pages.
Par observations standardisées, il faut entendre des observations recueillies selon
des procédures codifiées de collecte entraînant par suite, une maximisation de
l'accord inter-subjectif entre les analystes et la possibilité de ré-analyses (.replica
tion) .
(4) Ce terme n'est entaché dans notre esprit d'aucune connotation péjorative;
nous l'entendons dans son sens originaire de recherche abstraite.
(5) Almond (G.) et al. : The Politics of the developing areas, Princeton, Princeton
University Press, 1960. Almond (G.) et al. : Comparative Politics. Boston, Little
Brown, 1966, 348 p.
(6) Deutsch (K.) : The Nerves of government, models of political communication
and control, New York, Free Press, 1963.
(7) Easton (D.) : The political system, New York, A. Knopf, 1953. A system analysis
of political life, New York, Wiley, 1965.
(8) Bien que les analyses de G. Almond et autres diffèrent en style et en mé
thode avec celles de R. Aron, le dessein de ces auteurs est semblable. Précisant
son projet d'analyse des régimes politiques, R. Aron avertit « qu'il s'agit plus que
(de) la description ou de l'analyse des régimes tels qu'ils fonctionnent (...) mais de
la détermination des caractéristiques majeures à partir desquelles la logique interne
de chaque régime peut être comprise ». (Aron (R.) : Sociologie des sociétés indust
rielles. Esquisse d'une théorie des régimes politiques, Paris, C.D.U., 1959, 243 pages
(souligné par nous).
(9) Bernard (S.) : « Esquisse d'une théorie structurelle-fonctionnelle du système
politique ». Revue de l'Institut de Sociologie de l'Université Libre de Bruxelles.
(.3), 1963, pp. 569-615.
(10) Cf. par exemple, After (D.) : The Politics of modernization. Chicago, Chicago
University Press, 1965.
Coleman (J. S.) : Nigeria : Background to nationalism. Berkeley, Los Angeles, of California Press, 1960.
Ashford (D. E.) : Political change in Morocco. Princeton, Princeton University
Press, 1961.
(11) Cf. par exemple Binder (Léonad) : Iran: political development in a changing
society. Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1962 (pp. 1-58).
(12) En fait l'innovateur fut à notre connaissance R. Cattell — un professeur de
psychologie — qui, dès 1949, analysa 72 variables pour 69 nations sur une période
longue (1837-1937) au moyen de l'analyse factorielle. Cf. Cattell (R.) : «The Dimen-
230 Jean G. Padioleau
les systèmes politiques en s'écartant à la fois de l'orientation juridique
et philosophique et de la méthode des types idéaux. L'intention de
S. M. Lipset « est de proposer une autre présentation des caractéristiques
complexes des systèmes sociaux, en (s') inspirant de l'étude des variantes
(sic) multiples de Paul Lazarsfeld et de son école » (13) . L'auteur cons
truit des indices de richesse, d'industrialisation, etc., à partir de statis
tiques nationales qu'il met en relation avec les caractéristiques dominantes
des régimes politiques («Démocratie», «Stabilité»).
A la suite de l'étude de S. M. Lipset les travaux du même genre se
sont multipliés (14). Ce foisonnement de empiriques s'explique
certes par la nouvelle orientation de la discipline mais, peut-être plus
encore, par l'influence de « conditions externes » qui ont facilité le mou
vement, telles que l'entrée dans le jeu international de plusieurs dizaines
de nouveaux Etats (qui a augmenté fort à propos les effectifs des échant
illons requis pour l'appel aux méthodes formelles), le besoin social
ressenti et reconnu d'étudier le problème de l'installation des régimes
politiques (15) ; enfin la mise à la disposition des chercheurs de séries
d'observations et leur familiarité croissante avec les ressources de l'appar
eil statistique et les possibilités offertes par les calculateurs.
Cette constellation de facteurs aide à comprendre l'attrait — voire la
fascination — qu'exerce sur les spécialistes le recours à l'analyse facto-
rielle et à l'analyse causale. Il n'est point nécessaire d'être un expert en
études de marchés pour expliquer, par exemple, la vogue des modèles de
causalité en sociologie politique (16). La qualité explicative de l'analyse
causale s'accorde avec l'ambition des chercheurs de ne pas s'enliser dans
la description et de se lancer au contraire dans les périlleuses avenues
sions of culture patterns of factorization of national characters ». Journal of abnor
mal and social Psychology 44, 1949, pp. 443-469.
Cattell (R.) et al. : « An Attempt at more refined definition of the cultural
dimensions of syntality in modern nations ». American sociological Review 11, 1952,
pp. 408-421.
