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Introduction : Le « groupe » éléments de définition Etymologie Pour commencer ce cours sur la psychologie et les groupes, il me paraît indispensable de procéder à une rupture avec le sens commun, et les représentations du groupe qui structure notre pensée sociale. La notion de groupe, qui semble si évidente et naturelle, n’est apparue dans notre vocabulaire qu’au 17è siècle. Avant cela, il faut noter que le concept de groupe tel qu’il est envisagé aujourd’hui n’existait que sous une forme que j’appellerai métaphorique. On parlait ainsi de la cour des miracles, de la nef des fous, de la horde, du village… C'est-à-dire que le vocabulaire courant n’avait pas un mot unique pour décrire cette entité que l’on va définir minimalement comme une association de personnes en nombre restreint (on y reviendra) ayant un passé, un but ou un sort en commun. Avant le concept de groupe, c’est la nature ou le lieu du rassemblement humain qui désigne ce rassemblement, sans terme générique. C’est le vocabulaire des beaux-arts qui a importé ce concept, qui servait à l’origine à décrire comment plusieurs objets ou individus formaient sur un tableau un seul et même « sujet ». C'est-à-dire que l’impression créée par la proximité d’éléments permettait de constituer un ensemble unique en terme de signification. Un groupe de fleurs = un bouquet ; un groupe de paysans = un village… Il faudra retenir cette étymologie pour la suite, ...
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Introduction : Le « groupe » éléments de définition


Etymologie

Pour commencer ce cours sur la psychologie et les groupes, il me paraît indispensable de
procéder à une rupture avec le sens commun, et les représentations du groupe qui structure notre
pensée sociale. La notion de groupe, qui semble si évidente et naturelle, n’est apparue dans notre
vocabulaire qu’au 17è siècle. Avant cela, il faut noter que le concept de groupe tel qu’il est envisagé
aujourd’hui n’existait que sous une forme que j’appellerai métaphorique. On parlait ainsi de la cour des
miracles, de la nef des fous, de la horde, du village… C'est-à-dire que le vocabulaire courant n’avait
pas un mot unique pour décrire cette entité que l’on va définir minimalement comme une
association de personnes en nombre restreint (on y reviendra) ayant un passé, un but ou un sort
en commun. Avant le concept de groupe, c’est la nature ou le lieu du rassemblement humain qui
désigne ce rassemblement, sans terme générique. C’est le vocabulaire des beaux-arts qui a importé ce
concept, qui servait à l’origine à décrire comment plusieurs objets ou individus formaient sur un tableau
un seul et même « sujet ». C'est-à-dire que l’impression créée par la proximité d’éléments permettait de
constituer un ensemble unique en terme de signification. Un groupe de fleurs = un bouquet ; un groupe
de paysans = un village… Il faudra retenir cette étymologie pour la suite, qui mettra en évidence
combien des intuitions artistiques peuvent être à l’avant-garde de formulations scientifiques.

Résistances

Même si elle paraît banale, cette notion de groupe étant récente, elle entraîne ce qu’Anzieu
appelle des « résistances épistémologiques », c'est-à-dire la réticence qui peut apparaître face à un
concept nouveau qui amène à réviser la manière dont on envisage (dont on connaît) son
environnement.

Quelles sont ces résistances ?

La toute première provient du fait que les relations entre individus sont vécues comme résultant
de préférences interindividuelles (vision affinitaire). Ces relations sont perçues au travers d’une
centration sur les personnes (LA personne), avec une certaine méconnaissance du rôle joué par la
situation totale, c'est-à-dire l’inscription des individus dans des collectifs humains, au-delà de leurs
affinités. La représentation du groupe idéal, où les relations reposent sur le libre choix des individus,
correspond à un objectif de défense narcissique de la valeur « individu ».

Le groupe peut aussi être considéré comme une entité naturelle, permanente et supérieure à
l’individu (vision naturaliste). C’est le groupe-racines, le groupe-ressources… qui pré-existe aux
individus et qui assure leur survie. Le groupe est une entité donnée d’avance, et l’individu représente
une partie de cette entité et vit dans, par et pour le groupe. C’est une approche « archéologique » qui
rapporte les collectifs humains à une base instinctive et inévitable (cette naturalisation rejoint l’idée
selon laquelle l’individu isolé par accident ou par châtiment ne peut pas survivre).

Groupe = espace intermédiaire

Ces deux approches de la notion de groupe, rejoignent les deux pôles en perpétuelle opposition
dans les sciences humaines et sociales : l’individu et la société. L’émergence de la notion de groupe
correspond à la volonté de faire exister un espace intermédiaire entre ces niveaux classiquement
opposés d’ « individu » et de « société ». Le rejet que peut alors susciter cette notion s’ancre dans le

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déplacement par rapport à ces pôles qu’elle engage (déplacement vers le collectif ou déplacement vers
l’individuel).

Dans un cas, le groupe peut être perçu comme une menace de fractionnement d’un ensemble
social (la peur du communautarisme), et dans l’autre, le groupe peut être perçu comme un premier pas
vers la massification, l’aliénation et la perte d’identité individuelle.

MAIS il faut souligner en même temps une certaine acceptation de l’utilité du groupe, qui par sa
position intermédiaire sert de médiateur (porteur) de l’insertion des individus dans la société (par la
socialisation).

C’est donc principalement une attitude ambivalente qui marque les rapports que nous
entretenons avec la notion de groupe. La peur de la dilution et de l’isolement, de l’homogénéité et de
l’hétérogénéité se combinent dans une conception paradoxale des groupes.

Evidemment, ces résistances épistémologiques varient en fonction des cultures, des
civilisations… Mais la facilité (au sens de accessibilité au sens commun) des comparaisons inter-
culturelles, ne doit pas cacher la diversité des représentations spontanées du groupe : 1) dans une
même société, 2) dans un même groupe, 3) chez un même individu, on y reviendra

Représentations et savoir

Ces résistances sont fondamentales non seulement pour comprendre comment les individus
qu’on étudie réagissent à la notion de groupe, mais surtout pour permettre d’analyser ses propres
représentations du groupe, de les reconnaître, pour aboutir à un savoir distancié, scientifique, sur les
groupes. Il ne s’agit pas de combattre telle ou telle conception du groupe, mais d’en avoir conscience
afin de connaître ses propres présupposés, et de retenir l’importance de ces représentations dans la
manière dont les gens vivent les expériences en groupe. Ces représentations ne sont pas des illusions
que viendrait infirmer un savoir scientifique, mais une partie de la réalité que l’étude des groupes doit
analyser. Anzieu & Martin soulignent l’importance de la prise en compte de ces « mythologies
sociales » qui sont le contexte ou s’insèrent les travaux de recherches sur les groupes, ou encore les
techniques de leur animation.

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La Psychologie des groupes

Nouveauté et place dans débat psychologique/social

C’est donc dans cette position intermédiaire entre individu et société (et sa désignation
générique) que réside la nouveauté du concept de groupe. L’ancrage historique de l’expansion des
travaux scientifiques sur les groupes (années 40) correspond à une époque où les comportements
barbares de masse heurtent un humanisme qui refuse pourtant d’abdiquer la collectivité. Ainsi, parmi
les psychologues sociaux qui développeront les travaux sur les groupes nombreux sont ceux qui ont fuit
l’Allemagne nazie et qui ont refusé de considérer toute collectivité humaine comme engendrant
nécessairement (naturellement) la barbarie. Ces chercheurs étant souvent juifs, ils étaient
particulièrement attentif aux communautés que fondent une histoire ou un sort commun, par exemple
tragique. Kurt Lewin, sur lequel je reviendrai souvent, est un de ceux-là. (on va revenir sur l’histoire de
la pensée sur les groupes…).

A cette opposition classique individu-société, dans laquelle le groupe se place comme
intermédiaire, correspond une autre opposition qui sous-tend nos rapports aux collectifs humains,
l’opposition entre les niveaux « psychologique » et « social ». Le premier niveau relèverait de l’individu
et le second de la société. La question qui se pose alors n’est plus seulement celle de la notion de
groupe, mais celle de l’existence d’une psychologie des groupes.

Histoire de la pensée sur les collectifs humains

Pour comprendre comment a pu se développer une approche qui a sorti la psychologie de la
seule référence individuelle, il est intéressant de faire un rapide détour par l’histoire récente de la
pensée sur les collectifs humains. Même si, sous une forme métaphorique, les groupes sont présents
depuis l’antiquité grecque jusqu’à la renaissance, et qu’ils sont omniprésents dans les légendes, les
mythes et les croyances (groupes héroïques, messianiques, divinités….), l’absence d’une notion
générale distincte pour le groupe rend difficile son histoire. Le retour en arrière se fera donc dans le
passé relativement récent, et il va permettre d’éclairer les débats qui persistent encore actuellement sur
la psychologie des groupes, en particulier concernant le point de vue à partir duquel on considère les
groupes : celui de l’individu ou celui de la société.