D. Lerner, en recourant à l'analyse de régression, devait fournir un des premiers
exemples d'étude comparative formelle en sociologie politique. « Communication
systems and social systems : a statistical exploration in history and policy » Behav
ioral Science 2, oct. 1957, pp. 266-275.
(13) Lipset (S. E.) : L'homme et la politique. Paris, Le Seuil, 1963, 460 pages, p. 86.
(14) Cutright (Ph.) : « National political development. Its measurement and
social correlates » in Polsby et al. Politics and social Life. Boston, Houghton
Mifflin Compagny, 1963, pp. 569-582, et les nombreuses références citées supra.
(15) En effet, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour mettre à jour les impli
cations, à nos yeux, d'ordre idéologiques que renferment nombre d'études. A
défaut de travaux d'ensemble sur cette question délicate à traiter avec sérénité, on
consultera : Dennon (A. R.) : « Political science and political development ». Science
and Society 33 (3), Summer. Fall. 1969, pp. 285-299. Moskos (Charles C.) et Bell (W) :
« Emerging nations and ideologies of American social scientists ». American Sociol
ogist, May 1967, pp. 67-72.
(16) Pour une présentation de ces méthodes : (1) Wright (S.) : « The method of path
coefficients ». Annals of mathematical Statistics 5, 1934, pp. 161-265. (2) Wold (H.)
(ed) : Model building in the social sciences. Monaco, 1965. (3) Alker (H.) : « Causal
inference and political analysis » in Bernd J. Mathematical applications in political
science II, Dallas, Southern Methodist University Press, 1966. (4) Blalock (H.) : Causal
Inferences in non-experimental research, Chapel Hill, University of North Carolina
Press, 1964. (5) Boudon (R.) : L'analyse mathématique des faits sociaux. Paris, Pion,
1967, 464 pages. (6) Duncan (О. D.), Blau (P.) : The American occupational structure,
New York, J. Wiley, 1968.
231 Revue française de sociologie
de l'explication; la méthode d'analyse causale offre (enfin !) une formul
ation en termes logiques et simples du concept de cause; le formalisme
dont elle use est d'une compréhension aisée en dépit des apparences;
enfin et surtout l'accès aux ordinateurs et l'existence de programmes
appropriés dispensent des fastidieux calculs de coefficients de corrélation
requis (17). Des remarques similaires pourraient être énoncées à propos
de l'analyse factorielle (18).
Le succès même de ces méthodes et de leurs applications entraîne
leur évaluation critique. On peut en effet suggérer à titre d'hypothèse le
schéma séquentiel suivant pour la diffusion des méthodes nouvelles en
sociologie politique :
a) mise à jour d'une méthode d'analyse empruntée à des disciplines
voisines (économie, psychologie, etc.);
b) application « enthousiaste » par des groupes-leaders dans la pro
fession;
c) appréciation critique de l'emploi de la méthode par des spécialistes
d'ordinaire extérieurs à la discipline (économistes, linguistes, mathémati
ciens, statisticiens, etc.) ;
d) réévaluation par la profession : la méthode est laissée dans l'ombre
— cas rarissime — ou réintégrée par suite d'améliorations de certains de
ses éléments ou par une prise de conscience des conditions d'application.
Ce schéma demande à subir l'épreuve de la vérification, mais il semble
bien qu'il puisse s'appliquer à l'emploi dans notre discipline des tests
statistiques, des méthodes d'enquêtes par sondages, de l'analyse factorielle
ou de contenu (19).
Toutefois, l'examen critique des modèles de causalité ou d'analyse
factorielle a été limité jusqu'à présent à une appréciation du point de
vue statistique et /ou à la reformulation des modèles offerts (20). On
voudrait ici s'inspirer de considérations différentes : il s'agit non seul
ement de recenser les insuffisances rencontrées dans l'application des
méthodes d'analyse causale ou factorielle aux systèmes politiques mais
de s'interroger sur la validité quant au fond de la stratégie de recherche
choisie. Dans quelle mesure la quête de généralisations empiriques
concourt-elle à l'élaboration de théories explicatives des systèmes poli-
(17) Dans une lettre humoristique adressée au rédacteur en chef de Y American
political Science Review, С. W. Harrington demande une modification de la
« politique éditoriale », « 51 % des articles, écrit- il, pourraient être signés avec pour
main author: the computer» A.P.S.R. 9 (4), déc. 1964, p. 90.
(18) Cf. l'échange à ce propos entre B. M. Russett et O. R. Young. О. R. Young :
«Professor Russett: Industrious Tailor to a naked emperor». World Politics 21 (3),
April 1969, pp. 486-511. В. М. Russett : « The Young Science of international politics »
World Politics, 22 (1), oct. 1969, pp. 87-95.
(19) L'évolution concrète d'une méthode offre de plus l'avantage de réduire
l'illusion créée par une présentation abstraite que les méthodes sont neutres et
applicables à toutes les situations.
(20) Isambert (F. A.) et al. : « Mathématique et causalité en sociologie ». Revue
française de Sociologie 8 (3), juillet- septembre 1967. Forbes (H. D.) et Tufte (E. R.) :
« A note of caution in causal modelling ». American political Science Review 62
(1), décembre 1968, pp. 1258-1265. Cnudde (C. F.) et McCrone : «The linkage between
constituency attitudes and congressional voting behavior : a causal model ». American
political Science Review 60, March 1966, pp. 66-72.
232 Jean G. Padioleau
tiques ? L'étude offre donc un caractère volontiers bigarré où s'entr
emêlent des éléments de réflexion méthodologique, théorique et épistémo-
logique.
I. — Caractéristiques des modèles de développement
Sans la moindre prétention d'offrir un catalogue exhaustif, nous avons
retenu pour notre examen dix études formelles portant sur le dévelop
pement politique (21). Il va sans dire qu'une telle sélection n'est point
exempte d'arbitraire. Les travaux analysés apparaissent néanmoins
typiques des tendances récentes de la recherche comme le montre l'ex
amen de leurs caractéristiques.
Modèles recensés
[1] I. Adelman et C. T. Morris : Society, politics, economic development
(a quantitative approach). Baltimore, The John Hopkins Press,
1967, 306 pages.
[2] I. Adelman et C. T. Morris : « An econometric model of develop
ment. » American economic Review, 58 (5), Dec. 1968, part 1,
pp. 1184-1219.
[3] Alker Jr. : « Causal Inference and political analysis » in Mathem
atical Applications in political science. II : publié sous la direction
de J. L. Berndt, Dallas, Texas. Arnold Foundation, Southern
Methodist University, pp. 7-44.
[4] D. J. McCrone et Ch. F. Cnudde : « Toward a communications theory
of democratic political development: a causal model. » American
political Science Review, 61 (1), March 1967, pp. 72-79.
[5] J. Ferejohn : Causal models and dynamic analysis. Mimeo Institute
of Political Studies. Standford University, 1969, 25 p.
[6] T. Gurr : « A causal model of civil strife: a comparative analysis
using new indices. » American political Science Review, 62 (4),
Dec. 1968, pp. 1104-1124.
[7] R. F. Hopkins : « Aggregate data and the study of political develop
ment ». The Journal of Politics, 31 (1), February 1969, pp. 71-95.
[8] R. Putman : « Toward explaining military intervention in Latin
American politics. » World Politics, 20 (1), October 1967, pp. 83-111.
[9] R. Tanter : «Toward a theory of political development.» Midwest
Journal of political Science, 11 (2), 1967, pp. 145-173.
[10] R. Tanter et al. : « Toward a theory of political instability in Latin
American. » Journal of Peace Research (3), pp. 209-228.
(21) Sur les ambiguïtés attachées à ce concept, cf. L. Pye : Aspects of political
development. Boston, Little Brown, 1966, 200 p., pp. 29-48.
233 Revue française de sociologie
1) L'unité d'analyse dans toutes les études est ce que l'on peut appeler
d'un terme neutre le « pays » (country) . Certains auteurs ne retiennent
que les pays participant à l'Assemblée Générale des Nations Unies [3, 5] *
d'autres précisent « qu'ils n'exigent pas que les pays soient indépendants
mais qu'ils soient reconnus comme des unités nationales » (national unit)
[1, 2]. Le choix des pays examinés s'effectue, dans un premier temps,
en fonction de critères bien précis : recherche de l'homogénéité géogra
phique [8, 9, 10] et/ou socio-économique (exclusion des pays développés
des unités considérées), désir d'obtenir un univers représentatif de tous
les pays du monde [6, 7]. Toutefois, à l'épreuve de la réalité, ces critères
sont assouplis pour des motifs d'ordre pratique et technique. J. Hopkins,
par exemple, après avoir sélectionné 133 nations n'en retient en dernière
instance que 85 par suite du manque d'informations pour construire les
variables et du caractère de certaines distributions qui ne peuvent être
transformées [7]. Ces contingences obligent parfois les auteurs au cours
même de l'analyse à tester les modèles sur des sous-ensembles de l'univers
sélectionné au départ [9]. Les variations du nombre d'unités analysées
sont importantes d'une étude à l'autre : si T. Gurr valide son modèle
explicatif de la violence civile avec 114 nations réparties sur tous les
continents, R. Tanter se limite à l'examen d'une quinzaine de pays sud-
américains [6, 9, 10].