Le lien communautaire et son esprit

Le premier mouvement qui a porté l’idée d’une psychologie collective est né en Allemagne, au
èmedébut du 19 siècle. A cette époque, l’Allemagne est fractionnée en principautés, et de nombreux
penseurs tentent de dépasser les divisions géographiques en mettant en avant l’idée d’un sentiment
national, d’un lien entre les allemands établi par le partage d’une même langue, de mêmes traditions, et
d’une culture d’origine commune. Cette communauté correspond à la notion de « Volk » (peuple), qui
repose sur l’existence d’un lien communautaire spirituel le « Volkgeist » (l’esprit du peuple). Ainsi, le
peuple se définit avant tout par le partage d’un esprit fait des valeurs dont témoignent les traditions, les
coutumes, la langue, et pas seulement par le partage d’un territoire (vision idéaliste : groupe définit par
esprit commun et non pas par proximité géographique). On peut noter que cette notion d’ « esprit du
peuple » comme tentative d’homogénéisation politique sur la base de fondements nationalistes ne s’est
pas fossilisée, mais reste bien vivante lorsque un peuple se sent menacé par la fractionnement
(communautarisme) ou la dilution (mondialisation).

Pour s’établir comme point de vue légitime, se courant de pensée, comme bien d’autres à cette

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époque, se donnera une allure scientifique, pour garantir sa valeur de vérité (alors qu’il s’agit d’abord
d’un projet politique). Ainsi, son principal représentant, Johann Friedrich Herbart, utilisera des
formulations mathématiques pour décrire et démontrer l’existence du « Volkgeist ».

Cette approche considère l’individu comme représentant d’un groupe plus large, comme
modelé par ce groupe, dons par le social, et ce groupe est perçu comme dominant l’individu, et
historiquement stable (transcendant).

Mais avant tout, cette approche postule l’existence d’une psychologie collective, c'est-à-dire
d’un mode de pensée qui correspond à autre chose que l’addition des esprits individuels. Elle postule
aussi la possibilité de l’étude scientifique de cette pensée collective, distincte de l’étude de la
psychologie individuelle. Elle pose donc les bases de la possibilité d’existence de la psychologie
sociale.

Marquée par des valeurs idéalistes (la réalité comme idée) et nationalistes, cette première
psychologie collective n’en est pas moins optimiste. Le collectif est perçu comme un ciment qui uni et
protège ceux qu’il contient, même si implicitement les individus en sont finalement prisonniers (à
l’extérieur comme à l’intérieur : le bloc).

La psychologie des foules

èmeA l’opposé, en France, se développe à la fin du 19 une psychologie collective marquée par le
pessimisme, et par une approche qui compare la société à un organisme biologique (époque de la
ème èmemédecine triomphante et de l’hygiénisme). Les mouvements révolutionnaires du 18 et du 19 ont
suscité en réaction une perception des collectifs humains comme dangereux et dégradants, entraînant
un retour à la condition animale. Ainsi l’individu seul, libre et raisonnable, s’oppose à l’individu en
groupe, irrationnel, aliéné et régressif. C’est l’âge des foules (LeBon).

Là encore, comme toujours, l’évolution de la pensée est à rapporter à son contexte social. A
l’idée de Marx d’une classe ouvrière qui s’organise pour se libérer, s’oppose la construction
épistémologique d’une dangereuse, animale, que le nombre fait sombrer dans une folie
criminelle.

Il faut retenir pour la suite que la classe bourgeoise ne s’admet pas comme un groupe, et que seules les
classes populaires constituent une masse.

Trois penseurs incarnent cet « âge des foules », les trois partageant cette vision pessimiste des
groupes humains, mais se distinguant par leur approche des phénomènes collectifs :
Hippolyte Taine, Gustave LeBon & Gabriel Tarde.

Taine
Pour Taine (fin 19è-début 20è), qui se place dans une analyse historique descriptive, l’inculture
et le sous-développement intellectuel des gens du peuple les rend incapables de discernement et donc
essentiellement (naturellement) méchants et criminels. Le contrôle social et spirituel appliqué à chacun
permet de maintenir un certain ordre, mais dès que les gens sont en foule, ils libèrent l’expression de la
violence et de la criminalité (leurs penchants). L’existence d’une élite dirigeante est donc indispensable
pour contrôler les masses

LeBon
Pour LeBon, la folie des foules a des explications socio-physiologiques : la masse réduit et

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dissout les fonctions mentales supérieures (rationalité, conscience, volonté), par un phénomène
d’hypnose (« le magnétisme animal ») et de contagion des émotions. Dans une situation de foule
l’individu obéit à une contagion et à une suggestion (influence inconsciente) qui l’amène à suivre
aveuglément la masse, et surtout ses meneurs. Il se crée donc une « unité mentale » qui annule les
facultés critiques et le discernement. Avec des meneurs bien choisis, il est alors possible d’une part
d’empêcher que la foule obéisse aux pires idéologies (dans l’esprit de LeBon : la « menace
socialiste »), mais aussi de la manipuler conformément aux intérêts des dirigeants. Cette théorie
intéressera évidemment beaucoup les dirigeants politiques, en particulier l’un d’entre eux, Adolf Hitler).



Tarde
Pour Tarde, les phénomènes de foule ne relève pas de la contagion ou de la suggestion
hypnotique, mais de l’imitation. Cette imitation, sera d’abord considérée par lui comme unilatérale, c'est-
à-dire comme reposant uniquement sur l’influence des leaders. Ensuite, dans une approche plus
individuelle, l’imitation devient pour lui un processus interindividuel, mutuel et continu. Il se centrera
alors sur l’étude des interactions entre individus dans les groupes, et fait le pas décisif pour sortir la
psychologie collective de l’âge des foules.
Ses derniers travaux se situeront dans une perspective clairement individualiste, où le fonctionnement
des groupes ne passe que par l’addition des échanges interindividuels. Cette évolution, menée à son
extrême représentait une tentative de négation de la psychologie collective, en lui substituant
l’interaction entre consciences individuelles.

Représentations collectives : Durkheim
Pour Emile Durkheim, au contraire, même s’il refuse la vision pessimiste de la psychologie des
foules, la société ne se résume pas aux psychismes individuels et à leurs échanges, mais les groupes
humains élaborent des représentations collectives, des visions du monde qui s’établissent comme
naturelles et incontestables. Cette forme de pensée sociale, constituée des croyances, des mythes, des
religions… n’est pas un phénomène individuel, existe en dehors de l’esprit des individus, et détermine
leurs pensées et leurs actions. Ces représentations sont des faits sociaux et ne peuvent s’expliquer que
par d’autres phénomènes sociaux, et non pas par des processus psychologiques (Durkheim se bat à
cette époque pour instituer la sociologie comme discipline autonome).

L’interactionnisme
En parallèle, se développe aux Etats-Unis une approche de la psychologie collective qui sera
qualifiée d’interactionnisme social. Cette approche considère que la réside dans
le fait que le développement individuel se fait au travers des interactions avec autrui. James (fin 19è) et
Cooley (début 20è) ont ainsi mis en évidence le fait que la psychologie individuelle se construit, et se
développe par le biais des autres, et que le « moi » passe par la reconnaissance du « toi » comme
entité distincte dans un certain contexte social. La forme de cette distinction (les modalités de
différentiation) détermine la construction identitaire et donc le partage actif de visions du monde. La
psychologie devient alors un phénomène relationnel, et G.H. Mead (1934), souvent considéré comme le
fondateur de la psychologie sociale contemporaine, mettra en avant l’impossibilité d’établir une
distinction définitive entre individuel et collectif. La psychologie collective doit être selon lui la science
des interactions entre individuel et social, interactions qui fondent à la fois l’identité individuelle, les rôles
sociaux et les valeurs sociales.


Ce que cette approche interactionniste a réussi, c’est dépasser l’opposition entre individu et
société, en soulignant l’intérêt d’étudier comment ils se confondent, échangent et interagissent.