2) Les observations utilisées sont qualifiées par les auteurs de données
agrégées (aggregate data). Cette appellation générique recouvre en fait
des situations diverses. Les observations sont des données secondaires : elles
ont été recueillies par des personnes autres que l'analyste en vue d'objectifs
distincts de ceux de l'étude considérée. Les données ont subi d'ordinaire
un processus d'archivage (épuration, standardisation) nécessitant par suite
un minimum de préparation pour les analyses. Parmi les sources (d'obser
vations archivées) les plus communément exploitées, figurent le World
Handbook of political and social indicators publié sous la direction de H.
D. Laswell et К. W. Deutsch, par B. M. Russett et H. R. Alker — Yale
political data program — en 1964; A cross- polity survey, ouvrage de
A. S. Banks et R. B. Textor; le Dimensionality of nations project,
programme de recueil, de traitement et d'analyse de données conduit
par R. J. Rummel et ses associés (R. Tanter, J. Sawyer) à l'Université
Northwestern d'abord, puis de Hawaï ensuite; enfin, l'Atlas of economic
development de N. Ginsburg (22).
Le World Handbook recence 75 indicateurs « essentiels à plusieurs théo
ries importantes des changements politiques et sociaux ». Ces indicateurs
se réduisent en fait à des données démographiques et socio-économiques,
* Les chiffres entre crochets renvoient au numéro d'ordre des modèles recensés
(cf. infra).
(22) Russett (B. M.) et al. : a) World Handbook of Political and Social Indicators.
New Haven, University Press, 1964. b) Banks (A. S.) et Textor (R. B.) : A Cross-
polity survey. Cambridge, Mass, M.I.T. Press, 1963. Rummel (J.) : « Dimensions of
conflict behavior within nations (1946-1959) ». Journal of Conflict Resolution, mars
1966, pp. 65-73. Ginsburg (N.) : Atlas of economic development. Chicago, Chicago
University Press, 1961, 119 p.
234 Jean G. Padioleau
à des données portant sur les communications et à des résultats électoraux.
De tels indicateurs ne constituent à l'opposé qu'un tiers des observations
recueillies dans le Cross-polity survey où les auteurs rapportent les résul
tats d'un codage des systèmes politiques basé sur des concepts structuro-
fonctionnalistes de G. Almond : interest articulation, interest aggregation
(23). Le Dimensionality of nations project met l'accent sur le recueil des
données concernant la violence (guerres, émeutes, etc).
L'existence de ces archives ne dispense pas les auteurs de collecter
par eux-mêmes d'autres observations, mais ils ont toujours recours en ce
cas à des données de seconde main : publications officielles (administrat
ions, organisations internationales), ouvrages de références (New York
Times Index, Facts on File) , etc. Les informations quantitatives ou qualita
tives se présentent sous la forme de séries chroniques et /ou d'observations
instantanées (cross- sectional) .
3) Bien entendu, le nombre des variables comprises dans les modèles
est sujet à des variations intra et inter-analyses dépendant de l'objet
étudié et de la règle de parcimonie adoptée ou rejetée par les auteurs.
R. Putman utilise 29 variables dans un premier temps mais n'en retient
que trois dans le modèle final; H. Alker dans des modèles distincts
sélectionne quatre et sept variables, I. Adelman va quant à elle jusqu'à 41 !
4) L'analyse causale, dans ses diverses formulations exposées par H.
Blalock, R. Boudon, S. Wright (24) et l'analyse factorielle sont les deux
méthodes prédominantes. Toutes deux ont été maintes fois exposées —
trop souvent dans un langage abscons...; il n'est pas dans notre propos d'en
faire à nouveau une présentation. Néanmoins, pour faciliter la compréhens
ion de développements ultérieurs, nous rappellerons la logique qui les
régit.
a) Analyse causale. — Soit, un jeu de variables (Xx Xn) dont
l'observateur établit qu'a priori la structure causale hypothétique est :
Xx > X2 > X3 » X3
sous forme d'équations :
b32 X2 + X3 = e4
Ь4.з хз + X4 = e3
(23) Almond (G.) : Politics of the developing areas. Boston, Little Brown, 1964.
(24) I. Adelman et al. font appel dans leur dernière publication à l'analyse de
régression dite « pas à pas » (stepwise regression) complétée par un examen des
multiplicateurs dans la tradition des études économétriques. Cette application de
l'analyse de régression sera regroupée avec les méthodes d'analyse causale. Peut-
être critiquera-t-on cette facilité en arguant du fait que ces deux méthodes sont
distinctes bien qu'elles soient toutes les deux dérivées du modèle linéaire général.
En dépit des efforts pour les distinguer, tels ceux de R. Boudon dans l'Analyse
mathématique des faits sociaux (op. cit.), sont-elles réellement différentes ?
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