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L’étude scientifique
Je voudrai finir ce détour historique par le mouvement qui a suivi l’interactionnisme aux USA. Ce
mouvement a pris naissance pour répondre à des besoins concrets, exprimés par la société
américaine : 1) de comprendre les relations, souvent violentes, entre les communautés qui la compose
et 2) de faire bénéficier l’organisation de l’industrie des progrès de la connaissance du fonctionnement
des groupes. Ces besoins ont permis que se constitue une recherche scientifique sur les groupes, avec
des moyens propres, des labos, des chercheurs… cette construction concrète et pragmatique d’une
discipline scientifique d’étude des groupes, en particulier par la démarche expérimentale, a permis
l’établissement de la psychologie Sociale en tant que discipline autonome.

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L’approche psychosociale

En tant que discipline autonome, la psychologie sociale a eu à se définir en rapport ses deux
voisines que sont la psychologie et la sociologie. Moscovici, dans son introduction de 1984 que je vous
engage vivement à lire, propose une définition de ce qu’est la psychologie sociale, non pas au travers
des objets qu’elle étudie, mais au travers du regard spécifique qu’elle utilise : le regard ternaire. Vous
connaissez sûrement déjà ce regard psychosocial, donc je passerai rapidement dessus.

Le regard ternaire
La psychologie sociale est une discipline autonome parce que son but n’est pas d’ajouter un
supplément d’âme à le sociologie ou un supplément de social à la psychologie. Aux relations binaires
que la sociologie et la psychologie établissent, la psychologie sociale substitue une relation ternaire.
Elle étudie comment le rapport au monde des individus est médiatisé par la présence concrète ou
imaginaire d’autrui. C’est donc au travers de son inscription dans un contexte social et de ses relations
aux autres que les individus ont un contact avec la réalité. L’interaction entre individuel et social
constitue un ensemble de phénomènes irréductibles au social ou au psychologique.

La psychologie sociale consiste à essayer de comprendre et d'expliquer comment les pensées,
sentiments et comportements des individus, sont influencés par la présence imaginaire,
implicite ou explicite des autres(Allport, 1954)


Les niveaux d’analyse
Cette étude des interactions psychosociales ne correspond pas à un champ de recherche
homogène, mais recouvre une pluralité d’approches possibles. Ainsi Doise a distingué 4 niveaux
d’analyse dans les travaux en psychologie sociale :

- Le niveau intra individuel : où les travaux se centrent sur la manière dont les individus organisent
leurs perceptions et leur expérience.
- Le niveau interindividuel, qui étudie ce qui se passe entre les individus dans une situation donnée
- Le niveau positionnel, qui prend en compte les différentes positions que les individus et les groupes
occupent dans un espace social, le but étant d’identifier les différences et d’étudier leurs effets.
- Enfin, un niveau idéologique, qui se centre sur les systèmes d’idées, de normes ou de croyances
d’un groupe social donné, et étudie leurs fonctions et leurs effets.

Je ne m’étends pas sur ces distinctions, étant donné que nous y reviendrons tout au long de ce
cours. La chose importante à noter, c’est que c’est dans l’interaction de ces différents niveaux que se
situe une perspective psychosociale complète, comme nous le verrons s’agissant des groupes.

Les catégories de groupes
Pour rentrer un peu plus dans le vif du sujet, je vais m’appuyer sur les catégories de groupes
définies par Anzieu & Martin, pour vous décrire un peu plus précisément comment je vois le
déroulement de la suite du cours.

Ces auteurs distinguent 5 catégories « fondamentales » de groupes, en fonction d’un certain
nombre de critères parmi lesquels : le niveau de structuration (degré d’organisation interne et
différentiation des rôles), le nombre d’individus qui le composent, les relations que ces individus
entretiennent entre eux, la conscience qu’ont les individus d’un but commun, et les actions qu’ils
mettent en œuvre ensemble.


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1) La foule, composée d’un grand nombre de personnes réunies au même endroit sans avoir
cherché explicitement à se réunir. C’est la simultanéité qui caractérise ce rassemblement,
simultanéité plus ou moins organisée (informelle ou formelle). Le but recherché est la
satisfaction des motivations individuelles, et le point commun entre les individus qui composent
une foule est la solitude. La foule est à dustinguer de la masse, qui elle n’est pas
nécessairement physiquement réunie (la mode est un phénomène de masse). La foule n’a
donc pas explicitement conscience des buts qui la rassemble, et se caractérise par les
phénomènes de contagion des émotions et par des actions apathiques ou paroxystiques
(violence ou enthousiasme)
2) La bande, elle, a en commun la similitude. Le principe de la bande est la recherche du
semblable, du plaisir d’être ensemble, de la sécurité et du soutien affectifs. Les buts qui la
motivent ne prennent pas la forme d’actions à accomplir mais d’abord à être ensembles parce
que semblables. Le nombre d’individu qui la compose est donc limité, sa diurée plus grande
que celle de la foule, et il y existe un attachement important à la communauté.
3) Le groupement repose lui sur la ritualisation, c'est-à-dire sur la réunion fréquente et régulière
des membres. Il s’organise autour d’objectifs précis, d’intérêts communs, et les contacts entre
les membres sont instrumentaux, c'est-à-dire limités à la réalisation des buts. Il n’y a pas de
réel sentiment d’appartenance, mais seulement une communauté d’intérêt.(associations loi
1901)
4) Le groupe primaire est lui composé d’un nombre restreint d’individus, où chacun peut avoir
une perception individualisée des autres. De nombreux échanges interindividuels sont
possibles, et les individus poursuivent de manière active les mêmes buts. Les relations sont
principalement affectives et le sentiment d’appartenance est fort et persiste en dehors des
réunions et actions en commun. (les groupes restreints)
5) Le groupe secondaire est au contraire basé sur des relations contractuelles, c'est-à-dire
médiatisée par l’organisation du groupe. Ce groupe est soumis à une structuration importante
avec une division des tâches importante, et des structures de fonctionnement qui règlent les
rapports des individus entre eux et déterminent les rôles (les organisations).

Pour Anzieu & Martin, le groupe typique (le Groupe) est le groupe primaire caractérisé par un
sentiment d’appartenance (le nous), la constitution de normes, croyances et rites propres et représente
l’expérience la plus primitive et la plus complète de l’expérience sociale. Cette position correspond à
une vision pragmatique en mettant en avant les groupes dans lesquels on peut observer et animer une
dynamique.

L’insuffisance de ces catégories

Pourquoi ces distinctions peuvent être insuffisantes : D’une part, par l’existence de phénomènes
communs à ces différentes catégories (Les auteurs citent : l’émergence de leaders, l’identification des
membres les uns aux autres, l’adhésion à des visions du monde, des valeurs communes et des
stéréotypes). Donc cette classification ne doit pas maquer l’existence de phénomènes groupaux
généraux, qui dépassent les distinctions établies par les critères retenus. D’autre part, dans cette
classification, le groupe se définit de l’intérieur, par ses caractéristiques propres et concrètes, sans le
ramener à son interaction avec le champ social et les autres groupes, et à sa dimension psychologique,
c'est-à-dire l’adhésion au groupe des individus. Or on a vu avec Mead que psychologie collective et
psychologie individuelle étaient intriquées, que le « moi » se construit dans les interactions avec les
autres et le champ social. Il en va de même pour le « nous », qui est une composante essentielle du
moi, et qui se construit dans l’interaction avec le « eux ». Cela veut dire que, au-delà de ses
caractéristiques objectives, un groupe se définit au travers de la perception


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1) que les membres ont du groupe
2) que les autres ont du groupe (ce qui veut aussi dire la perception qu’ont les autres de la
perceptions qu’ont les membres)
3) que les membres ont de la perception que les autres ont du groupe

Cet enchevêtrement d’interactions souligne le fait que la réalité, qui n’est jamais complètement
psychologique, ni complètement physique, est avant tout « relationnelle » (James) et ne repose pas
seulement sur les caractéristiques objectives d’une situation, mais également sur la reconstruction
cognitive (la manière de connaître et de donner du sens) qu’en font les individus => sa dimension
symbolique, qui repose sur des valeurs qui sont sociales. Les auteurs parlent eux-mêmes de ces
interactions permanentes en parlant d’interférences dans les catégories groupales, l’exemple qu’ils
donnent s’appuyant sur la démarche politique consistant à vouloir organiser et réunir les foules… Au-
delà de cet exemple précis, ces catégories sont toujours soumises à des dynamiques sociales externes
(rapports sociaux) et internes (dimension psychologique du but, du sort…).

L’interdépendance des niveaux d’analyse

Pour résumer l’ensemble des éléments qui rentrent en jeu dans l’interaction psychosociale :

Partons de 1) l’individu. Comme tout individu, il appartient à 2) un groupe (objectivement : ses
caractéristiques qui permettent de le classer ; subjectivement : la définition qu’il donne de lui-même ->
test du qui suis-je : homme ou femme ; socialement : on le considère comme). On va dire qu’il s’inscrit
ou bien qu’il est inscrit dans un groupe, on reviendra sur la distinction. Ce groupe n’a de sens QUE s’il
fait partie d’un ensemble plus large (sinon ce n’est pas un groupe). Cet ensemble plus large, admettons
que c’est 3) « la société », pour se situer à une certaine échelle. Dans cette société, il existe 4)
d’autres groupes, avec lesquels il entretient des 5) relations (distinction, coopération…). Les
différences qui s’établissent entre ce groupe et les autres ne sont pas simplement descriptives, elles
sont également évaluatives, et cette évaluation se fait en fonction 6) d’axes de valeur sociale. Enfin
l’ensemble de ces relations s’établissent dans la durée, s’inscrivent dans l’histoire et 7) se rapportent à
la fois à un passé, un présent et un avenir. Enfin, et pour couronner le tout, cet état de fait, présenté
comme objectif (c’est ainsi que les choses sont faites), est également une réalité subjective. Ce qui
signifie que la réalité contient cette situation mais également que cette réalité est contenue en chacun
d’entre nous (la connaissance). Nous sommes au monde ET le monde est en nous. Ces deux niveaux
ne coïncide pas forcément, mais ne peuvent pas être indépendants.

Ceci implique plusieurs choses : qu’un individu n’existe que par ses relations aux autres, au
travers de son appartenance à un groupe, qui lui-même n’existe que par ses relations aux autres
groupes, relations qui s’organisent en fonction d’axes de valeur social (on ne connaît pas sans juger),
qui s’établissent en fonction d’un certain contexte socio-historique. Et cette réalité existe à la fois en
dehors des individus et en eux.

Ce que je viens de décrire, c’est la situation totale, comme dirait Lewin, et cette description
souligne la difficulté à dissocier le social du psychologique, l’individuel du collectif, et la nécessité, dans
une approche psychosociale, de considérer l’ensemble de ces interactions. Je voudrai souligner enfin
les différents niveaux d’existence de ces phénomènes : ce que l’on a appelé l’individu, ce peut tout à fait
être un pays par rapport à d’autres pays (France vs USA), une « civilisation » par rapport à une autre
(occidentale vs orientale), ou encore le monde et ses relations à d’autres mondes (les terriens vs les
extraterrestres par exemple). D’autre part, on peut tenter de saisir cette réalité par le biais de l’individu
(le niveau intra-individuel) ou de la société (le niveau idéologique), mais l’important est que chacun
renseigne sur l’autre.

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Définir les groupes

La chose commune
- Ce qu’est un groupe : Rassemblement d’individus.

Rassemblement -> qlq chose en commun :

Cette « communauté » implique que le groupe est :
« + ou - que la somme des individus qui le composent » -> collectif et non collection

Quelle est cette communauté ?


L’espace et le temps

1) unité de lieu
Lieu = Espace (proximité, distance): c'est-à-dire qu’un groupe a des frontières et donc un dedans et un
dehors

est-ce que ça suffit ?
Il faut qlq chose en commun de + que le lieu :

2) Pour que cette communauté s’établisse, il faut une autre caractéristique :
le temps-> Durée et histoire

 inscription Sociale et historique

Communication & interaction
3) Cette communauté crée des liens, qui ne sont pas seulement des liens de similitude : comportements
communs, mais aussi des liens actifs : la communication et l’interaction

Interdépendance & communauté psychologique
4) Enfin, cette communauté concrète et ces liens implique l’existence d’une communauté
psychologique, c'est-à-dire une pensée partagée (représentations, perceptions), et le sentiment de
partager un sort en commun (passé, situation, but)
=> interdépendance & appartenance


- On peut tenter une première définition : le groupe est un espace de relations réelles ou
symboliques marqué par des frontières et caractérisé par un (ou des) but(s) ; il représente une
communauté de situation, d’action ET de pensée.

Fonctions du groupe
- Les groupes remplissent un certain nombre de fonctions :

- socialisation : transmission des valeurs et des normes, apprentissage des rôles sociaux
- sociabilité : besoin d’attachement, d’affiliation et d’identification

Université
Lyon
2
–
Institut
de
Psychologie
–
2008 ‐2009

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